Degrés de réalité et temps - trois rapports
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Degrés de réalité et temps - trois rapports (583)

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SOMMAIRE

Rapport degré de réalité / degré de réalité

Le degré de réalité est un attribut de la phrase conditionnelle. La phrase conditionnelle peut être « réelle » ou « irréelle ». Les deux parties de la phrase conditionnelle, à savoir la prémisse et la conclusion, ont obligatoirement le même degré de réalité. Les phrases *si tu tournes à gauche, je tournerais à droite et *si tu tournais à gauche, je tourne à droite sont agrammaticales.

Rapport temps / temps

La relation entre le temps de la conclusion et le temps de la prémisse est très souple. La prémisse et la conclusion peuvent être simultanées et la conclusion peut être postérieure à la prémisse. Si la logique de la situation le permet, la conclusion peut même être antérieure à la prémisse.

Conclusion postérieure à la prémisse

si tu dis cela, tu auras une fessée
si Pierre est chez lui, il répondra au téléphone
si Pierre était chez lui, il répondrait au téléphone
si Pierre a pris le train de neuf heures, il sera déjà arrivé
si Pierre avait pris le train de neuf heures, il serait déjà arrivé

Conclusion antérieure à la prémisse

si j'abandonnais aujourd'hui mes études, mes parents auraient dépensé en pure perte bien de l'argent

Rapport degré de réalité / temps

Les six combinaisons du degré de réalité et du temps :

Réel, présent

si tu tournes à gauche, je tourne à droite
s'il ne pleut pas dimanche, je serai content
si on chauffe l'eau à 100 degrés, elle bout
si tu crois que ça va se passer comme ça, tu te trompes
si c'est ça, je m'en vais

Irréel, présent

j'achèterais cet appartement, si le propriétaire baissait le prix
je n'en parlerais pas, si vous n'aviez pas réveillé de mauvais souvenirs (Duhamel)
s'il était déjà midi, il ferait beaucoup plus chaud
si Napoléon avait gagné la bataille de Waterloo, Louis dix-huit ne serait pas remonté sur le trône
si j'avais de l'argent, je me ferais construire une maison
si j'avais eu, à ce moment, une femme qui m'eût aimé, jusqu'où ne serais-je pas monté (Mauriac)
si j'avais su qu'il était à Paris je l'aurais invité
si je m'y étais pris autrement, je ne serais pas là
si je n'avais pas la grippe, je t'inviterais à dîner
si l'on y regardait bien, on verrait que ce n'est pas toujours vrai
si les murs de cette ancienne prison parlaient, on entendrait râler des mourants
si tu tournais à gauche, je tournerais à droite

Réel, passé


Sens conditionnel

si Pierre travaillait à cette heure-là, son patron le confirmera

Sens non conditionnel temporel

si je boudais, elle devenait caressante ; si elle faisait la fâchée, j'avais en quelque sorte le droit de l'interroger (Balzac)
s'il pleuvait, Marie se calfeutrait chez elle

Sens non conditionnel déductif

si l'accusé était chez lui à l'heure du vol, il doit être innocent

Irréel, passé

si tu avais travaillé hier à neuf heures du soir, personne ne t'accuserait du crime
si le propriétaire avait baissé le prix, j'aurais acheté cet appartement

Réel, futur

s'il ne pleut pas demain, nous irons à la plage
si tu lis mon ouvrage, tu m'obligeras

Irréel, futur

s'il ne pleuvait pas demain, nous irions à la plage

La combinaison irréel/futur est tirée par les cheveux, mais pas agrammaticale. Une paraphrase de s'il ne pleuvait pas demain est si la météo ne promettait pas la pluie pour demain.

La diversité des temps dans la prémisse


Les temps qui suppléent le futur et le futur antérieur après si sont le présent et le passé composé. Dans la langue écrite, on se sert parfois du verbe devoir : si le maire prochain doit être aussi nul que l'actuel.

Tu me croiras si tu voudras est une formule figée.

Les conditionnels absolus, c'est-à-dire les « conditionnels non conditionnels », sont permis dans la prémisse. Voir l'étude du conditionnel absolu à la page connexe Le conditionnel absolu.

La fonction primaire de l'imparfait et du plus-que-parfait dans la prémisse est modale : ils expriment l'hypothèse irréelle. Ils peuvent cependant garder leur rôle temporel, surtout pour exprimer une habitude ou un fait répété du passé.

que charité soit synonyme d'amour, tu l'avais oublié, si tu l'avais jamais su (Mauriac)

Le passé composé comme temps non supplétif est rare, mais possible si le contexte l'implique : si le locataire a été troublé dans sa jouissance, il a droit à.

Un contexte propice au passé simple est difficile à construire, car il exprime un fait classé, un fait sans effet sur le présent, donc un fait qui ne peut pas entretenir un rapport logique avec la conclusion.

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