La subordonnée sujet infinitive - la montée sujet-sujet
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La subordonnée sujet infinitive - la montée sujet-sujet (515)

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La subordonnée sujet infinitive - la montée sujet-sujet (515)

SOMMAIRE

La montée sujet-sujet de jugement

Exemple liminaire - 1

il est imprudent à Pierre de ne pas porter de casque

L'énoncé du mécanisme - 1

Avec certains adjectifs de jugement, l'agent de la subordonnée sujet infinitive peut être exprimé de deux façons :

Sans montée sujet-sujet

il est imprudent à Pierre de ne pas porter de casque

L'agent de la subordonnée sujet infinitive occupe la place de complément prépositionnel de l'adjectif de jugement. La préposition correcte est à ou pour (selon l'adjectif), mais jamais de. Autres exemples :

c'est bien aimable à vous de
c'est courageux à Pierre d'avoir pris cette decision
c'est folie à vous de croire que
c'est mal à moi de refuser
ce n'est pas bien à vous de
il était cruel à Pierre de punir sa fille
il est courageux à Pierre de dire la vérité
il est imprudent à Pierre de ne pas porter de casque
il est noble à Pierre d'adopter la fille de Paul

Avec montée sujet-sujet

Pierre est imprudent de ne pas porter de casque

L'agent peut subir la montée sujet-sujet de jugement. Autres exemples :

êtes-vous fou de lui parler sur ce ton ?
il est fou d'avoir refusé ce poste
il est si sage d'avoir faim (Sartre)
il sont naïfs de croire
je serais fou de (faire)
tu serais bien bête de (faire)
vous êtes très gentil de m'attendre
vous serez gentil de (faire)
on serait bien naïf de croire que
Pierre est fou de s'être engagé dans la Légion étrangère

La version sans montée sujet-sujet n'est pas toujours mécaniquement restituable. Par exemple, « l'original » de vous êtes fou de est c'est folie à vous de.


Comparer les deux structures homonymes

il est bien naïf de croire que (il = Pierre)
et
il est bien naïf de croire que (il = c'est)

Bien avisé, mal avisé, malvenu

Les adjectifs bien avisé, mal avisé et malvenu se comportent comme s'ils admettaient la montée sujet-sujet de jugement, mais ils ne peuvent pas être construits sans ce mécanisme. La proposition Pierre serait bien avisé de faire un effort a une forme sous-jacente aisément restituable, mais inexistante : *il serait bien avisé à Pierre de faire un effort. La construction il est bien avisé de est donc le produit d'une analogie, plutôt que d'une transformation. De même, la forme sous-jacente de tu es malvenu de te plaindre est *de te plaindre est malvenu ou *il est malvenu que tu te plaignes.

Comparaison avec la montée objet-sujet


il est imprudent À Pierre DE ne pas porter de casque     
Pierre est imprudent DE ne pas porter de casque

il est facile DE résoudre cette équation     
cette équation est facile À résoudre

À datif et à ablatif

Définition

À a une double ascendance qui remonte aux prépositions latines « ad » et « ab ». En conséquence, à peut avoir une nature « dative » ou une nature « ablative ». Les emplois datifs sont majoritaires, mais la nuance ablative de à se manifeste avec les verbes ablatifs, tels que voler, emprunter et acheter. (Avec le verbe acheter, à est datif ou ablatif selon que le complément correspond au donataire ou au vendeur.)

Adjectifs de jugement - nuance ablative

Comme on vient de voir, avec les adjectifs de jugement, l'agent de la subordonnée sujet infinitive est marqué par à : il était cruel à Pierre de punir l'enfant. Cet à est paraphrasable comme de la part de. Donc ce à a une nature ablative. Il ne peut pas être remplacé par pour (qui a une nuance fortement dative) et il ne peut pas être pronominalisé : *il lui était cruel de punir l'enfant est agrammatical.

Adjectifs psychologiques - nuance dative

Avec les adjectifs psychologiques, l'agent de la subordonnée sujet infinitive peut être marqué par à ou par pour : il était douloureux à / pour Pierre de punir l'enfant. Cet à a une nature dative. Il n'est pas paraphrasable comme de la part de. En revanche, il peut être pronominalisé : il lui était douloureux de punir l'enfant.

Long à, lent à

elle n'a pas été longue à se venger
il était longtemps à se décider
il est long à se mettre au travail
il ne sera pas long à deviner ce dont il s'agit
la réponse était longue à venir
lent à apparaître
mettre très longtemps à se développer
un plat long à cuire
une fleur longue à fleurir
une plante longue à venir


Ne pas confondre le tour du type une fleur longue à venir avec le tour du type un plat long à préparer. Ce dernier est un exemple de la montée objet-sujet, que nous examinons à la page connexe La subordonnée sujet infinitive - la montée objet-sujet.

La montée sujet-sujet cognitive

Exemple liminaire - 2

elles se trouvaient porter la même robe

L'énoncé du mécanisme - 2

Un groupe restreint de verbes exprimant l'apparence, l'hypothèse ou la découverte partagent le mécanisme que nous appelons la montée sujet-sujet cognitive.

il semble que Marie travaille avec zèle     
Marie semble travailler avec zèle

il paraît que la situation s'améliore     
la situation paraît s'améliorer

il se trouvait qu'elles avaient la même robe     
elles se trouvaient avoir la même robe

il s'est avéré qu'il faisait partie des services secrets     
il s'est avéré faire partie des services secrets

La montée sujet-sujet consiste à déplacer le sujet de la subordonnée vers la position de sujet de la superordonnée. La subordonnée fléchie de la version originelle est introduite par la conjonction que. La subordonnée de la version transformée est une subordonnée infinitive. Le sujet postiche de la superordonnée de la version originelle est remplacé par le sujet de la subordonnée de la version originelle.

L'infinitif ne prend pas d'introducteur.

Le verbe être servant d'auxiliaire des temps composés ou d'auxiliaire du passif peut être omis.

la question s'est trouvée reléguée au second plan
la voiture s'est trouvée coincée

La version originelle et la version transformée sont des quasi-synonymes, mais pas forcément des synonymes au sens strict.

Quelques verbes admettant la montée sujet-sujet cognitive

apparoir
être reconnu
être supposé
paraître
s'avérer
se révéler
se trouver
sembler
devoir (voir la remarque plus bas)

L'asymétrie de la montee sujet-objet et de la montée sujet-sujet

La montée sujet-objet est marginale mais grammaticale avec de nombreux verbes de pensée et de parole : la proposition on dit que le jardinier a commis le crime se transforme aisément en le jardinier qu'on dit avoir commis le crime dans la langue écrite. En revanche, la passivation de la forme sous-jacente bloque presque toujours la montée sujet-objet : il est dit que le jardinier a commis le crime ne se transforme pas en *le jardinier qui est dit avoir commis le crime. Autrement dit, la montée sujet-sujet est applicable à un nombre limité de verbes (voir ci-dessus), mais n'est pas applicable automatiquement au passif de tous les verbes cognitifs qui admettent la montée sujet-objet. Le français publicitaire est plus relâché : seule porcelaine garantie ne pas se craqueler serait un excellent exemple de la montée sujet-sujet après passivation du verbe cognitif, s'il n'était pas un anglicisme éhonté.

Les verbes cognitifs transitifs-prédicatifs ont deux compléments régis, un objet direct et un complément prédicatif : on croit le fossé infranchissable. Cette construction est presque toujours passivable. Au passif, les verbes cognitifs transitifs-prédicatifs deviennent intransitifs-prédicatifs : le fossé est cru infranchissable. L'objet direct de la forme active est remplacé par le sujet de la forme passive ; le complément prédicatif correspondant à l'objet direct devient le complément prédicatif correspondant au sujet. Les deux constructions des verbes cognitifs prédicatifs présentent une forte analogie avec la montée sujet-objet et la montée sujet-sujet, mais leur symétrie est plus régulière.

Exemples des verbes cognitifs prédicatifs

on croit le fossé infranchissable
on le croyait mort
certains le disent dénué de courage
on dit ses premiers poèmes perdus
il se disait surpris
je vous devine ambitieux

L'adjectif censé

il est censé pleuvoir
il est censé y avoir une sortie de secours
nous ne sommes pas censés dîner chez les Dupont ce soir
nul n'est censé ignorer la loi

La construction de l'adjectif censé est presque identique à celle des verbes à montée sujet-sujet. Toutefois l'adjectif censé a la particularité de ne pas admettre la subordonnée sujet fléchie en français moderne. La construction je suis censé travailler est une transformée orpheline, puisque le verbe censer n'existe plus et la construction il est censé que je travaille est exclue. Bref, censé régit une subordonnée infinitive et n'admet pas de subordonnée fléchie.

Être censé signifie devoir / être probable / être prévu, à un détail près. Nul n'est censé ignorer la loi et chacun est censé connaître la loi sont synonymes, alors que nul ne doit ignorer la loi et chacun doit connaître la loi ne le sont pas. La construction nul n'est censé est difficile à assimiler.

La souplesse de la montée sujet-sujet cognitive

La montée sujet-sujet cognitive est un mécanisme formel et souple qui s'adapte à un nombre de constructions.

Passivation

Il est aussi simple de faire subir la montée sujet-sujet cognitive à une proposition passive qu'à une proposition active. La passivation peut provoquer un changement de sens avant la transformation sujet-sujet, mais la transformation sujet-sujet ne s'y mêle pas.

il semble que Marie a offensé Pierre     
Marie semble avoir offensé Pierre

il semble que Pierre a été offensé par Marie     
Pierre semble avoir été offensé par Marie

Verbes existentiels

Si la subordonnée comprend une construction existentielle inversée, le sujet postiche de cette subordonnée remplace le sujet postiche de la superordonnée. Si les deux sujets postiches en question sont il, cette transformation produit l'illusion que le sujet postiche de la subordonnée disparaît et que le sujet postiche de la superordonnée reste en place.

il(A) paraît qu'il(B) est arrivé beaucoup de monde     
il(B) paraît être arrivé beaucoup de monde

il(A) semble qu'il(B) y a un problème     
il(B) semble y avoir un problème

*il(A) est censé qu'il(B) y a une sortie de secours     
il(B) est censé y avoir une sortie de secours

Verbes impersonnels

Le comportement du sujet impersonnel est identique à celui du sujet postiche des constructions existentielles inversées :

il(A) semble qu'il(B) pleut     
il(B) semble pleuvoir

il semble que ça flotte     
ça semble flotter

Autres constructions des verbes d'apparence


Montée sujet-sujet et corrélation de sujets - comparaison


Comparons les propositions

le gouvernement semble combattre le chômage

et

le gouvernement veut combattre le chômage

À première vue, on serait tenté de dire que dans les deux cas le verbe de la principale (sembler et vouloir) régit l'infinitif et que les deux propositions ont la même structure. C'est en passivant les deux propositions qu'on se rend compte le plus aisément de leur divergence structurelle :

le chômage semble être combattu par le gouvernement

et

*le chômage veut être combattu par le gouvernement

Dans le cas de sembler, le sens de la proposition est invariant sous passivation. Dans le cas de vouloir, le moins qu'on puisse dire est que la passivation change le sens de la proposition. Les deux propositions ne peuvent pas avoir la même structure. On sait que sembler est un membre d'un petit groupe de verbes qui admettent la montée sujet-sujet, tandis que vouloir est un des très nombreux verbes cognitifs et psychologiques dont la subordonnée infinitive a un sujet corrélé avec celui de la principale. Les deux propositions ne se comportent pas de la même façon face à la passivation parce qu'elles n'ont pas la même structure sous-jacente.

Montée sujet-sujet et montée sujet-objet

Nous allons discuter la montée sujet-objet à la page connexe La subordonnée objet direct infinitive - la montée sujet-objet. Il y a cependant un rapport entre la montée sujet-sujet et la montée sujet-objet qu'il convient de mentionner dès maintenant.

En principe, toute proposition à montée sujet-objet peut être transformée en une proposition à montée sujet-sujet par le biais de la passivation. L'emploi de la montée sujet-objet étant restreinte à des environnements specifiques, la montée sujet-sujet obtenue par passivation de la montée sujet-objet est également plutôt théorique. Exemple :

des sublimités qu'on a reconnu être des fautes de copiste (France)     
des sublimités qui ont été reconnues être des fautes de copiste

La montée prédicat-prédicat

En appliquant la montée sujet-sujet à il semble que le surpeuplement en est la vraie cause on obtient le surpeuplement semble en être la vraie cause. Si on applique la mise en relief par inversion avant d'appliquer la montée sujet-sujet, on obtient la vraie cause semble en être le surpeuplement. C'est bel et bien une montée prédicat-prédicat.

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