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Les subordonnées régies - les perspectives du discours (583)

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Les subordonnées régies - les perspectives du discours (583)

SOMMAIRE
Les perspectives du discours - terminologie
Les perspectives du discours - définition
La transposition du discours direct en discours indirect
Les jonctions
Les personnes grammaticales
Les temps du verbe
Les adverbes de temps
Les adverbes de lieu et les pronoms démonstratifs
Les modalités
Le mot en apostrophe
Verbes de mouvement directionnels
Mots émotifs, mots-phrases
Liens de parenté
Conjonctions causales
Le discours indirect libre

Les perspectives du discours - terminologie

§ N.B. Le terme traditionnel « libre » ayant trait aux perspectives du discours et à l'incise n'a aucun rapport avec le terme « libre » signifiant « non régi », et qui n'a pas cours au-delà des limites de notre ouvrage.

§ Nous allons définir la « perspective du discours » dans la rubrique majeure suivante. Les deux perspectives du discours sont « la perspective directe » et « la perspective indirecte ».

§ Togeby appelle les deux perspectives du discours « égocentrique » et « allocentrique » (centrée sur soi et centrée sur autrui).

§ Dans certaines grammaires, on dit « style direct » et « style indirect ».

§ Il y a un troisième type de discours, appelé « discours à perspective mixte « ou « style indirect libre ». Son importance est surtout littéraire. Nous en reparlerons en détail.

§ Les termes « discours libre » et « discours lié » sont instables, mal définis. Nous ne les utilisons pas. Pour certains, « libre » et « lié » correspondent à « direct » et « indirect » ; pour d'autres, « libre » veut dire « mixte ». On parle parfois des quatre combinaisons de ces deux oppositions binaires, mais nous n'en voyons pas le besoin.

§ Le « narrateur » est un être purement linguistique, anonyme, virtuel. Sans lui, les perspectives du discours ne pourraient pas être définies. Nous l'invoquons quand nous avons besoin de lui.

On verra que tout énoncé a un ultime narrateur linguistique. La phrase que vous lisez en ce moment a un narrateur linguistique : votre serviteur. Par ailleurs, un roman ou un film peuvent avoir un narrateur littéraire, qui est un personnage en retrait de l'ouvrage. Le terme narrateur est donc ambigu. On évitera de confondre le narrateur linguistique et le narrateur littéraire.

Les perspectives du discours - définition

Comparons les deux phrases

Pierre déclara : " j'aime Marie "

et

Pierre déclara qu'il aimait Marie

Ces deux phrases sont identiques en sens, mais différentes en forme. Elles utilisent les mêmes ressources lexicales, mais pas les mêmes ressources grammaticales. À première vue, ces différences formelles paraissent non fonctionnelles, purement stylistiques. On peut se demander, cependant, s'il se cache une substance linguistique invisible et intangible, un « éther », derrière les différences formelles. Notre réponse à cette question est affirmative. Cet « éther » est la perspective du discours.

Nous nous intéressons ici surtout au sujet des subordonnées (le je et le il de l'exemple). Nous parlerons du temps des subordonnées plus loin.

§ Perspective directe du discours

Dans la première phrase, le fait de la subordonnée, c'est-à-dire le fait d'aimer Marie, est vu sous la perspective du sujet de la principale, un certain Pierre. Il est donc normal que le sujet de la principale soit représenté dans la subordonnée par le pronom je. Nous disons que le rapport entre la principale et la subordonnée est « direct ».

§ Perspective indirecte du discours

Dans la deuxième phrase, le fait de la subordonnée, c'est-à-dire le fait d'aimer Marie, est vu sous la perspective de quelqu'un d'anonyme, invisibe et intangible, de quelqu'un qui est présent à l'arrière-plan, mais n'est pas représenté dans la phrase par quelque objet nominal que ce soit. Cet être purement linguistique est le narrateur (le narrateur linguistique), un locuteur-scripteur virtuel. Le narrateur est une espèce de caméra cachée. Dans la deuxième phrase, la principale et la subordonnée sont situées à égale distance logique du narrateur, qui n'a aucun rapport privilégié avec le sujet de la subordonnéée. Il sait qu'ils sont logiquement identiques, mais, pour lui, Pierre et le pronom le représentant sont des inconnus. D'où il dans la subordonnée. Nous disons que le rapport entre le narrateur et le sujet de la subordonnée est « indirect ».

Nous n'avons parlé jusqu'ici que de la transposition du sujet de je en il. On verra tout à l'heure qu'il y a d'autres objets grammaticaux à transposer lorsqu'on passe du discours direct au discours indirect. Par exemple, la proposition

Pierre a dit : « j'attends mon frère qui doit venir dîner avec nous ce soir »

se transforme en

Pierre a dit qu'il attendait son frère qui devait aller dîner chez eux ce soir-là.

La transposition du discours direct en discours indirect

La transposition du discours de direct en indirect est un vaste iceberg dont les grammaires n'étudient que la partie visible et gérable. La liste des objets transposables varie selon les grammaires. Il y a toutefois un noyau dur que toute grammaire se doit de traiter.

§ Les jonctions

Dans la perspective directe, la jonction entre la principale et la citation est prosodique et ne comporte aucune conjonction. À l'écrit, on trouve des signes tels que deux points, tiret, guillemets.

Dans la perspective indirecte, la jonction entre la principale et la subordonnée est une conjonction qui dépend du type de subordonnée (que, si, qui, ce que, comme quoi).

§ Les personnes grammaticales

On a vu plus haut que le passage de la perspective directe (Pierre déclara : " j'aime Marie ") à la perspective indirecte (Pierre déclara qu'il aimait Marie) entraînait certaines modifications grammaticales, dont la plus importante était le changement de je en il.

Un tableau méthodique et exhaustif de toutes les transpositions de personnes grammaticales de direct en indirect demanderait un effort considérable. Ce tableau devrait incorporer toutes les combinaisons liant les six personnes, les types de dialogue (qui parle à qui de qui) et les cas grammaticaux (sujet, objet direct, objet indirect, cas prépositionnel).

Nous nous bornons à quelques exemples tirés de Grévisse.

il m'a dit : "je te rejoindrai"
il m'a dit qu'il me rejoindrait

tu lui as dit : "je te rejoindrai"
tu lui as dit que tu le rejoindrais

il lui a dit : "je te rejoindrai"
il lui a dit qu'il le rejoindrait

§ Les temps du verbe

Voir l'étude de la concordance des temps à la page connexe La subordination - la concordance des temps.

La concordance des temps est la mise en valeur de deux perspectives du temps, notamment de celle du locuteur-scripteur et de celle du sujet de la subordonnée.

§ Les adverbes de temps

Exemple de la transposition du temps exprimé par un adverbe :

il m'a dit il y a quinze jours : " je partirai demain "
il m'a dit il y a quinze jours qu'il partirait le lendemain

Dans la première moitié de l'exemple, le locuteur de la principale se remémore un événement d'il y a quinze jours. Il remonte en mémoire à ce jour-là et y remet son horloge psychologique. Il plonge dans le passé. L'adverbe de temps demain est interprété comme s'il avait été prononcé il y a quinze jours.

Dans la seconde moitié, le locuteur de la principale adopte la perception du temps du narrateur anonyme, donc demain serait dans le futur relatif au présent. Pour exprimer un futur relatif au passé, le locuteur de la principale doit se servir de lendemain.

Les adverbes demain et lendemain des deux moitiés de l'exemple expriment le même temps absolu (n'en déplaise à Einstein), bien qu'ils signifient l'un le jour qui suit celui-ci, l'autre le jour qui suit celui-là

Une liste de paires d'adverbes de temps égocentriques et allocentriques tirée de Togeby(1985).

à l'avenir - plus tard
ajourd'hui - ce jour-là
après-demain - le surendemain
avant-hier - l'avant-veille
ce matin - ce matin-là
ce soir - ce soir-là
cet après-midi - cet après-midi-là
dans trois jours - trois jours après
dans un moment - un moment après
désormais, dorénavant - à partir de là, de ce moment
demain - le lendemain
en ce moment - à ce moment
hier - la veille
il y a trois ans - trois ans avant
il y a un moment - un moment avant
jadis - antérieurement
jusqu'ici - jusque là, jusqu'alors
l'année dernière - l'année précédente, d'avant
l'année prochaine - l'année suivante
la semaine prochaine - la semaine suivante
le mois prochain - le mois suivant
lundi - le lundi
lundi en huit - le lundi en huit
lundi prochain - le lundi d'après / suivant
maintenant - alors
naguère - auparavant
prochainement - bientôt
récemment - précédemment
tantôt - le tantôt
tout à l'heure - peu après
tout à l'heure - peu avant

§ Les adverbes de lieu et les pronoms démonstratifs

il m'a dit en me montrant une vieille table : " je travaille ici "
il m'a dit en me montrant une vieille table qu'il travaillait là

§ Les modalités

Chacune des quatre modalités propositionnelles (énonciation, interrogation, exclamation, injonction) connaît et la subordination régie et les perspectives du discours. En principe, tous les phénomènes de perspective se reproduisent dans chaque modalité propositionnelle.

Injonction

L'impératif proprement dit est lié à la deuxième personne. Dans les autres personnes, il se transpose en subjonctif ou en impératif.

j'ai dit à Piere : " Viens ! "
j'ai dit à Piere qu'il vienne / j'ai dit à Pierre de venir

Interrogation

Pour la subordonnée interrogative, voir la page connexe Les subordonnées régies interrogatives.

je veux savoir ceci : viendras-tu demain ?
je veux savoir si tu viendras demain ?

Exclamation

La subordonée exclamative ne se transpose pas en discours indirect libre. C'est l'exclamation non subordinative qui remplit cette fonction. Pour la subordonnée exclamative, voir la page connexe Les subordonnées régies interrogatives.

§ Le mot en apostrophe

Le mot en apostrophe est associé avec la deuxième personne.

j'ai dit : " Pierre, je suis fatigué "
j'ai dit à Pierre que j'étais fatigué

§ Verbes de mouvement directionnels

aller / venir
porter / apporter

§ Mots émotifs, mots-phrases

Certains mots émotifs ne peuvent être associés qu'avec la première personne.

Pierre a dit : " Hélas, je ne peux pas aller à ta fête "
*Pierre a dit que hélas il ne pouvait pas venir à ma fête

Hélas pourrait être transposé en à son plus grand regret.

Seuls oui, non et si peuvent être introduits par que. La phrase il a répondu que « oui » est correcte. Tout autre mot-phrase (bravo, imbécile, merde, hélas, etc.) doit s'attacher au verbe cognitif en perspective directe, c'est-à-dire sans conjonction : *il a crié que bravo n'est pas correct.

§ Liens de parenté

Exemple : papa et maman sans pronom possessif sont liés à la première personne. Les adultes qui disent papa au lieu de ton papa en parlant à un enfant ne font que retarder son apprentissage langagier.

§ Conjonctions causales

Les conjonctions causales parce que, puisque, comme et car n'expriment pas le même degré de subjectivité et de présupposition. Voir la page connexe La subordonnée causale fléchie - les dimensions. Leur transposition peut poser des problèmes délicats.

Le discours indirect libre

Le « discours indirect libre », aussi appelé le « discours à perspective mixte », consiste à faire suivre un verbe cognitif (présent ou sous-entendu) de la jonction prosodique ou typographique caractéristique de la perspective directe (autrement dit, de la conjonction nulle) et d'une subordonnée, ou d'une série de subordonnées, comportant toutes les transpositions entraînées par la perspective indirecte.

Bref, discours à perspective mixte = jonction directe + contenu indirect. C'est une règle simplifiée, qui souffre de quelques exceptions :
L'interrogation n'est pas indirecte : ne voulions-nous pas un peu de thé ?, quelle cravate allait-il mettre ?

L'exclamation n'est pas indirecte : que ma robe m'allait bien

L'analyse approfondie du discours indirect libre dépasserait le cadre de notre travail. Nous nous bornons à présenter des exemples.

Brigitte ouvrit la porte du petit salon et nous appela : ne voulions-nous pas un peu de thé ? Cela nous rechaufferait après cette course (Mauriac)
Carnot avait conçu contre l'Autriche un plan très vaste. Trois armées marcheraient sur Vienne. (Gaxotte)
Elle en avait fini. songeait-elle, avec toutes les trahisons, les bassesses et les innombrables convoitises qui la torturaient. Elle ne haïssait plus personne, maintenant : une confusion de crépuscule s'abattait en sa pensée,et de tous le bruits de la terre Emma n'entendait plus que l'intermittente lamentation de ce pauvre cœur, douce et indistincte, comme le dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne. (Flaubert)
Elle partirait d'Yonville. Rodolphe aurait retenu des places, pris des passeports. (Flaubert)
Et j'avais les yeux fixés sur un avenir prometteur : je deviendrais un écrivain (Beauvoir)
Gomez regarda la rue, ce soleil inutile, cette inutile journée. Il n'y aurait jamais plus que des journées inutiles. (Sartre)
Il s'interrogeait : que répondre à son père
Ils parlaient de ce qu'ils feraient plus tard quand ils seraient sortis du collège. D'abord ils entreprendraient un grand voyage. (Flaubert)
Je lui ai envoyé un télégramme : qu'il vienne tout de suite
Je me regardais dans la glace avec satisfaction : que ma robe m'allait bien
L'espoir s'effaça : elle n'arriverait jamais à Gien (Sartre)
Le prévenu protestait vigoureusement : il n'avait pas quitté son domicile ce soir-là ; les policiers avaient-ils des preuves contre lui ? qu'ils voulussent bien les lui montrer
Patricia proposait à l'explorateur une promenade dans la brousse ; il pourrait voir de loin les animaux venir à l'abreuvoir, mais il devrait rester à distance, immobile
Pierre se tournait vers Marie : avait-elle froid ? Qu'on lui passe un manteau
Poupette ne comprit pas ma question : elle m'aimait, Zaza m'aimait ; de quoi m'inquiétais-je ? (Beauvoir)
Quand elle se serait levée il lui dirait (Sartre)
Tous les matins c'était la même question : quelle cravate allait-il mettre

L'intégration des paroles et des pensées d'un personnage avec le point de vue du narrateur dans un seul courant ininterrompu par verbes cognitifs ou conjonctions peut produire un effet stylistique agréable, mais peut aussi prêter à l'équivoque et échouer dans l'illisibilité. Un exemple d'ambigüité suscitée par un discours indirect libre un peu maladroit :

Paul soupira. Il commençait à en avoir assez de Marie. Elle le critiquait tout le temps. Sa vie était devenue impossible. (Riegel-Pellat-Rioul)

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