La relativation - phénomènes mineurs
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La relativation - phénomènes mineurs (658)

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La relativation - phénomènes mineurs (658)

SOMMAIRE

La relativation et la pronominalisation par en


La relativation conditionnelle

Tous les types de la relativation conditionnelle sont des anacoluthes archaïsantes, Dans chaque type, la relative peut être transformée en une subordonnée conditionnelle.

1

qui a pris une épouse, ils ne sont plus qu'une âme et une seule chair
qui de six ôte deux, reste quatre
qui l'eût entendu, on l'eût cru sage (Montaigne)
qui perd une femme et quinze sous, c'est grand dommage de l'argent
qui prévoirait tous les risques, le jeu perdrait son intérêt (Gide)
qui veut la fin, il faut vouloir les moyens
tout vient à point qui sait attendre

2

celui qui s'embête ici, c'est qu'il le veut bien
ceux qui meurent, c'est qu'ils le veulent (Zola)
neuf fois sur dix, le mari qui cède à sa femme, c'est qu'il a quelque chose à se faire pardonner (Gide)
le lecteur qui les croit aisées, c'est qu'il n'a pas pu pénétrer au cœur de l'ouvrage (Gide)

3

ça veut dire qu'il est, comme qui dirait, un peu dérangé (Guitry)
cette maison c'est comme qui dirait un énorme cube
j'ai aperçu comme qui dirait un éclair
j'entends comme qui dirait des grognements
je suis comme qui dirait votre ordonnance (Vautel)

La relativation consécutive

il n'est esprit si droit qui ne soit imposteur et faux par quelque endroit (Boileau)
il n'est fille ou femme si laide qui ne puisse mal faire quand l'envie lui en prend (France)
il n'est personnage si affecté qui le soit toujours (Gautier)
il n'est si bon cheval qui ne bronche
il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte (Colette)
il n'est si humble position où l'on ne puisse être aristocrate (L. Daudet)
il n'est si triste ruelle qui ne recèle un peu de poésie et de rêve (Cain)
il n'y a pas de louange si sotte qu'on ne puisse faire accepter
il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage (La Rochefoucauld)
il y a peu d'hommes si ennuyeux qui ne m'aient amusé (Montesquieu)

Cette construction littéraire est une anacoluthe. L'emploi de qui pourrait s'expliquer en partie par l'amuïssement de la consonne finale de qu'il.

La relativation dans l'exclamation averbale - 1

une rude langue qu'il a, ce garçon
une petite tête futée qu'elle a, cette fille

On notera que l'extraction de l'objet direct à gauche est accompagné du détachement du sujet à droite.

Cette construction appartient à la langue familière et populaire.

La relativation dans l'exclamation averbale - 2

et moi qui n'ai justement rien à faire
et moi qui vous croyais à Paris
et moi qui ne suis pas prêt
et moi qui croyais que
et moi qui me félicitais de ne pas gâcher ma vie

La relativation comparative

on vous fera le même traitement qu'on lui a fait


La relativation démonstrative

La relativation démonstrative - introduction

Nous appelons « binôme démonstratif-relatif » le syntagme qui comprend un pronom démonstratif qualifié par une subordonnée relative. Exemple : là où. On verra que c'est un phénomène solide, qui se retrouve à chaque point du spectre des cas et circonstances (objet direct, lieu, temps, qualité, etc.), mais qui n'en présente pas moins une grande irrégularité à travers ce spectre.

Nous disons qu'il y a « relativation démonstrative » lorsque le pronom démonstratif est obligatoire au sein du binôme démonstratif-relatif. Donc la relativation démonstrative est, en quelque sorte, un cas particulier du binôme démonstratif-relatif.

Exemples - présence et absence de la relativation démonstrative

Il n'y a pas de relativation démonstrative dans là où, puisque l'emploi autonome de est possible.

Il y a relativation démonstrative dans ce que tu veux est impossible, puisque *que tu veux est impossible est impossible.

Il n'y a pas de relativation démonstrative dans celui qui dort dîne, puisque qui dort dîne est possible.

Il y a relativation démonstrative dans tel père tel fils, puisque *quel père tel fils est exclu.

Il y a relativation démonstrative dans tel quel, puisque *achetez cet appartement quel il est ne saurait remplacer achetez cet appartement tel quel ou achetez cet appartement tel qu'il est.

Il y a relativation démonstrative dans tant que tu veux, puisque on ne dit ni *combien tu veux ni *quant tu veux.

Ce qu'on observe dans le cas de quand est justement l'inverse de la relativation démonstrative. Quand est un pronom relatif autonome (quand tu veux) qui ne tolère aucune cible lexicale ou grammaticale (*alors quand, *le jour quand).

Relativation démonstrative - cas et circonstances

Sujet, objet direct, cas prépositionnels

L'emploi de qui comme pronom relatif autonome en position de sujet animé est possible, mais il est limité aux locutions figées, aux adages, etc. Il exprime surtout des vérités générales : qui dort dîne. Dans tous les autres cas, ce qui ou celui qui s'impose.

L'emploi de que comme pronom relatif autonome est exclu dans toutes les positions. Ce que ou celui que s'impose toujours.

Lieu

L'emploi de comme pronom relatif autonome est possible, mais là où est souvent préférable. Nous examinons les nuances de là où à la page consacrée à .

comme pronom relatif de lieu n'est jamais remplacé par quelque pronom ou particule que ce soit. *Là que est exclu.

Temps

Quand s'emploie comme pronom relatif autonome, mais ne s'emploie pas comme pronom relatif appuyé par une cible lexicale ou pronominale démonstrative. On peut très bien dire viens quand tu veux, mais pas *viens à l'heure quand tu veux ni *viens alors quand tu veux. C'est plutôt à l'inverse qu'on s'attendrait : l'emploi autonome des pronoms relatifs tend à être plus limité que leur emploi ciblé. Comme pronom relatif ciblé, quand cède le pas à et à que. Voir l'examen de quand dans la section consacrée aux pronoms relatifs.

Quantité

On se demande quel peut bien être l'homologue relatif du pronom interrogatif combien et des pronoms démonstatifs tant et autant. On serait tenté de proposer *quant comme pronom relatif, mais l'histoire de la langue en a décidé autrement. L'emploi de l'ancien pronom relatif quant est limité à la préposition quant à, paraphrasable comme dans la mesure où il s'agit de.

Pour la fonction autonome, il n'y a rien de grammatical à proposer. On n'a qu'à se débrouiller avec les cibles lexicales abstraites telles que la quantité de et le nombre de.

Dans le binôme démonstratif-relatif on trouve tant que / autant que. Quant se réduit à que et la subordonnée relative se réduit à une subordonnée comparative. Autant dire que la subordonnée comparative n'est qu'une espèce de relative.

Qualité

On se demande quel peut bien être l'homologue relatif du pronom interrogatif quel et du pronom démonstatif tel. On serait tenté de proposer quel comme pronom relatif, mais l'histoire de la langue en a décidé autrement. Si quant est un piètre « hapax legomenon » dans quant à, le pronom relatif quel n'est guère plus populaire : on le trouve dans les constructions concessives du type quel que soit et dans la locution figée tel quel. Autrement dit, le pouvoir relativateur de quel s'est réduit à zéro.

Pour la fonction autonome, il n'y a rien à proposer.

Dans le binôme démonstratif-relatif on trouve tel que. Quel se réduit à que et la subordonnée relative se réduit à une subordonnée comparative. Autant dire que la subordonnée comparative n'est qu'une espèce de relative.

On notera la construction intéressante tel père tel fils, un calque sur le latin « qualis pater talis filius ». Ici, tel prend la place du binôme tel que, C'est l'ultime degré d'affaiblissement de quel : la disparition même de la forme affaiblie que.

Une autre preuve que le pronom relatif quel était voué à la disparition jusque dans sa forme affaiblie que : le binôme tel que peut être remplacé par le mot comme : un ami tel que Pierre un ami comme Pierre.

Manière

Comme est un pronom relatif autonome (fais comme tu veux), mais dans le binôme démonstratif-relatif on trouve ainsi que et non pas ainsi comme. Avec les cibles lexicales, il faut se servir de prépositions : la façon dont et non pas *la façon comme ou *la façon que, alors qu'on dit le jour où et le jour que et non pas *le jour auquel.

La quasi-synonymie de ainsi que et comme est un fait bien connu et un casse-tête qui occupe grammairiens et stylistes depuis bien longtemps : « On passe trente ans de sa vie d'écrivain à changer des " comme " en " ainsi que ". Puis on s'aperçoit que les " maîtres " n'ont jamais eu de tels soucis, et qu'on a été bien bête. » (Montherlant)

Renvois


Pour l'examen du caractère relatif de la comparaison propositionnelle asymétrique, voir la page connexe La comparaison à second pôle non nominal.

La relativation du vécu subjectif


La relativation de la réduction prédicative


La relativation dans l'incise populaire

Normalement, le sujet de l'incise est inversé : dit-il. La solution qui permet d'éviter l'inversion est qu'il dit.

La relativation du doute

Les formules que tu dis et que tous crois de la langue familière signifient c'est ton hypothèse, pas la mienne.

La relativation de l'objet direct rhématisé

une petite tête bistre et futée qu'elle avait, la belle fille (Céline)


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