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TITRE
La subordonnée sujet d'apposition prédicative (543)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Le syntagme proposition (445)
La subordination et les subordonnées (521)
Les subordonnées complémentales (531)
Les subordonnées complémentales énonciatives (533)
La subordonnée sujet (534)

PAGES SŒURS
La subordonnée sujet d'apposition prédicative (543)

SOMMAIRE
Analyse de la subordonnée sujet d'apposition prédicative
Quelques noms servant d'apposition prédicative
La subordonnée fléchie comme sujet - exemples
L'infinitif comme sujet - exemples
Phénomènes mineurs et remarques
Les nominalisateurs élargis de l'apposition prédicative
Le pronom démonstratif qualifiant l'apposition prédicative
Ambigüité structurelle
L'anomalie preuve
Ce que et la subordonnée sujet d'apposition prédicative
Ceci et la subordonnée sujet d'apposition prédicative
Cela et la subordonnée sujet d'apposition prédicative
Quelque chose comme prédicat
Dans le cas où / dans le cas que
[le fait pour * nom * de * infinitif]
Apposition prédicative et néogérondif
Répétition de la préposition devant l'infinitif

Analyse de la subordonnée sujet d'apposition prédicative

§ Les trois étapes

Prenons comme point de départ la proposition

que Pierre aime Marie est un fait

Dans cette proposition, un fait est le complément prédicatif du verbe être et que Pierre aime Marie est son sujet.

Fait est un des très nombreux noms abstraits qui peuvent occuper la position de complément prédicatif vis-à-vis d'un sujet propositionnel. Dans la proposition qui constitue notre point de départ, le fait pourrait être remplacé par la vérité, notre observation, l'hypothèse, l'explication, le résultat, le problème et par une multitude d'autres noms abstraits.

Relativons la proposition prise comme point de départ par rapport au complément prédicatif le fait. Nous obtenons l'expression nominale claire, mais peu acceptable

??le fait qu'est que Pierre aime Marie

Omettons qu'est et nous obtenons l'expression grammaticale

le fait que Pierre aime Marie

Quelques noms servant d'apposition prédicative

Nous confondons trois types : les noms qui n'admettent que l'infinitif, les noms qui n'admettent que la subordonnée fléchie et les noms qui admettent les deux.

accusation
acte
affirmation
apparence
aptitude
art
aspect
aspiration
assurance
avantage
besogne
besoin
bonheur
bruit
cause
certitude
chance
chimère
chose
combinaison
conclusion
condition
conscience
conseil
constatation
conviction
crainte
crime
croyance
décision
découverte
désavantage
désir
détail
demande
devoir
différence
difficulté
doctrine
don
douleur
droit
événement
évidence
effort
espoir
explication
fait
faveur
force
goût
grâce
honneur
hypothèse
idéal
idée
illusion
impression
imprudence
indication
information
ingratitude
inquiétude
intention
intuition
joie
justice
maladresse
malheur
manie
maxime
mémoire
méthode
métier
menace
mesure
mystère
nouvelle
observation
occasion
occupation
ordre
particularité
peine
pensée
perspective
peur
plaisir
plan
possibilité
préoccupation
prétention
prétexte
pressentiment
principe
probabilité
problème
promesse
proposition
question
raison
raisonnement
rapport
réflexion
réserve
résultat
révélation
rêve
remède
risque
rôle
rumeur
secret
sens
sensation
sentiment
serment
service
signe
solution
souci
souhait
spéculation
suggestion
témérité
tentation
terreur
théorie
thèse
vérité
vœu
volonté

La subordonnée fléchie comme sujet - exemples

il faut prendre en considération le fait qu'il a présenté ses excuses
il n'a pas compté avec le fait que tous ne sont pas d'accord avec lui
il n'a qu'un souhait : que tu viennes demain
il n'a qu'une crainte : que je le dénonce
j'ai la certitude qu'il réussira
j'ai le sentiment que les choses vont s'arranger
j'ai retrouvé l'espoir que tout va s'arranger
j'éprouve le désir que tous mes amis soient heureux
je ne condamne pas le fait qu'il ait cherché à sauver sa vie
il y a des chances qu'elle soit élue
l'idée que tout va mal
la conviction qu'il se trompe
la peur que le ciel leur tombe sur la tête
son idée fixe que sa fille épousera un goy
telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles (Proust)

L'infinitif comme sujet - exemples

Le rôle de sujet d'apposition prédicative peut être joué par un infinitif. Dans ce cas, la conjonction que est remplacée par de ou par une pause (ou par deux-points). Ce de n'est ni un de régi ni un de introducteur d'infinitif.

au lendemain de la guerre mondiale, il fallait, de force ou de gré, choisir entre deux méthodes : ou bien de s'efforcer de haïr l'Allemegne vaincue, ou bien de l'aider à redevenir une nation saine (Duhamel)
c'était son premier désespoir - n'avoir pas d'enfant à lui (Bastide)
c'est cela qui me fait peur, de les savoir tous rangés ainsi autour de la ville (Zola)
elle avait ruminé cela toute la nuit, de ne pas manger avec ce beau garçon devant le couvert de l'autre (A. Daudet)
elle n'avait plus qu'une idée, échapper à tous ces yeux, sortir de cet endroit affreux (A. Daudet)
faites-leur la grâce de les accueillir
il a eu la bonté de me recevoir
il n'est qu'un travail pour les hommes : arracher quelque chose, si peu que ce soit, à la destruction et à l'oubli (Duhamel)
il ne fera jamais rien de mal, ni désobéir, ni mentir, ni voler
il se moquait de tout, hormis d'une question : savoir ce que les gens pensaient (Simenon)
j'ai même failli faire un chose dont vous vous seriez bien moqué, oui, aller consulter une tireuse de cartes (Romains)
j'eus le sentiment qu'un devoir m'était dicté : réparer l'injustice des hommes à l'égard de Silbermann (Lacretelle)
je connaîs ses goûts : chanter, danser, aimer
je ne pensais qu'à une chose : la forcer à partir
je ne saurais lui reprocher qu'une chose : d'être sans reproche (Duhamel)
la difficulté d'être
la nature vous a chargé d'une aimable mission, prolonger votre petite personne pendant une soixantaine d'années encore (Drieu la Rochelle)
le fait de n'avoir rien répondu équivaut à un refus de sa part
le plaisir de vous revoir
le triomphe d'avoir inventé la fermeture à glissière
ma fidélité à mon projet original : connaître et écrire (Beauvoir)
mes questions n'ont qu'un seul but : te servir
prenez la peine de m'écouter
son ambition ardente, apprendre le chinois, l'a conduit à
son vrai plaisir, jouer du piano
toutes les choses communiquaient un désir de mouvement - marcher, s'arrêter, regarder n'importe quoi, traverser la rue, marcher encore (Romains)
tu ne feras plus ça, n'est-ce pas, de vouloir mourir (A.Daudet)
un secret désir l'éperonne, de prouver à son frère qu'il vaut mieux que lui (Gide)
une seule pensée me hantait, retrouver ma sœur

Phénomènes mineurs et remarques

§ Les nominalisateurs élargis de l'apposition prédicative

Le constituant sujet du syntagme apposition prédicative est normalement introduit par que ou de. On trouve cependant des nominalisateurs élargis, tels que à savoir que, comme ceci que, comme celui que, comme que, comme quoi par exemple que.

il n'avait qu'une peur, c'était qu'il ne rêvât (France)
la vérité, à savoir que
une allusion laissant entendre que
une note stipulant que

§ Le pronom démonstratif qualifiant l'apposition prédicative

Le noyau peut être qualifié par ce / cette. La valeur du pronom démonstratif adjectival ne diffère pas significativement de celui de l'article défini.

il a cette particularité qu'il est gaucher
nous nous heurtons à cette difficulté que
on le reconnaît à ce détail qu'il porte un chapeau gris
cette obsession que tout va mal

§ Ambigüité structurelle

Le syntagme [nom * que *subordonnée] présente parfois une ambigüité structurelle. Avec certains noms, la question de savoir si la subordonnée est un sujet d'apposition prédicative ou un complément prépositionnel est indécidable. Par exemple, la paraphrase de la crainte que X est soit une crainte, à savoir que X (apposition prédicative) ou la crainte concernant X (complément prépositionnel). De même, la proposition j'ai le sentiment que les choses vont s'arranger a deux paraphrases : j'ai un sentiment, à savoir que les choses vont s'arranger (apposition prédicative) et j'ai un sentiment concernant ceci : les choses vont s'arranger (complément prépositionnel).

En faveur de l'analyse privilégiant le complément prépositionnel, on peut faire valoir l'argument que le syntagme [que * subordonnée] se pronominalise par en :

j'ai le sentiment que les choses vont s'arranger
j'en ai le sentiment

j'avais l'impression que l'air allait me manquer
j'en avais l'impression

Les deux analyses ne s'excluent pas mutuellement, d'autant moins qu'elles peuvent entraîner deux sens différents en coexistence pacifique :

le web offre une merveilleuse facilité de se renseigner sur une infinité de choses sans intérêt (le renseignement est facile - le sujet est le renseignement ou, plus exactement, un agent anonyme se renseignant)

Pierre a une grande facilité à apprendre (l'apprentissage est facile - le sujet virtuel est Pierre)

§ L'anomalie preuve

Contrairement à de nombreux noms cognitifs, le nom preuve n'admet pas (ou n'admet que difficilement) la subordonnée sujet d'apposition prédicative. La subordonnée qui suit preuve a une seule interprétation, celle de complément prépositionnel. La paraphrase de la preuve que est la preuve de ce que et non pas la preuve selon laquelle.

la preuve [de ce] que la terre tourne
la preuve [de ce] qu'il ne faut jamais désespérer
nous avons la preuve [de ce] que Pierre a menti

§ Ce que et la subordonnée sujet d'apposition prédicative

Considérons la proposition Pierre s'attend à ce que Paul lui écrive. Dans cette proposition s'attendre à régit la subordonnée que Paul lui écrive. La forme *Pierre s'attend à que Paul lui écrive est agrammaticale. La subordonnée que Paul lui écrive pourrait servir de sujet, d'objet direct et de sujet existentiel, mais elle n'est pas admise comme argument de syntagme prépositionnel. La séquence [préposition-régie * que] est taboue. On déjoue ce tabou en intercalant le pronom ce entre la préposition et que. Le pronom ce est un représentant anonyme des noms qui admettent une subordonnée sujet d'apposition prédicative. (Les voir plus haut sur cette page.) En bref, la subordonnée amenée par ce que est une subordonnée sujet d'apposition prédicative.

Dans la version agrammaticale *Pierre s'attend à que Paul lui écrive, l'argument de la préposition à est une proposition nominalisée par le nominalisateur que. Dans la version grammaticale Pierre s'attend à ce que Paul lui écrive, l'argument de la préposition à est le pronom ce, représentant d'un nom anonyme sous-entendu et qualifié par une subordonnée sujet d'apposition prédicative. En introduisant ce, on remplace la subordonnée nominale générique (qui peut occuper toute position nominale sauf celle d'argument de syntagme prépositionnel) par la subordonnée sujet d'apposition prédicative.

Voir la vue d'ensemble des facettes de ce que à la page connexe La subordination - mécanismes, jonctions, conjonctions - rubrique Les emplois de ce que - vue d'ensemble.

§ Ceci et la subordonnée sujet d'apposition prédicative

Ceci et cela sont des noms indépendants qui peuvent servir de noyau vis-à-vis de la subordonnée sujet d'apposition prédicative.

à ceci près que
il s'agit de ceci que
il y a aussi ceci que
la difficulté réside en ceci que
le problème consiste en ceci que
on le reconnaît à ceci que
par cela seul que
sa faiblesse venait de ceci que
un intellectuel digne de ce nom se distingue par ceci qu'il ne dit que du mal de ses confrères (Debray)

Ceci peut aussi être qualifié par une épithète :

il a dit ceci de très curieux que

Voir l'étude détaillée du pronom nominal qualifié à la page connexe Le pronom nominal qualifié.

§ Cela et la subordonnée sujet d'apposition prédicative

j'ai appris cela, que nous sommes tous dans la peste (Camus)

Il y a une légère pause entre cela et la subordonnée. Cela souligne l'importance de ce qui va être annoncé.

§ Quelque chose comme prédicat

il se rappelait quelque chose que son père lui avait souvent dit, qu'il faut montrer du respect aux plus faibles

On imagine une pause ou à savoir avant la subordonnée sujet d'apposition prédicative.

§ Dans le cas où / dans le cas que

Pour la comparaison de dans le cas où et dans le cas que, voir la page connexe Les pronoms relatifs - - rubrique Dans le cas où.

§ [le fait pour * nom * de * infinitif]

Le syntagme [le fait pour * nom * de * infinitif] s'emploie surtout dans le langage journalistique.

le fait pour Pierre d'aimer Marie (= le fait que Pierre aime Marie)

Ce tour présente la bizarrerie d'un infinitif à sujet explicite. Voir les pages connexes La subordonnée finale infinitive, La subordonnée sujet infinitive - caractéristiques générales pour d'autres cas de l'infinitif à sujet explicite.

Fait n'est pas le seul nom qui entre dans ce syntagme. Nécessité, besoin, risque, habitude et quelques autres ont le même comportement.

§ Apposition prédicative et néogérondif

Le sujet d'apposition prédicative et le néogérondif sont difficiles à différencier. Par exemple, dans la proposition il a eu une sacrée chance de s'en sortir, on peut analyser de s'en sortir soit comme sujet d'apposition prédicative soit comme néogérondif.

Paraphrase 1 - apposition prédicative

il a eu une sacrée chance, notamment celle de pouvoir s'en sortir

Paraphrase 2 - néogérondif

en s'en sortant, il a dû profiter d'une sacrée chance, d'un véritable miracle

Pour l'examen du néogérondif marqué par de, voir la page connexe Les subordonnées adverbiales inclassables - rubrique De - néogérondif métadiscursif.

Pour l'examen du néogérondif marqué par à voir la page connexe Les subordonnées adverbiales inclassables - rubrique À - néogérondif - introduction.

§ Répétition de la préposition devant l'infinitif

il ne pense qu'à une seule chose : à être clairvoyant (T. Bernard)

Si le pôle apposition prédicative est un argument de préposition, cette préposition se répète facultativement devant le pôle sujet.

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