La subordonnée finale infinitive
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La subordonnée finale infinitive (568)

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La subordonnée finale infinitive (568)

SOMMAIRE

Infinitif à sujet corrélé

Verbes autres que les principaux verbes de déplacement

Avec pour - 1

Quand le verbe de la superordonnée n'est pas un des principaux verbes intransitifs de déplacement, on fait précéder l'infinitif de pour ou de certaines locutions prépositives dont nous allons parler plus bas.

Le sujet sous-entendu de l'infinitif est corrélé avec le sujet de la superordonnée

creuser pour trouver du pétrole
elle se pencha pour ramasser son gant
il faut manger pour vivre et non vivre pour manger
il ferma la porte pour se recueillir avant de commencer sa conférence
il tendit le bras pour prendre la boîte
je me levai pour lui faire signe
je ne l'ai pas dit pour le vexer
je voudrais qu'il vînt une belle fille pour m'aimer et me comprendre
la foule y est nombreuse pour accueillir le roi
nous unissons nos forces pour chasser l'ennemi de notre sol

Le sujet sous-entendu de l'infinitif n'est pas corrélé avec le sujet de la superordonnée

Selon les grammaires normatives, le sujet sous-entendu de la subordonnée doit être corrélé avec le sujet de la principale. En pratique, le critère de la clarté, moins strict que le critère de la corrélation des sujets, l'emporte.

des verres fumés pour ne pas fatiguer les yeux
elle a donné son enfant à une vieille pour le ramener au pays (A. Daudet)
il lui confia une liasse de papiers pour être enfermés dans son coffre-fort
j'aimais le serment des soldats à la reine, les travaux accomplis par eux pour lui plaire (Maurois)
je l'avais élevée pour devenir la femme d'un roi
je vous paie pour vous occuper de mes enfants et non pour les dresser contre leur mère
la large baie où furent engloutis des millions pour essayer de construire un pont impossible (Dorgelès)
M.l'abbé viendra me prendre ici à midi, pour déjeuner avec lui (Romains)
notre mère nous appelait aussi pur dire bonjour à M. Mathalène (France)
on l'avait mise au pensionnat de Châteaudun, pour y être élevée (Zola)
on le ramènerait en France pour y être jugé
plus tard on les expédierait en Europe pour être vendus dans les bazares de charité
un fait qui permet de comprendre le jeu mené par l'Allemagne pour parvenir à ses fins (Duhamel)

Sans pour - 1

La construction finale sans pour est possible avec quelques verbes spécifiques autres que les principaux verbes de déplacement. Ces verbes, sans être des verbes de déplacement, ont un sens vaguement lié au déplacement.

Rester

je suis resté voir ce qui se passait
reste boire un verre
rester coucher
rester dîner (on dit aussi rester à dîner)
rester le soigner
rester travailler

S'arrêter

on s'arrêta goûter dans un village

Laisser

on l'a laissé à Paris achever ses études

Laisser n'est pas factitif dans cet exemple.


Les principaux verbes de déplacement

Sans pour - 2

Avec les principaux verbes intransitifs de déplacement on met normalement en jeu la fonction finale inhérente à l'infinitif lui-même. Autrement dit, pour n'est pas employé avec ces verbes.

Les principaux verbes intransitifs de déplacement sont

aller
courir
descendre
être (au sens de aller)
fuir
monter
partir
passer
rentrer
retourner
revenir
se rapprocher
se rendre
sortir
venir

En ce qui concerne les verbes transitifs de déplacement, tels que

envoyer
emmener
mener


aller dormir
aller récupérer
aller rejoindre
aller se promener
as-tu été chercher du pain ?
aussi avait-il jugé bon de venir se refaire dans la maison paternelle (Rolland)
chacun fut se coucher
cours chercher du secours
dans quel guêpier es-tu encore allé te fourrer ?
descendre remercier
descendre souper
il est venu demander des nouvelles
j'ai des coliques à fuir me cacher n'importe où (Flaubert)
j'ai été le trouver
j'arrive tout de suite vous aider
monter prendre des sous
monter se coucher
partir passer une semaine à Paris
partir s'installer à la campagne
parti voir ailleurs
passer attendre sa femme
passer prendre des nouvelles
rentrer travailler
retourner chercher sa voiture
se rapprocher voir
se rendre à...annoncer la nouvelle
sortir acheter
sortir faire des courses
sortir se promener
va voir ce qui se passe
venez manger
venir chercher
venir féliciter
venir ouvrir

L'emploi de y devant l'infinitif final présente un casse-tête d'analyse : c'est au verbe de la principale que se joint y dans vas-y voir, et au verbe de la subordonnée dans va y chercher du repos.

Normalement, le verbe de la subordonnée finale infinitive sans pour est agentif : *elle retourna chez son premier mari être aimée est agrmmatical. L'absence de pour dans il retourna à son village vieillir et mourir est justifiée par le fait que le vieillissement et la mort sont accompagnés de certaines activités, même si les verbes vieillir et mourir ne sont pas agentifs.

Avec pour - 2

La préposition pour s'impose dans certains cas même avec les principaux verbes intransitifs de déplacement.

Lorsque l'objectif du déplacement est statif ou pas suffisamment agentif

*je suis venu être instruit, pas diverti
*il y est allé évoluer
*il y est allé devenir spécialiste

Savoir constitue une exception dans une exception. L'absence de pour peut surprendre dans venir savoir, dans aller savoir et surtout dans téléphoner savoir. Mais ces locutions s'avèrent moins discordantes si on fait un effort mental pour interpréter savoir comme synonyme de apprendre ou de découvrir, c'est à dire comme un verbe agentif.

Lorsqu'on veut mettre l'accent sur la finalité de l'action :

il est rentré pour travailler, mais il y avait trop de bruit dans la maison

Lorsque la relation entre l'action et la fin est indirecte ou abstraite

je suis parti pour te faire plaisir

La préposition pour est permise avec passer et quelques autres verbes : il est passé pour prendre des nouvelles. Avec aller, venir et être, la construction sans pour est obligatoire sans exception : les propositions *aller pour chercher du pain et *viens pour voir ce qui se passe sont agrammaticales.

Infinitif à sujet corrélé - phénomènes divers

Le complément y de la subordonnée infinitive peut monter au niveau du verbe aller :

je vais y chercher Pierre j'y vais chercher Pierre

La subordonnée infinitive peut être pronominalisée par y. Dans tu vas chercher du pain ? - j'y vais, le pronom y représente chercher du pain.

Le syntagme [pour * infinitif] peut servir d'épithète et de complément prédicatif.

c'est un bâton pour chasser les chiens errants
cherchons de la musique pour danser dessus



Coordination d'un but et d'une destination

à six heures il alla au Jockey ou se promener au Bois (Proust)

quoi faire ?

L'infinitif final absolu est permis dans une interrogation : je vais avec maman - quoi faire ?.

suffire

Le syntagme [pour * infinitif] qui suit suffire est régi, plutôt qu'adverbial. Voir la page connexe Verbes multistructurels - suffire.

Infinitif avec sujet explicite

Quand le sujet de la subordonnée finale n'est pas le même que celui de la superordonnée, on recourt normalement à la subordonnée fléchie : j'ai laissé la clé de la voiture à mon fils aîné pour qu'il puisse sortir pendant mon voyage. Cependant, dans la langue administrative et dans la langue populaire de certaines régions, on trouve une construction infinitive à sujet explicite.

ce pain est pour toi manger
de tout quoi nous avons dressé le présent constat pour la partie requérante en faire usage que de droit (Courteline - que s'écarte également de la norme moderne)
envoyez-moi son adresse pour moi lui écrire
il lui a donné ce jouet pour elle s'amuser
j'ai emporté un livre pour moi lire dans le train
j'en ai cherché, de ces albums, pour lui dessiner
pour elle faire la vaisselle
pour lui se divertir
pour ma volonté exprimée plus haut être accomplie
toute ma fortune restera entre les mains de mon notaire, pour ma volonté être accomplie (Maupassant)
une poubelle pour les locataires déposer leurs ordures
va chercher le journal pour moi lire


Inférence, nécessité, finalité

Pour l'examen de l'infinitif dans l'expression de l'inférence, on se reportera à la page connexe La subordonnée finale fléchie. Nous y examinons les subordonnées fléchies et infinitives sous la même rubrique majeure.

Expression obligatoire du déplacement

Sandfeld(1943) énonce la règle suivante : « L'emploi d' aller et de venir avec l'infinitif est pour ainsi dire obligatoire dans tout les cas où l'action exprimée par l'infinitif implique un déplacement de l'agent ». Sandfeld fournit des exemples à l'appui de cette hypothèse :

ce fut l'abbé Rouville en personne qui vint m'ouvrir (Estaunié)
depuis deux ans Sonia habite Zurich, où son frère Boris, échappé de Sibérie, est venu la rejoindre (A. Daudet)
elle alla donner un tour de clé à la porte extérieure de la boutique, puis revint ouvrir la seconde porte du fond (Romains)
elle s'assit à son petit bureau, ordonna qu'on ne vînt la déranger sous aucun prétexte (Boylesve)
il est permis de se demander ce qu'il venait faire sur le Rigi à son âge (A. Daudet)
les oiseaux sont venus par grandes volées se jeter sur cette pâture (Duhamel)
pendant les longues années de guerre, cette horrible idée, de temps en temps, reprit force et vint troubler mes nuits (Maurois)
rien ne vous empêche d'aller la trouver (Romains)
un coup de sifflet retentit aigu dans le silence du jardin et vint mettre fin à son hésitation (Gyp)

Nous pouvons ajouter que le rapport logique ou temporel entre déplacement et action s'explique souvent au moyen de la coordination du verbe aller ou venir avec une forme fléchie du verbe d'action.

les frimas de septembre venaient et vidaient les hôtelleries (A. Daudet)
puis le bon aga venait et présentait sa note (A. Daudet)
il fit, pour parler, des efforts tels que le sang vint et lui remplit la bouche et le nez de mousse rouge (Duhamel)
dans cette chambre d'hôtel, bien des gens sans doute vont venir et vivre (Barbusse)
va et fais un tour dans la cuisine (Brieux)
Mademoiselle de Galais eût pu venir à cette heure et nous surprendre au milieu de ces enfantillages (Alain-Fournier)

Conjonctions diverses

Locutions prépositives

à cette fin de (populaire)
à l'unique fin de
à seule fin de (autrefois à celle fin)
afin de
dans l'intention de
dans le but de
dans le dessein de
en vue de
pour le (seul) plaisir de

Histoire de

Histoire de introduit des subordonnées finales infinitives dans la langue familière.

on inventait des saints sur l'almanach, histoire de se donner des prétextes de gueuletons (Zola)
il ragarda dans la direction opposée, histoire de ne pas le saluer au passage (Courteline)

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