HAUT DE PAGE

PAGE D'ACCUEIL      TABLE DES MATIÈRES      

RECHERCHE PAR MOTS-CLÉS      RECHERCHE PAR MOTS DISPERSÉS      RECHERCHE PAR MOTS CONSÉCUTIFS


TITRE
Le participe passé (646)

ASCENDANCE

PAGES SŒURS
Le participe passé (646)

SOMMAIRE
Le participe passé dans les formes composées et dans le passif
Le participe passé en dehors des formes composées et du passif
Comme adjectif verbal - compléments
Comme épithète
Comme complément prédicatif
Dans la quasi-prédication
Dans la réduction prédicative
Dans la subordonnée participiale absolue
Dans la passivation hyperexistentielle
Dans la construction pronom nominal qualifié
Dans l'emploi affectif de de devant un adjectif
Dans la pronominalisation en position prédicative
Le participe passé elliptique
Comme complément prédicatif du verbe avoir
Passif adversatif au moyen du verbe avoir
Les trois axes de l'interprétation du participe passé
Le participe passé et l'opposition état / événement
L'axe état / événement - définition
L'axe état / événement - les clefs de l'interprétation
Verbes perfectifs et imperfectifs
Événements et états - exemples
L'axe état / événement et la pronominalisation par le
Le participe passé et l'opposition actif / passif
Les trois types d'interprétation non passive du participe passé
Les verbes conjugués avec l'auxiliaire être
Les verbes pronominaux essentiels
Les verbes conjugués avec l'auxiliaire avoir
Remarques sur l'interprétation non passive du participe passé
Le participe passé et l'opposition verbal / autonome
L'accord du participe passé
En dehors du verbe composé
Auxiliaire avoir - les verbes transitifs
Auxiliaire avoir - les verbes semi-transitifs
Auxiliaire avoir - objet direct en
Auxiliaire avoir - pluriel d'autorité et de modestie
Auxiliaire avoir - règles concernant les subordonnées
Auxiliaire être - verbes intransitifs
Auxiliaire être - voix passive
Auxiliaire être - voix pronominale
Avec un sujet existentiel
Prépositions formant un participe absolu avec l'argument
Adjectifs divers de la langue administrative
Cas divers de l'emploi adverbial du participe passé
Objet direct imprécis
Les formes surcomposées
Le préfixe négatif in

Le participe passé dans les formes composées et dans le passif

Pour les formes composées, voir la page connexe La morphologie du verbe. Pour le passif, voir la page connexe La passivation au sens large.

Le participe passé en dehors des formes composées et du passif

Comme adjectif verbal - compléments

L'adjectif verbal jouit de tous les privilèges de l'adjectif. Il peut servir d'épithète. Il peut être régi par de nombreux verbes prédicatifs intransitifs et transitifs. Il peut entrer dans des constructions quasi-prédicatives.

L'adjectif verbal jouit de la plupart des privilèges du verbe. Il peut être qualifié par presque tous les compléments régis et libres du verbe actif, par un agent passif ou par un complément prédicatif. Deux limitations importantes, cependant :

Le participe passé ne peut pas avoir d'objet direct.

Le participe passé ne peut pas servir de support aux pronoms conjoints. Il faut se servir des pronoms disjoints : à lui adressé, à nous signalés. Exception : y compris.

Le participe passé peut avoir des compléments régis ou libres même nominalisé :

il a l'air du condamné à la promenade dominicale (Pagnol)
les condamnés à mort
les laissés pour compte
les menacés d'expulsion
les mis en examen
les morts de faim
les morts pour la France
les repris de justice
un écorché vif

Comme épithète

problème mal compris par l'auteur
questions posées par les élèves
examen longuement préparé
maison bien entretenue

Pour les règles concernant les adverbes de degré du participe passé, voir la page connexe Le groupe adverbial - les adverbes de degré - rubrique Cibles - le participe passé.

La passivabilité de certains verbes dépend de l'environnement du participe passé. Dans l'exemple qui suit, le participe passé est grammatical comme épithète, mais agrammatical dans la pleine passivation.

le temps mis par Pierre à faire son devoir est grammatical,
*deux heures ont été mises par Pierre à faire son devoir est agrammatical.

Comme complément prédicatif

cette thèse me paraît démentie par les faits
considérez-vous comme reçu
devenu obsédé par sa nouvelle passion
devenus intéressés par le zen
elle ne se savait pas enceinte
il a cru son heure arrivée
il se sent menacé
il se sent concerné
il semble éprouvé par cet échec
je me trouvais submergé par un sentiment d'impuissance
je reste intéressé par cette offre
la question reste posée
la statuette semble ébréchée
la thèse demeure contestée
le marché paraissait conclu
le ministre s'est déclaré outragé
les valeurs républicaines restent partagées par tous
leurs droits restent bafoués
nous avons trouvé la porte fermée
nous considérons l'affaire comme classée
on le savait obsédé par la recherche des universaux syntaxiques
on le savait poursuivi par ses créanciers
on le savait recherché par la police
on les croyait choyés
on les imaginait déroutés par cette conduite
sans que la vitesse s'en trouve perturbée
tout semblait engourdi par le désœuvrement du dimanche (Flaubert)

Dans la quasi-prédication

ils sont partis battus d'avance

Voir la page connexe Le complément prédicatif - la quasi-prédication.

Dans la réduction prédicative

une fois classée, cette affaire ne peut plus être inscrite à l'ordre du jour
éliminé, il rentra dans son village

Voir la page connexe Les subordonnées réduites - la réduction prédicative.

Dans la subordonnée participiale absolue

Voir la page connexe La subordonnée participiale absolue.

Dans la passivation hyperexistentielle

sur la porte il y avait écrit « chien méchant »

Pour l'analyse de cette construction, voir la page connexe La passivation existentielle - rubrique Passivation hyperexistentielle.

Dans la construction pronom nominal qualifié

il y a quelque chose de marqué sur le dessus du paquet
il n'y a rien eu de cassé

Voir la page connexe Le pronom nominal qualifié.

Dans l'emploi affectif de de devant un adjectif

il y a eu des fautes de commises
il y avait dix soldats de tués

Pour l'analyse de cette construction, voir la page connexe Les emplois affectifs de de devant l'adjectif.

Dans la pronominalisation en position prédicative

Dans la phrase Pierre a été remercié par la direction hier et Paul l'a été aujourd'hui, le mécanisme de pronominalisation est exactement le même que dans Pierre est brillant et Paul l'est aussi.

Le participe passé elliptique

assez plaisanté (réprimande)
bien joué (exclamation)
visité maman (journal intime)

Comme complément prédicatif du verbe avoir

j'ai un trésor caché dans le jardin

Voir la page connexe Le complément prédicatif - les types sémantiques prédicatifs - rubrique L'emploi prédicatif locatif du verbe avoir.

Passif adversatif au moyen du verbe avoir

le condamné à mort aura la tête tranchée

Voir la page connexe Verbes multistructurels - avoir.

Les trois axes de l'interprétation du participe passé

Les trois rubriques majeures qui suivent sont consacrées aux trois axes de l'interprétation du participe passé, à savoir à

l'axe état / événement

l'axe passif / actif

l'axe adjectif verbal / adjectif autonome

Le participe passé et l'opposition état / événement

Voir aussi

la page connexe Les temps composés de l'indicatif - le passé composé - rubrique Ambigüité : événement ou état et

la page connexe L'indépendance du passif - rubrique L'interprétation de l'aspect.

L'axe état / événement - définition

Le problème de l'interprétation du participe passé comme événement ou comme état se pose de manière identique dans deux contextes grammaticaux : les verbes conjugués avec l'auxiliaire être et la voix passive.

Les propositions Pierre est parti et la porte est fermée expriment des états.

Les propositions Pierre est parti à midi et la porte est fermée à 20 heures tous les jours expriment des événements.

L'axe état / événement - les clefs de l'interprétation

La bonne interprétation dépend le plus souvent de certains indices formels assez simples, tels qu'un adverbe temporel (comme dans les exemples ci-dessus), un complément d'agent, une conjonction temporelle, le temps du verbe ou un verbe support aspectuel. On verra tout à l'heure que dans certains cas c'est le sens du verbe lui-même qui règle l'interprétation.

Verbes perfectifs et imperfectifs

Nous venons de comparer les deux interprétations du verbe partir, qui se conjugue avec l'auxiliaire être, ainsi que les deux interprétations du passif du verbe fermer. Ces exemples montrent que certains verbes peuvent exprimer l'un ou l'autre aspect (événement ou état) selon le contexte. Il y a cependant des verbes qui n'expriment jamais qu'un seul aspect, c'est-à-dire qui fournissent eux-mêmes la clé de leur interprétation. Les verbes dont le participe passé exprime toujours un événement s'appellent perfectifs ; ceux dont le participe passé exprime toujours un état, s'appellent imperfectifs. Le verbe virer est perfectif : il exprime un événement dans tous les contextes grammaticaux. Le verbe observer est imperfectif : il est observé exprime un état dans tous les contextes grammaticaux.

Événements et états - exemples

Événements

cette phrase n'était pas comprise
d'autres seraient plutôt séduit par une telle perspective
deux coups furent frappés
elle est sortie il y a dix minutes
il est mort lundi
la chose sera faite en moins d'une minute
j'étais reveillé par les trompettes
l'armice sera signée demain
la maison sera sûrement finie la semaine prochaine
le 3 septembre, le major Bachmann sera guillotiné en face des Tuileries
les malades étaient guéris en touchant sa tombe
lorsqu'il fut attaqué par des truands
lorsqu'il fut élu en 2008
on ignorait comment serait réglée la question des dommages (Dorgelès)
quand je fus ordonné prêtre

États

alors cette journée sera liquidée
dans une seconde, je serai fixé
dès que mon cours fut terminé
elle est toujours sortie quand je passe la voir
il est mort
le 1er mars, au plus tard, je serai définitivement installé à Paris (Sartre)
quand la charrette fut déchargée
tu pourras te marier quand ce blé-là sera rentré dans mon grneier (Bazin)
tu seras étonné

L'axe état / événement et la pronominalisation par le

La pronominalisation du participe passé exprimant un état ne pose aucun problème :

il est parti et son père l'est aussi
il est aimé de tout le monde et elle l'est aussi
Pierre est mort, et Paul l'est également

La pronominalisation du participe passé exprimant un événement est incorrecte :

*il est parti hier et son père l'est aussi
*Pierre est mort pauvre, et Paul l'est également

L'évolution de l'opposition état / événement

Il est évident que l'interprétation imperfective (état) du participe passé au passé composé et au passif devait préexister pour que son interprétation perfective (événement) pût se développer. L'interprétation imperfective est plus naturelle, plus simple que l'interprétation perfective. L'interprétation imperfective de la proposition il est mort n'exige que l'existence du syntagme [copule * complément-prédicatif] pour tout bagage grammatical. En revanche, l'interprétation perfective de la proposition il est mort, c'est-à-dire son interprétation comme sa mort advint (à telle date) exige une certaine généralisation, une certaine regrammaticalisation. De même, l'interprétation de la porte est fermée (à telle heure) est plus complexe que l'interprétation de la porte est fermée au sens la porte est à l'état fermé. Le même raisonnement est applicable au passé composé construit avec avoir. La proposition j'ai tondu ma brebis devait signifier j'ai ma brebis à l'état tondu avant quelle pût assumer la signification je tondis ma brebis et elle reste dans cet état. L'évolution du passé composé intransitif ou employé intransitivement (j'ai tondu toute la journée) est un phénomène de regrammaticalisation encore plus complexe.

Le participe passé et l'opposition actif / passif

Pour la diversité des emplois indépendants (non morphologiques) du participe passé, voir la rubrique Le participe passé en dehors des formes composées et du passif.

Les trois types d'interprétation non passive du participe passé

La mission primaire du participe passé est la passivation et, inversement, la source primaire de la passivation est le participe passé. Le participe traditionnellement dit passé est donc un participe passif. Ce sont les exceptions à cette loi que nous nous proposons d'examiner. Il y a trois groupes de verbes dont le participe passé peut avoir une interprétation non passive :

tous les verbes conjugués avec l'auxiliaire être

les verbes pronominaux essentiels dont le participe passé peut être employé adjectivalement (par exemple, assis, levé, accoudé. épuisé. couché, penché)

une centaine de verbes conjugués avec l'auxiliaire avoir (par exemple pousser au sens de croître)

On verra que c'est le troisième groupe qui est le plus complexe.

Les verbes conjugués avec l'auxiliaire être

Pour l'étude détaillée des verbes conjugués avec le verbe auxiliaire être, voir la page connexe Le système de conjugaison - le verbe auxiliaire.

Le participe passé des verbes qui se conjuguent avec l'auxiliaire être aux temps composés a une interprétation non passive. Ce sont tous des verbes intransitifs, donc la question de leur passivation ne se pose pas.

il s'imagine sorti de Polytechnique
il se croit tombé du ciel
les soldats morts au champ d'honneur
Pierre, devenu célèbre, ne parle plus à Paul
Pierre, parti lundi, reviendra vendredi

Les verbes pronominaux essentiels

Le participe passé du verbe s'asseoir est assis : le pronom réfléchi est omis devant le participe passé des verbes pronominaux. Pour l'étude générale de l'omission du pronom réfléchi, voir la page connexe La passivation existentielle.

Si le participe passé d'un verbe pronominal essentiel s'emploie adjectivalement, il a l'interprétation non passive.

Quelques verbes pronominaux essentiels dont le participe passé s'emploie indépendamment :

s'accouder
s'accroupir
s'adonner
s'adosser
s'agenouiller
s'asseoir
s'attabler
s'écouler
s'écrouler
s'élancer
s'ériger
s'éprendre
s'évader
s'évanouir
s'efforcer
s'égarer
s'empresser
s'en aller
s'enfuir
s'envoler
s'habiller
s'occuper
se coucher
se décider
se déclarer
se développer
se faire à
se fiancer
se lancer
se lever
se pâmer
se réfugier
se résoudre
se repentir
se suicider
se tapir

Quelques verbes pronominaux essentiels dont le participe passé ne s'emploie pas indépendamment :

s'apercevoir
s'éterniser
s'emparer
se conduire
se dépêcher
se douter
se foutre
se hâter
se manifester
se montrer
se moquer
se plaindre
se produire
se quereller
se souvenir
se taire
se tromper

Verbes à deux facettes

La plupart des verbes qui ont une facette transitive et une facette pronominale sont interprétés comme passifs :

excuser
présenter
sacrifier
rencontrer

Verbes à interprétation instable

vendu au plus offrant
rasé de près
bien peigné
bien lavé
concentré
révolté
installé

Suicider

Dans le cas de suicidé, la valeur normale active et la valeur humoristique passive se concurrencent.

Les verbes conjugués avec l'auxiliaire avoir

Le verbe pris abstraitement a trois facettes grammaticales : la facette grammaticale intransitive, la facette grammaticale transitive et la facette grammaticale pronominale. Chaque verbe concret possède une, deux ou trois de ces facettes grammaticales. (Plus exactement, si un verbe a plusieurs facettes sémantiques, comme c'est le cas de expirer, réfléchir, manifester, ou encore couler, il faut soumettre séparément chaque facette sémantique à la décomposition en facettes grammaticales. Il serait absurde de considérer les participes passés dans haleine expirée et dans bail expiré comme appartenant à un seul et même verbe.)

Le verbe n'a qu'une facette intransitive

Si le participe passé peut s'employer indépendamment, son interprétation est forcément non passive.

aboutir
bouger (photo bougée)
bouillir
divorcer
émaner
émerger (la partie émergée de l'iceberg / d'une épave)
émigrer
évoluer
entendre (air entendu)
expirer (bail)
fermenter
immigrer
jaillir
jurer
périr
pousser (un garçon poussé vite)
réfléchir
tourner (lait, vin, sauce)
trembler (écriture tremblée)

Le verbe a une facette intransitive et une facette transitive

L'interprétation du participe passé indépendant est presque toujours passive, mais elle peut être non passive pour un nombre limité de verbes, comme

cuire
décliner (en pente)
embellir
empirer
forcir
grossir
jaunir
maigrir
pâlir
ressusciter
verdir
vieillir
mincir

Le verbe a une facette intransitive et une facette pronominale

L'interprétation du participe passé indépendant est toujours non passive, mais le plus souvent cette interprétation est due à la facette pronominale. Pour les verbes qui suivent, l'interprétation non passive est due à la facette intransitive.

échapper
pâmer
rancir

Le verbe possède chacune des trois facettes

L'interprétation non passive est rare et, même si elle est possible, le plus souvent elle est due à la facette pronominale. Pour les verbes qui suivent, l'interprétation non passive est due à la facette intransitive.

aigrir
augmenter
avancer
changer
chauffer
couler
courber
diminuer
durcir
élargir
enlaidir
faner
fondre
grandir
guérir
jucher
moisir
noircir
percher
pourrir
rajeunir
rétrécir
reculer
refroidir
remuer
rôtir
rompre
rougir
sécher
tarir

Le verbe n'a pas de facette intransitive

La facette transitive donne une interprétation passive et la facette pronominale donne une interprétation non passive. Si le verbe possède les deux facettes, les interprétations se concurrencent.

Autres participes passés intransitifs non passifs - en vrac

Nous laissons en exercice le tri par facettes de ces verbes.

alunir
amerrir
atterrir
avorter
camper
changer
crever
croître
croupir
déborder
débouler
déchoir
décroître
dégénérer
diminuer
divorcer
échapper
échoir
échouer
éclater
éclore
émigrer
emménager
enchérir
geler
pourrir
récidiver
ressusciter
retourner
surgir
trépasser

Autres participes passés intransitifs non passifs - cas rares

L'emploi non passif de ces participes passés est vieilli, régional ou relâché.

accoucher
ascendre
augmenter
baisser
chavirer
choir
courir
crouler
débarquer
décamper
dégeler
dégringoler
déménager
dénicher
émaner
exploser
faillir
pénétrer
prendre (gelée)
sauter
sombrer
trébucher
voler

Remarques sur l'interprétation non passive du participe passé

Ces remarques portent sur

la différenciabilité (ou non) des types de participe passé non passif et

les contextes grammaticaux du participe passé non passif.

Différenciabilité des types de participe passé non passif

Certains verbes hésitent entre l'auxiliaire avoir et l'axiliaire être. Nous avons examiné plus haut deux catégories de verbes qui présentent ce comportement.

Les verbes du type accourir ou résulter

Voir la rubrique Les verbes conjugués avec l'auxiliaire être.

Ces verbes expriment tantôt une action ou un processus, tantôt un état ou un résultat final. L'important est que ces verbes se dédoublent en deux verbes homonymes (à l'auxiliaire près), dont chacun possède une conjugaison complète. La plupart des grammaires rangent cette anomalie sous l'étude des verbes auxiliaires. Arriver et naître sont purs (non dédoublés), accourir et résulter sont impurs (dédoublés). Voir la page connexe Le système de conjugaison - le verbe auxiliaire - rubrique Les verbes du type action / état.

Les verbes du type fondre ou évoluer

Voir la rubrique Les verbes conjugués avec l'auxiliaire avoir.

Ces verbes expriment, eux aussi, tantôt une action ou un processus, tantôt un état ou un résultat final. Seulement, par tantôt...tantôt... nous entendons ici une alternance un peu spéciale, différente de celle qu'on vient de voir dans la catégorie précédente. Ces verbes ne se dédoublent pas en deux homonymes et seule l'interprétation de leur participe passé alterne : action comme verbe auxiliaire, état comme adjectif indépendant.

La différenciation des deux comportements n'est pas aussi nette que nous venons de le laisser entendre. Un classement sémantique poussé des participes passés non passifs fait l'objet d'un important domaine de recherche, tant pour le français que pour les langues romanes.

Contextes grammaticaux du participe passé non passif

Nous empruntons la série d'exemples tournant autour de la neige fondue à Géraldine Legendre dans Godard(2010).

On sait que le participe passé indépendant de certains verbes intransitifs peut avoir une interprétaton non passive. Par emploi indépendant du participe passé nous entendons, comme toujours sur cette page, son emploi en dehors de la conjugaison. Les seuls emplois indépendants du participe passé que nous ayons examinés jusqu'à présent sont l'emploi adjectival épithétique (la neige fondue a tourné en glace) et l'emploi adjectival prédicatif (on croyait la neige fondue). Or, il y en a d'autres. Pour une vue d'ensemble des emplois indépendants du participe passé, voir la rubrique Le participe passé en dehors des formes composées et du passif. Certains emplois indépendants du participe passé autres que l'emploi adjectival sont admis par certains verbes intransitifs.

Exemple du participe absolu : la neige fondue, toutes les stations de ski ont fermé

Exemple de la réduction prédicative : fondue, la neige tournait en boue

Exemple intéressant de l'emploi adjectival avec complément adverbal (sic) : la neige fondue pendant la journée avait tourné en glace

Il n'est pas évident si tous les verbes admettent les mêmes emplois indépendants du participe passé. On entrevoit donc la possibilité de classer les verbes intransitifs selon les emplois indépendants non passifs qu'admet leur participe passé. Le verbe fondre est probablement en tête de peloton

Le participe passé et l'opposition verbal / autonome

Cette rubrique majeure a pour tâche de mettre en relief la différence entre le participe passé comme adjectif verbal et le participe passé comme adjectif autonome lexicalisé.

La plupart des participes passés devenus adjectifs autonomes appartiennent à des verbes transitifs et ont une interprétation passive :

agité
amusé
animé
averti
avisé
blasé
bourré
branché
calculé
comblé
connu
cuit
déçu
dépassé
dissimulé
divisé
éloigné
épanoui
fatigué
meublé
mordu
ordonné
organisé
o
parlé
partagé
posé
pressé
renchéri
repu
ruiné
salé
tranché
u
vexé
voulu

Certains participes passés devenus adjectifs autonomes sont derivés de verbes pronominaux.

appliqué
décidé
dissimulé
évanoui
entendu (air)
envolé
fâché
obstiné
passionné
résolu
repenti
levé

Certains participes passés devenus adjectifs autonomes appartiennent à des verbes intransitifs et ont un sens non passif. Voir la discussion détaillée de ce phénomène plus haut sous la rubrique Les verbes conjugués avec l'auxiliaire avoir

divorcé
émané
émigré
évolué
juré (ennemi juré)
péri
réfléchi
résulté
tremblée (écriture tremblée)
vieilli

Quelques verbes qui se conjuguent avec l'auxiliaire être ont un participe passé devenu autonome.

demeuré

Quelques verbes qui se conjuguaient autrefois avec l'auxiliaire être ont un participe passé interprétable comme non passif :

navire échoué
projet avorté
croupe jaillie
grimpé sur un âne

Certains participes passés sont sémantiquement isolés :

supposé
tenu de
conjuré

Quelques participes passés devenus noms et sémantiquement isolés :

jusqu'à plus ample informé
déroulé
éclaté
intitulé
libellé
ressenti
suivi
ralenti

Le participe passé dans les mots composés

appartement meublé
eau salée
journal parlé

L'autonomie de certains participes passés dépend du contexte. Comparer

Pierre est fatigué de toutes ces querelles (autonome)

et

Pierre est fatigué par le bruit infernal des marteaux-piqueurs qui n'arrêtent pas en bas de chez lui (verbal)

(D'ailleurs, l'exemple autonome exprime un état et l'exemple verbal exprime un événement répétitif. Ce n'est qu'une particularité de fatigué.)

Faux participes passés

Un grand nombre d'adjectifs désignant une propriété physique ou psychologique ou paraphrasables comme muni de ont la forme [nom * é] ou [nom * u].

attentionné
azuré
bossu
carabiné
charnu
éthéré
feuillu
fortuné
pointu
triphasé
ventru
zélé

Dans certains cas (par exemple, fortuné), le faux participe passé remonte au latin.

Participes passés orphelins

Certains adjectifs qui sont étymologiquement des participes passés ont perdu leur base verbale.

censé
confus
conjuré
connexe
contrit
controuvé
contus
convexe
courbatu
dénué
dépourvu
éclopé
éperdu
éploré
enneigé
férié
féru
fixe
fortrait
interdit (étonné)
intrus
inverse
mi-parti
moqué
reclus
recru
suranné

La plupart des grammaires considèrent dévolu et usité comme des adjectifs autonomes. En réalité, ce sont des verbes défectifs dont seule la voix passive subsiste.

Autres types de lexicalisation

au vu et au su de tous
à mon insu
au lu rapide d'une phrase

L'accord du participe passé

En dehors du verbe composé

Le participe passé comme épithète

Le participe passé s'accorde avec le nom qu'il qualifie.

Le participe passé comme complément prédicatif d'un verbe prédicatif intransitif

Le participe passé s'accorde avec le sujet.

ces fleurs paraissent flétries.

Le participe passé comme complément prédicatif d'un verbe prédicatif transitif

Le participe passé s'accorde avec l'objet direct.

une besogne qu'on croit terminée
une signature qu'on a déclarée falsifiée

Auxiliaire avoir - les verbes transitifs

La règle fondamentale

Le participe passé s'accorde avec l'objet direct qui le précède.

Le participe passé est invariable si l'objet direct le suit ou s'il n'y a pas d'objet direct.

Les cas où le participe passé suit l'objet direct

L'objet direct est l'antécédent de la relative qui contient le verbe composé :

les pommes qu'il a prises

L'objet direct est un pronom personnel conjoint :

il les a toutes prises, les pommes

L'objet direct est mis en relief par c'est...que... :

c'est cette pomme-ci que j'ai prise

L'objet direct est la cible d'une interrogation partielle :

quelles pommes as-tu prises ?
lesquelles as-tu prises ?

Dans les temps surcomposés, seul le dernier participe varie.

ce vin les a eu vite grisés
elles se sont eu levées
je les ai eu remises

Les manquements à la règle fondamentale

La tendance générale

Remarque de Grevisse : « La règle d'accord du participe passé conjugué avec avoir est passablement artificielle. La langue parlée la respecte très mal, et, même dans l'écrit, on trouve des manquements ».

Remarque de Tesnière (1959), citée par Wilmet(2003) : « Aussi bien l'usage actuel est-il purement livresque, et aujourd'hui l'accord préconisé par la grammaire ne se fait plus même dans la langue parlée courante des personnes cultivées. On dit sans sourciller : " la lettre que j'ai écrit ". La règle est morte de complications. ».

as-tu vu la tête qu'il a fait ? (Proust)
c'est elle [une doctrine] que nous ont transmis nos ancêtres (Gide)
c'est une chose que j'ai appris (Chirac)
c'est une des rares paroles raisonnables que j'aurai entendu de ce côté-là (Mauriac)
ça m'a surpris (dit par une femme)
cette lettre, c'est ma femme qui l'a ouvert (Thérive)
croyez bien que nous vous avons plaint (dit à une femme)
elle s'est mis en colère
et quelle guerre as-tu fait à ton âge pour en être si glorieux ? (Giono)
l'amitié que lui a toujours témoigné ma femme
l'impassibilité qu'avait d'abord montré le visage
les lettres que vous avez écrit
nous avons aimé les excursions que nous avons fait cet été
quelle impression vous a-t-il produit ?
quelle pousse ont fait vos arbres ? (La Varende)
toutes les injures que l'on s'est dit (Flaubert)
une petite étude que nous avons fait

La distance entre l'objet direct et le participe passé

La force de la règle fondamentale est inversement proportionnelle à la distance entre l'objet direct et le participe passé :

Exemple tiré de Cerquiglini(2008) : c'est une lettre que, il y a longtemps, dans un moment d'humeur, au risque de le regretter ensuite, j'ai écrit trop vite.

Verbes légers dans les locutions verbales

la tête qu'il a fait
les études qu'il a fait

La transitivité de ces verbes est perçue comme faible. Voir l'examen des degrés de transitivité à la page connexe Compléments aprépositionnels - la transitivité.

Détachement sans trace

la pièce, j'ai aimé
la théorie, j'ai compris

L'infinitif passé

L'infinitif passé a une plus forte tendance à refuser l'accord que les autres formes composées, surtout lorsque l'infinitif fait partie d'une construction complexe :

il m'a donné des lettres à avoir remis au patron avant son retour (subordonnée infinitive à couplage distendu)
ce sont des fautes dangereuses à avoir commis dans sa jeunesse (montée objet-sujet)

Les chances de l'accord sont meilleures dans une construction simple : quant à ces lettres, les avoir remises au patron, c'était une erreur.

Auxiliaire avoir - les verbes semi-transitifs

Voir l'étude détaillée de la semi-transitivité et des verbes semi-transitifs aux pages connexes Compléments aprépositionnels - la transitivité, Compléments aprépositionnels - catégories de verbes. Nous nous bornons ici à une vue d'ensemble simplifiée des catégories semi-transitives et à quelques exemples.

Les verbes métrologiques

Lorsqu'un verbe métrologique est employé au sens propre, le participe passé reste invariable :

les dix grammes que cette lettre a pesé
les dix mètres que ce tapis a mesuré
les cent balles que cette bouteille m'a coûté

Lorsqu'un verbe métrologique est employé au sens figuré, l'accord est acceptable :

les efforts que ça m'a coûtés
les louanges que son effort lui a values

Les verbes de durée et de distance

Lorsqu'un verbe de durée ou de distance est employé au sens propre, le participe passé reste invariable :

les cinq kilomètres que j'ai marché
les dix heures que j'ai dormi
les dix heures que j'ai couru
les trente ans qu'il a vécu
les vingt ans qu'il a régné

Lorsqu'un verbe de durée ou de distance est employé au sens figuré, l'accord est normal :

la vie débauchée qu'il a vécue
les dangers que j'ai courus
les marathons que j'ai courus

Les verbes impersonnels météorologiques et atmosphériques

Le participe passé reste invariable.

les chaleurs qu'il a fait
les beaux jours qu'il a fait ne reviendront plus

Les verbes olfactifs

Le participe passé reste invariable.

la vanille et la cannelle que le gâteau a senti

Les verbes régissant un objet direct interne

La force de la transitivité exercée par certains verbes sur leur objet direct interne varie : *mille morts qu'il a souffertes est peu acceptable, mais la vie qu'il a vécue et les rêves qu'il a rêvés n'ont rien d'anormal.

Auxiliaire avoir - objet direct en

L'usage est instable. Il penche tantôt vers la forme (en est singulier masculin par défaut), tantôt vers le sens (en peut avoir un antécédent pluriel ou féminin). La plupart des grammaires recommandent l'invariabilité.

Quelques tendances

Si l'antécédent de en est féminin partitif, l'accord en genre est peu naturel.

Si le participe passé est suivi d'un délimiteur (plusieurs, combien), l'accord avec l'antécédent est peu naturel.

Si le participe passé est précédé d'un délimiteur (beaucoup, tant) l'accord avec l'antécédent est courant.

Si l'antécédent est prélévatif, l'accord avec en est préférable : des pommes, vous en avez pris ?

La plupart de grammaires recommandent l'accord avec en.

Haussmann a fait disparaître plus de jardins qu'il n'en a creés (Gaxotte)
combien en as-tu vus qui
conquérir autant de royaumes que j'en ai perdus (France)
de ces romans psychanalytiques, j'en ai beaucoup lu / lus
de la farine il en a vendu
des conseils, j'en ai reçu / reçus
des décisions, j'en ai pris / prises
des fautes de ce genre j'en ai déjà corrigé
des financiers véreux, j'en ai connu / connus
des imprudences, j'en ai commis / commises
des lions, j'en ai beaucoup vu / vus
des monuments comme ceux-là j'en ai beaucoup vu
des orchidées comme on n'en a jamais vu / vues
des poésies, il en a écrit plusieurs
des politicards, j'en ai tant vus
des pommes, vous en avez pris(es) ?
des truites, il en a pris combien ?
des vestes comme ça, j'en ai mis / mises
je ne sais combien j'en ai vu
les exemples ne manquent pas, j'en ai cité
ma mère ? mais jusqu'alors je n'en avais point eue (Arland)
plus de choses qu'elles n'en avait dites jusqu'alors
une immense muraille telle que les hommes n'en ont jamais construite (Green)
une langue telle que les hommes n'en ont pas encore entendue (Green)
voyez ces fruits, en avez-vous mangé / mangés ?

Si en précède son antécédent, l'accord avec en est obligatoire.

combien j'en ai vu, des plus belles, des plus nobles et des plus sages, perdre leur jeunesse (Musset)
que j'en ai entendu, des théories faramineuses de cette sorte
que j'en ai vu mourir de jeunes filles (Hugo)

Auxiliaire avoir - pluriel d'autorité et de modestie

Nous peut représenter une seule personne : beaucoup nous ont suivi.

Auxiliaire avoir - règles concernant les subordonnées

Verbe cognitif dans une subordonnée comparative

Le participe passé d'un verbe cognitif est situé dans une subordonnée comparative

Il y a deux cas :

Le verbe cognitif régit l'objet direct, mais ne régit pas le cas prédicatif. Dans ce cas, l'accord n'est pas permis.

elle est plus bête que je ne l'avais pensé
la pièce est beaucoup plus longue que tu ne nous l'avais dit
le cours était aussi utile que je l'avais escompté
ma première expérience amoureuse était aussi belle que je l'avais rêvé
nos trois semaines en Italie étaient aussi belles que tu me l'avais promis

Si le verbe cognitif régit l'objet direct et le cas prédicatif, l'accord du participe passé est considéré comme correct.

Toutefois, cet accord n'est pas obligatoire si la paraphrase de la proposition pourrait contenir une subordonnée régie objet direct. Par exemple, la paraphrase de il n'a pas donné une explication aussi détaillée que je l'aurais voulue pourrait être il n'a pas donné une explication aussi détaillée que j'aurais voulu qu'il donnât. Donc aurait voulu serait également correct.

cette pièce est plus grande que je ne l'avais imaginée
cette soirée ne fut pas aussi intéressante que tu l'aurais crue
elle était plus gentille que je ne l'avais imaginée
il n'a pas donné une explication aussi détaillée que je l'aurais voulue
la maison était moins grande que nous ne l'avions jugée
la situation est plus grave que nous ne l'avions estimée
la vie au Japon est moins chère que je ne l'avais crue
sa maladie était moins sérieuse que je ne l'avais supposée

Verbe prédicatif transitif

Le participe passé d'un verbe prédicatif transitif, accompagné du complément prédicatif, se rapporte à l'objet direct

Il y a deux cas :

Si le verbe peut régir une subordonnée objet direct qui inclut l'objet direct et le complément prédicatif, l'accord est facultatif.

ces mélodies que j'avais trouvé / trouvées doucereuses
ces peuplades qu'on a prétendu / prétendues anthropophages
des excuses qu'on aurait dit / dites invraisemblables
des produits qu'on aurait jugé / jugés invendables
elles se sont estimé / estimées intéressantes
je les ai cru / crus plus gentils
la maison qu'on a crue démoli / démolie
vous les avez trouvé / trouvées bien portantes
vous me l'avez dit / dite guérie

Quelques verbes qui ont ce comportement :

croire
dire
espérer
juger
penser
prédire
préférer
prétendre
prévoir
représenter
savoir
trouver
vouloir

Autrement l'accord avec l'objet direct est obligatoire

ceux que cette aventure a rendus riches
je les ai retrouvées vivantes
on l'a nommée vice-présidente

Relativation profonde

Le participe passé a l'air de se rapporter à un objet direct qui, en réalité, est extrait de sa subordonnée objet direct réelle ou sous-entendue.

Voir l'examen de la relativation profonde à la page connexe Relativation primaire - relativation profonde. Pour l'examen détaillé des subordonnées objets directs fléchies et infinitives, voir la page connexe La subordonnée objet direct.

Il y a deux cas à envisager :

Si la proposition est interprétable (au sens voulu) sans la deuxième subordonnée, l'accord est facultatif.

j'ai obtenu la réparation que j'ai voulu (obtenir)
j'ai obtenu toutes les garanties que j'avais souhaité (obtenir)
on a obtenu les résultats qu'on avait espéré (obtenir)
c'est la note qu'il a espéré qu'on lui donnerait

Si la proposition n'est pas interprétable (au sens voulu) sans la deuxième subordonnée, l'accord est interdit.

Subordonnées infinitives

les romans que j'ai autrefois aimé à lire
les paroles qu'il n'a osé prononcer
les enfants que j'ai eu à élever
il a détruit les dossiers que tu lui avais dit de détruire
j'ai effectué toutes les corrections que j'ai dû et pu effectuer
j'ai fait tous les efforts que j'ai pu faire
je ne connais aucune des personnes qu'il a dit connaître
la route qu'il avait résolu de suivre
les dentelles qu'on nous a appris à faire
les efforts que j'ai dû faire
les impressions que j'ai cherché à exprimer
les premiers problèmes qu'il a eu à résoudre
nous avons fait toutes les améliorations que le prêt a permis de faire
voici les dossiers que tu m'as demandé de vérifier
voilà les problèmes que j'ai cherché à résoudre
voilà les problèmes que j'ai essayé de résoudre

Subordonnées fléchies

il m'a donné tous les renseignements que j'ai voulu qu'il me donnât
j'ai signé tous les dossiers que tu as voulu que je signe
la lettre que j'avais annoncé que tu recevras
les hommes que j'avais prévu qui viendraient
une nouvelle que j'aurais préféré qui fût sue plus tôt
voilà les problèmes qu'il a suggéré que je résolve

L'interrogation profonde

Nous venons de consacrer une rubrique importante à la relativation profonde. L'extraction de la cible de relativation qui se produit dans la relativation profonde est le même méchanisme (en plus compliqué) que l'extraction de la cible d'interrogation qui se produit dans l'interrogation profonde. Nous allons donc nous contenter ici de quelques exemples. Pratiquement tous les exemples de la relativation profonde pourraient être convertis en exemples de l'interrogation profonde.

quels services a-t-il offert de vous rendre ?
combien de fautes avez-vous permis de faire ?
quels hommes as-tu prévu qui viendraient ?

Verbe cognitif avec montée sujet-objet

Après une transformation de montée sujet-objet, le participe passé a l'air de se rapporter à l'objet direct de surface d'un verbe cognitif

Voir l'examen de la montée sujet-objet à la page connexe La subordonnée objet direct infinitive - la montée sujet-objet. L'accord est interdit.

une lettre que j'ai cru être de Pierre
une lettre que j'ai su depuis ne pas être de Pierre
une lettre que j'aurais souhaité être de Pierre
une lettre que les experts ont reconnu être de quelqu'un d'autre que Pierre
une lettre que tu m'as dit être de Pierre
des sublimités qu'on a reconnu être des fautes de copiste (France)
une chambre qu'elle leur avait dit être le petit salon (Billy)
une des choses qu'il lui avait dit lui faire si plaisir (Proust)
une émotion qu'il eût souhaité être la crainte (La Varende)

Verbes factitifs et de perception

Pour l'examen détaillé des subordonnées factitives (faire, laisser), quasi-factitives non prépositionnelles (envoyer, mener) et de perception (voir, entendre, regarder, écouter, sentir), voir les pages connexes La subordonnée factitive, La subordonnée quasi-factitive, La subordonnée de perception. Ces trois types de subordonnée se ressemblent à bien des égards. Ensemble, ils constituent l'un des deux types majeurs de montée sujet-objet du français.

Le participe passé du verbe factitif, du verbe quasi-factitif non prépositionnel et du verbe de perception donne l'impression de se rapporter à son objet direct de surface. En réalité, l'objet direct de surface est toujours le sujet de la subordonnée sous-jacente, qu'elle soit active ou passive. Donc, l'accord devrait toujours être évité. Telle n'est pas la règle préconisée par les grammaires traditionnelles.

Voici là règle traditionnelle de l'accord du participe passé dans la montée sujet-objet. Avec le verbe factitif faire, les grammaires traditionnelles préconisent toujours le non-accord, quelle que soit la voix du verbe de la subordonnée sous-jacente. Avec les autres verbes, en particulier avec les verbes de perception et avec le verbe factitif laisser, les grammaires traditionnelles préconisent l'accord lorsque le verbe de la subordonnée sous-jacente est un verbe actif, et le non-accord lorsque le verbe de la subordonnée sous-jacente est un verbe passif.

Cette règle nous paraît (n'en déplaise à Grevisse et à d'autres autorités) manquer de fondement. Au vu du mécanisme transformationnel de la montée susjet-objet, nous proposons la règle suivante : toujours laisser le participe passé invariable dans la montée sujet-objet.

Considérons les paires contrastées suivantes :

les violonistes que j'ai entendu jouer
les sonates que j'ai entendu jouer

les filles que j'ai entendu chanter
la chanson que j'ai entendu chanter

les hommes que j'ai vu déménager
les meubles que j'ai vu déménager

les forestiers qu'elle a vu abattre des arbres
les arbres qu'elle a vu abattre par les forestiers

elles se sont vu instruire leurs enfants
elles se sont vu instruire par leurs maîtres

la femme que j'ai vu monter dans la voiture
la femme que j'ai vu emmener dans une ambulance

les blés que nous avons vu onduler sous la brise étaient dorés
les blés que nous avons vu moissonner était dorés

la sage-femme que j'ai envoyé paître
la sage-femme que j'ai envoyé chercher

les enfants que la sorcière a fait manger pour qu'ils grossissent
les enfants que la sorcière a fait manger à l'ogre

l'assistante que j'ai fait entrer
l'assistante que j'ai fait engager

que de pleurs j'ai vu verser
que de pleurs j'ai vu couler

les arbre que j'ai vu planter
les arbre que j'ai vu fleurir

elles se sont laissé aller
elles se sont laissé séduire

Quelques verbes dont l'infinitif est souvent interprété passivement avec laisser : prendre, circonvenir, séduire, convaincre, pousser, arrêter, marier.

Dans tous les cas, le verbe factitif (faire, laisser) ou le verbe de perception (voir, entendre) a une subordonnée pour objet direct. C'est toujours le sujet de la forme sous-jacente de cette subordonnée qui devient l'objet direct représenté par que à la surface. Dans la première proposition de chaque paire, l'infinitif est actif ; dans la seconde proposition de chaque paire, l'infinitif est passif. Que la subordonnée soit active ou passive, il est illogique d'accorder le participe passé du verbe factitif ou du verbe de perception avec le sujet de cette subordonnée, puisque c'est à la totalité de la subordonnée que le participe passé se rapporte dans tous les cas.

Verbes quasi-factitifs

Voir l'examen des verbes quasi-factitifs à la page connexe La subordonnée quasi-factitive. Le comportement des verbes quasi-factitifs non prépositionnels (envoyer, mener) est presque identique à celui des verbes factitifs. Les verbes quasi-factitifs prépositionnels se divisent en deux groupes. Les verbes laisser à et avoir à hésitent entre l'accord et l'invariabilité. Les verbes donner à, porter à, apporter à et mettre à sont toujours accordés.

j'ai résolu tous les problèmes que j'avais eu(s) à résoudre
j'ai résolu tous les problèmes que tu m'avais laissé(s) à résoudre
j'ai résolu tous les problèmes que tu m'avais donnés à résoudre
l'ambroisie qu'elle lui a portée à boire
la chemise que j'ai mise à sécher
les leçons qu'on m'a données à apprendre
les lettres qu'on leur a laissé à signer
les livres qu'on leur a donnés à lire
les meubles qu'on leur a donnés à restaurer

Auxiliaire être - verbes intransitifs

Le participe passé s'accorde avec le sujet.

elle est entrée sans frapper

Auxiliaire être - voix passive

Le participe passé s'accorde avec le sujet.

l'affaire a été portée devant les tribunaux

Auxiliaire être - voix pronominale

La détermination du cas du pronom réfléchi ou réciproque

Le cas du pronom réfléchi ou réciproque est presque toujours manifeste :

Le pronom est objet direct dans

se baigner
se blesser
se regarder

Le pronom est objet indirect dans

se nuire
se suffire
se plaire
se parler
se téléphoner
s'écrire

Dans elle s'est fait un devoir de, se est objet indirect, mais dans elle s'est faite l'écho de, se est objet direct.

Si le verbe a un objet direct autre que le pronom, le pronom ne peut être que l'objet indirect :

s'accorder (une permission)
s'imposer (une pénitence)
s'approprier (une maison)
se partager (les dépouilles)
se disputer (la première place)

Le problème que posent les verbes à multiples schémas de rection n'est pas particulièrement épineux.

Les pronoms réfléchis sont au cas objet direct dans

elles se sont servies du thé (comme réactif)
ils se sont persuadés de notre innocence
nous nous sommes assurés de cette nouvelle

Les pronoms réfléchis sont au cas objet indirect dans

elles se sont servi du thé (comme boisson)
ils se sont difficilement persuadé nos malheurs (littéraire)
nous nous sommes assuré des vivres pour six mois

Les règles de l'accord du participe passé

Le participe passé s'accorde avec le pronom objet direct et ne s'accorde pas avec le pronom objet indirect, donc on écrit elle s'est coupé le doigt et elle s'est coupée au doigt.

Objet direct

ils se sont battus
ils se sont entraidés
ils se sont réconciliés
ils se sont trompés
plusieurs oratrices se sont injuriées à la tribune

Objet indirect

ils se sont acheté des jouets
ils se sont coupé le doigt
ils se sont parlé
ils se sont plu dès le premier instant
ils se sont rendu compte
plusieurs directeurs se sont succédé à la tête de cette entreprise
plusieurs oratrices se sont succédé à la tribune

Si le pronom réfléchi ou réciproque est un objet indirect, l'accord du participe avec un objet direct non pronominal se fait comme d'ordinaire :

la peine qu'il s'est donnée
la petite liste que je m'étais faite
la maison qu'ils se sont construite
la tâche qu'elles se sont imposée
les chemises qu'il s'est achetées
les inepties qu'ils se sont dites

Il y a des verbes pronominaux inanalysables. Leur participe passé s'accorde avec le sujet :

elles se sont absentées
elles se sont aperçues
elles se sont doutées
elles se sont échappées
elles se sont écriées
elles se sont enfuies
elles se sont exclamées
elles se sont jouées de lui
elles se sont prévalues
elles se sont promenées
elles se sont récriées
elles se sont repenties
elles se sont souciées
elles se sont souvenues
elles se sont tues

Il y a un petit groupe de verbes inanalysable dont le participe passé est invariable :

se complaire
se déplaire
se plaire
se rire

Certains verbes hésitent entre le comportement inanalysable (accord avec le sujet) et le comportement invariable.

se plaindre,
se dédire

L'accord du participe passé est sylleptique : il se fait selon le sens et non selon les traits formels :

on s'est séparées
vous vous êtes trompée, Mademoiselle

Le participe passé est invariable dans certaines locutions verbales :

elle s'est fait belle (=elle est devenue belle)
la presse s'est fait l'écho de
elle s'est fait fort

Avec un sujet existentiel

Le participe passé ne s'accorde pas avec le sujet réel existentiel.

il s'en est vendu mille exemplaires
il s'est construit des horreurs dans ce quartier
il lui est arrivé des choses bizarres (mais des choses bizarres lui sont arrivées)
il a été vendu plus de mille exemplaires
les bagarres qu'il y a eu après le match
les négociations qu'il a fallu pour décrocher ce contrat
les soins qu'il a fallu
les vents qu'il y a eu

Prépositions formant un participe absolu avec l'argument

Voir l'examen du participe passé absolu à la page connexe La subordonnée participiale absolue.

Les pronoms personnels sont admis avec certaines de ces prépositions. Dans ce cas, l'argument précède la préposition : eux compris, eux inclus.

Attendu

attendu les nouvelles résolutions
attendu son incapacité

Compris, non compris

Préposition invariable

compris les indemnités

Postposition accordée

piles non comprises

Entendu, ouï

Entendu et ouï sont propres à la langue juridique.

entendu toutes les parties
ouï les témoins

Étant admis

Étant admis précède son complément. Le seul complément possible est une subordonnée nominalisée par que.

Étant donné

Étant donné précède son complément. On peut l'accorder ou le laisser invariable. Le complément est un nom ou une subordonnée nominalisée par que.

étant donné ses propos
étant donné les circonstances présentes
étant donné deux droites
étant donné l'heure tardive

Étant entendu

Étant entendu précède son complément. Le seul complément possible est une subordonnée nominalisée par que.

Excepté

Préposition invariable

tous, excepté ma sœur

Postposition accordée

tous, ma sœur exceptée

Exclu

Préposition accordée.

exclus ceux qui

Joint

Préposition invariable.

Le complément est toujours propositionnel. Join que et joint à cela que signifient outre que, ajoutez que.

Mis à part

Préposition invariable

mis à part son attitude

Postposition variable

son attitude mise à part

Ôté

La préposition invariable ôté signifie excepté : ôté deux ou trois chapitres, cet ouvrage est excellent.

Ouï

Voir entendu ci-dessus.

Passé

Préposition invariable

passé cette date limite
passé dix heures
passé la cinquantaine
passé la dernière maison
passé la frontière
passé la rivière
passé leur bachot
passé les émeutes des premiers jours
passé la première stupeur, la première souffrance (Arland)
passé certaines limites

Préposition variable (rare)

passés les premiers moments d'extase
passées les premières pages

Postposition variable (peut aussi être analysé comme participe absolu)

la première surprise passée
à cinquante ans passés
la première gêne passée

Supposé

Le seul complément possible de la préposition supposé est la subordonnée nominalisée par que.

Vu

Préposition invariable.

vu l'heure tardive
vu les nouvelles résolutions
vu son incapacité

Y compris

Préposition invariable.

Autres participes passés

Selon certaines grammaires, les participes passés

écarté
franchi
quitté
retiré
sonné

se sont également grammaticalisés en prépositions invariables.

La majorité des locutions que nous venons de passer en revue sont prépositives : le participe précède le nom. On pourrait tenter d'expliquer ce fait par la préférence pour les prépositions et l'absence presque totale de postpositions en français, mais cette explication ne serait pas complète. Il faut aussi tenir compte du fait que le participe absolu est une subordonnée. Or la place neutre du sujet dans la subordonnée est après le verbe. Voir l'examen de l'inversion subordinative générique à la page connexe L'inversion subordinative générique.

Les locutions prépositives telles que eu égard à, compte tenu de, exception faite de, abstraction faite de ne figurent pas sur cette liste. Elles ne forment pas de participe absolu avec leur argument, car elles sont déjà des participes absolus en elles-mêmes.

Adjectifs divers de la langue administrative

Les adjectifs ci-inclus, ci-joint, ci-annexé, reçu, approuvé de la langue administrative sont laissés invariables dans certains cas :

Épithète - postposée et accordée

la lettre ci-incluse

Adverbe - antéposé et invariable

ci-joint vous trouverez

Quasi-prédicat - antéposé - graphie instable

trouvez ci-joint les copies de
trouvez ci-jointes les copies de
vous recevrez ci-inclus copie de
vous recevrez ci-incluse copie de

Quasi-prédicat - postposé - graphie instable

les pièces que vous recevrez ci-joint
les pièces que vous recevrez ci-jointes

Réduction prédicative - antéposé et accordé

ci-incluses, ces pièces seront en sûreté

Ajoutons que franc de port a le même comportement : livrer la marchandise franc de port, mais la marchandise livrée franche de port.

Cas divers de l'emploi adverbial du participe passé

c'est une Frontenac tout craché (Mauriac)
première dame d'honneur, chuchoté, aux autres dames d'honneur (Montherlant - indication scénique)

Objet direct imprécis

il l'a échappé belle

L'objet direct est imprécis, donc le participe passé reste invariable.

Les formes surcomposées

Dans les formes surcomposées seul le dernier participe passé s'accorde.

je les ai eu apprises
je me suis eu levée
il les a eu vite rassurés
elle s'est eu promenée
ils se sont eu informés

Le préfixe négatif in

Un grand nombre de participes passés admettent le préfixe négatif in ou une variante phonologique de celui-ci. Exemples :

illimité
imprévu
impuni
inachevé
inattendu
inavoué
inchangé
incompris
inconnu
incontesté
inégalé
inespéré
inexplosé
infondé
inoccupé
inopiné
inouï
insoumis

Les comportements grammatical et sémantique de ces adjectifs déverbaux est assez irrégulier. Leur transparence par rapport aux prépositions régies et à l'agent passif, ainsi que leur transparence sémantique sont des attributs lexicaux contingents. L'élaboration de cette classification dépasse le cadre de notre travail.

RETOUR EN HAUT DE PAGE