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TITRE
Degrés de réalité et relations temporelles (632)

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Les subordonnées adverbiales (596)
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PAGES SŒURS
Degrés de réalité et relations temporelles (632)

SOMMAIRE
Concordance des degrés de réalité
Relations temporelles souples
La diversité des temps dans la prémisse
Indépendance des degrés de réalité et des temps
La logique de la morphologie des deux conditionnels
Formes canoniques - exemples

Concordance des degrés de réalité

Le degré de réalité est un attribut de la phrase conditionnelle. La phrase conditionnelle peut être « réelle » ou « irréelle ». Les deux parties de la phrase conditionnelle, à savoir la prémisse et la conclusion, ont obligatoirement le même degré de réalité. Les phrases *si tu tournes à gauche, je tournerais à droite et *si tu tournais à gauche, je tourne à droite sont agrammaticales.

On verra tout à l'heure que les degrés de réalité et les temps sont deux dimensions indépendantes.

§ La prémisse irréelle

Dans la langue commune, la prémisse irréelle présente est signalée par l'imparfait de l'indicatif et la prémisse irréelle passée, par le plus-que-parfait de l'indicatif.

s'il était déjà midi, il ferait beaucoup plus chaud
si je n'avais pas la grippe, je t'inviterais à dîner
si je m'y étais pris autrement, je ne serais pas là
si j'avais eu, à ce moment, une femme qui m'eût aimé, jusqu'où ne serais-je pas monté (Mauriac)
je n'en parlerais pas, si vous n'aviez pas réveillé de mauvais souvenirs (Duhamel)

Relations temporelles souples

La relation entre le temps de la conclusion et le temps de la prémisse est très souple. La prémisse et la conclusion peuvent être simultanées et la conclusion peut être postérieure à la prémisse. Si la logique de la situation le permet, la conclusion peut même être antérieure à la prémisse.

§ Conclusion postérieure à la prémisse

si tu dis cela, tu auras une fessée
si Pierre est chez lui, il répondra au téléphone
si Pierre était chez lui, il répondrait au téléphone
si Pierre a pris le train de neuf heures, il sera déjà arrivé
si Pierre avait pris le train de neuf heures, il serait déjà arrivé

§ Conclusion antérieure à la prémisse

si j'abandonnais aujourd'hui mes études, mes parents auraient dépensé en pure perte bien de l'argent

La diversité des temps dans la prémisse

§ L'emploi des temps dans la prémisse est limité par une seule règle : le futur et le futur antérieur sont exclus de la prémisse normale, c'est-à-dire de la prémisse qui a un sens conditionnel. Voir la page connexe Les emplois de si - les sens non hypothétiques pour l'étude détaillée des sens non conditionnels de si.

Les temps qui suppléent le futur et le futur antérieur après si sont le présent et le passé composé. Dans la langue écrite, on se sert parfois du verbe devoir : si le maire prochain doit être aussi nul que l'actuel.

Tu me croiras si tu voudras est une formule de plaisanterie figée.

§ Les conditionnels absolus, c'est-à-dire les « conditionnels non conditionnels », sont permis dans la prémisse. Voir l'étude du conditionnel absolu à la page connexe Le conditionnel absolu.

§ La fonction primaire de l'imparfait et du plus-que-parfait dans la prémisse est modale : ils expriment l'hypothèse irréelle. Ils peuvent cependant garder leur rôle temporel, surtout pour exprimer une habitude ou un fait répété du passé.

que charité soit synonyme d'amour, tu l'avais oublié, si tu l'avais jamais su (Mauriac)

§ Le passé composé comme temps non supplétif est rare, mais possible si le contexte l'implique : si le locataire a été troublé dans sa jouissance, il a droit à.

§ Un contexte propice au passé simple est difficile à construire, car il exprime un fait classé, un fait sans effet sur le présent, donc un fait qui ne peut pas entretenir un rapport logique avec la conclusion.

Indépendance des degrés de réalité et des temps

Les quatre combinaisons du degré de réalité et du temps :

§ Réel, présent

si tu tournes à gauche, je tourne à droite

§ Irréel, présent

si tu tournais à gauche, je tournerais à droite
j'achèterais cet appartement, si le propriétaire baissait le prix
si les murs de cette ancienne prison parlaient, on entendrait râler des mourants

§ Réel, passé

La combinaison réel/passé se rencontre dans trois contextes : dans le contexte conditionnel normal, dans le contexte non conditionnel temporel (lorsque si est synonyme de chaque fois que) et dans le contexte non conditionnel déductif. Voir les contextes non conditionnels à la page connexe Les emplois de si - les sens non hypothétiques.

Sens conditionnel

si Pierre travaillait à cette heure-là, son patron le confirmera

Sens non conditionnel temporel

si je boudais, elle devenait caressante ; si elle faisait la fâchée, j'avais en quelque sorte le droit de l'interroger (Balzac)
s'il pleuvait, Marie se calfeutrait chez elle

Sens non conditionnel déductif

si l'accusé était chez lui à l'heure du vol, il doit être innocent

§ Irréel, passé

si tu avais travaillé hier à neuf heures du soir, personne ne t'accuserait du crime
si le propriétaire avait baissé le prix, j'aurais acheté cet appartement

§ Réel, futur

s'il ne pleut pas demain, nous irons à la plage
si tu lis mon ouvrage, tu m'obligeras

§ Irréel, futur

s'il ne pleuvait pas demain, nous irions à la plage

La combinaison irréel/futur est tirée par les cheveux, mais pas agrammaticale.

La logique de la morphologie des deux conditionnels

On vient de voir que l'imparfait de la prémisse est normalement suivi du conditionnel dans la conclusion, De même, la concordance des degrés de réalité associe le conditionnel passé de la conclusion au plus-que-parfait de la prémisse. Ce n'est pas un fait du hasard.

La fonction modale du conditionnel de la conclusion est modelée d'une façon tout à fait logique sur la fonction temporelle du passé postérieur. (Le passé postérieur et le conditionnel ont la même forme.) Morphologiquement parlant, le passé postérieur est l'imparfait du futur. Or c'est l'imparfait qui exprime le conditionnel de la prémisse. Donc le conditionnel de la conclusion est en quelque sorte le futur du conditionnel de la prémisse. Cette relation morphologique entre le conditionnel de la conclusion et le conditionnel de la prémisse s'accorde au fait que la conclusion découle de la prémisse et que cette relation logique se traduit souvent par une relation temporelle.

Formes canoniques - exemples

§ Formes canoniques réelles

s'il ne pleut pas dimanche, je serai content
si on chauffe l'eau à 100 degrés, elle bout
si tu crois que ça va se passer comme ça, tu te trompes
si c'est ça, je m'en vais

§ Formes canoniques irréelles

si Napoléon avait gagné la bataille de Waterloo, Louis dix-huit ne serait pas remonté sur le trône
si j'avais de l'argent, je me ferais construire une maison
si j'avais su qu'il était à Paris je l'aurais invité
si l'on y regardait bien, on verrait que ce n'est pas toujours vrai
si ma tante en avait deux, on l'appellerait mon oncle

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