La subordination - classification, jonctions, conjonctions
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La subordination - classification, jonctions, conjonctions (497)

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SOMMAIRE

La subordonnée comme proposition

Les différences entre la principale et la subordonnée relèvent des domaines suivants :

Certains emplois des formes du verbe (modes, temps) sont subordinatifs, c'est-à-dire adaptées spécifiquement à certaines subordonnées.

Il y a des règles d'inversion subordinatives, c'est-à-dire des règles « conçues » spécifiquement pour certaines subordonnées ou pour les subordonnées en général.

L'opposition thème/rhème est affaiblie dans la subordonnée.

Certains types de subordonnée précèdent ou suivent la principale obligatoirement.

Le modèle bipartite de la subordination

Le modèle bipartite de la subordination consiste à ranger la totalité des subordonnées dans deux et seulement deux méthodes, à savoir dans la nominalisation et la relativation. Nous disons qu'il y a deux systèmes de subordination : le système nominal et le système relatif. L'existence du système relatif n'a pas besoin d'être prouvé. En revanche, ce que nous appelons le système nominal est susceptible de faire froncer les sourcils. Nous allons nous expliquer.

N.B. Ce que nous appelons la relative autonome est appelé relativation nominale dans plusieurs grammaires. Notre emploi du mot « nominal » dans « système nominal » n'a rien à faire avec le même mot dans « relative nominale », terme que nous n'employons pas.


Nous nous hâtons d'ajouter que, pour plusieurs jonctions, la réduction à la nominalisation ne s'opère qu'à un niveau sous-jacent, c'est-à-dire par le biais de transformations et de paraphrases.

Les axes de classification

L'opposition nominalisation / relativation


On verra dans notre exposé sur les subordonnées concessives que celles-ci peuvent être paraphrasées comme subordonnées interrogatives. Autrement dit, concession = interrogation. À première vue, cela paraît impossible, étant donné que la concession est libre et l'interrogation est régie. On verra que la conjonction de la paraphrase de la concession est bicéphale : libre côté principale, régie côté interrogation.

Le type de qualification

subordonnées régies
subordonnées libres

Le noyau qualifié par la subordonnée

verbe
adjectif
adverbe
nom

La position occupée par la subordonnée dans la principale

sujet
objet direct
sujet existentiel
apposition prédicative
complément prépositionnel régi
complément prépositionnel libre

Le mode de la subordonnée

indicatif
subjonctif
impératif (mais oui, c'est possible)
infinitif
participe présent
participe passé
averbal

Les types de jonction

Voir la rubrique Jonctions et éléments de jonction de cette page.

Les familles fonctionnelles

C'est l'axe des circonstances (temps, lieu, cause, fin, conséquence, concession, inclassables). Il convient de prendre conscience du fait qu'il n'y a aucune corrélation entre circonstances et types de jonction, autrement dit entre fonctions et formes. La classification selon la circonstance est une méthode traditionnelle et pratique, ni plus ni oins,

Les cinq types majeurs de la subordination

Nous venons de présenter l'espace théorique de la subordination. C'est un espace complexe, mais clairsemé. En pratique, il se réduit (se linéarise) à cinq types majeurs de subordination. Ce ne sont pas les axes théoriques mais les types pratiques que nous allons étudier.

les subordonnées régies fléchies et infinitives
les subordonnées libres fléchies et infinitives (toutes circonstances)
les subordonnées participiales actives et passives
les subordonnées réduites
les subordonnées relatives (y compris les subordonnées comparatives)

Cette liste est loin d'être élégante et convaincante. Elle n'a pas l'air de s'inspirer d'une idée maîtresse. On pourrait réaménager les types de subordonnées interminablement, sans qu'on arrive jamais à une grille vraiment frappante de simplicité. La grande unification des subordonnées tarde à être découverte.

Les types majeurs de la relativation

La subordonnée relative ordinaire
la subordonnée relative autonome
la subordonnée relative phrastique (y compris comme quoi)
les subordonnées relatives adverbiales (quand, et comme)
la subordonnée comparative à second pôle non nominal
la subordonnée comparative proportionnelle

Dans le reste de cette page nous nous intéressons principalement à la nominalisation.

Jonctions et éléments de jonction

Nous appelons « jonction » la méthode de couplage entre la principale et la subordonnée. La conjonction est un cas particulier de la jonction.

Chaque jonction est une combinaison d'éléments. Les éléments de jonction peuvent être mis à contribution dans plusieurs jonctions.

Les éléments de jonction :

la simple juxtaposition de la principale et de la subordonnée
l'introducteur de subordonnée (conjonction)
l'introducteur de superordonnée (et, que - voir les renvois plus loin)
l'ordre des deux propositions
le mode et le temps de la subordonnée
le mode et le temps de la principale
l'extraction d'un élément de la subordonnée
l'inversion du sujet dans la subordonnée
l'interrogation dans la subordonnée

Les emplois des introducteurs de superordonnée


Pour l'emploi des introducteurs de superordonnée dans la comparaison, voir la page connexe La comparaison proportionnelle.

Pour l'emploi des introducteurs de superordonnée dans le système conditionnel, voir la page connexe Les ressources de la conclusion - rubrique Les introducteurs de conclusion - vue d'ensemble.

Les emplois de l'extraction

-la subordonnée relative
-la subordonnée interrogative partielle (à quelle heure Pierre arrivera-t-il ?)
-la subordonnée concessive partielle (où que tu ailles, je te suivrai)
-l'interrogation profonde (à quelle heure penses-tu que Pierre arrivera ?)
-le détachement profond (je crois que, ce confort, on s'y habitue vite)

Jonctions sans conjonction

La subordonnée interrogative partielle : je veux savoir qui a fait ça
La relativation : celui qui a fait ça
Condition : tu fais un pas, je tire
Comparaison proportionnelle : plus ça change, plus c'est la même chose, tel père, tel fils
Conséquence inversée : nous ne pouvions pas déjeuner au jardin, tellement il faisait chaud
Discours direct : Pierre déclara : « j'aime Marie »
Registre relâché : tu veux je vienne ?, faut je m'en aille
Évidemment, l'infinitif est une subordonnée nominale sans être marqué comme telle.

Trois niveaux de conjonctions

Nominalisateurs et quasi-nominalisateurs


Si, quand et lorsque peuvent fonctionner comme quasi-nominalisateurs :

c'est fort rare quand il se grise (Loti)
c'est beau lorsque plusieurs héritages s'accumulent sur une seule tête (Mauriac)
est-ce ma faute si j'eus douze ans et quelques mois avant la déclaration de la guerre ? (Radiguet)


Conjonctions composées d'apparence simple

Il y a des conjonctions qui sont simples en apparence, mais qui sont des conjonctions composées déguisées. Dans chaque exemple nous donnons un quasi-synonyme composé entre parenthèses.

si conditionnel (pourvu que)
car (puisque)
comme causal (étant donné que)
bien que (sans égard pour la question de savoir si)
quoique (sans égard pour la question de savoir si)

Comme temporel et quand ont le quasi-synonyme au moment où. Ils relèvent de la relativation.

Conjonctions composées nominales


Plusieurs types de que dans le système nominal

Il y a plusieurs types de que dans le systène nominal de subordination :

Que ordinaire de la subordonnée sujet et de la subordonnée objet direct

Que de la subordonnée sujet d'apposition prédicative


Que consécutif

C'est le que qu'on trouve dans tellement que, tant et si bien que, etc. Voir la page connexe Le système consécutif.

Que temporel nominal

après que
aussitôt que
avant que
d'ici à ce que
dès que
jusqu'à ce que
pendant que
tant que

Que temporel relatif

au moment que
au temps que
la fois que
lorsque

Que conparatif relatif

Voir la page connexe Le système comparatif, où nous énonçons l'hypothèse que les subordonnées comparatives sont des subordonnées relatives au niveau sous-jacent.

Le rapport entre la nominalisation et les subordonnées régies

Les subordonnées régies énonciatives

Toutes les subordonnées régies énonciatives sont nominalisées par que.

Les subordonnées interrogatives

La subordonnée interrogative totale est nominalisée par si.

La subordonnée interrogative partielle constitue le cas le plus complexe de la nominalisation. L'élément cible de la subordonnée est extrait avec sa préposition, avant d'être converti en un pronom interrogatif et placé en tête. La subordonnée ainsi convertie se comporte en syntagme nominal ou en syntagme prépositionnel face à la pricipale. Ce mécanisme n'exige aucun nominalisateur explicite.

Le rapport entre la nominalisation et les circonstances

Le système temporel

Le système temporel est un mélange de nominalisation par que et de relativation par que et .

Le système causal

Toutes les subordonnées causales sont nominales. Car et comme sont des conjonctions composées déguisées en conjonction simples.

Le système final

Toutes les subordonnées finales sont nominales.

Le système conditionnel

Presque toutes les conjonctions conditionnelles sont nominales.Dans l'hypothèse où, dans la mesure où, dans le cas où sont relatifs. Si est une conjonction composées déguisée en conjonction simple.

Le système consécutif


Le système concessif

Les subordonnées concessives totales sont des subordonnées interrogatives totales au niveau sous-jacent. Elles y sont introduites par sans égard pour la question de savoir si.

Les subordonnées concessives partielles sont des subordonnées interrogatives partielles au niveau sous-jacent. Elles y sont introduites par [sans égard pour la question de savoir * pronom-inerrogatif]. Voir les subordonnées interrogatives plus haut.

Le système comparatif

Le système comparatif est un système à relativation au niveau sous-jacent.

Cohésion des conjonctions composées

Un grand nombre de conjonctions adverbiales composées sont modelées sur des syntagmes prépositionnels banals. La question se pose donc de savoir s'il y a une différence entre une conjonction modelée sur un syntagme banal et un emploi quelconque du même syntagme. Autrement dit, on voudrait trouver le critère de la grammaticalisation des conjonctions adverbiales composées.

Le Goffic(1993) fournit un réactif intéressant. Nous empruntons deux de ses exemples les plus éclairants. (Certes, ce test ne s'applique pas à toutes les conjonctions adverbiales composées, mais il donne une bonne idée de ce que nous entendons par cohésion et par grammaticalisation.)

L'agrammaticalité de la proposition *à condition qu'il parte et à celle qu'il ne remette plus jamais les pieds ici est due au fait que la conjonction incluse dans cette proposition est trop cohésive pour être pronominalisée : celle a condition pour antécédent, mais condition ne peut pas être extrait de à condition que.

Le même raisonnement s'applique à la proposition *à supposer qu'il gagne au loto et à faire qu'il ne dépense pas tout. Le pro-verbe faire a supposer pour antécédent, mais supposer ne peut pas être extrait de à supposer que.

La cohésion de certaines conjonctions composées fournit la preuve de leur grammaticalisation.

Certaines conjonctions admettent des variantes plus ou moins improvisées. L'intercalation d'un adjectif est un procédé commun : au moment précis où, pour la bonne raison que.

Les conjonctions composées nominales et relatives - tri fonctionnel

Temps

à chaque fois que
alors que
après que
au cas où
au cas que
au moment où
au moment que
avant que
cependant que
chaque fois que
d'ici à ce que
d'ici que
dès lors que
dès que
depuis que
du moment que
durant que
en attendant que
jusqu'à ce que
le temps que
lorsque
pendant que
tandis que
tant que
tout le temps que

Cause

à cause (de ce) que
attendu que
d'autant (plus) que
dans la mesure où
déjà que
des fois que
du fait que
étant donné que
étant entendu que
en raison du fait que
non (pas) que
non que
par la raison que
par le fait que
parce que
pour ce motif que
pour ce que
pour la raison que
puisque
que (métadiscursif)
rapport à ce que
soi-disant que
soit que...soit que...
surtout que
vu que

Condition

à condition que
à la condition que
à la condition que
à moins que
à supposer que
au cas où
au cas que
autant que
dans l'hypothèse où
dans la mesure où
dans le cas où
dès l'instant que
des fois que
du coup que
du moment que
en admettant que
en attendant que
en cas que
en supposant que
en tant que
en tout cas que
moyennant que
n'était que
par cas que
pour autant que
pour le cas où
pour peu que
pour un peu que
pourvu que
quelquefois que
sauf à ce que
si ce n'est que
si tant est que
sous condition que
sous la condition que
sous réserve que
supposé que
un coup que
une supposition que

Concession

bien que
encore que
malgré que
quoique
sinon que

Semi-concession

quand bien même
quand même
lors même que

Fin

à seule fin que
afin que
pour que

Comparaison

ainsi que
après que
aussi grand que
aussitôt que
autant que
avant que
d'aussi loin que
de même que
en même temps que
plus grand que
plutôt que
plutôt que
pour autant que
sitôt que
tandis que
tant que

Conséquence

à ce point que
à tel point que
à telle enseigne que
à un tel point que
au point que
au point que
de façon à ce que
de façon que
de façon que
de façon telle que
de manière à ce que
de manière que
de manière telle que
de sorte à ce que
de sorte que
de sorte telle que
de telle façon que
de telle manière que
de telle sorte que
en sorte que
en sorte que
jusque là que (vieilli)
si bien que
tellement grand que

Phénomènes divers

Les formes étendues

La tmèse

En général, les conjonctions composées sont rebelles aux intercalations. Il y a cependant quelques intercalations acceptables, surtout dans la langue écrite. Ce genre de discontinuité s'appelle « tmèse » (= coupure).

Phénomènes courants dans la langue écrite

Même

Même est souvent intercalé dans

alors que
avant que
lors que
sans que

Même s'intercale aussi dans parce que, mais cette intercalation provoque la transformation de ce en cela : par cela même que.

Donc

malgré que
pendant que

Phénomènes littéraires

bien, dit-on, que (Béranger)
avant, tout à fait, que (Rostand)
lors, en revanche, que (Hermant)

La conjonction qualifiée


Avant, après

deux heures avant que
bien avant que
juste avant que
longtemps avant que

Avant et après ont une nature comparative, donc ils attirent les compléments de différence : bien avant que = beaucoup plus tôt que.

Durant

tout durant que (Tournier)

Loin

bien loin que

Malgré

bien malgré que

L'haplologie

L'haplologie - introduction


Les conflits provoqués par la multifonctionnalité de que

Connecteur de comparaison * nominalisateur

La résolution par haplologie est permise.

j'aime mieux boire le pinard des autres que ce soit les autres qui boivent le mien (Dorgelès)
je ne demanderais pas mieux qu'on m'en dépouille [de mes illusions] (Bernanos)
je souffre trop d'avoir suivi vos mauvais conseils pour désirer autre chose que le Ciel juge bon de vous punir (Green)
je voudrais que vous restiez, plutôt que vous partiez
périsse le dernier rejeton de notre maison plutôt qu'une tache soit faite à son honneur ! (Mérimée)
quoi de plus naturel qu'il le fasse ?

Pronom relatif prédicatif * nominalisateur

La résolution par haplologie est permise.

c'est une dure loi [...] qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême (Musset)

Ne...que... * nominalisateur

La résolution par haplologie est permise.

il ne manquait plus qu'elle nous vît arriver (Dumas)
Tolstoï ne sait dire d'Anna Karénine qu'elle a de belles épaules (J. Roy)

La solution par substitution de si

Lorsqu'il y a conflit entre le connecteur de comparaison que et le nominalisateur que (voir ci-dessus), on peut remplacer le second que par si. Ce tour appartient à la langue littéraire.

il vaut mieux tuer le diable que si le diable nous tue (Stendhal)
j'aime mieux mourir que si vous deviez y mourir (L. Foulet)
je me veux voir pendre plutôt que si ma main de sa nuque approchait (Musset)

Si peut être suivi de l'indicatif ou du conditionnel de prémisse (c'est-à-dire de l'imparfait).

Vue d'ensemble des solutions

*j'aime mieux qu'il chante que qu'il ne geigne
j'aime mieux qu'il chante qu'il ne geigne
j'aime mieux qu'il chante que s'il geignait
j'aime mieux qu'il chante que ce qu'il geigne
j'aime mieux qu'il chante que je n'aime qu'il geigne
j'aime mieux qu'il chante que je ne fais qu'il geigne

Ajoutons une solution radicale qui consiste justement à éradiquer le nominalisateur que en le remplaçant par l'infinitif voir.

j'aime mieux qu'il chante que de le voir geindre
il aime mieux que nous partions que de nous voir rester

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