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TITRE
Les subordonnées complémentales - les incises (595)

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Manuel de la grammaire française (0)
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La subordination et les subordonnées (521)
Les subordonnées complémentales (531)

PAGES SŒURS
Les subordonnées complémentales - les incises (595)

SOMMAIRE
Les incises - introduction - terminologie et renvois
L'incise à inversion cognitive totale
L'incise à inversion cognitive - exemples liminaires
Les registres
Cognitivité grammaticalisée et non grammaticalisée
La structure formelle de l'incise à inversion cognitive
La structure informationnelle de l'incise à inversion cognitive
La forme sous-jacente de la phrase à inversion cognitive
Inversions et sujets dans l'incise à inversion cognitive
Les modes et les temps
La négation et l'interrogation
La passivation de l'incise à inversion cognitive
Les verbes intransitifs à sujet propositionnel
La montée de la cognitivité
La montée de la cognitivité de la subordonnée infinitive
La montée de la cognitivité d'une subordonnée omise
L'incise à inversion cognitive et la concordance des temps
Étude lexicale de l'incise à inversion cognitive
Les verbes de l'incise à inversion cognitive - introduction
Verbes cognitifs - quelques listes partielles non liées
Verbes cognitifs - toutes catégories confondues
Quelques inversions faussement classées comme incises
L'incise à inversion cognitive partielle
Exemples de l'incise à inversion cognitive partielle
Incise cognitive totale et partielle - exemple comparatif
La source de l'incise à inversion cognitive partielle
L'incise partielle dans la relative profonde
L'incise de commentaire total
Construction hypotactique et construction paratactique
Différences entre les deux versions
Commentaire total et inversion
Les types de l'incise de commentaire total
L'incise de commentaire partiel
L'incise de commentaire partiel - exemples liminaires
Commentaire total et commentaire partiel - comparaison
Relativation de la cible
Référence pronominale dans le commentaire partiel
Le poids du commentaire
L'incise libre

Les incises - introduction - terminologie et renvois

Les deux termes « incise » et « incidente » sont instables et mal définis dans la plupart des grammaires. Nous avons jugé utile de repartir à zéro. Nous éliminons complètement le terme « incidente » et nous établissons trois types d'incise :

« l'incise à inversion cognitive »
« l'incise de commentaire »
« l'incise libre »

L'incise à inversion cognitive et l'incise de commentaire ont chacune un sous-type total (portant sur la totalité du reste de la phrase) et un sous-type partiel (portant sur une partie du reste de la phrase). Donc l'opposition inversion cognitive / commentaire et l'opposition total / partiel forment une matrice à quatre cases indépendantes.

Il y a toujours inversion du sujet dans l'incise à inversion cognitive et il n'y en a jamais dans l'incise de commentaire, et ceci sans égard pour le sous-type (total ou partiel).

Renvois

Pour une introduction aux inversions, voir la page connexe L'inversion du sujet.
Pour une introduction au discours direct, voir la page connexe Les subordonnées complémentales - les perspectives du discours.
Pour une introduction à la rétrogradation de la principale, voir la page connexe La rétrogradation de la principale.

L'incise à inversion cognitive totale

§ L'incise à inversion cognitive - exemples liminaires

rentrons, dit le père à ses fils, car il commence déjà à faire sombre
il était excusé, croyait-il, par les circonstances
c'est un châtiment sans commune mesure, est-on prié de croire, avec le crime
c'est une hypothèse riche, faut-il préciser, de corollaires
le cambrioleur a emprunté, avons-nous appris, les combles de la chapelle

§ Les registres

L'incise à inversion cognitive est plus courante dans la langue écrite que dans la langue parlée. Les romanciers en font un usage fréquent. Nous allons voir plus loin que le français populaire la remplace souvent par une relative sans inversion.

§ Cognitivité grammaticalisée et non grammaticalisée

Pour les besoins de notre discussion de l'incise à inversion cognitive, nous introduisons la distinction entre cognitivité grammaticalisée et cognitivité non grammaticalisée. Pareillement, nous parlerons aussi de verbes grammaticalement cognitifs et sémantiquement cognitifs. Cette distinction joue un rôle crucial dans l'étude de l'incise à inversion cognitive. Sur la présente page, consacrée aux incises, « cognitivité » tout court peut signifier à la fois cognitivité grammaticalisée ou cognitivité non grammaticalisée, pourvu que la distinction soit indifférente dans le contexte donné.

Est grammaticalement cognitif un verbe transitif actif de parole ou de pensée qui admet comme objet direct une subordonnée formelle introduite par la conjonction que et satisfaisant aux règles de la subordination complémentale et du discours indirect : il dit que. Est également grammaticalement cognitif un verbe transitif passivé de parole ou de pensée qui admet comme sujet une subordonnée formelle introduite par la conjonction que et satisfaisant aux règles de la subordination complémentale et du discours indirect : il est dit que.

Est sémantiquement cognitif (possède une cognitivité non grammaticalisée) tout verbe, transitif ou intransitif, actif ou passif, qui fait penser à un acte de communication ou de réflexion, au sens le plus large du mot, même très indirectement et même s'il n'admet aucune subordonnée formelle objet direct ou sujet. Exemple : ce qui fut à démontrer, triompha-t-il.

L;ensemble des verbes grammaticalement cognitifs est un sous-ensemble de l'ensemble des verbes sémantiquement cognitifs. Le club des verbes grammaticalement cognitifs est plus fermé que le club des verbes sémantiquement cognitifs. Qui peut le plus peut le moins. En termes moins énigmatiques, les verbes grammaticalement cognitifs admettent un objet direct en forme de discours indirect ou en forme de discours direct (citation), alors que les verbes à cognitivité non grammaticalisée n'admettent que des quasi-subordonnées en forme de discours direct (citation).

La cognitivité, grammaticalisée ou non, a le pouvoir de « monter ». On verra plus loin que le verbe de certaines subordonnées infinitives et de certaines subordonnées participiales virtuelles (omises) ont le pouvoir de transmettre leur cognitivité au verbe de la principale. Exemples :

je suis d'accord, essayait-il de dire
je suis d'accord, alluma-t-il un cigare

Cela veut dire qu'en théorie n'importe quel verbe peut épouser un comportement cognitif non grammaticalisé dans l'incise à inversion cognitive.

§ La structure formelle de l'incise à inversion cognitive

rentrons, dit le père à ses fils, car il commence déjà à faire sombre

Cette phrase se décompose en

$ rentrons - pan de gauche de l'objet direct, qui a obligatoirement la forme de discours direct (sans que)

$ dit - verbe de l'incise, verbe cognitif (verbe de parole ou de pensée) au sens très large, comme on verra

$ le père - sujet inversé de l'incise, qui peut être un nom ou un pronom personnel conjoint, mais pas un pronom personnel disjoint

$ à ses fils - complément ou adverbe facultatif du verbe de l'incise

$ car il commence déjà à faire sombre - pan de droite de l'objet direct en forme de discours direct, lui aussi facultatif

Bref, l'incise, qui joue le rôle de principale, est encadrée des deux pans de sa subordonnée objet direct. L'incise se compose d'un verbe cognitif, d'un sujet inversé nominal ou pronominal conjoint et, facultativement, de compléments régis ou non régis du verbe.

La phrase à incise à inversion cognitive n'est, au fond, qu'une phrase à verbe cognitif dont le sujet et l'objet direct échangent leur place. L'antéposition de l'objet direct et la postposition du sujet sont les seuls critères définitoires de l'incise à inversion cognitive. L'incision (l'encadrement) du verbe et du sujet n'est paradoxalement pas un critère définitoire de l'incise à inversion cognitive. L'objet direct peut avoir deux pans, mais le pan de droite est facultatif. La phrase rentrons, dit le père à ses fils (le père n'explique pas sa décision) est considérée comme une incise à part entière, malgré l'absence de pan de droite. Le terme « incise » est donc maladroit dans le cas de l'incise à inversion cognitive.

Comparons les phrases

les Dupont, dit-elle, l'ennuyent à mourir

et

elle est allée voir les Dupont qui, dit-elle, l'ennuyent à mourir.


L'incise du premier exemple est une incise totale ; l'incise du second exemple est une incise partielle. Jusqu'ici nous n'avons parlé que de l'incise totale. Nous remettons à plus tard l'examen de l'incise partielle, mais nous constatons dès maintenant l'étrange rapport de similitude et de dissimilitude entre l'incise totale et l'incise partielle.

La place de la césure entre les deux pans de la citation se choisit très librement : avant un complément ou adverbe majeur, avant une subordonnée complémentale ou adverbiale, avant ou après un pronom relatif, avant ou après une conjonction coordinative. après une apostrophe, etc. Toutefois, la place de la césure peut avoir une certaine valeur informationnelle : le pan de droite peut être légèrement rhématisé.

Si le sujet de l'incise n'est pas un pronom conjoint, il peut être séparé du verbe par un adverbe léger :

...disait souvent Pierre avant d'allumer un cigare
...s'écria brutalement Pierre
...dit, avec un sourire de sympathie, sa tante
...dit, après un moment de silence, l'abbé
...dit, à Pierre, Paul

Les possibilités de chaînes d'incises à inversion cognitives sont trop nombreuses et trop complexes pour être recensées ici. Exemples :

ils ne savent pas ce qu'ils font, disait, dit-on, le Christ
je m'efforce d'avoir l'air résigné et, au fond, je suis satisfait, murmurait le ministre - m'a confié un de ses proches

À la base de ces chaînes, on trouve toujours une phrase complète à incise à inversion cognitive qui s'incorpore dans une autre phrase comme objet direct de cette dernière. Ce procédé peut être répété récursivement. Lecteurs et lectrices de Proust, faire attention.

L'omission du verbe de l'incise à inversion cognitive est une aberration littéraire : je vous adore, Eulalie, d'une voix tremblante Bartalémy. Évidemment, les sujets conjoints ne sont pas admis.

§ La structure informationnelle de l'incise à inversion cognitive

Nous venons d'examiner la forme de l'incise à inversion cognitive. Se pose maintenant la question de sa fonction.

Les deux propositions le père dit à ses fils : rentrons et rentrons, dit le père à ses fils ont des structures informationneles légèrement différentes. Dans les deux cas le sujet (le père) joue le rôle de thème et l'objet direct (la citation) celui de rhème, mais la version sans incise a une structure informationnelle banale, sans opposition aigüe, plutôt neutre, tandis que la version à incise accentue le rôle rhématique de l'objet direct et le rôle thématique du sujet. L'inversion dans l'incise à inversion cognitive est une inversion thématisante ou non-rhématisante. Voir l'étude détaillée de ce type d'inversion à la page connexe Les inversions non rhématisantes.

Au sein de la subordonnée du verbe cognitif, le pan de droite est parfois légèrement plus rhématisé que le pan de gauche, avons nous dit plus haut.

§ La forme sous-jacente de la phrase à inversion cognitive

Nous avons dit plus haut que l'inversion du sujet et le discours direct sont les deux critères définitoires de l'incision à inversion cognitive : rentrons, dit le père à ses enfants. Cela ne veut nullement dire que la forme sous-jacente de la phrase à inversion cognitive épouse obligatoirement, elle aussi, la forme de discours direct. La forme sous-jacente de l'exemple ci-dessus est le père dit a ses enfants : rentrons, et cette phrase a, en effet, la forme de discours direct. En revanche, la forme sous-jacente de la phrase c'est une hypothèse riche, faut-il préciser, de corollaires est il faut préciser que c'est un hypothèse riche de corollaires, qui suit les règles du discours indirect. Tout ce qu'on peut dire d'une phrase à inversion cognitive est que sa forme sous-jacente est une phrase composée d'une principale et d'une subordonnée complémentale en forme de discours direct ou indirect. La présence d'une citation (la présence du discours direct) dans la forme sous-jacente est fréquente, mais pas obligatoire.

§ Inversions et sujets dans l'incise à inversion cognitive

Sont permises l'inversion pronominale conjointe simple (dit-il, dirait-on), l'inversion nominale (dit le père) et l'inversion pronominale lourde autre que l'inversion des pronoms personnels disjoints (dira quelqu'un, diront tous). L'inversion complexe n'est pas permise (*Pierre dit-il). Autres exemples :

l'argent, disait-elle, ne fait pas le bonheur
l'argent, disait ma mère, ne fait pas le bonheur
*l'argent, ma mêre disait-elle, ne fait pas le bonheur

À la limite, l'argent, disait-elle, ma mère, ne fait pas le bonheur est acceptable, mais ici la postposition de ma mère est due au détachement et non pas à l'incision.

En français populaire, on peut éviter l'inversion du sujet en la rempaçant par une espèce de relativation en suspens :

emmenons la Zazie avec nous, qu'il dit, Gabriel (Queneau)
pauvre petit ! nous allons mourir, qu'elle dit, regardant son enfant (Balzac)
c'est tous la même race, qu'il dit (Alain-Fournier)

En faisant précéder les phrases de ce type de c'est, on obtient des phrases à mise en relief parfaitement grammaticales et logiques. L'incise à relativation du français populaire pourrait donc provenir d'une source tout à fait honorable.

Le Bidois(1952) critique comme « procédé lassant » l'usage excessif de l'incise à relativation chez Céline. « L'auteur se trompe étrangement s'il croit rendre ainsi l'image du parler populaire ; cette grossière caricature n'abuse que les naïfs. » Comme quoi Robert Le Bidois n'était pas un inconditionnel de Céline.

Notons que la formule que tu dis, qui sert à mettre en doute une parole prononcée par l'interlocuteur. n'a rien à voir avec l'incise à inversion cognitive.

§ Les modes et les temps

Seuls l'indicatif, certains emplois du subjonctif et certains emplois de l'infinitif sont permis. Le conditionnel, qui est un temps de l'indicatif, est permis.

L'emploi du subjonctif dans la principale au sens conditionnel est permis : eût-il répondu.

L'infinitif a deux emplois admis dans l'incise à inversion cognitive :

L'infinitif narratif dans la principale : de répondre Pierre (mais pas *de répondre-il).

L'infinitif dans certaines subordonnées : s'empressa-t-il de concéder. C'est un sujet important et intéressant auquel nous reviendrons tout à l'heure.

Tous les temps de l'indicatif, y compris les conditionnels, sont permis. Voir ci-dessus l'examen des emplois limités du subjonctif et de l'infinitif,

aurait dit maman
aurions-nous dit
avons-nous pensé
diriez-vous
objectera-t-on
trois fois de suite, rapporteront les journaux, on applaudit avec transport

§ La négation et l'interrogation

Rien ne s'oppose à l'emploi de la négation et de l'interrogation dans l'incise à inversion cognitive.

n'a-t-il pas clamé haut et fort ?

§ La passivation de l'incise à inversion cognitive

La plupart des études de l'incise à inversion cognitive focalisent leur attention sur la voix active des verbes cognitifs transitifs tels que dire ou penser et évitent la question de la passivation. Dans cette optique, la citation est forcément toujours un objet direct. Nous nous proposons d'explorer d'autres possibilités.

L'incise à inversion cognitive est passivable. En termes transformationnels c'est plutôt l'inverse qui est vrai : la forme passive d'une phrase à verbe cognitif peut subir l'inversion de l'incise à inversion cognitive. L'incision suit la passivation. Nous proposons ici de retracer la chaîne de transformations qui commence par la forme active sans incision et se termine par la forme passive avec incision.

Forme active, sans incision

l'agent lui répondit : on ferme dans trente minutes

La citation est à sa place normale d'objet direct après le verbe.

Forme passivée bêtement, sans incision

*on ferme dans trente minutes - lui fut répondu par l'agent

Le sujet propositionnel antéposé est peu acceptable.

Forme passivée correcte avec inversion propositionnelle, sans incision

il lui fut répondu par l'agent : on ferme dans trente minutes

Le sujet du verbe cognitif répondre passivé a maintenant deux moitiés : un sujet postiche (il) et un sujet réel (la citation). La lourdeur de la citation en tête de phrase disparaît.

Forme passivée correcte avec échange des deux moitiés du sujet

on ferme dans trente minutes, lui fut-il répondu par l'agent

Pour obtenir l'effet d'incise, les deux moitiés du sujet, produites à l'étape précédente, échangent leur place. Le sujet réel (la citation) s'antépose, le sujet postiche (il) se place après la partie fléchie du verbe cognitif. C'est cette dernière transformation qui correspond à l'inversion de l'incise à inversion cognitive à l'actif.

Dans l'incise à inversion cognitive active, la citation antéposée est l'objet direct et le sujet postposé est l'unique sujet de la phrase. Dans l'incise à inversion cognitive passivée, la citation antéposée est le sujet réel et le pronom il postposé est le sujet postiche propositionnel.

Autres exemples

...est-il dit dans la constitution
...est-il écrit au bas de la page
...est-il prédit dans mon horoscope

La passivation pronominale peut également subir l'inversion cognitive : le mariage de Pierre et Paul est imminent, se chuchote-t-il dans les milieux bien informés. La chaîne de transformations applicable dans le cas de la passivation pronominale est la même que dans le cas de la passivation normale. Nous n'insisterons pas sur les détails.

§ Les verbes intransitifs à sujet propositionnel

On vient de voir que les verbes cognitifs peuvent subir l'inversion cognitive même après passivation : est-il dit, se chuchote-t-il. Le comportement des verbes intransitifs à sujet propositionnel, c'est-à-dire des verbes d'apparence, tels que il semble que / il paraît que, est identique à celui des verbes cognitifs passivés, à ceci près que les verbes cognitifs transitifs n'admettent un sujet propositionnel qu'après passivation, tandis que les verbes intransitifs et inpassivables à sujet propositionnel sont « conçus » précisément pour cette fonction. On pourrait même dire que les verbes intransitifs à sujet propositionnel sont des verbes cognitifs passivés aux sens large : une apparence « est pensée » par un observateur. Corollaire grammatical : si ,,,se chuchote-t-il est grammatical. ...semble-t-il le doit être également. Les verbes d'apparence s'inscrivent dans le cadre élargi de l'incise à inversion cognitive. Un exemple complet : il avait gardé intactes, semble-t-il, la vigueur et la netteté de son esprit (Romains)

Le verbe s'avérer est à la fois un verbe d'apparence et un verbe cognitif passivé, donc s'avère-t-il a deux analyses équivalentes, preuve de plus que l'inversion des verbes d'apparence est une inversion d'incise cognitive.

Il y a un verbe intransitif à sujet propositionnel très important qui peut servir à exprimer une évaluation ou une apparence, mais qui n'admet pas l'inversion cognitive. C'est le verbe être. On peut dire Pierre n'arrivera, semble-t-il, que demain, mais on ne peut pas dire *Pierre n'arrivera, est-il vraisemblable, que demain,

D'autre part, on verra tout à l'heure que les verbes d'apparence sans inversion (il me semble, ce me semble) relèvent de l'incise de commentaire.

§ La montée de la cognitivité

La montée de la cognitivité de la subordonnée infinitive

L'infinitif entre dans un grand nombre de syntagmes où il sert de subordonnée. Voir les pages connexes L'infinitif - catalogue général, Les subordonnées complémentales - l'emploi de l'infinitif, La subordonnée sujet, La subordonnée objet direct, La subordonnée complément prépositionnel. Dans tous ces syntagmes, si l'infinitif a une nature cognitive, il transmet sa « cognitivité » au verbe matrice. Par exemple, dans essayer de dire, la cognitivité de dire monte au verbe matrice essayer. L'expression essayer-de-dire devient un verbe cognitif insécable. Dès lors, l'inversion de l'incise à inversion cognitive devient miraculeusement applicable à la subordonnée infinitive cognitive par le biais de la principale non cognitive. La cognitivité de la subordonnée infinitive perce à travers le verbe matrice. Nous soulignons que c'est le rapport matrice / infinitif qui est à la base de ce « miracle », quel que soit le type de subordonnée représenté par l'infinitif.

$ Infinitif = sujet de la principale

Dans tous les exemples qui suivent, le pronom il est un sujet postiche, propositionnel ou existentiel. Le sujet réel qui lui est associé est la citation.

...eût-il mieux valu dire
...aurait-il fallu dire
...aurait-il été préférable / nécessaire de dire

$ Infinitif = objet direct de la principale

Dans tous les exemples qui suivent, le pronom conjoint est un sujet réel. Il pourrait donc être remplacé par Pierre à la droite de l'infinitif.

...crut-il devoir dire (hyper-montée !)
...devrais-je dire
...devriez-vous penser
...ne pouvait-il s'empêcher de constater (hyper-montée !)
...pourrait-on dire
...préférons-nous dire

$ Infinitif = compléments divers de la principale

Dans tous les exemples qui suivent, le pronom conjoint est un sujet réel. Il pourrait donc être remplacé par Pierre à la droite de l'infinitif.

...allait-il dire (allait dire Pierre)
...avait-il coutume de dire (avait coutume de dire Pierre)
...continuait-il à dire (continuait à dire Pierre)
...était-il forcé de constater (était forcé de constater Pierre)
...essayait-il de retorquer (essayait de retorquer Pierre)
...finit-il par dire (finit par dire PIerre)
...s'empressa-t-il de concéder (s'empressait de concéder Pierre)
...venait-il de dire (venait de dire Pierre)
...vint-il me dire (vint me dire Pierre)

La montée de la cognitivité d'une subordonnée omise

Dans l'analyse de l'incise à inversion cognitive, tout acte qui peut être accompagné de paroles ou de pensées est un acte sémantiquement cognitif. Le verbe exprimant cet acte assume un comportement sémantiquement cognitif dans l'incise à inversion cognitive, même si la subordonnée qui devrait contenir le verbe grammaticalement cognitif est virtuelle (omise). La cognitivité de la subordonnée omise monte à la principale. En théorie, tout verbe est donc sémantiquement cognitif dans l'incise élémentaire (puisque tout acte peut être accompagné de paroles ou de pensées).

...trembla-t-il = ...dit-il en tremblant
...s'assit-il = ...dit-il en s'asseyant
...alluma-t-il son cigare = ...dit-il en allumant son cigare
Arabelle, vous êtes un ange ! - lui baisa-t-il la main (Allais, Grevisse)

§ L'incise à inversion cognitive et la concordance des temps

La première paire de propositions est un exemple sans problème de l'incise à inversion cognitive :

dans les milieux bien informés on chuchotait que la guerre est imminente
la guerre est imminente - chuchotait-on dans les milieux bien informés

Dans la seconde paire de propositions, presque identique à la première, il se pose un problème :

dans les milieux bien informés on pronostiquait que la guerre était imminente
la guerre était imminente, pronostiquait-on dans les milieux bien informés

C'est le problème de la concordance des temps qui se pose dans la deuxième moitié du deuxième exemple. Elle n'est ni tout à fait correcte, ni tout à fait incorrecte. Dans la subordonnée d'une incise on s'attend à une citation plutôt qu'à la concordance des temps. Mais le choix de perspective dépend aussi du verbe de la principale : la concordance des temps serait un peu trop lourde avec chuchoter, mais elle semble appropriée avec pronostiquer.

§ Étude lexicale de l'incise à inversion cognitive

Les verbes de l'incise à inversion cognitive - introduction

Les verbes qu'on trouve dans les incises à inversion cognitive constituent un domaine vaste et complexe et qui mériterait une analyse multivariée. Nous nous bornerons à quelques listes non liées.

Le verbe au centre de la phrase à incise à inversion cognitive est toujours un verbe grammaticalement ou sémantiquement cognitif, au sens défini plus haut. Qui peut le plus peut le moins : un verbe grammaticalement cognitif jouit de tous les privilèges d'un verbe sémantiquement cognitif. La montée de la cognitivité est une question syntaxique, qui ne fait pas l'objet de cette étude lexicale.

Verbes cognitifs - quelques listes partielles non liées

Sont considérés comme cognitifs, outre les verbes de parole et de pensée banals comme dire et penser,

$ certains verbes intransitifs (pleurnicher, rêvasser, triompher)

$ certains verbes pronominaux (s'écrier, s'empresser)

$ les verbes d'élocution affective (s'écrier, gémir, applaudir, ricaner)

$ les verbes d'élocution anormale (zézayer, bégayer, baffouiller, bredouiller, râler)

$ les verbes de modalité ou de communication complexe (demander, ajouter, concéder, insister, interjecter, objecter, répéter, repartir, souligner, rectifier, répondre, reprendre, confirmer, conclure, approuver)

$ les verbes psychologiques (s'attrister, s'enthousiasmer, pâlir)

$ les verbes de jugement ou d'évaluation (douter, approuver)

$ les verbes de raisonnement (réfléchir, diagnostiquer, conclure)

$ les verbes d'écriture et de lecture

$ les cris d'animaux

et on pourrait multiplier les listes partielles sans limite.

Verbes cognitifs - toutes catégories confondues

ânonner
aborder
aboyer
achever
agiter
ajouter
apaiser
applaudir
approuver
assurer
bafouiller
balbutier
bégayer
bêler
beugler
bougonner
bourdonner
brailler
braire
bramer
bredouiller
calmer
chantonner
chcuchoter
clamer
coasser
commander
commencer
compléter
concéder
conclure
confier
conseiller
criailler
crier
croasser
diagnostiquer
dire
éclater
faire
fredonner
gémir
geindre
glapir
glisser à l'oreille
grogner
grommeler
gronder
gueuler
hasarder
hurler
indiquer
insister
interjeter
marmonner
marmotter
maugréer
mentir
miauler
mugir
murmurer
narguer
objecter
ordonner
pâlir
penser
plaisanter
pleurer
pleurnicher
pontifier
porter (= avoir écrit dessus)
postillonner
proclamer
promulguer
protester
psalmodier
râler
raconter
railler
rassurer
réfléchir
répéter
répondre
recommander
rectifier
regretter
remercier
repartir
reprendre
retorquer
ricaner
rire
ronchonner
rugir
s'abandonner
s'apaiser
s'attendrir
s'écrier
s'égosiller
s'étonner
s'éveiller
s'emporter
s'enfuir
s'excuser
s'exprimer
s'indigner
s'inquiéter
s'interroger
s'irriter
savoir
se défendre
se hâter
se récrier
souffler
souligner
soupirer
sourire
sursauter
susurrer
tempêter
tousser
tréssaillir
triompher
zézayer

§ Quelques inversions faussement classées comme incises

Nous ajoutons ici quelques constructions qui ressemblent à l'incise à inversion cognitive, mais ne satisfont pas à ses critères définitoires, n'en déplaise à Robert LeBidois.

La phrase on ferme dans trente minutes, fut la réponse que lui donna l'agent s'obtient de la phrase la réponse que lui donna l'agent fut : on ferme dans trente minutes par interversion du sujet et du complément prédicatif du verbe être. Le sujet doit être un nom cognitif (sa réponse, ses dernières paroles, sa première pensée). C'est l'inversion archiconnue de mise en relief, celle qu'on trouve dans l'exemple usé Paris est la capitale de la France. Autres exemples :

...était sa première pensée
...fut la réponse
...furent ses dernières paroles

comme eût dit maman

C'est une subordonnée. L'incise doit être une principale. L'inversion à laquelle nous avons affaire ici est une inversion subordinative générique facultative. Voir la page connexe L'inversion subordinative générique.

à ce qu'on lit sur le canard

Idem.

L'incise à inversion cognitive partielle

§ Exemples de l'incise à inversion cognitive partielle

le Faubourg Saint-Germain qui, disait-elle, l'ennuyait à mourir (Proust)
la conversation roulait sur les ministres vendus, disait-il, aux Anglais (Chateaubriand)
la rhétorique nationaliste du ministre, guidée, semble-t-il, par des considérations de politique intérieure, suscite des réserves

§ Incise cognitive totale et partielle - exemple comparatif

Comparons les deux phrases à inversion cognitive

Juliette allait souvent chez les Dupont, disait-elle, qui l'ennuyaient à mourir

et

Juliette allait souvent chez les Dupont qui, disait-elle, l'ennuyaient à mourir

Dans la première phrase, Juliette affirme qu'elle va souvent chez les Dupont. Cette phrase contient une incise totale. L'incise disait-elle porte sur la totalité du matériel de la première subordonnée, y compris la relative descriptive (une deuxième subordonnée) selon laquelle les Dupont l'ennuient à mourir. C'est une phrase banale à incision cognitive.

Dans la seconde phrase, Juliette affirme que les Dupont l'ennuient à mourir. Cette phrase contient une incise partielle. L'incise disait-elle porte uniquement sur le matériel de la subordonnée relative qui l'ennuyaient à mourir et ne touche pas la première subordonnée, c'est-à-dire l'affirmation selon laquelle elle allait souvent chez les Dupont.

§ La source de l'incise à inversion cognitive partielle

L'incise à inversion cognitive partielle obéit à des règles grammaticales tout aussi précises que l'incise à inversion cognitive totale, bien que son enchâssement soit plus profond. En fait, l'analyse de l'incise à inversion cognitive partielle est exactement la même que l'analyse de l'incise à inversion cognitive totale. Une incise à inversion cognitive partielle est une incise à inversion cognitive enfouie, en général devant une épithète ou une relative.

Il ne s'agit pas de joncher la phrase d'incises au hasard et avec désinvolture, et il ne s'agit pas, non plus, d'inventer de nouvelles règles pour chaque type d'incise à inversion cognitive partielle.

La source de chaque incise à inversion cognitive partielle est une incise à inversion cognitive totale sous-jacente. Pour que l'incise partielle soit valable, il faut que l'incise totale qui est à sa source soit récupérable.

On se rappelle que le critère définitoire de l'incise à inversion cognitive totale est que le sujet et la subordonnée objet direct du verbe cognitif de la principale échangent leur place. Ce critère s'applique également à l'incise totale sous-jacente correspondant à l'incise partielle. Les grands syntagmes de l'incise à inversion cognitive, que nous avons examinés tels qu'ils se manifestent dans l'incise totale, sont aussi applicables automatiquement et sans modification à l'incise partielle. (Nous entendons par là la passivation, la montée de la cognitivité aux verbes supports, les constructions d'apparence, les verbes intransitifs pseudo-cognitifs etc.)

La clé de ce rapport à la fois de similitude et de dissimiltude entre l'incise à inversion cognitive totale et partielle ne saurait être que transformationnelle. Nous ne prétendons pas avoir exploré la théorie transformationnelle de l'incise partielle et nous nous contenterons de ne présenter qu'un exemple d'un fragment minuscule de cette théorie.

Il s'agit de l'incise à inversion cognitive cachée (« enfouie ») à l'intérieure d'une relative. L'astuce transformationelle consiste à prendre comme point de départ la forme paratactique (la forme sans relativation grammaticalisée) de la version finale voulue. Nous voulons obtenir la version finale sans réinventer la théorie de l'incise à inversion cognitive totale.

Version cible à obtenir

elle allait souvent chez les Dupont qui, disait-elle, l'ennuyaient à mourir

Version paratactique (sans relativation grammaticalisée)

elle allait souvent chez les Dupont - elle disait que ces Dupont l'ennuyaient à mourir

Inversion cognitive introduite dans l'embryon de la future relative

elle allait souvent chez les Dupont - ces Dupont, disait-elle, l'ennuyaient à mourir

Le sujet de la future relative remplacée par qui

elle allait souvent chez les Dupont qui, disait-elle, l'ennuyaient à mourir

CQFD

Remarque. L'inversion précède la relativation dans la chaîne de transformations qui produit l'incise à inversion cognitive partielle. On se rappelle que l'inversion suit la passivation.

§ L'incise partielle dans la relative profonde

Sommaire du phénomène

L'incise partielle s'emploie avec grand profit dans la relativation profonde. Voir l'examen détaillé de la relativation profonde à la page connexe Relativation primaire - relativation profonde.

Pour le cas de pivot = sujet, la relativation profonde a cinq solutions :

$ Le sujet de la deuxième subordonnée est extraite bêtement et le pronom relatif qui est placé devant la première subordonnée, La deuxième subordonnée est privée de sujet. Cette solution est simple et tout à fait logique, mais elle est gravement agrammaticale.

$ La solution dite de l'échange de qui et de que est archaïque, illogique et rébarbative, mais elle est condidérée comme grammaticale par les grammaires traditionnalistes.

$ La solution fondée sur la montée sujet-objet ne fait pas partie, elle nonplus, de la langue moderne.

$ La relative introduite par dont cognitif s'adapte à tous les registres de la langue moderne.

$ L'incise de commentaire partiel s'adapte à tous les registres de la langue moderne.

Exemple A

$ Solution « logique » mais agrammaticale

un employé qui on espère que pourrait assumer cette fonction délicate

$ Solution corrigée au moyen de l'échange de qui et de que

un employé qui'on espère qui pourrait assumer cette fonction délicate

$ Solution corrigée au moyen de la montée sujet-objet

un employé qu'on espère pouvoir assumer cette fonction délicate

$ Solution corrigée au moyen de l'incise de commentaire partiel

un employé qui, espère-t-on, pourrait assumer cette fonction délicate

$ Solution corrigée au moyen de dont cognitif

un employé dont on espère qu'il pourrait assumer cette fonction délicate

Exemple B

$ Solution « logique » mais agrammaticale

la symbolique kafkaïenne qui elle disait que se développe en spirale

$ Solution corrigée au moyen de l'échange de qui et de que

la symbolique kafkaïenne qu'elle disait qui se développe en spirale

$ Solution corrigée au moyen de la montée sujet-objet

la symbolique kafkaïenne qu'elle disait se développer en spirale

$ Solution corrigée au moyen de l'incise de commentaire partiel

la symbolique kafkaïenne qui, disait-elle, se développe en spirale

$ Solution corrigée au moyen de dont cognitif

la symbolique kafkaïenne dont elle disait qu'elle se développe en spirale

L'incise de commentaire total

§ Construction hypotactique et construction paratactique

Comparons les deux propositions composées quasi-synonymes qui suivent. Nous les appelons versions « hypotactique » et « paratactique ».

$ Version hypotactique

c'est évident qu'il est parti contre la volonté de ses parents

et

$ Version paratactique

il est parti, c'est évident, contre la volonté de ses parents

Différences entre les deux versions

$ La version hypotactique est composée d'une principale ( c'est évident ), d'un nominalisateur ( que ) et d'une subordonnée complémentale banale ( il est parti contre la volonté de ses parents ). Dans l'exemple, cette subordonée complémentale est une subordonnée sujet. (On verra d'autres types.) La principale et la subordonnée sont deux propositions complètes ; le lien entre les deux est assuré par le nominalisateur ( que ). La principale et la subordonnée sont juxtaposées dans un ordre précis.

$ La version paratactique est composée d'une proposition cible ( il est parti contre la volonté de ses parents ) et d'une proposition commentaire ( c'est évident ). Chacune des deux propositions est une principale complète. La proposition commentaire, qui porte sur la proposition cible, flotte librement, se plaçant le plus souvent à l'intérieur de la proposition cible sur une césure majeure. Il n'y a pas de nominalisateur entre les deux. Le lien entre le commentaire et sa cible est assuré par un pronom démonstratif (ce / cela), par un pronom personnel (il / le) ou par un pronom prépositionnel (en / y). Le commentaire se distingue aussi prosodiquement ou par la ponctuation (parenthèses, virgules, tirets). Le commentaire est donc une incise. Nous disons que ce type de commentaire est un commentaire total, puisque la quasi-principale porte sur la totalité de la quasi-subordonnée.

$ C'est le commentaire de la version paratactique qui correspond à la principale de la version hypotactique, et, de même c'est la cible de la version paratactique qui correspond à la subordonnée de la version hypotactique. Donc la version paratactique présente la particularité que sa quasi-principale est enchâssée dans sa quasi-subordonnée.

$ Au niveau informationnel

£ Dans la forme hypotacrique la principale est rhème et la subordonnée est thème.

£ Dans la forme paratactique le commentaire est thème et la cible est rhème.

£ Les deux structures informationnelles sont donc opposées. Résultat intéressant. Rien de tel dans le cas de l'incise à inversion cognitive.

§ Commentaire total et inversion

Par définition, et contrairement à l'incise à inversion cognitive, l'incise de commentaire total ne comporte pas d'inversion spécifique. Les seules inversions qu'on trouve dans l'incise de commentaire total sont des inversions d'interrogation (t'en souvient-il ?) ou d'injonction (figurez-vous). Un commentaire total à inversion ne serait rien d'autre qu'une incise à inversion cognitive.

§ Les types de l'incise de commentaire total

Dans notre exemple initial, la proposition cible correspondait au sujet ce de la proposition commentaire. La proposition commentaire peut aussi porter sur une cible objet direct ou sur une cible complément prépositionnel quelconque. Quelle que soit la partie du commentaire total qui porte sur la proposition cible, cette partie est représentée par un pronom personnel, démonstratif ou prépositionnel.

Exemples des trois types de lien entre le commentaire total et sa cible

cible = sujet

il est parti, c'est évident, contre la volonté de ses parents
c'est bien connu
c'est bizarre
c'est évident
c'est vrai
et c'est bien le cas
n'est-ce pas
il le semble
ce me semble

Dans certaines locutions figées le sujet du commentaire est omis.

bien sûr
peut-être
qu'à Dieu ne déplaise
soit dit en passant
soit dit entre nous

cible = objet direct

Le pronom objet direct (le) du commentaire total est omis dans certaines locutions plus ou mois figées.

c'est de l'emprunt que vous voulez parler, je pense
cette interprétation est, on doit (le) reconnaître, hasardeuse
du moins je le crois
figurez-vous
il faut bien le dire
il faut dire
j'espère / je l'espère
je crains
je crois
je l'ai bien dit
je l'ai ramarqué
je le répète
je pense
je sais bien
je trouve
je vous le jure
on dirait
on doit reconnaître
on le devine
on ne l'imaginerait pas
tu sais bien
tu vois
vois-tu
vous comprenez
vous croyez
vous voyez bien
quand tout le monde a tort, tout le monde a raison, dit, je pense, Mirabeau (Green)

cible = compléments prépositionnels divers

que je sache
en convenez-vous ?
vous en conviendrez
un soir, t'en souvient-il, nous voguions en silence (Lamartine)
je me (m'en) souviens
il a, on s'en doute, accepté

L'incise de commentaire partiel

§ L'incise de commentaire partiel - exemples liminaires

il a proposé une interprétation, il est vrai, hasardeuse
il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et, nous venons d'apprendre, violent
il se battait avec une force on dirait surhumaine
la vulgarité je ne dirai pas de John Bull...mais de l'oncle Sam n'a pas déteint sur elle (Proust)

§ Commentaire total et commentaire partiel - comparaison

Nous avons parlé plus haut d'une démarche transformationnelle dans l'étude de l'incise à inversion cognitive partielle. Ce n'est pas étonnant que nous soyons amené à reparler de transformations à propos de l'incise de commentaire partiel.

Commentaire total

il est parti, c'est évident, contre la volonté de ses parents

On vient de voir plus haut que l'incise de commentaire total est une quasi-principale qui porte sur une quasi-subordonnée majeure, telle qu'une quasi-subordonnée sujet, objet direct ou complément divers. La quasi-principale peut être enchâssée dans sa quasi-subordonnée. Le rapport entre le commentaire et sa cible est un rapport dit paratactique (sans conjonction). On a vu qu'à chaque phrase paratactique s'associe une phrase hypotactique quasi-synonyme, c'est-à-dire une phrase où la principale et la subordonnée entretiennent un rapport de subordination normale (avec nominalisateur que). La transformation dans les deux sens entre les formes paratactique et hypotactique est simple et intuitivement convaincante.

Commentaire partiel

il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et, nous venons d'apprendre, violent

Tel n'est pas le cas de l'incise de commentaire partiel, où le commentaire est une principale (on vient de l'apprendre, on le devine, je dirais, du moins il croyait), mais sa cible n'est qu'une épithète qualifiant le sujet, l'objet direct ou un complément quelconque du commentaire. Comme la cible est averbale (tout juste une épithète), elle ne peut pas être amenéee par que. Il y a un décalage de niveaux entre le commentaire partiel et sa cible. Le commentaire est enfoui non pas dans sa subordonnée mais au-dessous du niveau de sa subordonnée. Il ne semble pas y avoir de simple transformation parataxe / hypotaxe qui permette de récupérer la forme sans incise, comme c'était possible dans le cas de c'est évident (parataxe) et il est évident que (hypotaxe). On verra, heureusment, que la relativation vient à la rescousse.

On ne peut pas transformer l'exemple du commentaire partiel donné ci-dessus en

*il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et nous venons d'apprendre que violent

D'autre part. la solution

*nous venons d'apprendre qu'il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et violent

grammaticale en apparence, n'a pas le sens voulu. La récupération de la forme hypotactique à partir de la forme paratactique pose un problème épineux dans le case du commentaire partiel.

§ Relativation de la cible

On peut toujours récupérer la forme verbale de la cible partielle par le biais de la relativation, mais ce procédé tend à être tiré par les cheveux et intuitivement peu convaincant.

Exemple A

il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et, nous venons d'apprendre, violent (incise)
*il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et nous venons d'apprendre QUE violent (subordonnée complémentale)
il est parti contre la volonté d'un père autoritaire et dont nous venons d'apprendre qu'il est violent (subordonnée relative)

Exemple B

la vulgarité je ne dirai pas de John Bull...mais de l'oncle Sam n'a pas déteint sur elle (Proust) (incise)
*la vulgarité je ne dirai pas QUE de John Bull...mais QUE de l'oncle Sam n'a pas déteint sur elle (Proust modifié) (subordonnée complémentale)
la vulgarité dont je ne dirai pas qu'elle était celle de John Bull... mais celle de l'oncle Sam, n'a pas déteint sur elle (Proust modifié) (subordonnée relative)

Exemple C

il a proposé une interprétation, il est vrai, hasardeuse (incise)
*il a proposé une interprétation, il est vrai QUE hasardeuse (subordonnée complémentale)
il a proposé une interprétation dont il est vrai qu'elle est hasardeuse (subordonnée relative)

Exemple D

avec une force on dirait surhumaine (incise)
*avec une force on dirait que surhumaine (subordonnée complémentale)
avec une force dont on dirait qu'elle est surhumaine (subordonnée relative)

§ Référence pronominale dans le commentaire partiel

Les facteurs qui règlent la présence ou l'absence de la référence pronominale dans le commentaire ne sont pas absolus. L'emploi de la référence pronominale est conseillé lorsqu'il y a une certaine distance logique ou grammaticale entre le commentaire et sa cible. Nous laissons cette problématique en suspens.

sa fiancée est folle, mais charmante et, on doit (en) convenir, très élégante
il a donné une réponse on peut (le) dire inattendue
il avait agi par scrupule ou, il (le) croyait fermement, par peur

§ Le poids du commentaire

Comparons les deux phrases

elle allait souvent chez les Dupont qui, disait-elle, l'ennuyaient à mourir

et

elle allait souvent chez les Dupont qui, elle le clamait haut et fort, l'ennuyaient à mourir

La première phrase contient une incise à inversion cognitive partielle, la seconde une incise de commentaire partiel. Ce commentaire est lourd et fortement marqué et ne laisse aucun doute sur son caractère de commentaire.

La simple non-inversion du sujet ne suffirait pas. La phrase ?elle allait souvent chez les Dupont qui, elle disait, l'ennuyaient à mourir est maladroite, puisqu'elle ne se démarque pas suffisamment de l'incise à inversion cognitive. Le commentaire elle disait est trop léger.

L'incise libre

§ L'incise libre est un fourre-tout. Tout ce qui a l'air d'une incise prosodiquement ou typographiquement, mais ne s'inscrit ni dans le cadre de l'incise à inversion cognitive ni dans celui de l'incise de commentaire (total ou partiel) est une incise libre. L'incise libre est une incise inanalysable ou insuffisamment explorée à l'heure actuelle. L'incise libre est à la marge de la proposition et de la grammaire. L'incise libre relève du discours plutôt que de la grammaire. L'incise libre est un îlot autonome, sans statut bien défini, au milieu d'une autre proposition. L'incise libre détonne sur son environnement grammatical ; elle est rebelle à toute astuce transformationnelle. Sa vraie source est l'improvisation créative. Les incises que nous avons examinées plus haut constituent la partie visible de l'iceberg ; la partie cachée de cet iceberg s'appelle incise libre.

c'était l'usage à l'epoque
comment dirais-je
comprenez-moi bien
croyez-en mon expérience
écoutez
elle avait alors 18 ans
et j'en ai beaucoup souffert
figurez-vous
la Peste, car il faut l'appeler par son nom (La Fontaine)
le baron voyage avec (heum...heum...) son neveu
leurs chats, et ils en avaient beaucoup, avaient chacun leur panier
nous avons perdu - et c'est peut-être un grand malheur - le sens de l'indignation et du dégoût (Mauriac)
pardonnez-moi l'expression
passez-moi l'expression
Pierre (c'est mon cousin)
que sais-je
que voulez-vous que je vous dise
rien n'a pour moi d'existence que poétique (et je rends à ce mot son plein sens) à commencer par moi-même (Gide)
tenez-vous bien
un jour, et je pense, longtemps après la mort de mon père, ma mère cessa de porter le noir (Proust)

§ Phénomènes faussement classés comme incises libres

Les phénomènes que nous énumérons ici sont classés comme incises dans certaines grammaires. Nous trouvons cette pratique regrettable.

Relativation à antécédent phrastique

Voir la page connexe La relativation à antécédent phrastique.

ce dont je doute
ce qui ne lui était jamais arrivé
ce qui plus est
chose qu'il n'avait pas faite depuis longtemps
ils me méprisaient, pire, ils m'ignoraient (Beauvoir)
pis encore
plus précis encore
qui mieux est
qui plus est

Adverbes phrastiques

Voir la page connexe L'adverbe phrastique.

bien entendu
bien sûr
hélas
heureusement
peut-être
probablement
sans doute

Commentaire phrastique

Voir la page connexe Les subordonnées réduites - types mineurs.

du jamais vu
phénomène étrange
mieux encore
pis encore
spectacle attendrissant
spectacle étrange
quelle drôle d'idée

Commentaire métadiscursif

Voir la page connexe L'adverbe métadiscursif.

à la vérité
à vrai dire
médicalement parlant
passez-moi l'expression
pour parler comme X
puisqu'il faut l'appeler par son nom (La Fontaine)
révérence gardée

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