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TITRE
La relativation par échange de qui et que (668)

ASCENDANCE

PAGES SŒURS
La relativation par échange de qui et que (668)

SOMMAIRE
Définition
Analyse 1 - relativation populaire
Analyse 2 - relativation présentative
Registre
Autres exemples
Les limites de la méthode
Comparaison des méthodes
Analogie

Définition

Le terme « échange de qui et que » est purement mnémotechnique, dépourvu de toute valeur explicative.

Le mécanisme de relativation que nous appelons « échange de qui et que » est un remède au blocage de l'extraction du sujet d'une subordonnée régie énonciative. Voir l'examen du blocage de l'extraction profonde du sujet à la page connexe Relativation - extractions interdites - vue d'ensemble. Exemples :

*je lui offrais des bijoux qui je croyais que lui plaisaient
je lui offrais des bijoux que je croyais qui lui plaisaient

*tous ces objets qui je ne veux pas que traînent
tous ces objets que je ne veux pas qui traînent

L'échange de qui et que a deux analyses plausibles.

Analyse 1 - relativation populaire

Les solutions qui résulteraient de la relativation populaire, examinée à la page connexe La relativation populaire, seraient

je lui offrais des bijoux que je croyais qu'ils lui plaisaient
tous ces objets que je ne veux pas qu'ils traînent

Or qu'il et qu'ils se prononcent souvent qui dans la langue populaire. D'où

je lui offrais des bijoux que je croyais qui lui plaisaient
tous ces objets que je ne veux pas qui traînent

CQFD

Analyse 2 - relativation présentative

Les qui introduisant les deuxièmes subordonnées (qui lui plaisaient et qui traînent) résultent de la généralisation de la relativation présentative. Voir la page connexe La relativation présentative.

Les verbes de perception (voir, entendre, etc.), normalement suivis d'une subordonnée cognitive, d'un infinitif ou d'un participe présent, peuvent aussi être suivis de la subordonnée relative présentative dans la langue familière et populaire.

je vois Pierre qui arrive
j'entends l'eau qui bout

Si la relativation présentative pouvait être étendue aux verbes cognitifs (tels que croire et vouloir, qui figurent dans nos exemples), la subordonnée relative présentative deviendrait une espèce de complément cognitif généralisé. Par exemple, dans ce cas, je crois que Pierre arrive pourrait être transformé en *je crois Pierre qui arrive (sur le modèle de je vois Pierre qui arrive) et la forme relativée serait justement Pierre que je crois qui arrive.

CQFD

Registre

La relativation par échange de qui et que appartient surtout à la langue écrite. Selon Le Goffic(1993), cette construction est considérée comme normale par certains locuteurs et comme artificielle ou obsolète par d'autres, plus nombreux, qui ne l'emploient jamais.

Autres exemples

tout ce que tu veux qui soit fait
une étrange vermine qu'on ne croyait point qui existât (Mille)
sa puissante vanité qui portait toujours à s'attacher aux êtres qu'il sentit qui l'admiraient
c'est se révolter contre Dieu que tenter ce que Dieu ne veut pas qui s'accomplisse (Dumas)
c'est un livre que je sais qui aura du succès
ce Dieu que George W. Bush croit qui l'a parachuté dans la Maison Blanche
ce philosophe obscur que je pensais qui ne me serait pas de grande utilité au bachot
ce philosophe que vous croyez qui a écrit des ouvrages fondamentaux
ce philosophe que tu crois qui est un génie
cet accident que je crois qui eut lieu il y a trois ans
cette douleur ressemble plus à celle des rages dentaires qu'on ne peut pas croire qui cesse (Aragon)
cette rencontre assez étrange que vous dites qui eut lieu ce matin (France)
cette rencontre que tu dis qui eut lieu ce matin
cette solution que l'on croyait qui était solide
déclarer par un acte ce que l'on veut qui soit exécuté après sa mort
elles se trahissent par cela même qu'elles pensaient qui leur ferait honneur
ils ont vécu sans ce que nous croyons qui fait le prix et la douceur de la vie (Lanson)
j'ai retrouvé la photo que maman était si navrée qui soit perdue
l'élève que vous dites qui est malade
les hautes classes ont des intérêts particuliers qu'il est d'utilité générale qui soient protégés (Faguet)
les hommes que j'avais prévu qui viendraient
ne t'attache en toi qu'à ce que tu sens qui n'est nulle part ailleurs (Gide)
parlons un peu de cette pédagogie que vous prétendez qui ne me soucie guère (Hermant)
pourtant c'est l'esprit et le génie de la France qu'ont sent qui respire en ses toiles (Gide)
que ton vers soit la chose envolée qu'on sent qui fuit d'une âme en allée vers d'autres cieux (Verlaine)
tous les objets qu'on ne voulait pas qui traînent
un démon que tu dis qui t'assiste (Hermant)
un mal que personne ne peut contester qui existe (Faguet)
un style Montherlant qu'on ne peut nier qui soit reconnaissable (Thérive)
voici le courrier que Pierre annonce qui est arrivé

Les limites de la méthode

L'extraction du sujet enchâssé dans une subordonnée énonciative d'une subordonnée énonciative est d'une grammaticalité douteuse : ?cette solution que certains disaient que tu croyais qui était solide.

Si le sujet est enchâssé dans une subordonnée énonciative d'une subordonnée interrogative, l'extraction est encore plus problématique : ??cette solution qu'on se demandait si tu croyais qui était solide.

Si le sujet est à extraire d'une subordonnée interrogative, il n'existe aucune formule pour réintroduire le sujet par échange. La seule méthode pour contourner le blocage de l'extraction du sujet est la méthode de dont cognitif : *Pierre est l'ami qui je ne savais pas si/quand viendrait Pierre est l'ami dont je ne savais pas si/quand il viendrait.

Comparaison des méthodes

Forme agrammaticale produite par l'extraction primaire

*l'élève qui tu dis qu'est malade

Forme correcte produite par l'échange de qui et que

l'élève que tu dis qui est malade

Relativation populaire

l'élève que tu dis qu'il est malade

Relativation par montée simple du sujet (voir plus loin)

l'élève dont tu dis qu'il est malade

Relativation par montée sujet-objet (littéraire, vieilli)

l'élève que tu dis être malade
je décidai de téléphoner à Pierre que je savais être chez lui à cette heure

La deuxième subordonnée comme complément prédicatif

ma façon que je pense la bonne
un autre qu'il sait plus intelligent

La première subordonnée (la subordonnée cognitive) en incise

la symbolique kafkaïenne qu'elle disait qui se développe en spirale
la symbolique kafkaïenne qui, disait-elle, se développe en spirale

Ce n'est pas la plus docte des solutions, mais c'est une solution simple et efficace.

Analogie

L'extraction du sujet d'une subordonnée régie présente la même difficulté dans la relativation et dans l'interrogation. Les solutions dans les deux cas sont analogues. Comparer

*l'employé qui tu penses que a volé l'argent
l'employé que tu penses qui a volé l'argent

et

*quel employé penses-tu que a volé l'argent ?
quel employé penses-tu qui a volé l'argent ?

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