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TITRE
La subordonnée factitive - laisser - syntagmes de base (549)

ASCENDANCE

PAGES SŒURS
La subordonnée factitive - laisser - syntagmes de base (549)

SOMMAIRE
S-,OD-
S-,OD+
S+,OD-
S+,OD+
Récapitulatif

Comparaison des deux constructions
Comparaison des deux constructions - introduction
Pronominalisation - phénomènes de base
Interprétation, phénomènes sémantiques
Les particularités du sujet antéposé
Relativation
Le déplacement de tous corrélé avec l'objet direct
Le déplacement des mots flottants
Négation de l'infinitif
Le complément prédicatif
Pronominalisation factitive réfléchie non scindée
Pronominalisation factitive réfléchie scindée

S-,OD-

§ La subordonnée n'a ni sujet explicite ni objet direct

bien faire et laisser dire
cet arbitre a la réputation de laisser jouer
elle s'était laissé lire dans la main (Boylesve)
il se laisse manquer de respect (Chevallier)
ils ne laisseront ni entrer ni sortir (Bernard)
j'ai été attaquée et les passants ont laissé faire
laisser aller
laisser dire
laisser faire
laissez faire, laissez passer
on ne va pas laisser faire sans réagir

§ Analyse

L'analyse de ce syntagme est identique à celle de la proposition ses fréquentes visites chez le maire font jaser dans le village. Voir la page connexe La subordonnée factitive - faire - syntagmes de base.

S-,OD+

§ La subordonnée n'a pas de sujet explicite, mais elle a un objet direct

elle se laissa attirer vers lui (Simenon)
est-ce que vous laisseriez insulter une femme ?
il a laissé battre son petit frère
il n'en a rien laissé voir
laisser entendre que
laisser penser que
laisser supposer que
laisser voir sa déception
laisser voir ses bras
laisser voir ses sentiments
tu t'es laissé prendre en faute

§ Analyse

L'analyse de ce syntagme est identique à celle de la proposition le roi a fait tuer le prétendant. Voir la page connexe La subordonnée factitive - faire - syntagmes de base.

S+,OD-

§ La subordonnée a un sujet explicite, mais elle n'a pas d'objet direct

§ Introduction

On a vu que dans le cas de faire le sujet de la subordonnée doit suivre l'infinitif : la faim fait sortir le loup du bois. La proposition *la faim fait le loup sortir du bois est agrammaticale. Avec laisser les deux ordres sont possibles : on a laissé sortir Pierre de sa chambre et on a laissé Pierre sortir de sa chambre.

Le sujet de la subordonnée suit l'infinitif

elle a laissé entrer le petit garçon
il a laissé partir son amant
il a laissé pleurer son enfant
il a laissé tomber son panier
il fallait laisser mourir le cheval malade
il laissera réfléchir son amie
laisser aller les choses
laisser couler dessus de l'eau
laisser éclater sa joie
laisser errer son regard au loin
laisser faire le temps
laisser mûrir une idée
laisser paraître un sentiment
laisser passer le temps
laisser passer une occasion
laisser traîner des objets
laissez venir à moi les petites gymnastes impubères

Le sujet de la subordonnée précède l'infinitif

il faut les laisser crier
il laissera son amie réfléchir
ils se laissèrent errer au hasard des ruelles caillouteuses (L.Daudet)
laisser la politique pénétrer dans l'armée
laissez les petits enfants venir à moi
se laiser mourir
se laisser aller
se laisser vivre

§ Analyse

Les deux syntagmes ont la même analyse. Cette analyse est identique à celle de la proposition la faim fait sortir le loup du bois. Voir la page connexe La subordonnée factitive - faire - syntagmes de base.

S+,OD+

§ La subordonnée a un sujet explicite et un objet direct

§ Introduction

Avec laisser, le sujet de la subordonnée peut précéder ou suivre l'infinitif. Nous venons de voir qu'on a le choix entre il laissera réfléchir son amie et il laissera son amie réfléchir. On a le même choix quand le verbe de la subordonnée a un objet direct, mais l'analyse des deux versions se complique.

Le sujet sous-jacent précède l'infinitif (pas de passivation)

chacun préférait laisser l'autre l'aborder (Walder)
comme une souris que le chat laisse faire quelques pas en liberté (Châteaubriant)
elle laisse toujours la télévision embêter ses voisins
il avisa Émilia de le laisser conduire l'intrigue (Bourget)
il disciplinait ses nerfs à ne rien laisser paraître (Prévost)
il faut laisser le temps faire son œuvre
il laisse les enfants faire leurs devoirs
il laissera son amie manger les bonbons
il ne laissera personne dire que
il ne me laisserait pas les trahir
j'ai laissé Pierre conduire la voiture
j'ai laissé mon fils choisir le métier qu'il préfère
je l'avais laissé s'imprégner d'une atmosphère de sommeil (Benoit)
je laissais les enfants me déposer (Butor)
je les laissai m'attaquer (Walder)
laisse un homme faire deux pas tout seul, il fera trois bêtises (Colette)
laisse-la faire ce qu'elle voudra (Maurois)
laisse-moi guider ta sœur dans la vie
laisse-moi la poser contre ma joue (Vercors)
laisse-moi la regarder un instant
ne les laisse pas m'emporter (Beauvoir)
on m'a laissé la voir
pour ne pas laisser l'eau passer (Loti)
si encore on le laissait enmener sa femme (Prévost)

$ Analyse de la proposition il laissera son amie manger les bonbons

Ce syntagme du type laisser est le seul qui n'a pas d'équivalent parmi les syntagmes du type faire.

La subordonnée isolée est active. Son amie est le sujet de la proposition active ; les bonbons est l'objet direct de la proposition active ; la forme sous-jacente de manger est une forme fléchie active. Aucun besoin de passivation. L'enchâssement de la subordonnée déclenche la montée sujet-objet. Le sujet de la subordonnée isolée devient l'objet direct du verbe faire de la principale. Manger est un infinitif actif. L'objet direct les bonbons de la subordonnée isolée garde son rôle d'objet direct de manger. On notera que la proposition finale contient deux objets directs, l'un dans la principale, l'autre dans la subordonnée.

Le sujet sous-jacent suit l'infinitif (avec passivation)

$ Les trois agents passifs

£ À

de mon côté, je tenais à les lui laisser nommer (Walder)
il a laissé faire des bêtises à ses amis
il était préférable de lui laisser ignorer son anomalie (Gascar)
il laisse de temps en temps fumer un joint à son fils
il laissera manger les bonbons à son amie
il n'était plus possible de lui laisser tout ignorer (Romains)
il ne faut pas leur laisser croire que tu es dingue, mémé (Billetdoux)
il ne me les laisserait pas trahir
j'ai laissé à mon fils faire tout ce qu'il voulait
j'ai laissé choisir le métier qu'il préfère à mon fils
j'ai laissé conduire la voiture à Pierre
j'ai laissé cueillir aux enfants toutes le fleurs qu'ils voulaient
je te le laisse boire (Zola)
les quatre barons sont amoureux de la dame qui laisse entendre à chacun d'eux qu'elle est loin d'être insensible à sa courtoisie (Dubuis)
nous lui avons laissé prendre trop d'influence
Pierre laisse accroire cette histoire à Paul
refusant d'abord de seulement le laisser voir à Geneviève (Borel)
se laisser prendre au piège / aux apparences (le rôle de à est douteux)

£ Par

il laissera arrêter son fils par les flics
je me laissais dépaser par les enfants
je me laissais quelquefois envahir sournoisement par de mauvaises pensées (Lacretelle)
je ne crois pas que tu me laisse insulter par ton mari (Marcel)
il a laissé admirer par sa femme son poignard (Genevoix)
il ne laisse diriger sa pensée ni par ses amis, ni par ses ennemis (Bernard)

£ De

il a laissé connaître sa pupille du chevalier
il ne se faisait revoir de nous qu'à la tombée du jour (Boylesve)

$ Remarque sur l'ordre des mots

Normalement, l'objet direct précède l'agent passif, mais on rencontre aussi l'ordre inverse dans la langue écrite.

$ Analyse

L'analyse de ce syntagme est identique à celle de la proposition la nourrice fait boire le lait au bébé. Voir la page connexe La subordonnée factitive - faire - syntagmes de base.

Récapitulatif

§ Les cas S-,OD-, S-,OD+ et S+,OD- ont la même analyse avec laisser qu'avec faire.

§ Le cas S+,OD+ se distingue par sa complexité. Il a deux versions, l'une sans passivation et l'autre avec. La version avec passivation a la même analyse qu'elle aurait si le verbe factitif était faire. La version sans passivation n'a pas d'équivalent parmi les syntagmes factitifs à faire.

Le sujet sous-jacent peut suivre l'infinitif (comme dans le cas de faire) ou s'intercaler entre laisser et l'infinitif. Si le sujet sous-jacent a un certain poids, il est préférable de le postposer : je laissais jouer les enfants qui avaient déjà fini leur devoirs.

Comparaison des deux constructions

§ Comparaison des deux constructions - introduction

Si le verbe factitif est laisser, le sujet sous-jacent de la subordonnée peut occuper deux positions : soit avant l'infinitif soit après. La première solution n'a pas d'équivalent lorsque le verbe factitif est faire.

Exemples de la construction à sujet antéposé :

il laissera son amie réfléchir
il laissera son amie manger les bonbons

Exemples de la construction à sujet postposé :

il laissera réfléchir son amie
il laissera manger les bonbons à son amie

La construction à sujet antéposé est propre à laisser ; la construction à sujet postposé est commune à faire et à laisser. La comparaison des deux constructions permet de dégager d'importantes différences syntaxiques et sémantiques.

§ Pronominalisation - phénomènes de base

Reprenons l'histoire de son amie et des bonbons. La pronominalisation du seul élément son amie donne la construction à sujet antéposé il la laissera manger les bonbons et la construction à sujet postposé il lui laissera manger les bonbons. La pronominalisation simultanée de son amie et des bonbons donne il la laissera les manger et il les lui laissera manger.

Les deux propositions tu me les laisses lire et tu me laisses les lire sont aussi correctes l'une que l'autre. Le premier me est objet indirect, le second me est objet direct. Examinons les versions impératives. La version tu me les laisses lire donne l'impératif laisse-les-moi lire et la version tu me laisses les lire donne l'impératif laisse-moi les lire. On peut remplacer laisser par faire dans le premier cas (fais-les-moi lire), mais pas dans le second (*fais-moi les lire). De même, on a laisse-la la chanter, mais *fais-la la chanter.

Lorsqu'un pronom conjoint régi par la subordonnée infinitive monte à la principale, laisser et l'infinitif ne doivent pas être séparés par le sujet de l'infinitif. (On observe le même phénomène avec les verbes de perception.)

nous y laisserons aller les enfants
*nous y laisserons les enfants aller
nous y verrons aller les enfants
*nous y verrons les enfants aller

§ Interprétation, phénomènes sémantiques

La position du sujet sous-jacent peut être sémantiquement significative. En théorie, il y a deux facteurs qui peuvent entraîner une différenciation sémantique entre les deux constructions, mais en pratique la différence n'est pas toujours appréciable.

On observe parfois une relation thème/rhème entre le sujet sous-jacent et l'infinitif. Dans Paul a laissé danser Marie, le rhème est Marie, tandis que dans Paul à laissé Marie danser, le rhème est danser.

Il y a une légère différence sémantique entre Marie a laissé tomber le verre et Marie a laissé le verre tomber, due au fait que laisser tomber est une locution à forte cohésion. La première proposition exprime une petite maladresse spécifique lexicalisée, tandis que la deuxième proposition exprime un phénomène physique qui peut être provoqué par des méthodes indirectes dans des situations très générales. La locution lexicalisée est toujours possible et elle est même obligatoire dans certains contextes : *laisser le sujet tomber serait absurde et ??laisser l'occasion passer serait non moins bizarre.

La proposition le gardien a laissé échapper le prisonnier suggère la complicité du gardien. Avec la proposition le gardien a laissé le prisonnier s'échapper, cette interprétation n'est pas obligatoire. (On notera l'omission de se dans la première version. Nous en reparlerons.)

(On observe la même différence entre une lecture naturelle ou directe et une lecture artificielle ou indirecte dans l'analyse de certains verbes ayant une facette transitive et une facette intransitive : baisser les prix est direct, faire baisser les prix est indirect.)

§ Les particularités du sujet antéposé

Relativation

Les deux propositions on laissera garçon X lire tes livres et on laissera lire tes livres à garçon X sont à peu près synonymes, mais seule la construction à sujet postposé peut être relativée avec garçon X comme pivot. Les deux formes relativées sont *le garçon qu'on laissera lire tes livres et le garçon à qui on laissera lire tes livres. Le sujet antéposé est réfractaire à l'extraction relativante.

Le déplacement de tous corrélé avec l'objet direct

Voir la page connexe Tous / toutes - nom pluriel pour l'examen détaillé du déplacement vers la gauche de tous / toutes.

Les deux propositions je vais la laisser les manger et je vais les lui laisser manger sont à peu près synonymes, mais seule la construction à sujet postposé permet le déplacement vers la gauche de tous/tous corrélé avec l'objet direct : je vais tous les lui laisser manger, mais *je vais tous la laisser les manger. Le sujet antéposé est réfractaire au déplacement vers la gauche de tous / toutes.

Le déplacement des mots flottants

Voir la page connexe Tout - nom masculin singulier pour l'examen du déplacement vers la gauche de tout.

Dans tous les exemples contrastés qui suivent, le sujet antéposé bloque le déplacement vers la gauche de tout et de rien

je voudrais lui laisser tout manger
je voudrais tout lui laisser manger
je voudrais la laisser tout manger
*je voudrais tout la laisser manger

on a voulu lui tout laisser manger
on a tout voulu lui laisser manger
on a voulu la laisser tout manger
*on a tout voulu la laisser manger

on leur a laissé tout manger
on leur a tout laissé manger
on les a laissé tout manger
*on les a tout laissé manger

je ne veux rien lui laisser manger
*je ne veux rien la laisser manger

je n'ai rien voulu lui laisser manger
*je n'ai rien voulu la laisser manger

on ne leur a rien laissé manger
*on ne les a rien laissé manger

Négation de l'infinitif

Les deux propositions il laisse aller ses enfants à l'école et il laisse ses enfants aller à l'école sont à peu près synonymes, mais seule la construction à sujet antéposé permet la négation de l'infinitif : il laisse ses enfants ne pas aller à l'école, mais *il laisse ne pas aller ses enfants à l'école. De façon surprenante, le sujet antéposé l'emporte sur le sujet postposé dans le cas de la négation de l'infinitif. Dans les cas d'extraction relativante et de déplacement vers la gauche, c'est le sujet postposé qui est plus performant. Notons d'ailleurs que l'infinitif ne se nie pas aisément si le verbe factitif est faire.

Le complément prédicatif

La pronominalisation du complément prédicatif à l'intérieur du syntagme factitif n'est permise que si le verbe factitif est laisser. Le pronom exprimant le cas prédicatif se joint à l'infinitif de la subordonnée : Pierre devient fou son psychanalyste laisse Pierre le devenir. C'est la construction à sujet antéposé qui permet d'accueillir le complément prédicatif.

Pronominalisation factitive réfléchie non scindée

Par pronominalisation factitive réfléchie non scindée nous entendons une construction dans laquelle se et l'élément auquel il se rapporte sont, l'un et l'autre, situés dans la subordonnée factitive. Les propositions non réfléchies Pierre laisse son fils dénoncer Paul et Pierre laisse dénoncer Paul à son fils sont à peu près équivalentes. Si Paul se trouve être identique à son fils, la pronominalisation réfléchie de Paul donne Pierre laisse son fils se dénoncer et *Pierre laisse se dénoncer à son fils. Seule la première version, celle à sujet antéposé, est grammaticale.

Pronominalisation factitive réfléchie scindée

Par pronominalisation factitive réfléchie scindée nous entendons une construction dans laquelle se est situé dans la subordonnée mais se rapporte au sujet de la superordonnée. Les deux propositions A laisse Marie accompagner B et A laisse accompagner B par Marie sont à peu près équivalentes. Tout à coup nous découvrons que A et B sont la même personne et nous décidons de pronominaliser B. Nous obtenons A laisse Marie l'accompagner et A se laisse accompagner par Marie. La version à sujet antéposé n'est pas réfléchie, la version à sujet postposée est réfléchie.

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