Les ressources mineures de la prémisse
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Les ressources mineures de la prémisse (590)

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Les ressources mineures de la prémisse (590)

SOMMAIRE

L'impératif dans la prémisse


L'infinitif dans la prémisse


Dans le français canadien familier la prémisse peut être exprimée par un infinitif sans conjonction ni introducteur d'infinitif. L'infinitif peut parfois avoir une nuance causale.

avoir pas su parler anglais, la maison partait en feu
l'amener à l'hôpital, dans une semaine on l'enterre
aller pieds nus à l'appel, c'était la mort

Le futur et le futur antérieur supplétifs dans la prémisse

La langue commune

Le futur dans la prémisse

Le futur n'est pas permis après la conjonction si exprimant la nuance conditionnelle ou semi-concessive. Pour exprimer la valeur du futur, on met normalement le verbe au présent si la prémisse est réelle et à l'imparfait si la prémisse est irréelle.

Prémisse réelle

s'il ne pleut pas demain, nous irons à la plage
si je gagne la loterie demain, j'achèterai une nouvelle voiture
si tu pars demain, je te suivrai
s'il vient demain, nous irons nous promener

Prémisse irréelle

si je gagnais la loterie demain, j'achèterais une nouvelle voiture
si tu partais demain, je te suivrais

On trouve parfois le plus-que-parfait de l'indicatif comme futur supplétif. Sa fonction est de renforcer le caractère accompli du fait de la prémisse.

si j'avais fini mon livre à Noël prochain, je pourrais partir en vacances.

L'imparfait ne serait pas moins correct dans cette phrase.

Le futur antérieur dans la prémisse

La suppléance du futur antérieur est analogue à celle du futur simple. C'est le passé composé qu'on emploie obligatoirement après si pour marquer un fait futur qui est antérieur à un autre fait futur.

*si dans une heure il ne sera pas revenu, vous appellerez la police
si dans une heure il n'est pas revenu, vous appellerez la police

*si vous aurez fini demain matin, vous pourrez partir
si vous avez fini demain matin, vous pourrez partir

La langue populaire

La langue populaire de certaines régions ne connaît pas la règle qui interdit le futur dans la prémisse introduite par si.

Les sens non conditionnels de si


si Pierre apportera le vin, Paul apportera le gâteau

le rapport entre la prémisse et la conclusion est une simple opposition.

Comme si exclamatif

Le futur n'est pas interdit dans la prémisse introduite par comme si exclamatif. Voir la page connexe Les emplois de si - les formes étendues de si.

Devoir - auxiliaire du futur supplétif

Selon Sandfeld(1936), le verbe devoir permet d'exprimer le futur après la conjonction conditionnelle si.

si nous ne devons pas faire mieux que nos prédecesseurs, inutile de les avoir renversés (Claretie)
je serai obligé de ne plus vous voir, si vous devez être aussi pressant (Donnay)

Inexistence et inversion dans la prémisse

Exemples

N'était

n'étaient les hirondelles qui chantent, on ne saurait pas que c'est le printemps
n'étaient les liens de famille qui l'unissaient à ces messieurs
n'étaient les retombées
n'étaient ses énormes oreilles décollées, son nez difforme et ses joues gonflées, ce garçon serait joli
n'étaient ses sentiments religieux, il se serait jeté dans la Seine (Balzac)
n'était l'obligation où il se trouvait de
n'était la neige on se serait cru au printemps
n'était le clignotement du disque dur, on dirait que l'ordinateur s'est planté
n'était mon respect pour le prof, j'en douterait sérieusement (Cau)
n'était sa respiration, on la croirait morte (Merle)
n'était son regard et sa voix mouillée, tout en son corps sent précocement le cadavre (Duhamel)
on aurait pu nous prendre pour un petit mènage de commis, n'étaient certaines sorties nocturnes (Béraud)
on coucherait sous la véranda, n'étaient les panthères qui, nous dit-on, ne craignent pas de venir dans le village (Gide)

N'eût été

n'eût été l'angoise qui me torturait, je me serait amusé de ce mélange cocasse (Dekobra)
n'eût été l'expression de tristesse qui se glissait sur son visage
n'eût été la dernière question, vos réponses auraient été parfaites
n'eût été la fraîcheur de l'air, on se serait cru encore au mois d'août (Butor)
n'eût été son extrême curiosité à l'égard des boissons européennes, Habib pouvait passer pour le modèle des serviteurs (Duhamel)
n'eussent été les circonstances
n'eussent été les fumées des toits, le village eût semblé désert (Tharaud)

Règle de base

La prémisse négative irréelle que nous examinons ici a la valeur de sans ou en l'absence de.

Elle comprend la négation du verbe être existentiel (synonyme de y avoir) et un sujet inversé.

Les formes courantes du verbe être existentiel sont l'imparfait de l'indicatif, le plus-que-parfait de l'indicatif et le plus-que-parfait du subjonctif.

L'inversion est une inversion simple non conjointe : le sujet postposé est toujours un nom.

L'accord du verbe être avec le sujet existentiel est facultatif.

Cette construction appartient à un style soutenu.

Formes rares

Les deux temps du conditionnel et l'imparfait du subjonctif sont rares.

dans le Paris torride et vaste du 15 août, cet étrange désert de pierre et de clarté qui serait tout à fait vidé d'humains, ne fussent quelques hordes de touristes hagards et dédaigneux (P.-H. Simon)
la tranquillité du lieu est divine, ne serait le bruit des marteaux, des rabots, des scies (Daninos)
ne serait l'irrésistible attirance exercée par le poste de radio, on ignorerait tout ici de la politique (J. Chastenet)
je ne sais d'où cela venait, n'était peut-être de ma facilité à entrer dans l'esprit et à prendre les mœurs des autres (Chateaubriand)

Si ce n'était


Le plus-que-parfait surcomposé dans la prémisse

L'emploi du plus-que-parfait surcomposé de l'indicatif ou du subjonctif dans la prémisse n'est souvent qu'un caprice stylistique ou qu'une astuce humoristique.

L'indicatif

si on lui avait eu présenté un autre prisonnier, il s'en serait aperçu (M. Garçon)
j'avais un fils qu'on appelait mort, comme s'il n'avait jamais été né (Cixous)

Subjonctif

de par la rage de sa passion Jacques eût eu acquis des boutons sur la face s'il n'eût eu Martine pour s'exercer (Queneau)

La prémisse averbale

La prémisse averbale est une expression nominale ou adverbiale elliptique qui tient lieu de prémisse. La prémisse averbale produit un effet dramatique.

encore un pas et je tire

La prémisse averbale est souvent employée conjointement avec la construction de la conséquence infaillible, que nous étudions à la page connexe Les ressources de la conclusion - rubrique L'imparfait de la conséquence infaillible dans la conclusion. On y trouvera les exemples qui illustrent l'emploi de l'imparfait dans la conclusion. Il convient de souligner cependant que la prémisse averbale et la construction de la conséquence infaillible sont indépendantes : l'une est possible sans l'autre.

Les locutions pour un peu, un peu plus, un peu de plus, encore un peu sont des prémisses averbales usuelles.

La conclusion peut être introduite par l'introducteur de conclusion et.

Exemples illustrant l'emploi des autres temps que l'imparfait dans la conclusion :

deux mots de plus, duègne, vous êtes morte ! (Hugo)
encore un pas, et il serait tombé dans le précipice
encore un pas, et je tire
encore un peu, et ils me lapideront
encore une catastrophe comme cele-là, et la soirée est foutue
envie de partir, suivez l'agenda du week-end avec Ibis
marre d'être locataire, alors devenez propriétaire
plus d'impôt, et ce sera sans doute une récession ; plus de déficit, et ce sera sûrement une chute du dollar (J. Attali)
plus gascon que moi, et tu meurs
un geste de plus, et vous êtes mort
un geste maladroit et il tombent
un geste un peu douteux, et on lui aurait tiré dessus
un mot de vous, et je me jette dans cet abîme
un ordre et les soldats passeront aux actes
un pas de plus, et tu es homme mort
un pas de plus, et tu tombes dans le fossé
un pneu qui éclate, et c'est la catastrophe
une difficulté, et il abandonne
une petite anicroche, et je panique
une pression du pied, et déjà il filait comme le vent
une seule piqûre, et le virus peut se développer
une virgule manquante, mal placée ou superflue, et le sens de la phrase chavire

Cette construction a une variante négative. La prémisse averbale ne peut pas être niée, mais l'introducteur de conclusion peut être changé en ou.

un demi bien frais ou je meurs de soif
un cigare ou je fais un malheur

La prémisse sans marque syntaxique

Parfois dans la langue parlée rapide, ni la prémisse ni la conclusion n'est signalée par quelque marque syntaxique que ce soit : ni par une conjonction, ni par un mode ou un temps, ni par l'inversion. La prémisse peut être introduite par et ou que. L'interprétation de la prémisse peut être conditionnelle ou semi-concessive.

il arrivait, tout était encore possible
le peuple juif est menacé que nombre de Français se sentent une mauvaise conscience
tu entres, je sors
tu fais un pas de plus, et tu tombes dand le fossé
tu fais un pas de plus, je te descends
tu lui parles, il n'écoute même pas
tu m'appelleras, je viendrai ; tu me chasseras, je m'en irai
un article ne correspond pas à vos attentes, Monoprix l'échange ou le rembourse
une affaire est réglée, une autre surgit
une plume qui gratte et mon style est embarrassé
une seule de ces conditions vous manque, et vous êtes hors jeu
vous êtes un créateur, exprimez-vous

La coordination disjonctive comme prémisse et conclusion

tu finis ton sushi ou tu vas au lit tout de suite

Relativation conditionnelle

qui de six ôte cinq, reste un


L'inversion dans la prémisse - vue d'ensemble

Récapitulons le rôle de l'inversion dans la prémisse :


Le conditionnel dans la prémisse sans conjonction : voir la page connexe Le conditionnel dans la prémisse - rubrique Le conditionnel dans la prémisse sans conjonction.

L'imparfait du subjonctif sans conjonction et avec inversion : voir la page connexe Le subjonctif dans la prémisse - rubrique Le subjonctif avec inversion semi-concessive.

Inexistence et inversion dans la prémisse : rubrique Inexistence et inversion dans la prémisse.

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