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TITRE
Le système temporel - jonctions complexes (561)

ASCENDANCE

PAGES SŒURS
Le système temporel - jonctions complexes (561)

SOMMAIRE
Introduction
Le subjonctif absolu
que = tant que
le temps que et le temps de
il y a, ça fait, voici / voilà - inversé
depuis - emplois complexes
depuis relatif et depuis absolu
Interprétations perfective et imperfective du verbe
Deux oppositions : relatif / absolu et perfectif / imperfectif
depuis nominal et depuis propositionnel
Deux oppositions : nominal / propositionnel et relatif / absolu
L'indication nominale-propositionnelle mixte de la durée
Durée et négation
voilà...que, il y a...que, ça fait,,,que
depuis le temps que - métadiscursif
depuis tout petit, depuis cinq ans
Renvois
[nom * que], [adverbe * que]
[subordonnée * que * principale] - inversé
Subordonnée affirmative
Subordonnée négative
[à peine * subordonnée * que * principale] - inversé
[à peine * subordonnée * et * principale] - inversé
[à peine * subordonnée * voilà * principale] - inversé
[à peine * subordonnée * quand * principale] - inversé
[à peine * subordonnée * 0 * principale] - inversé
[principale * à peine * subordonnée]
[subordonnée * pas plutôt que * principale] - inversé
[subordonnée * quand * principale] - inversé
[subordonnée * lorsque * principale] - inversé
Réduction et participe absolu avec à peine
[nom-exprimant-durée * et * principale]

Introduction

Pour l'étude des subordonnées relatives exprimant des relations temporelles, voir aussi la page connexe La relativation du temps et de la durée.

Nous examinons sur cette page certaines jonctions complexes propres au système temporel. Ne font pas l'objet de cette page

les conjonctions quand et comme, auxquelles nous venons de consacrer les deux pages qui précèdent

les conjonctions composées d'une préposition et du nominalisateur que (pendant que, avant que, après que, depuis que, jusqu'à ce que)

le pronom relatif temporel restrictif que qui remplace (au moment que, au temps que, chaque fois que)

le pronom relatif temporel descriptif que qui remplace (maintenant que, aujourd'hui que, à présent que)

que comparatif régi par des comparateurs à caractère temporel (en même temps que, aussi longtemps que, aussitôt que, sitôt que, tant que, pas plutôt que, tandis que)

Les particularités des jonctions examinées sur cette page sont

la juxtaposition (l'absence de conjonction tangible)

la subordination inversée (la subordonnée sémantique se pose en principale formelle et la principale sémantique assume le rôle de subordonnée formelle)

l'emploi elliptique et neutralisateur de que

Pour une vue d'ensemble du mot multifonctionnel à peine, voir la page connexe À peine - mot multifonctionnel.

Dans la proposition il n'avait pas fait trois pas qu'il s'arrêta, la subordonnée sémantique (il n'avait pas fait trois pas) se pose en principale formelle et la principale sémantique (il s'arrêta) se pose en subordonnée formelle. Nous appelons ce phénomène la subordination temporelle inversée. On en verra de nombreux exemples.

Le subjonctif absolu

vienne l'été, ces plages se couvriront de baigneurs
vienne l'été, et le rossignol s'arrête (conclusion introduite par et)
arrive le printemps, les hirondelles retourneront

que = tant que

Exemple liminaire

ne bouge pas que je ne t'appelle

Renvoi

Voir la conjonction que signifiant sans que à la page connexe Les subordonnées libres inclassables - rubrique Que signifiant sans que.

Définition

Cette construction appartient à la langue écrite. Dans la langue parlée, on pourrait remplacer que par tant que, avant que, à moins que ou sans que selon les circonstances.

Règles

La négation est obligatoire dans la principale et dans la subordonnée. La négation de la principale est une négation normale avec conégateur. La négation sans conégateur est obligatoire dans la subordonnée. Voir l'examen de la négation sans conégateur à la page connexe La négation verbale - le négateur absolu.

Le subjonctif est obligatoire dans la subordonnée.

Exemples

c'est ma main qui l'a attirée et qui ne l'a plus lâchée que le baiser n'eût été reçu (Larbaud)
il m'était impossible de jouir pleinement d'un bien que je ne l'eusse conquis moi-même (Duhamel)
il ne faut jamais rien signer qu'on ne l'ait lu
il ne sera pas content qu'il ne vous ait pas ruiné (Molière)
je n'aurais point de repos que je n'aie contemplé une chose si merveilleuse (France)
je n'irai point là que tout ne soit prêt
je ne le quittai pas qu'il ne m'eût promis de venir chez nous dimanche
je ne le quitterai pas des yeux que la lettre ne soit décachetée (Musset)
je ne me relèverai pas que vous ne m'ayez donné votre bénédiction (Montherlant)
je ne quitterai pas ce balcon que tu ne m'aies promis de ne rien tenter contre toi (Musset)
je ne sors jamais qu'il ne pleuve
je ne sortirai pas d'ici que je ne sache quel est ce mystère (Musset)
il n'aura point de cesse qu'il n'ait obtenu cette place
ne bouge pas que je ne t'appelle
ne me mettez pas en vente que je n'aie rectifié les autres volumes
ne te montre point que je ne t'appelle (Musset)
ne viens pas ici que tu n'aies de mes nouvelles
nulle fille n'entre au couvent que Dieu ne l'ait appelée par son nom (Péguy)
tu ne bougeras pas d'ici que tu n'aies demandé pardon (Sand)
tu ne partiras pas d'ici que tu ne nous aies répondu

La famille cesse / repos / répit / paix

La famille des locutions n'avoir (point) de cesse, n'avoir de repos, n'avoir de répit, n'avoir de paix est une application de ce mécanisme. Le conégateur point est facultatif avec cesse et ne s'emploie pas avec les autres membres de la famille.

Ces locutions sont aussi attestées avec la conjonction tant que, suivie de la négation normale à conégateur et de l'indicatif. Voir les exemples ci-dessous.

La famille a aussi une branche infinitive. L'infinitif est introduit par de ou par que de. Voir les exemples ci-dessous.

Exemples

N'avoir de cesse, n'avoir de repos, n'avoir de répit - avec que

à votre place, je n'aurais de cesse que je ne sois définitivement fixé (Ikor)
elle n'aura de repos qu'elle ne l'eût possédé
il n'a de cesse qu'il n'ait fabriqué, de ses mains, un microscope plus puissant (Hazard)
il n'a de cesse que le médecin ne meure avec lui (Green)
il n'aura de paix qu'il ne vous ait tout rendu
il n'eut plus de cesse qu'il ne se fût fait présenter à elle
nous n'avons de repos que nous n'ayons converti ces étrangers (Proust)

N'avoir de cesse, n'avoir de repos, n'avoir de répit - avec tant que

il n'aura de cesse tant qu'il n'aura pas arraché à l'auteur son acquiescement

N'avoir de cesse (que) de - construction infinitive

Pierre n'eut de cesse de convaincre Paul =
Pierre n'eut de cesse que de convaincre Paul.

le temps que et le temps de

Le temps que - introduction

La conjonction le temps que entre dans quatre constructions fléchies et deux constructions infinitives. Plus exactement, deux constructions fléchies ont des versions infinitives. Nous avons jugé utile de réunir les versions fléchies et infinitives sur la même page.

Dans la version fléchie (le temps que), la préposition de est omise devant le nominalisateur que. Voir l'examen du conflit de de et que à la page connexe La subordonnée complément prépositionnel fléchie.

Quatre versions fléchies

le temps que * indicatif = pendant le temps qu'il faut pour

on a prévenu les pompiers, mais le temps qu'ils arrivent, la fumée aura étouffé les enfants

le temps que * indicatif = tant que

il faut battre le fer le temps qu'il est chaud

le temps que * subjonctif = jusqu'à ce que

nous vous laissons l'usage de notre vieille voiture le temps que vous en trouviez une
il continue à gérer les affaires courantes le temps qu'un nouveau gouvernement soit formé
toutes ces pensées ne durèrent que l'espace d'une seconde, le temps qu'il portât la main à son cœur, reprît sa respiration et parvînt à sourire (Proust)
je le garderai le temps que j'aie fini ce travail

le temps que...et = au bout du temps qu'il faut pour

le temps que nous terminons ce logiciel et le cahier de charges ne sera plus valable

Deux versions infinitives

le temps de = pendant le temps qu'il faut pour

il logeait chez ses parents le temps de trouver un job

le temps de...et = au bout du temps qu'il faut pour

le temps de m'habiller et je te suis

il y a, ça fait, voici / voilà - inversé

Exemples liminaires

il y a cinq ans que son père est mort (méthode relative)
il y a cinq ans que son père ne lui parle plus (méthode absolue)

Renvoi

Pour la négation sans conégateur (il y aura dix ans demain que je ne l'ai vu), voir la page connexe La négation verbale - le négateur absolu - rubrique Depuis que et conjonctions assimilées.

Voir aussi la page connexe Verbes multistructurels - avoir - rubrique Il y a - préposition.

Suppression de la préposition

Qu'on mesure la durée par la méthode relative ou par la méthode absolue, que représente *de que ou depuis que avec les locutions il y a, ça fait, voici / voilà.

La suppression d'une préposition sous-jacente devant que est facile à prouver. Si le point initial de l'intervalle est désigné par un nom, plutôt que par une proposition nominalisée, la préposition reste en place : il y a longtemps de cela

Subordination inversée

Les locutions il y a, ça fait et voici / voilà présentent le phénomène de subordination temporelle inversée. Dans la proposition il y a belle lurette que je ne fume pas, la subordonnée sémantique (il y a belle lurette) se pose en principale formelle et la principale sémantique (que je ne fume pas) se pose en subordonnée formelle.

Il y a comme préposition

Dans la proposition

Pierre est parti il y a trois ans

il y a est une préposition.

La valeur prépositionnelle de il y a résulte d'une regrammaticalisation. La forme sous-jacente de Pierre est parti il y a trois ans est il y a trois ans de cela, Pierre est parti ou il y a trois ans que Pierre est parti.

Distance d'un événement (méthode relative) - exemples

Avec une subordonnée introduite par que

ça fait trois ans qu'il est parti
il n'y a pas un quart d'heure qu'il est parti
il n'y avait pas cinq heures que les deux femmes s'étaient quittées, qu'elles se retrouvaient dans un maison amie (Bourget)
il y a deux jours que nous sommes rentrés
il y a seulement huit jours qu'elle a accouché
il y a trois ans que Pierre est parti

Avec de cela

il y a de cela plus d'une dizaine d'années
il y a de cela vingt ans, puisque j'avais trente ans et que j'en ai cinquante (Maupassant)

Durée d'un état (méthode absolue) - exemples

Présent

cela fait une semaine que nous sommes sans nouvelles de lui
il y a belle lurette que je ne fume pas
il y a quatre jours que je marche
il y a trente ans que je suis son mari
il y a trois mois que dure sa maladie
il y a une demi-heure qu'ils se racontent des blagues (Vildrac)
il y a une heure qu'elle est couchée
il y a vingt ans que je le connais
voilà cinquante ans que nous habitons ici
voilà trente ans que je suis son mari
voilà une heure que je l'attends

Imparfait

il allait y avoir deux mois que durait la crise
il y a des mois que je vous guettais (Sartre)
il y avait longtemps qu'elle désirait ce bijou

Plus-que-parfait

il y avait longtemps qu'il n'avait paru aussi heureux (Maurois)
il y avait une semaine qu'il n'avait pas mangé de viande

Passé composé

il y a cinq ans que nous ne nous sommes pas vus
il y a longtemps qu'il n'est pas venu nous voir
il y aura dix ans demain que je ne l'ai vu
voilà déjà longtemps que sa mère est morte
voilà dix ans que je n'ai vu le soleil (Flaubert)

Distance et durée dans un passé absolu

Comme les quasi-prépositions il y a et ça fait ont une base verbale, la distance et la durée qu'elles expriment peuvent être transposées dans un passé absolu par simple application de l'imparfait : il y avait, ça faisait. La proposition cela fait trois ans que nous ne vivons plus ensemble transposée dans le passé absolu devient cela faisait trois ans que nous ne vivions plus ensemble. Si le temps des événements relatés précède le temps de la parole de dix ans, le dernier moment où les protagonistes vivaient ensemble est de treize ans antérieur au moment de la parole. On dirait que la préposition il y a est conjugable.

De même, chez Proust, le jour d'hiver qui devint le jour de la fameuse scène de la madeleine suivait de bien des années l'enfance passée à Combray : Il y avait bien des années que, de Combray, tout ce qui n'était pas le théâtre et le drame de mon coucher n'existait plus pour moi, quand un jour d'hiver, comme je rentrais à la maison....

Dans ce passage, le rapport entre il y avait et quand illustre un autre phénomène du système temporel, phénomène que nous allons examiner plus loin sur cette page. Il s'agit de l'inversion des rôles de la principale et de la subordonnée dans l'indication du temps d'un événements. Dans le passage de Proust, il y avait introduit la principale formelle et quand, la subordonnée formelle, alors que, fonctionnellement, l'événement essentiel est le jour d'hiver et l'enfance de Combray ne sert que d'arrière-plan.

depuis - emplois complexes

Pour l'étude générale de depuis, voir la page connexe Les emplois de depuis.

depuis relatif et depuis absolu

Prononcées le quinze mai, les deux indications de durée depuis le premier mai et depuis quinze jours sont non seulement équivalentes logiquement, mais aussi, comme on verra, interchangeables grammaticalement. Nous appelons les deux versions de depuis « relative » et « absolue ». La langue témoigne d'une étrange indifférence à l'égard de cette distinction grammaticale. (Phénomène analogue : ça remonte à la période glaciaire / ça remonte à 20,000 ans.)

Interprétations perfective et imperfective du verbe

On verra tout à l'heure qu'il existe un rapport important entre l'opposition relatif / absolu et l'opposition perfectif / imperfectif. Le verbe est perfectif (ou a l'interprétation perfective) s'il exprime une transition ; il est imperfectif (ou a l'interprétation imperfective) s'il exprime le résultat d'une transition. On dit aussi que les verbes perfectifs expriment des événements et que les verbes imperfectifs expriment des états. La porte est fermée exprime un état ; la porte est fermée à 20 heures chaque soir exprime un événement (répétitif).

Il y a des verbes qui sont distinctement perfectifs, comme naître, et d'autres qui sont distinctement imperfectifs, comme vivre. L'interprétation perfective / imperfective de la plupart des verbes dépend du contexte grammatical et logique. On vient de voir que l'interprétation de être fermé dépend de la présence de l'indication de temps. Un autre indice grammatical important est la négation. La matérialisation est un événement, la non-matérialisation est plutôt un état : il avait encore grandi depuis trois mois qu'elle ne l'avait vu (Troyat).

Deux oppositions : relatif / absolu et perfectif / imperfectif

L'expression relative de la durée transmet une interprétation perfective au verbe ; l'expression absolue de la durée transmet une interprétation imperfective au verbe. Si cette transmission échoue, la proposition est agrammaticalle (ou très bizarre).

Une seule forme du verbe (il est parti) peut avoir deux interprétations différentes.

Transmission relatif perfectif

depuis le vingt juin j'ai perdu six kilos (Sartre)
il a disparu depuis dimanche
il est parti depuis la fin du mois dernier
ils sont arrivés depuis la fin de la semaine dernière
je ne sais pas exactement pourquoi il m'a pris en grippe depuis son retour (Triolet)

Transmission absolu imperfectif

Cécile, depuis un grand moment, a cessé de chantonner cette mélodie (Duhamel)
il a disparu depuis vingt ans
il est parti depuis un mois
ils sont arrivés depuis une semaine
ils ont franchi depuis longtemps les limites de l'étonnement (Saint-Exupéry)
le film a commencé depuis cinq minutes

depuis nominal et depuis propositionnel

La préposition depuis peut avoir un argument nominal proprement dit (depuis un an) ou un argument nominal propositionnel (depuis que je travaille aux États-Unis). Pour plus de simplicité, nous dirons que l'argument de depuis est nominal ou propositionnel.

Deux oppositions : nominal / propositionnel et relatif / absolu

Que l'indication de la durée soit nominale ou propositionnelle, elle peut ausi être relative ou absolue, Il y a donc quatre combinaisons :

Nominal relatif

depuis mon arrivée

Nominal absolu

depuis mon séjour ici

Propositionnel relatif

depuis que je suis arrivé

Propositionnel absolu

depuis que je vis ici

L'indication nominale-propositionnelle mixte de la durée

Depuis dix ans que je le connais est un exemple de la construction que nous appelons l'indication nominale-propositionnelle mixte de la durée : depuis dix ans est nominal, je le connais est propositionnel. La paraphrase de l'expression adverbiale complète est depuis que je le connais, c'est-à-dire depuis dix ans ou depuis dix ans depuis lesquels je le connais.

Toutes les combinaisons de l'opposition nominal / prépositionnel et de l'opposition relatif / absolu sont possibles.

depuis trois ans que je suis sa femme
depuis trois ans que nous avons fini notre service
depuis le matin que je suis dans la pièce
depuis le matin que je suis entré dans la pièce

Un phénomène presque identique : depuis bientôt quatre mois, c'est-à-dire la dernière conférence de presse du général de Gaulle, la majorité et l'opposition sont tenues en haleine. Dans cet exemple, une indication de durée absolue et une indication de durée relative sont coordonnées par c'est-à-dire.

Durée et négation

On rencontre très souvent la négation dans les subordonnées introduites par depuis que et exprimant la durée absolue. Ce n'est pas dû à une quelconque règle spécifique. La fréquence de la négation s'explique plutôt par le fait que la durée absolue exige un verbe distinctement imperfectif ou la présence de certains indices grammaticaux ou contextuels. Or la négation est un tel indice : il s'est passé beaucoup de choses depuis que nous ne nous sommes vus. (Le conégateur pas est facultatif.)

Comparons les quatre propositions qui suivent :

dix ans se sont écoulés depuis que je ne l'ai vu
dix ans se sont écoulés depuis que je ne l'ai pas vu
dix ans se sont écoulés depuis que je le vois tous les jours
dix ans se sont écoulés depuis qu'on a décidé de se voir tous les jours

Le « non-voir » n'est pas un événement, mais un état. Donc les deux premières propositions expriment la durée absolue par la négation. Le conégateur pas est généralement omis.

La répétition (tous les jours) en elle-même confère un caractère absolu à la troisième proposition, donc la négation y est inutile et impossible.

Le verbe décider est perfectif, donc la quatrième proposition exprime la durée relative, qui est incompatible avec la négation.

On voit que la non-négation est compatible et avec la durée absolue et avec durée relative. L'effet de l'opposition négation / non-négation sur l'interprétation absolue / relative de la subordonnée depuis que n'est donc pas directe, mais arbitré par d'autres facteurs (la nature du verbe, la répétition, adverbes divers, temps).

voilà...que, il y a...que, ça fait,,,que

De même que depuis, ces quasi-prépositions peuvent exprimer la durée absolue et la durée relative. Leurs constructions sont identiques à celles de depuis.

Il y a et ça fait sont des « prépositions conjugables » : ils peuvent mesurer des durées relatives et absolues au présent, au passé et au futur. C'est une richesse plutôt théorique et nous ne parlerons pas des problèmes de concordance qu'elle comporte. Voilà n'existe qu'au présent.

Avec la durée relative . la question de la négation ne se pose pas, puisqu'il est difficile d'établir un repère négatif : *voilà six semaines que je ne me suis pas cassé la jambe.

Avec la durée absolue, la question de la négation se pose de la manière suivante

Pour que le durée absolue puisse être exprimée sans négation, il faut que le verbe soit distinctement imperfectif, comme l'est vivre, ou que d'autres facteurs grammaticaux ou sémantiques contribuent à la mise en valeur de son caractère absolu.

La caractère absolu de la durée est presque toujours exprimée au moyen de la négation. Cela ne veut pas dire que la négation soit obligatoire.

L'omission de pas est toujours préférable, tant avec depuis qu'avec ses synonymes, mais l'emploi de pas est beaucoup plus rare avec depuis qu'avec les trois quasi-prépositions.

Durée absolue - négation pleine (ne...pas)

ça fait deux ans qu'il ne s'est pas marié
depuis dix ans elle n'a pas chanté Carmen
il y a dix ans qu'elle ne chante plus
il y a dix ans que nous n'avons pas de rapports
il y a longtemps que je ne suis pas sorti
il y avait quarante ans que l'Europe n'avait pas connu la guerre (Malraux)
il y avait quinze jours qu'il ne l'avait pas vue
il y avait un an que nous n'avions pas de rapports
je ne l'ai pas vu il y a un mois

Bien sûr, il y a avec une subordonnée negative n'exprime pas la durée si le verbe est perfectif : il y a maintenant dix ans qu'il n'a pas accepté ce poste et il s'en mord les doigts depuis.

Durée absolue - négation sans conégateur (négateur absolu)

ça fait dix ans qu'elle n'a chanté Carmen
cela fait des éternités que je ne l'avais rencontré
de longue date, à Moscou, on n'avait vu rentrée plus inhabituelle pour un dirigeant soviétique
depuis dix ans qu'elle n'a chanté Carmen, sa voix s'est modifiée
il y a bien longtemps qu'on n'avait vu une équipe aussi triste
il y a des années que je n'ai passé de nuit plus confortables, plus paisibles (Triolet)
il y a dix ans qu'elle n'a chanté Carmen
il y a quarante ans que je n'ai entendu de cris de joie dans la rue (Sartre)
il y a six semaines que je n'ai mis de la crème fouettée dans mon chocolat
il y a trois semaines que je ne l'ai vu
il y a une éternité qu'on ne s'était vu
il y avait bien longtemps qu'elle n'avait pris un repas seule (Sagan)
il y avait quatre ans que je n'étais allé en Chine
on ne l'a vu depuis des mois
voilà bien des jours que je ne t'ai vu
voilà longtemps que nous ne nous sommes vus

Durée absolue - sans négation

voilà trois ans que nous vivons ensemble

Durée relative - sans négation

il y a si longtemps que j'ai eu le plaisir de vous voir
il y a eu hier six semaines que je me suis cassé la jambe (A.Daudet)
voilà trois ans que nous nous sommes pacsées

depuis le temps que - métadiscursif

Dans la construction depuis le temps que, le nom le temps est une indication de durée absolue. La paraphrase de depuis le temps qu'il essaie est étant donné qu'il essaie depuis si longtemps, il devrait déjà y être arrivé. Depuis le temps que introduit une espèce d'exclamation métadiscursive.

depuis le temps qu'il apprend l'allemand
depuis le temps qu'on ne s'était pas vus
depuis le temps que je voulais voir ce film
depuis le temps que je dis que je vais lui écrire
depuis le temps qu'il essaie
depuis le temps que je te le dis
depuis le temps que nous somme liées, tu ne devrais pas ignorer que
depuis le temps que tu voulais voir ta mère, j'espère que tu es satisfaite

depuis tout petit, depuis cinq ans

Construction elliptique relâchée.

Renvois

Pour la négation sans conégateur dans la subordonnée introduite par depuis que, voir la page connexe La négation verbale - le négateur absolu - rubrique Depuis que et conjonctions assimilées.

[nom * que], [adverbe * que]

au début que

le début qu'on habitait ici

Tour hautement elliptique. Paraphrase: au début de la période où. Voir l'examen du conflit de / que à la page connexe La subordonnée complément prépositionnel fléchie.

tout de suite que, tout d'abord que

Ce sont des conjonctions de la langue populaire. La préposition sous-jacente après est omise devant que.

[subordonnée * que * principale] - inversé

Subordonnée affirmative

L'évènement de la principale est avancé (déjà)

elle regardait un objet qu'il le lui offrait déjà (Kessel)
il était à peine arrivé qu'il était déjà assailli
j'avais seize ans que je liquidais déjà des intellos trotskistes
j'étais gamine qu'elle achetait déjà des navets à mon père (Zola)
la voiture n'était pas encore immobile que
une heure s'est à peine écoulée que les habitudes vous emportent

L'évènement de la principale est retardé (encore, toujours)

des ondes noires se répandaient sur la terre qu'une immense couleur rose occupait encore le ciel (Flaubert)
il bavardait pendant plus d'une heure que j'en étais encore à chercher les desseins de cet entretien vagabond (Duhamel)
la nuit tombait qu'il était encore là à se battre
la pluie avait cessé que nous allions encore à toute vitesse (Duhamel)
le coupé se perdait déjà parmi les voitures qu'il était encore à la même place, figé, étourdi (Zola)
les opérettes et les poésies qui ont eu des centaines de représentations seront oubliées depuis longtemps, que ton œuvre restera toujours jeune et vivante (A. Daudet)
mais, soit qu'il n'eût pas remarqué cette manœuvre ou qu'il n'eût osé s'y soumettre, la prière était finie que le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux (Flaubert)
nous avons déjà quitté Martinville depuis un peu de temps et le village après nous avoir accompagnés quelque secondes avait disparu, que ses clochers agitaient encore leurs cimes ensoleillées (Proust)
Raymond était depuis des semaines un jeune homme soucieux de sa tenue, converti à l'hydrothérapie, sûr de plaire et occupé à séduire, que sa mère le considérait toujours comme un collégien malpropre (Mauriac)
tout s'était envolé que les Français tiraient toujours (Barrès)

Subordonnée négative

L'évènement de la principale est avancé (déjà)

La négation dans la subordonnée peut être renforcée par encore.

elle n'y était pas depuis trois minutes, que Daniel vint lui montrer le dossier (Troyat)
il n'a pas fini de parler qu'une dizaine d'étudiants levaient la main
il n'avait pas fait deux cents pas qu'il fut arrêté
il n'avait pas fait dix pas qu'il disparaissait dans une brusque explosion (Zola)
il n'avait pas fait trois pas qu'il s'arrêta
il n'avait pas fini de parler que l'autre était déjà parti
il n'était pas éloigné d'une heure que
il n'était pas encore dix heures que la place était pleine de monde
je n'avais pas ouvert la porte que Pierre m'apostropha durement
je n'avais pas parlé deux minutes, que la bonne marquise avait les larmes aux yeux (Stendhal)
je n'avais pas vingt ans que déjà m'apparaissait cette vérité consternante (Gide)
l'hiver n'était pas encore achevé que je me remis à voyager (Descartes)
l'ordre n'est pas donné que les soldats passent aux actes
la nuit n'était pas tombée que...
le cardinal n'avait pas gagné la porte, que ses larmes, violemment retenues, débordèrent (Chateaubriand)
le sang n'était pas encore sec dans les rues de Paris, que déjà la France entière avait compris
les cadavres des derniers massacres ne sont pas encore enfouis qu'on songe déjà aux prochaines hécatombes (Céline)
les poursuites n'auront pas le temps d'être engagées qu'il sera parti ailleurs
Mozart n'avait pas six ans qu'il écrivait déjà des symphonies
nous n'avions pas marché une lieue que
on n'a pas même le temps de s'asseoir qu'il faut se lever et repartir
tu n'auras pas fini de lui expliquer que déjà elle mettra Sévérine au courant (Rivoyre)
un an ne sera pas écoulé qu'il se mariera une nouvelle fois
un éclair n'est pas éteint qu'un éclair lui succède (Verne)
votre mobilier n'est pas encore dans la rue que vous aimez déjà l'autre logement ; le vieux logement est oublié (Alain)

[à peine * subordonnée * que * principale] - inversé

Avec inversion

à peine l'ordre est-il donné que les soldats passent aux actes
à peine peut-il se lever qu'il veut sortir
à peine a-t-elle mis les pieds sur le sol chinois qu'elle fut arrêtée
à peine a-t-on ébauché son ouvrage que la vie s'achève
à peine avais-je ouvert la fenêtre qu'un énorme oiseau blanc pénétra dans la chambre
à peine avait-il ouvert la bouche qu'on le fit taire
à peine avait-il son bonheur entre les mains qu'on voulait le lui reprendre (Flaubert)
à peine avait-il terminé son repas que la cloche sonna
à peine avait-on commencé que c'était fini
à peine avez-vous passé la statue de la Liberté que, par sans-fil, s'abattent sur vous les télégrammes de bienvenue (Morand)
à peine avons-nous poussé un cri de surprise qu'il en arriva une autre
à peine était-il arrivé qu'il pensait déjà à repartir
à peine était-il arrivé qu'il prenait les choses en main
à peine était-il rentré qu'il a dû ressortir
à peine était-il sorti qu'il se rappelait
à peine entre-t-on dans la ville qu'on découvre que
à peine est-il arrivé depuis huit jours qu'il veut repartir
à peine le chat était-il parti que déjà les souris dansaient
à peine Meaulnes avait-il pu jeter un coup d'œil qu'il entendit sur le palier un bruit de pas (Alain-Fournier)
à peine Olivier eut-il levé la trappe que monta vers lui la clameur de tous les opprimés, prolétaires, exploités, peuples persécutés (Rolland)
à peine Pierre était-il arrivé, que Marie partait
à peine s'était-elle remise de sa maladie qu'elle fit une rechute

Sans inversion

il habitait à peine depuis six mois dans sa nouvelle maison qu'il a perdu son travail
il avait à peine respiré le flacon qu'il ouvrit les yeux
il ètait à peine sorti, qu'on l'appela / et on l'appela
il était à peine remis de sa maladie, quand / qu'il fit une rechute
il avait à peine terminé son travail, quand / qu'on lui en donna un autre

La position de à peine

L'adverbe à peine peut occuper deux positions : il peut précéder le verbe simple ou composé (à peine était-il arrivé) ou suivre la partie fléchie du verbe composé (il était à peine arrivé). Si l'adverbe à peine est antéposé, il se comporte en adverbe phrastique et il déclenche l'inversion du sujet. Voir la page connexe L'inversion entraînée par les adverbes phrastiques. L'inversion entraînée par les adverbes phrastiques est une inversion conjointe simple ou complexe, donc la position non antéposée est obligatoire si le sujet est non conjoint. La position non antéposée n'est pas limitée aux sujets non conjoints.

Les deux formes sont grammaticales et équivalentes :

à peine avait-on commencé que c'était fini =
on avait à peine commencé que c'était fini

La première forme est agrammaticale, les deuxième et troisième formes sont grammaticales et équivalentes :

*à peine avait Pierre commencé que c'était fini
à peine Pierre avait-il commencé que c'était fini =
Pierre avait à peine commencé que c'était fini

[à peine * subordonnée * et * principale] - inversé

à peine avait-on commencé que c'était fini =
à peine avait-on commencé et c'était fini

[à peine * subordonnée * voilà * principale] - inversé

à peine suis-je dans la rue, voilà un violent orage qui éclate (A. Daudet)

La principale inclut une subordonnée présentative. Voir la page connexe La relativation prédicative.

[à peine * subordonnée * quand * principale] - inversé

elle était à peine remise de la frayeur que Swann lui avait causée quand un obstacle fit faire un écart au cheval (Proust)

Nous avons affaire ici au pronom relatif quand et à une relativation phrastique. Ce quand est paraphrasable comme et à ce moment précis. Voir l'examen de la relativation phrastique à la page connexe La relativation à antécédent phrastique. Voir l'examen du pronom relatif quand à la page connexe Les pronoms relatifs - quand et autres pronoms de temps.

[à peine * subordonnée * 0 * principale] - inversé

à peine avez-vous conquis la femme de vos rêves, vous la trouvez banale
à peine étaient-ils entrés, la porte du cabinet se rouvrit (A. Daudet)
à peine Tartarin eut-il mis pied à terre, le quai s'anima, changea d'aspect (A. Daudet)

[principale * à peine * subordonnée]

La postposition de la subordonnée temporelle introduite par à peine est rare. Dans ce tour, à peine est perçu comme une véritable conjonction.

elle s'endormit, à peine sa tête avait-elle touché l'oreiller (Triolet)
il brise ses jouets à peine les lui a-t-on offerts
ils se sont mis au travail à peine Pierre est-il arrivé
la police secrète arrêta Meichen à peine a-t-elle mis les pieds sur le sol chinois
un message du général Leclerc m'apprend l'entrée de ses troupes à Strasbourg à peine y ont-elles pénétré (de Gaulle)

[subordonnée * pas plutôt que * principale] - inversé

La graphie plutôt est illogique, mais consacrée par l'usage. Le sens exigerait plus tôt plutôt que plutôt.

Dans la proposition les locataires n'avaient pas plutôt été évacués que l'immeuble s'effondra, la subordonnée introduite par que est une subordonnée comparative régie par plutôt. Voir la page connexe Le système comparatif.

il n'a pas plutôt fini sa phrase qu'il en comprend toute la cruauté (Theuriet)
cette bouteille ne fut pas plutôt sur la table, Dufouqueblize s'en saisit (Gide)
cette idée n'est pas plutôt surgie en moi qu'une autre évidence m'est apparue (Bourget)
Édouard n'eut pas plutôt proféré ces paroles qu'il en sentit l'inconvenance (Gide)
elle n'aurait pas été plutôt arrivée qu'elle s'en serait aperçue (Proust)
elle n'était pas plutôt partie, que je la rappelais de tous mes vœux (Chateaubriand)
elle n'eut pas plutôt accepté qu'elle s'en repentit
il n'eut pas plutôt aperçu son père qu'il courut à lui
il n'eut pas plutôt dit ces mots qu'il partit
il n'eut pas plutôt pris le large que je le rejoignis (Gide)
je n'ai pas eu plutôt lâché cette parole que je me suis mordu la langue
je n'y eus pas plutôt pensé que je le jugeai irréparable (Musset)
je ne fus pas plustôt seul devant lui qu'il commença de m'interroger (Gide)
je ne l'eus pas plutôt quitté qu'il disparut dans la foule
la lune n'est pas plutôt couchée qu'un souffle venant du large brise l'image des constellations (Chateaubriand)
les locataires n'avaient pas plutôt été évacués que l'immeuble s'effondra
nous n'avons pas plutôt tourné les talons qu'on nous regrette (Chateaubriand)
nous n'eûmes pas plutôt franchi le seuil, que surgirent devant nous, entrés par l'autre porte, deux énormes agents de police (Gide)
on n'est pas plutôt monté en voiture qu'on méprise les gens à pied
pas plutôt que j'ai dîné, je m'endors sur ma page sportive et j'ai beau me faire des reproches et me dire que le destin de la France est entre mes mains, c'est plus fort que moi (Aymé)
pas plutôt rentré chez moi, le sommeil m'assomme comme un coup de masse (Giono)
vous ne serez pas plutôt arrivés à Chamrousse qu'il en faudra repartir (H. Bazin)

Omission de pas plutôt

il n'était pas débarqué qu'il sonnait chez le juge d'instruction (Benjamin)
la porte n'était pas fermée qu'il dormait profondément (Simenon)
elle regardet un objet qu'il le lui offrait déjà (Kessel)

La présence de plutôt favorise le passé antérieur.

[subordonnée * quand * principale] - inversé

Voir la page connexe Les pronoms relatifs - quand et autres pronoms de temps - rubrique Quand dans la subordination inversée.

[subordonnée * lorsque * principale] - inversé

il était à peine huit heures du matin lorsque Madeleine et Françoise descendirent de voiture (Troyat)
Sophie était en train d'arranger ses affaires sous la tente de l'infirmerie, lorsque le général entra (Troyat)
cette atmosphère de perte de confiance allait se prolonger au début de l'année 1969 lorsque le 8 août éclatait la bombe de la dévaluation officielle du franc

Réduction et participe absolu avec à peine

Réduction

à peine dans la voiture, il s'est endormi

Pour l'examen de la réduction avec à peine, voir la page connexe Les subordonnées réduites - la réduction avec conjonction.

Participe absolu

parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient (Proust)

Pour l'examen du participe absolu avec à peine, voir la page connexe La subordonnée participiale absolue.

[nom-exprimant-durée * et * principale]

une minute à peine et elle revient (Giraudoux)
encore un point et j'ai fini (Musset)

La subordonnée averbale, qui précède et, exprime la durée qui doit s'écouler, ou le travail qu'il reste à faire, avant l'événement de la principale.

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