Le système temporel - aspects généraux
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Le système temporel - aspects généraux (557)

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Le système temporel - aspects généraux (557)

SOMMAIRE

Remarque organisationnelle importante

Le système temporel est un système mixte : il comprend et des subordonnées relatives et des subordonnée régies. Du point de vue organisationnel, nous avons assimilé le système temporel à l'un des deux types de subordonnées qu'il contient, notamment aux subordonnées régies, de préférence à le couper en deux parties physiquement séparées. Les subordonnées temporelles régies et les subordonnées temporelles relatives cohabitent sue cette page. Nous avons tranché le nœud gordien sans toucher au système temporel.

Catalogue

Pour le catalogue de tout ce qui a trait au temps grammatical, voir la page connexe Les temps - répertoire. On y trouvera des renvois aux temps du verbe, aux subordonnées temporelles (modes, conjonctions) aux prépositions temporelles, aux adverbes temporels, aux aspects grammaticaux (durée, accomplissement, perfectivité).

Subordonnées libres et subordonnées relatives


Système temporel - sens étroit et sens large

Au sens étroit, le système temporel est le système de subordination temporelle. Au sens large, le system temporel comprend aussi les emplois temporels de toutes les formes verbales et les emplois temporels de certains verbes quasi-auxiliaires tels que aller, venir, devoir. Les locutions aspectuelles (en train de, au point de etc.) sont, elles aussi, parfois considérées comme appartenant au système temporel.

Antériorité et postériorité - terminologie

Les termes « antériorité » et « postériorité » se rapportent à la principale. La conjonction avant que exprime l'antériorité du fait de la principale par rapport à celui de la subordonnée ; la conjonction après que exprime la postériorité du fait de la principale par rapport à celui de la subordonnée.

Avant que et après que - étymologie

Selon Le Goffic(1993), avant que et après que proviennent, directement ou indirectement, de « antequam » et « postquam ». Autrement dit, le que de ces conjonctions serait le connecteur de comparaison qu'on trouve dans plus tôt que, plus tard que, en même temps que. Nous penchons plutôt pour l'hypothèse que la particule que de ces deux conjonctions est le nominalisateur qu'on trouve dans dès que, depuis que, parce que, selon que, etc. Nous ne pensons pas que le commun des mortels perçoive une différence structurelle entre avant que et jusqu'à ce que ou entre après que et depuis que. Ajoutons que les deux analyses ne s'excluent pas mutuellement. L'une est plutôt diachronique, l'autre, plutôt synchronique. Leur coexistence pacifique s'observe aussi dans le cas de sitôt et aussitôt. Ces deux mots ont la même particularité que avant et après : ils sont à la fois des prépositions et des comparateurs.

Les modes

Dans la vue d'ensemble des conjonctions temporelles (voir la page suivante) nous allons indiquer pour chaque conjonction le mode avec lequel elle se construit. Nous présentons ici par anticipation les cas de avant que et de après que.

La construction de avant que

L'antériorité de la principale jette une ombre d'incertitude et d'irréalité sur le fait de la subordonnée. La subordonnée antérieure ressemble donc aux subordonnées régies exprimant l'invraisemblance ou le doute. C'est ce qui explique l'emploi du subjonctif avec certaines conjonctions d'antériorité, comme avant que.

La construction de après que

Les faits

Grevisse : « Après que est traditionnellement suivi de l'indicatif. [...] Malgré la règle donnée ci-dessus, on observe une tendance, surtout forte depuis le deuxième tiers du vingtième siècle, à faire suivre après que du subjonctif. [...] Cette tendance a fait l'objet de vives critiques. [...] Elle paraît pourtant irrésistible, quoique l'indicatif ne soit nullement périmé. »

Soutet(2000) : « Depuis donc une bonne cinquantaine d'années, la situation est telle que, tandis que la grammaire normative impose ou recommande [l'indicatif], l'usage de plus en plus majoritaire, pour ne pas dire exclusif, opte nettement pour [le subjonctif]. [...] Il faut reconnaître que cet usage du subjonctif est d'autant plus étonnant que non seulement il s'oppose à la logique [...] mais que, de surcroît, il témoigne d'un progrès dans les emplois du subjonctif alors que, dans la même tranche chronologique, ceux-ci sont plutôt en recul. »

Les explications

L'explication la plus répandue invoque l'analogie avec l'antonyme avant que. Elle ne nous semble pas très convaincante.

L'homonymie du passé simple et de l'imparfait du subjonctif de certains verbes (eut / eût, fut / fût) est une autre explication qui nous laisse sceptique.


Wilmet(2003) offre une explication fine et judicieuse : « Quelques chroniqueurs supputent une dérive complémentaire de après que vers seulement après que, pas avant que, non sans que et à condition que, par exemple [dans la Constitution de 1946] : " Le Président du Conseil et les ministres ne peuvent être nommés qu'après que le Président du Conseil ait été investi de la confiance de l'Assemblée. " [...] ». C'est l'explication que nous privilégions.

Les temps

Règles non subordinatives


L'emploi des temps dans les subordonnées temporelles ne diffère guère de l'emploi des temps dans les autres types de proposition. Les temps servent à exprimer les relations temporelles, mais ils remplissent cette fonction dans les environnements grammaticaux les plus variés, tels que les propositions indépendantes et principales, tous les types de subordonnées (relatives, libres) et la coordination. Inversement, le temps du verbe n'est pas la seule ressource grammaticale qui puisse exprimer les relations temporelles. Ces dernières s'expriment parfois au moyen de jonctions ou d'adverbes. La plupart des emplois des temps sont non subordinatifs, même dans les subordonnées.

Mesure du temps par les méthodes relative et absolue


Comparons les deux propositions qui servent à exprimer un intervalle :

il y a longtemps qu'il est devenu membre du club

il y a longtemps qu'il est membre du club

Dans la première version, l'intervalle est défini à l'aide de son point initial : le temps employé est le passé. Dans la seconde version, le même intervalle est caractérisé par un état : le temps employé est le présent.

Un autre exemple du même phénomène : dans depuis qu'il a perdu sa femme, c'est au point initial du veuvage que s'attache la pensée ; dans depuis qu'il est veuf, c'est à l'état de veuvage lui-même.

Une seule préposition, à savoir depuis, est à la base de deux méthodes de mesure du temps, à savoir de la méthode ponctuelle et de la méthode linéaire.

On rencontre parfois un emploi illogique, mais acceptable dans la langue parlée, du présent avec depuis ponctuel. C'est une confusion des méthodes ponctuelle et linéaire de la mesure du temps.

nous nous détestons depuis que nous sommes tout petits.

Les passés d'accomplissement avec avant que

Avec une principale affirmative

Si la principale est au présent (par exemple, dans une loi intemporelle), l'accomplisement s'exprime par le passé composé dans la subordonnée : les traits les plus importants d'un caractère se forment et s'accentuent avant qu'on en ait pris conscience (Gide).

Si la principale est au passé (comme dans tous les exemples qui suivent), l'accomplisement s'exprime par le plus-que-parfait dans la subordonnée.

avant même qu'il n'eût fini d'écouter Bertrand, vingt objections s'étaient déjà levées dans sa tête (Romains)
avant même que ne se fussent relevés les yeux gris, la main presque inconsciemment posa la plume (Gracq)
avant qu'il eût parlé, elle vit dans son regard qu'il l'aimait (France)
avant que j'aie eu achevé, il était déjà parti
avant que le coq eût chanté pour la troisième fois
deux heures se passèrent avant qu'ordre nous fût donné de partir
elles disparaissaient avant que j'eusse pu les comprendre (Sartre)
et, comme elle était en grand deuil, avant même qu'elle n'eût parlé, il comprit tout (Gide)
Haverkamp se faisait fort d'avoir revendu au moins un des immeubles avant que les raboteurs de parquet ne fussent passés (Romains)
je suis parti avant qu'il eût fini de manger
Mathias [...] la perdit de vue avant qu'elle ne fût arrivée en bas (Robe-Grillet)

La conjonction d'antériorité (avant que) exprime la relation temporelle entre deux faits : le fait de la principale est antérieur à celui de la subordonnée. Donc la subordonnée est postérieure à la principale. À première vue, l'emploi du plus-que-parfait ou du passé surcomposé pour exprimer un futur relatif paraît illogique. Néanmoins, il est consacré par l'usage. Ce qui explique cette anomalie est que le plus-que-parfait a deux sens : son sens primaire est l'antériorité, son sens secondaire est l'accomplissement (l'achèvement, la perfectitude). La paraphrase de avant qu'il eût parlé, elle vit dans son regard qu'il l'aimait (France) est avant qu'il ait fini de parlé, elle vit dans son regard qu'il l'aimait.

Avec une principale négative énonciative

Dans ce cas, l'emploi du plus-que-parfait ou du passé surcomposé pour exprimer un futur relatif ne présente pas de problème. La bonne logique de la construction à principale négative se vérifie aisément à l'aide de la paraphrase affirmative.

je ne faisais rien avant qu'il ne m'en eût donné l'ordre =
j'ai fait mon devoir après qu'il m'en eut donné l'ordre

la vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté (Proust) =
la vue de la petite madeleine m'a rappelé quelque chose après que j'y eus goûté

Avec une principale négative injonctive (interdiction)

Comme l'injonction porte sur un fait futur, on emploie le présent ou le passé composé dans la subordonnée d'antériorité.

ne partez pas avant que nous nous soyons entendus sur les moyens
n'essaie pas de le revoir avant que je ne t'y aie autorisé

L'emploi du futur

Le futur est interdit avec la conjonction si prise au sens strictement conditionel. C'est une limitation purement grammaticale et arbitraire.

Emplois non temporels et métadiscursifs

Certaines conjonctions étiquetées comme temporelles ont, en réalité, un spectre circonstanciel plus large. En particulier, elles peuvent remplir des fonctions causales et concessives. Les emplois non temporels des conjonctions temporelles peuvent aussi avoir une coloration métadiscursive. Nous n'allons pas examiner sous le microscope le spectre circonstanciel de chacune des conjonctions temporelles. Nous nous bornons ici à quelques renvois et remarques.


Pour une vue d'ensemble des phénomènes métadiscursifs en général, voir la page connexe Les phénomènes métadiscursifs - vue d'ensemble.

Du moment où/que peut avoir une valeur causale métadiscursive dans la langue familière ou populaire :

du moment que j'entends le tonnerre, c'est donc que je ne suis pas sourd
du moment que je suis en veine de vous gronder, je continue (Jaloux)
Delhomme confirma que, du moment où celui-ci avait payé, le terrain lui appartenait (Zola)

Dès lors que et dès l'instant que peuvent exprimer la cause.

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