Les subordonnées régies - l'emploi du subjonctif
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Les subordonnées régies - l'emploi du subjonctif (550)

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Les subordonnées régies - l'emploi du subjonctif (550)

SOMMAIRE





Introduction

L'étude du subjonctif dans les subordonnées régies a deux axes majeurs : l'axe sémantique et l'axe grammatical. Dans la troisième partie majeure de la présente page, on trouvera un mélange d'observations supplémentaires.

Chaque point de l'axe sémantique (tel que le degré de vérité, l'injonction. le sentiment, etc,) représente un trait lexical des verbes, des adjectifs et des noms.

Chacun des trois points de l'axe grammatical (négation, interrogation, hypothèse) représente une modalité de la proposition. Ces modalités sont véhiculées par des élements grammaticaux de la proposition, non pas par des éléments lexicaux.

En principe, chaque paire de trait lexical et de modalité sémantique est susceptible d'accueillir une règle concernant l'emploi du subjonctif. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les rubriques consacrées aux traits sémantiques soient subdivisées en modalités grammaticales et, inversement, que les rubriques consacrées aux modalités grammaticales soient subdivisées en traits sémantiques. (En réalité, notre démarche ne possède pas cette pureté géométrique.)

Facteurs sémantiques

Degré de vérité, certitude, doute

Le doute a des degrés

il n'est pas tout à fait évident
il n'est pas certain
il est peu probable
il est absolument impossible

La certitude aussi a des degrés

il est possible
il y a des chances
il est vraisemblable
il est absolument certain

Tendance générale

Le doute fort et la certitude faible entraînent le subjonctif. le doute faible et la certitude forte autorisent l'emploi de l'indicatif. On dispose d'une grande latitude dans l'application de ces principes.

Exceptions

La tendance générale n'explique pas tous les caprices de la grammaire. Par exemple, il est possible peut être suivi de l'indicatif ou du subjonctif, mais il se peut est toujours suivi du subjonctif.

Une vérité qui dérange

On peut atténuer une vérité qui dérange en la mettant au subjonctif. Ce subjonctif a une nuance concessive.

il est vrai que le Parti ait rencontré quelques accidents de parcours, mais...

Le verbe douter - verbe multistructurel


Sentiments

Règle générale

Les verbes, les adjectifs et les noms exprimant des sentiments entraînent le subjonctif dans leurs subordonnées régies.

Phénomènes divers

On trouve parfois l'indicatif dans un style relâché.

Craindre et se plaindre peuvent être construits avec l'indicatif dans tous les registres.

L'indicatif est justifié lorsqu'on se distancie de ses émotions. Il est plus facile de produire cet effet au moyen d'un nom que par un verbe ou un adjectif.

ma joie est que mes enfants sont casés
il me remplit de joie que mes enfants soient casés

Voir la page connexe La subordonnée complément prépositionnel fléchie pour l'examen des conjonctions ce que et que amenant la subordonnée complément prépositionnel. Certains verbes de sentiment peuvent être construits indifféremment avec les deux conjonctions. Le subjonctif est obligatoire avec que et instable avec ce que après ces verbes.

je me réjouis que tu puisses venir dimanche
je me réjouis de ce que ton petit-fils vient de se faire dépuceler

L'indicatif est majoritaire avec de ce que ; à ce que entraîne le plus souvent le subjonctif.

Quelques verbes de sentiment

Verbes transitifs, verbes intransitifs et toutes autres constructions confondues.

admirer
amuser
approuver
arranger
avoir honte
bénir
chagriner
charmer
déplorer
désespérer
épater
ennuyer
envier
exaspèrer
faire plaisir
frapper
gêner
importer
inquiéter
jubiler
mériter
n'en pas revenir
pester
plaire
préoccuper
rassurer
regretter
rougir
s'émerveiller
s'émouvoir
s'étonner
s'ennuyer
s'enorgueillir
s'excuser
s'extasier
s'indigner
s'inquiéter
s'irriter
s'offusquer
se desoler
se divertir
se fâcher
se féliciter
se ficher
se foutre
se froisser
se méfier
se moquer
se réjouir
se repentir
se scandaliser
se soucier
se venger
souffrir
sourire
stupéfier

satisfait
heureux
charmé
choqué
déçu
dégoûté
effrayé
ennuyé
fâché
surpris
triste

Injonction, permission, interdiction

La catégorie injonctive comprend les mots d'injonction proprement dite, de permission, d'interdiction, de nécessité et de suffisance.

Règle générale

Les mots injonctifs entraînent le subjonctif dans leurs subordonnées régies.

je souhaite que tu viennes dès que possible
il est urgent qu'une décision soit prise

Loi naturelle, volonté sans appel

Une loi naturelle ou une volonté au-dessus de tout appel peut être exprimée par l'indicatif.

c'est une nécessité mathématique inexorable que
la volonté du roi est que
la loi stipule que

L'emploi métaphorique des verbes injonctifs

L'emploi de vouloir et de permettre est métaphorique dans les locutions telles que

la légende veut
la tradition veut
le ciel permit
le hasard voulut
le malheur voulut
le sort voulut
la légende veut que saint François d'Assisi et saint Dominique, lorsqu'il se rencontrèrent, se tinrent longuement embrassés, mais qu'ils ne prononcèrent aucune parole

Avec ces locutions, le subjonctif et l'indicatif sont l'un et l'autre possibles. L'indicatif est plus correct.

Empêcher

Dans son sens primaire, empêcher est un verbe injonctif banal, construit avec le subjonctif : empêcher que la vérité ne soit révélée.

Le verbe empêcher peut aussi avoir une valeur concessive, proche de il n'en est pas moins vrai. Dans ce sens secondaire, il se construit avec l'indicatif.

n'empêche qu'il a tort
il est riche, ça n'empêche qu'il est con

Notons le contraste entre

Pierre n'empêche pas que la décision soit prise et
les objections n'empêchent pas que la décision est prise

La première proposition fait penser à un effort humain, qui est absent de la seconde. La seconde proposition peut être glosée comme la décision est prise malgré les objections.

La langue administrative

Dans la langue administrative, on construit avec l'indicatif (par exemple, avec le futur) certains verbes injonctifs, tels que

arrêter
convenir
décider
décréter
obtenir
ordonner
prescrire
régler
résoudre

L'indicatif exprime une volonté ferme, sans appel :

il a décidé qu'on ira jusque'au bout
j'ai décidé qu'il viendra (mais je me suis décidé à ce qu'il vienne)

Je veux bien

Je veux bien, signifiant je ne conteste pas, peut être construit avec l'indicatif ou le subjonctif : je veux bien que je n'avais pas tout à fait raison.

Verbes de parole et de pensée à valeur injonctive

Certains verbes de parole et de pensée peuvent être employés dans un sens injonctif. Dans ce cas, ils sont construits avec le subjonctif : Pierre dit que Paul vienne signifie Pierre fait venir Paul. Cet usage a reculé dans la langue parlée. Autres verbes cognitifs qui se construisent parfois avec le subjonctif :

annoncer
crier
dire
écrire
faire signe
prétendre
soutenir
suggérer

Quelques verbes volitifs

accepter
admettre
aider
aimer
aimer
appartenir
apprécier
appréhender
approuver
attendre
avertir
chercher
choisir
commander
comporter
concevoir
condamner
conseiller
consentir
contester
convaincre
convenir
décider
déconseiller
décréter
défendre
déplorer
demander
dire
épargner
éviter
empêcher
envisager
essayer
exclure
exiger
falloir
feindre
gagner
haïr
impliquer
importer
imposer
interdire
laisser
mériter
nécessiter
négliger
obtenir
offrir
omettre
ordonner
pardonner
permettre
préconiser
préférer
prescrire
prier
prohiber
proposer
quémander
réclamer
résigner
recommander
redouter
refuser
reprocher
requérir
revendiquer
risquer
souffrir
souhaiter
suffire
suggérer
supplier
supporter
tâcher
tarder
tolérer
valoir
veiller
vouloir

Verbes exprimant l'intention ou l'engagement positif ou négatif

accordef
attendre
concéder
exiger
implorer
prier
permettre
réclamer
requérir
supplier
tolére
empêcher
éviter
tolérer

Jugement

Pour exprimer un jugement qu'on veut neutre, on met le verbe de la subordonnée régie à l'indicatif :

il est naturel que les gens se sont détournés des idéals politiques

Cependant, le jugement frôle souvent le doute (étrange), le sentiment (agréable, dommage) ou l'injonction (normal, juste, salutaire, la meilleure solution). Dans ces cas, le subjonctif est préférable.

Adjectifs de jugement (il est * adjectif)

bien
commode
dangereux
dommage
égal
eaisonnable
essentiel
fatal
faux
honteux
important
merveilleux
mieux
naturel
nécessaire
normal
possible
préférable
rare
regrettable
scandaleux
urgent
utile

Ajoutons il convient, il suffit, c'est dommage, il est (grand) temps.

Pensée et parole

Les verbes « de pensée et de parole » sont aussi appelés « verbes cognitifs ».

Règle de base

En principe, les verbes de pensée et de parole n'expriment ni doute, ni sentiment, ni injonction. Donc, par défaut, on les construit avec l'indicatif. Cependant, ces verbes sont capables de répercuter ou d'amplifier la nuance de doute, de sentiment ou d'injonction présente dans le contexte. Donc l'emploi du subjonctif avec ces verbes n'est pas exclu.

En principe, n'importe quel élément contextuel de doute, de sentiment ou de volition peut faire basculer le verbe de la subordonnée dans le subjonctif, mais le plus souvent c'est le trio de négation au sens large dans la principale (négation proprement dite, interrogation, hypothèse) qui entraîne le subjonctif dans la subordonnée.

Le siège du doute, présupposition

La question du doute se complique du fait que le doute peut être celui du sujet de la principale ou celui du locuteur. Les deux ne coïncident qu'au cas où le sujet est à la première personne. Par exemple, dans la proposition Pierre trouve que Paul soit génial, le subjonctif peut être dû soit au fait permanent que le verbe trouver n'exprime pas une conviction ferme, soit au fait momentané que le locuteur ne partage pas l'opinion de Pierre sur l'intelligence de Paul.

Le verbe imaginer présente un trait intéressant. Il est normalement construit avec l'indicatif. On n'utilise pas le subjonctif pour exprimer un haut degré d'aveuglement. Donc le subjonctif ne peut exprimer que l'incrédulité du locuteur : Pierre imagine qu'il ait gagné le gros lot.

Comparer vous souvenez-vous qu'il a écrit à son père ? et vous souvenez-vous qu'il ait écrit à son père ?. L'indicatif de la première proposition laisse entendre que le locuteur présuppose l'affirmative ; le subjonctif de la seconde proposition signale le doute du locuteur.

Espérer

On pourrait penser que le verbe espérer soit volitif. Or, grammaticalement, c'est un verbe cognitif, donc un verbe qui se construit avec l'indicatif. Évidemment, espérer n'est pas exempt de la règle selon laquelle la négation au sens large dans la principale entraîne le subjonctif dans la subordonnée.

Les verbes d'hypothèse

Les verbes d'hypothèse, tels que

supposer
admettre
imaginer
mettre

sont des verbes de pensée avec un penchant pour le subjonctif.

Puisse


Quelques verbes de pensée et de parole

aboyer
admettre
affirmer
ajouter
annoncer
apercevoir
apprendre
assurer
attester
avancer
avouer
balancer
balbutier
beugler
cacher
calculer
camoufler
certifier
chanter
chuchoter
claironner
clamer
comprendre
concéder
conclure
confesser
confier
confirmer
considérer
constater
conter
crier
croire
décider
déclarer
découvrir
décréter
démontrer
deviner
dire
dissimuler
écrire
édicter
établir
enseigner
entendre
envoyer
espérer
estimer
expliquer
exposer
exprimer
garantir
gémir
geindre
gueuler
hurler
imaginer
indiquer
informer
insinuer
juger
jurer
lire
maintenir
mander
marquer
mentionner
montrer
murmurer
nier
noter
notifier
observer
oublier
penser
persuader
piger
pleurnicher
préciser
présumer
prétendre
prévenir
prévoir
pressentir
proclamer
prophétiser
prouver
raconter
rappeler
réaliser
réciter
répéter
répliquer
répondre
révéler
rêver
reconnaître
remarquer
ricaner
s'apercevoir
s'aviser
savoir
se souvenir
sentir
signaler
songer
souligner
soupçonner
soupire
soutenir
supposer
taire
télégraphier
téléphoner
témoigner
trouver
vérifier
voir

Négation lexicale

Douter que, le membre principal de ce petit groupe de verbes, est toujours construit avec le subjonctif : je doute qu'il vienne. La préposition de régie par douter est omise devant que. Se douter et douter si ne sont pas des verbes de négation.

Le subjonctif est facultatif mais majoritaire avec contester, nier et ignorer.

Démentir, dissimuler, oublier et exclure prennent l'indicatif. On peut aussi construire dissimuler avec ne redondant et le subjonctif.

Adverbes à nuance négative

on s'aperçoit à peine que l'automne soit déjà arrivé
loin de moi la pensée, cher Monsieur, que vous soyez un escroc

Inférence

Expliquer et s'expliquer prennent le subjonctif lorsqu'il signifient expliquer la raison de :

cela explique qu'il ne soit pas venu
je m'explique que vous n'ayez pas dormi

Les autres verbes d'inférence, tels que

d'où vient que
de là vient que
découler
déduire
démontrer
entraîner
il demeure que
il reste que
il s'ensuit que
il se trouve que
il suit que
résulter
ressortir

se construisent avec l'indicatif.

Les trois locutions averbales d'inférence sont parfois construites avec le subjonctif :

de là que
d'où que
à preuve que

Fréquence

Arriver, advenir, se faire et être rare exigent le subjonctif inconditionnellement. Fréquent se comporte à l'instar des adjectifs exprimant le degré de certitude. L'affirmation de fréquence se construit avec l'indicatif, la négation de fréquence se construit avec le subjonctif.

Il n'y a aucune chance et il n'y a pas de danger se construisent avec le subjonctif.

Apparence

Paraître

Le verbe paraître sans prédicat (il paraît que) est un verbe d'apparence qui se construit presque toujours avec le subjonctif.

Le verbe paraître avec complément prédicatif est un verbe prédicatif, donc un verbe qui est sans effet direct sur l'emploi du subjonctif. C'est le complément prédicatif, et non pas le sujet, qui détermine le choix de mode. Si l'adjectif servant de complément prédicatif exprime le doute, un sentiment ou l'injonction, on met le verbe de la subordonnée au subjonctif.

Sembler

En présence d'un objet indirect (il me semble que), le verbe d'apparence sembler est construit surtout avec le subjonctif, mais l'indicatif n'est pas agrammatical : il me semble que vous ayez changé d'avis ou il me semble que vous avez changé d'avis.

En l'absence d'un objet indirect (il semble que), le verbe d'apparence sembler se construit surtout avec l'indicatif.

En ce qui concerne le verbe prédicatif sembler (il semble évident), son comportement est le même que celui du verbe prédicatif paraître. Le choix de mode ne dépend pas du sujet, mais du complément prédicatif.

Avoir l'impression que est construit avec l'indicatif.

Listes d'adjectifs

Adjectifs exprimant le degré de vérité

acquis
clair
démonstrable
douteux
évident
exact
faux
flagrant
impossible
incontestable
indiscutable
manifeste
niable
notable
notoire
patent
possible
probable
visible
vraisemblable

Adjectifs cognitifs

conscient
convaincu
informé
persuadé

Adjectifs de jugement

admirable
affreux
agréable
amusant
anormal
beau
bizarre
bon
comique
curieux
dangereux
désespérant
désirable
désolant
drôle
émouvant
étonnant
étrange
embarrassant
embêtant
ennuyeux
essentiel
extraordinaire
fâcheux
fascinant
fou
gênant
grave
important
incongru
inconvenable
incroyable
indispensable
inquiétant
insupportable
intéressant
malheureux
marrant
mauvais
merveilleux
navrant
pénible
piquant
réconfortant
révoltant
regrettable
remarquable
rigolo
sage
significatif
singulier
souhaitable
surprenant
terrible
triste
utile

Adjectifs de sentiment

aise
attendri
bouleversé
confus
content
déçu
désorienté
exaspéré
fier
furieux
gêné
indigné
jaloux
peiné
scandalisé
touché
vexé

Facteurs grammaticaux

Le subjonctif - facteurs grammaticaux - négation

Les facteurs sémantiques

-Pensée et parole

La négation des verbes de pensée et de parole peut entraîner le subjonctif dans la langue soignée.

je ne soutiens pas que
je ne crois pas que
je ne prétends pas que
je n'imagine pas que
je ne sache pas que

Ces jours-ci, un plombier est venu tous les matins de 7 à 9. C'est l'heure qu'il avait sans doute élue. Je ne pense pas qu'en cela mes préférences concordassent avec les siennes. (Proust dans une lettre à une voisine, boulevard Haussmann - analyser également le passé composé dans la première phrase)

-Négation lexicale

La négation des verbes de négation lexicale, tels que

contester
démentir
disconvenir
dissimuler
douter
exclure
nier

se construit surtout avec l'indicatif.

je ne doute pas que Pierre est capable de faire cinquante pompes
je ne doute pas qu'il fera tout ce qu'il pourra
je ne conteste pas qu'il m'a toujouts soutenu dans mes efforts
vous ne sauriez disconvenir qu'il vous a prévenu

Le subjonctif est cependant possible dans deux cas :

Lorsque la valeur pragmatique de la négation est faible (ironie, politesse) :

je ne doute pas que ton fils soit très intelligent, mais...

Dans la langue soutenue, lorsque on combine le subjonctif avec un ne redondant :

je ne doute pas qu'il ne tînt parole
qui a jamais douté que deux et deux ne fassent quatre ?
je ne nie pas qu'il ne l'ait fait

Autres locutions exprimant la négation du doute :

il n'est pas douteux
il n'y a aucun doute
il ne faisait pas doute
il est hors de doute
nul doute
ne doutez pas
il n'y a point de doute
on ne peut nier
nul ne contestera
il n'est pas contestable
je ne me dissimule pas
nous ne pouvons pas disconvenir

-Inférence

La négation des verbes d'inférence peut entraîner le subjonctif dans la langue soignée.

-Apparence

La négation des verbes d'apparence entraîne le subjonctif.

Deux perspectives - les verbes à présupposition

La subordonnée avec le verbe au subjonctif exprime uniquement l'opinion du sujet de la principale. La subordonnée avec le verbe à l'indicatif exprime la présupposition épousée par le locuteur.

Penser

la jeunesse ne pense jamais qu'elle est jeune (Dutourd)
mais mon ami, personne ici ne pense que tu es sourd (Duhamel)
elle ne peut évidemment pas penser qu'il est regrettable d'être ce qu'elle est (Beauvoir)
rien ne nous autorise à penser qu'il ment

Croire

La proposition le médecin ne croit pas que Marie soit malade signifie que le médecin doute de la maladie de Marie, sans engagement de la part du locuteur. La proposition le médecin ne croit pas que Marie est malade signifie que le médecin doute de la maladie de Marie, mais, en plus, elle laisse entendre que le locuteur croit à la maladie de Marie.

Espérer

On n'espérait plus qu'il fasse du soleil se dit sous un ciel couvert.
On n'espérait plus qu'il ferait du soleil se dit par un temps ensoleillé.

Douter

Pierre ne doute pas que Paul soit parti ne révèle pas la vérité sur le départ de Paul. Pierre ne doute pas que Paul est parti veut dire que Paul est parti et, en plus, que locuteur a aussi formé cette opinion.

Nier

il nie qu'il ait fait cela (le sujet nie, le locuteur ne se prononce pas) ;
il nie qu'il a fait cela (le sujet nie, le locuteur affirme)

Certains verbes suggèrent un haut degré de présupposition, ce qui rend difficile de leur faire prendre le subjonctif.

??Pierre ne savait pas que Paul fût déjà arrivé
??le Président n'a pas encore confirmé que le ministre ait démissionné

Le subjonctif - facteurs grammaticaux - interrogation

L'interrogation totale de la proposition indépendante ou principale

L'emploi du subjonctif dépend de la méthode d'interrogation. L'indicatif s'impose dans l'interrogation totale périphrastique et dans l'interrogation totale in situ.

crois-tu qu'il soit déjà parti ? (interrogation par inversion)
est-ce que tu crois qu'il est déjà parti ? (interrogation périphrastique)
tu crois qu'il est déjà parti ? (interrogation in situ)

-Degré de vérité, certitude, doute

L'interrogation introduit ou renforce le doute.

il est absolument certain que l'auteur de « Germinal » est Balzac
est-il absolument certain que l'auteur de « Germinal » soit Balzac ?

je suis sûr que ce n'est pas un crime
es-tu bien sûr que ce ne soit pas un crime ?

-Jugement

Avec certains adjectifs, l'interrogation peut introduire un élément de doute.

il est naturel que les gens se sont détournés des idéals politiques
est-il naturel que les gens se soient détournés des idéals politiques ?

-Pensée et parole

L'interrogation visant les verbes de pensée et de parole peut entraîner le subjonctif dans la langue soignée.

Pierre affirme-t-il que Paul soit parti ?
Pierre croit-il que Paul soit parti ?
Pierre espère-t-il que Marie vienne à la fête ?
imagines-tu qu'un chimpanzé puisse être hypnotisé ?
prétends-tu que ce film soit le plus important de la décennie ?
soutiens-tu que ce film soit le plus important de la décennie ?
trouves-tu que Pierre soit brillant ?

-Négation lexicale

L'interrogation visant les verbes de négation lexicale, tels que

contester
démentir
disconvenir
dissimuler
douter
exclure
nier

se construit surtout avec l'indicatif. Les remarques concernant l'emploi du subjonctif sont les mêmes que dans le cas de la négation du doute. Voir plus haut.

Pierre doute-t-il que Paul est capable de faire cinquante pompes ?
doutez-vous que je viendrais demain si j'en avais la possibilité ?

-Inférence

L'interrogation visant les verbes d'inférence peut entraîner le subjonctif dans la langue soignée.

en découle-t-il qu'il y a/ait une fuite d'eau ?

-Fréquence

L'interrogation concernant la fréquence entraîne le subjonctif.

est-il fréquent qu'un hétérosexuel subisse une cure de changement de tendance sexuelle ?

-Apparence

L'interrogation concernant l'apparence entraîne le subjonctif.

L'interrogation partielle visant la principale

Si l'interrogation de la principale est partielle, le subjonctif est peu naturel.

??pourquoi Pierre a-t-il affirmé que Paul soit un traître ?
??combien de fois Pierre a-t-il affirmé que Paul soit un traître ?

L'interrogation profonde


L'interrogation profonde suit les mêmes tendances que l'interrogation à un seul niveau. Le verbe de la subordonnée d'une interrogation profonde peut très bien être au subjonctif, pourvu que ce subjonctif soit antérieur à l'extraction :

Pierre ne pense pas qu'il puisse y avoir un restaurant trois étoiles à Pyongyang
dans quelle capitale d'Asie Pierre ne pense-t-il pas qu'il puisse y avoir un restaurant trois étoiles ?

de quelles causes Pierre pense-t-il que Paul est mort ?
depuis quand Pierre pense-t-il que Paul n'est plus le président de la Société internationale des croque-morts ?

Méthodes d'interrogation

Le choix de mode est aussi influencé par la méthode d'interrogation.

L'interrogation périphrastique favorise l'indicatif.

est-ce que Pierre affirme que Paul est / ?soit déjà parti ?

Avec l'interrogation in situ, le subjonctif est exclu.

*Pierre affirme que Paul soit déjà parti ?
*tu crois qu'il soit déjà parti ?

Présupposition

On vient de voir que la langue écrite favorise le subjonctif lorsqu'un verbe de pensée ou de parole subit l'interrogation. Il convient d'affiner cette affirmation. Le verbe de la subordonnée ne peut pas être mis au subjonctif s'il fait l'objet d'une présupposition de vérité par le locuteur.

Un exemple souvent cité :

croyez-vous que le Christ soit ressuscité des morts ? ne peut être dit que par un non-croyant, tandis que

croyez-vous que le Christ est ressuscité des morts ? ne peut être dit que par un croyant.

Avec certains verbes de pensée et de parole, la présupposition de vérité est tellement ferme que le subjonctif est impossible :

*Pierre sait-il que Paul soit déjà parti ?

Désambigüisation

Voir la page connexe L'interrogation - l'interrogation profonde pour l'examen détaillé de l'interrogation profonde. Souvent la position sous-jacente du pronom interrogatif est ambigüe : il peut porter sur la principale ou sur la subordonnée. Cette ambigüité structurelle peut être résolue à l'aide du mode de la subordonnée.

pourquoi Pierre croit-il que Paul soit déjà parti ?

ne peut être qu'une interrogation concernant la principale. En revanche, la proposition

pourquoi Pierre croit-il que Paul est déjà parti ?

peut être interprétée soit comme une interrogation profonde, soit comme une interrogation concernant la principale et exprimant une présupposition de vérité par le locuteur.

Il n'y a pas d'équivoque si la portée sémantique du pronom interrogatif est limitée à l'un ou l'autre des deux verbes. La proposition de quelles causes Pierre pense-t-il que Paul est mort ? ne peut être interprétée que comme une interrogation profonde.

Le subjonctif - facteurs grammaticaux - hypothèse

Si l'hypothèse exprime un doute fort, elle peut entraîner le subjonctif dans la subordonnée régie.

si je pensais que Pierre soit déjà rentré chez lui, je serais moins inquiet
tous ont l'accent de Paris, s'il est vrai que Paris ait un accent (Jammes)
ce n'est pas Pierre qui a volé le livre, si tant est que Pierre ait jamais touché un livre de sa vie

L'emploi du subjonctif - suppléments

Indépendance par rapport aux noyaux, aux fonctions et aux temps

Les règles de l'emploi du subjonctif dans les subordonnées régies ne peuvent être découpées ni suivant les noyaux qui régissent les subordonnées (verbe, adjectif, adverbe, nom) ni suivant les fonctions grammaticales que remplissent les subordonnées lorsque le noyau est un verbe. Exemples :

La règle selon laquelle l'expression d'une émotion tend à entraîner le subjonctif ne connaît pas la différentiation selon les fonctions remplies : c'est super que tu sois venu (subordonnée sujet), je considère comme un grand honneur que tu sois venu (subordonnée objet direct), je me réjouis que tu sois venu (subordonnée complément prépositionnel, noyau verbe), je suis très heureux que tu sois venu (subordonnée complément prépositionnel, noyau adjectif), le fait que tu sois venu me remplit d'une grande joie (subordonnée sujet d'apposition prédicative).

La règle selon laquelle l'emploi du subjonctif avec les verbes prédicatifs dépend du complément prédicatif s'applique indifféremment aux verbes prédicatifs transitifs (donc à la subordonnée objet direct) et aux verbes prédicatifs intransitifs (donc à la subordonnée sujet) : Pierre considère comme peu probable que les mesures prises soient suffisantes pour préserver la couche d'ozone et il est généralement considéré comme peu probable que les mesures prises soient suffisantes pour préserver la couche d'ozone.

Les mots à caractère injonctif entraînent le subjonctif, qu'ils soient verbes, adjectifs ou noms : il désire que, il est désireux que, son désir est que.

Les règles sémantiques et grammaticales de l'emploi du subjonctif dans les subordonnées régies s'appliquent automatiquement et uniformément à tous les temps. Il serait futile d'examiner au microscope chaque temps. (Une exception. Si la principale comporte un verbe cognitif nié au présent et la subordonnée un verbe à l'imparfait, le verbe de la subordonnée reste le plus souvent à l'indicatif : je ne crois pas que c'était la meilleure solution.)

Le subjonctif - l'expression du temps

L'emploi des temps du subjonctif est gouverné par deux ensembles de règles : les règles concernant la concordance des temps et les règles concernant les temps supplétifs du subjonctif.

La concordance des temps


Les temps supplétifs du subjonctif


Le subjonctif a une palette réduite de temps. En particulier, il n'a pas de futur. Pour exprimer le futur du subjonctif, on peut recourir soit au présent du subjonctif (il est peu probable que Pierre vienne à la fête) soit au futur de l'indicatif (il est peu probable que Pierre viendra à la fête). Les deux solutions sont grammaticales et courantes. Avec certaines catégories de verbes, le subjonctif est non négociable : *je doute qu'il pleuvra, *je veux que tu viendras.

Le subjonctif - antéposition


La subordonnée sujet fléchie

La subordonnée sujet fléchie se construit de deux façons :

Avec inversion propositionnelle

C'est la construction normale de la subordonnée sujet fléchie. Le sujet a deux représentations : le sujet postiche antéposé (il ou ça) et le sujet réel postposé. Le choix de mode (indicatif ou subjonctif) dans la subordonnée dépend de la nature sémantique de la principale (sentiments, vraisemblance, volition etc.), mais n'a rien à faire avec la position de la subordonnée.

il est certain que Pierre est déjà parti
il a été confirmé par le Président que le ministre a démissionné
il est établi sans l'ombre d'un doute que l'argent a été volé par Pierre
il est évident que les choses vont de plus en plus mal

Sans inversion

La subordonnée sujet fléchie a une deuxième forme, rare dans la langue parlée. Dans cette construction, le sujet occupe sa position canonique en tête de proposition. La particularité de cette solution est qu'elle entraîne une forte préférence pour le subjonctif, même si la principale exprime la certitude.

La subordonnée subjet peut être détachée et reprise dans la principale par la trace cela. Voir les exemples.

qu'il ait refusé le ruban va de soi (Maurois)
que Pierre soit déjà parti est certain
que l'Amérique puisse fournir les équipements nécessaires, c'est certain
que l'Europe ait changé en cinquante ans, c'est évident
que l'argent ait été volé par Pierre est établi sans l'ombre d'un doute
que l'incendie ait éclaté dans l'aile droite du bâtiment est maintenant établi
que l'insomnie rend maladroit plus que le sommeil, c'est l'avis d'Élise (Jouhandeau)
que la guerre durera longtemps encore, cela est évident
que le ministre ait démissionné a été confirmé par le président
que les choses aillent de plus en plus mal est évident
que tout fût en place n'arrangeait rien (Bazin)

La subordonnée objet direct et la subordonnée prépositionnelle

Les mêmes solutions existent pour la subordonnée objet direct fléchie et pour la subordonnée prépositionnelle fléchie que pour la subordonnée sujet fléchie, à savoir l'antéposition et la non-antéposition. Mais il y a des différences.

La subordonnée objet direct ou prépositionnelle est toujours détachée et reprise par une trace (le, en), jamais thématisée.

Le choix du mode dépend de la nature sémantique de la principale, mais ne dépend pas de la position de la subordonnée.

Antéposition de la subordonnée :

qu'il ait tort, j'en suis persuadé
qu'il s'agit ici au premier chef d'un fait de langue, on s'en rendra mieux compte en considérant que (Benveniste)
que Paul soit aimable, Pierre l'a remarqué
que Pierre soit honnête Paul le croit fermement
que c'est un excellent homme, qui en doute (Aragon)
que ce soit un crime d'ouvrir une lettre, je le sais trop bien pour le faire (Musset)
que ce soit un espion, j'en suis persuadé
que cet individu soit un escroc, nous le savions depuis longtemps
que je fusse subtil, c'est ce dont il m'importait de me convaincre (Gide)
que je ne fusse pas une proie facile, elle le savait (Mauriac)
que l'homme est né pour le bonheur, certes toute la nature l'enseigne
que l'humanité n'est pas belle, on le sait (Henriot)
que la charité soit une passion, j'en vois la preuve en ceci (Montherlant)
que la poésie est scandaleuse à ceux qui ne sont pas poètes, c'est de quoi en tout temps les poètes ont témoigné (Sadoul)
que tu serais capable de le faire, je le sais

Non-antéposition de la subordonnée :

Pierre pense que Paul est aimable
nous savions depuis longtemps que cet individu est un escroc
je suis persuadé que c'est un espion

Le subjonctif - les positions du nom

Le choix de mode dans la subordonnée fléchie dépend des traits sémantiques du mot régissant la subordonnée (verbe, adjectif, nom) et de la polarité de la principale, mais ne dépend pas des fonctions grammaticales de ce mot. Il est toutefois utile de montrer que les mots régissant la subordonnée fléchie peuvent remplir plusieurs fonctions.

La position de sujet

Cette case est vide. Pour que le sujet puisse régir une subordonnée fléchie en tant que sujet, il faudrait que cette subordonnée fût prédicative. Or la subordonnée prédicative fléchie est introuvable. Certes, un nom qui se trouve en position de sujet peut bien régir une subordonnée fléchie en tant qu'apposition prédicative ou en tant que recteur de préposition. Voir plus loin.

Les positions de complément prédicatif et d'apposition prédicative

Ces deux fonctions du nom sont pratiquement identiques. Il serait futile de les examiner séparément. Dans l'ordre de votre père que vous arrêtiez de vous mettre le doigt dans le nez est inviolable, la subordonnée est une subordonnée sujet d'apposition prédicative. Dans il est l'ordre inviolable de votre père que vous arrêtiez de vous mettre le doigt dans le nez, la subordonnée est une subordonnée sujet. Tout nom qui peut occuper l'une des positions peut occuper l'autre.

Cette position est remplie par le plus grand groupe de noms, un groupe qui se subdivise selon les traits sémantiques entraînant le subjonctif.

Noms volitifs (ou injonctifs)

Exemples : souhait, ordre, exigence, règle, idéal. Les membres de ce groupe exigent pratiquement toujours le subjonctif. L'indicatif est possible avec certains membres lorsqu'ils expriment une vérité absolue et intemporelle. La négation de la principale ne légitime pas l'indicatif.

Noms psychologiques, noms de sentiments

Exemples : peine, regret, anxiété, satisfaction. Le subjonctif est préférable avec les membres de ce groupe. La négation de la principale ne légitime pas l'indicatif (si tant est qu'on préfère le subjonctif dans la principale affirmative). La frontière entre ce groupe et le groupe de recteurs de préposition est poreuse : la peur que peut être interprétée soit comme la peur que constitue ceci que ou comme la peur causée par ceci que.

Noms des degrés de vérité

Exemples : vérité, hypothèse, illusion, possibilité. L'extrémité « vrai » du spectre entraîne l'indicatif ; l'extrémité « faux » du spectre entraîne le subjonctif. En principe, la négation de la principale inverse ce rapport entre degré de vérité et mode. Comme les degrés de vérité sont subjectifs, les règles que nous venons de donner ne sont que des approximations.

Les noms cognitifs (les noms de pensée et de parole)

Exemples : déclaration, message, opinion, pensée, théorie, idée. Les noms cognitifs se construisent surtout avec l'indicatif. Certains noms cognitifs peuvent se construire avec le subjonctif lorsqu'ils comportent une nuance volitive. La négation de la principale peut entraîner le subjonctif.

Les noms de jugement

Exemples : scandale, désastre, faute, réussite, comble. C'est un groupe hétéroclite, dont le comportement tient des noms psychologiques et des noms cognitifs.

La position de recteur de préposition

de crainte de/que
au lieu de/que
la chance de/que
avoir besoin de/que
la preuve de/que
la raison de/que
la probabilité de/que

Au lieu que avec le subjonctif signifie loin que ; au lieu que avec l'indicatif signifie tandis que.

Positions diverses

Il y a encore beaucoup d'autres syntagmes à l'intérieur desquels le nom est capable d'influer indirectement sur le choix du mode d'une subordonnée régie avoisinante. Il y a une division du travail entre le nom et le syntagme le contenant : l'effet du nom est sémantique, l'effet du syntagme est formel. Il serait impossible d'inventorier tout ces phénomènes. Nous nous contenterons de quelques exemples.

Les locutions adverbiales prépositionnelles d'usage, de règle ou encore sans précédent expriment un jugement et peuvent occuper la position prédicative, où elles entraînent le subjonctif. Les noms usage, règle et précédent entraînent le subjonctif indirectement, par le biais d'une expression prépositionnelle.

La locution verbale mettre en doute se construit avec le subjonctif. Le nom doute entraîne le subjonctif indirectement, par le biais d'une locution verbale.

Quelques noms complexes

Conjonctions composées

Certaines conjonctions composées sont des locutions prépositives dont l'argument est un nom en position d'apposition prédicative.

afin que (subjonctif)
sous réserve que (subjonctif)
à condition que (subjonctif)
à la condition que (subjonctif)
sous la condition que (subjonctif)
au cas où (conditionnel)
dans le cas où (conditionnel)

Doute

Mettre en doute est une locution verbale transitive dont l'objet direct peut être une subordonnée. Le subjonctif est facultatif dans cette subordonnée.

Nul doute se construit avec le subjonctif ; il ne fait aucun doute, il n'y a pas de doute, il est hors doute, sans doute que se construisent avec l'indicatif.

Chance

Avoir de la chance que, il y a une chance que, il y a des chances que se construisent avec le subjonctif ; avoir la chance que, une chance que se construisent avec l'indicatif.

Espoir

Le nom espoir se construit presque toujours avec le subjonctif, alors que le verbe espérer se construit toujours avec l'indicatif.

Prétexte

Sous prétexte que se construit avec l'indicatif même si le prétexte est absolument faux et reconnu comme tel.

Fait

Fait est une apposition prédicative transparente, neutre par rapport au mode : le choix du mode de sa subordonnée est réglé par le verbe de la principale (expliquer, justifier, cacher, dissimuler, prouver, protester contre) et par sa propre épithète (naturel, connu, incroyable). Bref, le choix de mode dépend du degré de vérité et de la nature affective suggérés par l'ensemble de la phrase. Certains mots comme pensée et idée peuvent présenter le même comportement.

Le subjonctif - la présupposition


Le subjonctif - transparence prédicative - 1

Si le verbe de la principale est un verbe prédicatif, le mode de la subordonnée est réglé non pas par le verbe de la principale, mais par le complément prédicatif. Le mode qui suit il me semble nécessaire que et je trouve naturel que est déterminé par nécessaire et naturel, et non pas par sembler et trouver. Le verbe prédicatif est transparent par rapport à l'emploi de subjonctif.

Le subjonctif - transparence prédicative - 2

Renvoi


Considérons les deux propositions

le fait que le ministre est impliqué dans l'affaire des pots-de-vin a été rapporté dans tous les journaux

et

le fait que le ministre soit impliqué dans l'affaire des pots-de-vin a provoqué la colère du Président

C'est l'effet longue distance de la colère du Prédent qui déclenche le subjonctif.

Remarques

Le mécanisme de transparence ne s'étend pas à la conjonction composée du fait que, ni sur la formule le fait est que.

Le subjonctif avec le fait que n'est pas toujours aisément analysable.

le fait que nous ayons nos plus grands chagrins avec les femmes qui ne sont pas « notre genre » ne tient pas seulement à cette dérision du destin (Proust)
à cela s'ajoute le fait que je sois un ami de Siegfried Kast (Brasillhac)

Suit un exemple intéressant emprunté à Hanse. Comparer

le fait que tu es mon fils m'oblige à te nourrir

et

le fait que tu sois mon fils ne m'oblige pas à tolérer toutes tes incartades

Le subjonctif dans la deuxième proposition s'explique par la nature concessive de la subordonnée. Paraphrase : quoique tu sois mon fils, je ne suis pas obligé de tolérer toutes tes incartades.

Le subjonctif - atténuation


Le subjonctif - ce n'est pas que, non que


Ce n'est pas que est la forme négative de c'est que. Ce n'est pas que et tous ses synonymes (non que, non pas que, non point que, pas que, ce n'est point que) se construisent avec le subjonctif dans la langue soignée.

ce n'est pas que je craigne les hommes (Sand)
ce n'est pas que je ne sois pas satisfait de ses services, mais je suis forcé de le remercier
elle protestait, non que cette musique lui déplût, mais au contraire parce qu'elle lui causait trop d'impression (Proust)
elle tient beaucoup à ce bijou, non qu'il ait de la valeur. mais parce que...
non pas que j'admette la compétence d'un écrivain à juger de son œuvre (Bourget)

L'indicatif est critiqué, mais s'emploie dans tous les registres.

ce n'est pas que je n'aurais rien à dire des grèves en cours (Mauriac)
ce n'est point qu'il recherchait une intrigue (Giraudoux)

Le subjonctif - effets composés

Le jeu simultané d'un facteur sémantique et d'un facteur grammatical


Le jeu simultané de deux facteurs grammaticaux

Seules la simultanéité négation - interrogation et la simultanéité négation - hypothèse sont réalisables.

Simultanéité négation - interrogation

L'indicatif est préférable.

ne croit-il pas que
n'est-il pas vrai que

Simultanéité négation - hypothèse

Le subjonctif est préférable.

s'il ne croit pas que
s'il n'est pas vrai que

Le jeu simultané de deux facteurs sémantiques en série

il est possible que Pierre soit certain que Paul est parti
il est possible que Pierre croie que Paul soit parti
Pierre doute qu'il ne soit impossible que Paul soit parti

Le choix de mode dépend de plusieurs facteurs :

Le degré de vérité de la chaîne est normalement le produit des degrés de vérité pondérés de ses maillons.

Le dernier maillon de la chaîne a plus de poids que les autres.

Il faut tenir compte de la présupposition.

Le phénomène d'attraction entre en jeu. Voir ci-dessous.

Le subjonctif - verbes bimodaux

Les verbes bimodaux sont des verbes polysémantiques régissant une subordonnée régie et se construisant avec l'indicatif ou le subjonctif suivant le sens.

Les verbes de parole

Beaucoup de verbes de parole ont un sens énonciatif et un sens injonctif. Comparer j'ai dit que Pierre viendra ce soir et j'ai dit à Pierre qu'il vienne ce soir.

Accepter

reconnaître comme vrai : indicatif
permettre : subjonctif

Admettre

avouer : indicatif
reconnaître comme vrai : indicatif
supposer : subjonctif
permettre : subjonctif

Arriver

phénomène connu, normal : indicatif
phénomène inattendu, rare : subjonctif

Assurer

affirmer : indicatif
garantir : subjonctif

Attendre

escompter : indicatif
souhaiter l'approche de : subjonctif

Comprendre

prendre conscience : indicatif
être compréhensif : subjonctif

Comcevoir

imaginer : indicatif
accepter : subjonctif

Consentir

reconnaître comme vrai : indicatif
permettre : subjonctif

Découler

inférence logique : indicatif
conséquence d'une décision : subjonctif

Empêcher

La locution n'empêche, qui veut dire il n'en est pas moins vrai, est construite avec l'indicatif

Entendre

apprendre : indicatif
souhaiter : subjonctif

Expliquer

faire comprendre : indicatif
rendre compte de : subjonctif

Faire

causer spontanément, naturellement : indicatif
causer par force : subjonctif

Faire attention

noter : indicatif
veiller : subjonctif

Impliquer

rendre logique : indicatif
rendre nécessaire : subjonctif

Justifier

prouver : indicatif
déclarer nécessaire : subjonctif

Prendre garde

noter : indicatif
éviter : subjonctif

Prétendre

affirmer : indicatif
vouloir : subjonctif

Rêver

voir en rêve / souhaiter

S'agir que

Il s'agit que se construit avec le subjonctif s'il exprime une injonction ou une nécessité : il s'agit que la participation devienne la règle et le ressort d'une France renouvelée (de Gaulle)

Stipuler

énoncer / prescrire

Suggérer

faire penser / proposer

Supposer

présumer, impliquer : indicatif
faire une hypothèse : subjonctif

Tenir à ce que

avoir pour cause : indicatif
vouloir : subjonctif

Le subjonctif - attraction


Dans une chaîne de subordonnées, le subjonctif d'une première subordonnée, de quelque type que ce soit, peut provoquer l'emploi non fonctionnel du subjonctif dans une seconde subordonnée qui, à son tour, est régie ou relative.

à moins que ce ne soit la peur qui m'ait retenu (Borel)
avant qu'il y ait un malheureux gamin qui se fasse lyncher
bien qu'il ait déclaré que les fours crématoires n'eussent pas existé
bien qu'il soit évident que le français moderne n'ait pas de déclinaison (Wagner)
bien que Furetière prétende que 1629 ait été « l'année des longues perruques » (Lathullière)
bien que Pierre prétende qu'il ait prévenu Paul
bien que je ne sache pas pourquoi on aille sur ces routes-ci (Proust)
ça m'étonne que ce soit lui qui me l'apprenne
ce que je crains, c'est que vous croyiez qu'il nous faille accepter le plus de corvées possible (Duras)
croyez-vous que ce soit pour mon mari que je veuille être tuée (Hervieu)
elle ne pouvait plus douter que ce fût Marie qui avait passé la nuit dans l'appartement (Mauriac)
il arrive aussi que ce soit Mlle Molière qui ne veuille plus jouer (Bordonove)
il avait achevé ce récit, sans qu'une inflexion, ni qu'un geste témoignât qu'une émotion quelconque le troublât (Gide)
il est beau que le morceau sur lequel se soit brisée la plume de Barrès soit un essai sur Claude Lorrain (Thibaudet)
il est possible que Molière fustige davantage les censeurs qu'il ne défende réellement les faiblesses de « l'École » (Bordonove)
il est possible que ce soit votre récit qui l'ait fait rester (Duras)
il me semble que ce soit toujours celui-ci qui soit coincé
il ne faut pas que ce soient toujours les mêmes qui fassent l'effort
il reste à expliquer que ce soit l'homme qui ait gagné au départ (Beauvoir)
il semble donc que l'explication par le feu aille à de telles profondeurs qu'elle puisse décider de l'existence (Bachelard)
j'aime bien que ce soit Cocteau qui l'ait dit (Chevallier)
je n pensais pas que le prénom de Geneviève fût cet astre qui le condamnât à toute une vie solitaire et disgraciée (Borel)
je ne crois pas que ce soit pour Pierre que tu fasses ce gâteau
je préfère de beaucoup fermer les yeux que lui reprocher quoi que ce soit qui puisse vous ennuyer (Roussin)
l'important c'est que ce qui le fasse agir, ce ne soit plus une simple raison d'intérêt (Gide)
le fait que ce soit cette fois la guerre qui me mette en marche (Montherlant)
le mensonge nous semble cacher les plus grandes fautes, à moins qu'il ne les cache si bien que nous ne les soupçonnions pas (Proust)
malgré que je ne voie pas où cela puisse aboutir
on n'est jamais sûr que ce ne soit pas la Gestapo qui vienne ouvrir (Vailland)
pensez-vous que je ne sache pas ce qu'il veuille dire (Claudel)
que ce soit vous qui le racontiez ou le journal du soir (Romains)
quel est le critique qui lise le livre dont il ait à rendre compte ?
quel que soit le prestige dont ait pu jouir l'ensemble des écrivains au dix-septième siècle (Mongrédien)
quelle que soit la chose que j'entreprenne
quelle que soit la forme qui lui serve de moule
quelle que soit la manière dont nous ayons un jour à envisager ce monde (Maeterlinck)
s'étonnera-t-on alors qu'il soit si parfait courtisan qu'il cherche à gagner ou à conserver la faveur des grands, alors que parfois, peut-être, il sente en soi quelque lâcheté ? (A.Henry)
si ç'avait été Joseph Caillaux qui nous eût « gouvernés » en 1917, il aurait muselé Clemenceau (Henriot)
supposez que ce soit vous qui ayez fait sauter la tête du grand-duc (Camus)
tout lui est bon pourvu que son estomac soit si plein qu'elle ne puisse plus que dormir (Vailland)

Le subjonctif - multiples infractions

La proposition Pierre ne croyait pas que Paul fût parti suit toutes les règles de la grammaire prescriptive traditionnelle : la négation de croire entraîne le subjonctif et la concordance des temps exige que le temps de la subordonnée (fût parti) s'assortisse à celui de la principale (croyait).

Ni l'une ni l'autre des deux règles n'est sacro-sainte. Le respect ou non-respect de ces règles dépend de facteurs sociolinguistiques. La version Pierre ne croyait pas que Paul était parti enfreint la première règle ; la version Pierre ne croyait pas que Paul soit parti enfreint la seconde. Ces deux versions sont acceptables. L'infraction simultanée des deux règles dépasse la limite de tolérance : ??Pierre ne croyait pas que Paul est parti.

La ligne de la limite de tolérance se déplace lorsque le verbe de la principale passe de l'imparfait au passé simple. La version conforme à la grammaire prescriptive traditionnelle est Pierre ne crut pas que Paul fût parti. La version Pierre ne crut pas que Paul était parti est moins soignée, mais acceptable. La version *Pierre ne crut pas que Paul soit parti est exclue. Le passé simple et la concordance des temps représentent, l'un et l'autre, un niveau sociolinguistique élevé. L'infraction simultanée aux deux codes fait hausser les sourcils.

Le choix entre l'infinitif et le subjonctif

Si un verbe se construit soit avec une subordonnée fléchie soit avec une subordonnée infinitive, l'infinitif a la priorité sur le subjonctif : je crains de ne pas pouvoir y arriver est préférable à je crains que je ne puisse pas y arriver.

Principale au présent, subordonnée au passé

Si la principale est au présent et la subordonnée au passé, on évite le subjonctif dans tous les registres. C'est une règle rarement signalée. Nous l'empruntons à Togeby(1985). L'auteur du seul exemple avec la subordonnée au subjonctif est - qui d'autre ? - Gide.

au temps de la guinguette, je ne pense pas que les quatre chambres, là-haut, étaient classées uniquement touristes (Sarrazin)
ce n'est pas que je ne les aimais pas (Ionesco)
est-ce à dire que le général Oufkir était un obstacle à ce rapprochement ?
il est possible que le commandant, ces temps-ci, avait trop exigé de lui-même (Aragon)
il n'est pas sûr que lui-même ne se laissait pas prendre aux pièges de sa propre imagination
je ne crois pas qu'elle était abattue (Duras)
je ne dis pas qu'ils agissaient toujours bien

je ne suis pas convaincu qu'Ali désirât vraiment Mériem (Gide)

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