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Les méthodes d'interrogation - interrogation périphrastique (492)

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PAGES SŒURS
Les méthodes d'interrogation - interrogation périphrastique (492)

SOMMAIRE
Interrogation périphrastique - le mécanisme de base
Interrogation périphrastique - introducteur irréductible
Interrogation périphrastique - la forme du verbe être
Interrogation périphrastique - le comportement de la préposition
Interrogation périphrastique - qui et que - deux contrastes
Interrogation périphrastique - le succès de la méthode
Interrogation périphrastique - le choix d'introducteur
Interrogation périphrastique - la place du sujet
Interrogation périphrastique - est-ce que pris littéralement
Interrogation périphrastique - les emplois interdits
Interrogation périphrastique - variantes élargies
Interrogation périphrastique - qu'est-ce que causal
Interrogation périphrastique - qu'est-ce que exclamatif
Interrogation périphrastique - qu'est-ce que...comme...

Interrogation périphrastique - le mécanisme de base

L'interrogation périphrastique totale

L'interrogation périphrastique totale est la forme interrogative à inversion simple de la proposition rhématisée. Voir la page connexe Ce - rubrique La proposition rhématisée. En particulier, on y trouvera une remarque sur l'accent réduit de est-ce que dans l'interrogation périphrastique.

Soit la forme énonciative tu veux manger. La forme rhématisée de cette proposition est c'est que tu veux manger. On obtient la forme interrogative périphrastique totale en faisant subir l'interrogation à inversion simple à la forme rhématisée : est-ce que tu veux manger ?.

L'interrogation périphrastique partielle

L'interrogation périphrastique partielle est la forme interrogative à inversion simple de la proposition mise en relief par introducteurs. Voir la page connexe La mise en relief par introducteurs.

Soit la forme énonciative tu veux manger X. La forme énonciative après mise en relief par introducteurs de X est c'est X que tu veux manger. On obtient la forme interrogative périphrastique partielle correspondant à la cible d'interrogation X en faisant subir l'interrogation par inversion simple à la mise en relief : qu'est-ce que tu veux manger ?.

Cette analyse de l'interrogation périphrastique partielle explique la construction du type qu'est-ce que l'amour ?. On obtient qu'est-ce que l'amour en appliquant l'interrogation par inversion simple à c'est X que l'amour. Le verbe être est omis dans la mise en relief par rapport au complément prédicatif, mais c'est un phénomène propre à la mise en relief, plutôt qu'à l'interrogation périphrastique partielle.

L'analyse de l'interrogation périphrastique partielle explique aussi l'emploi de qui lorsque la cible d'interrogation est le sujet et l'emploi de que dans tous les autres cas : qu'est-ce qui t'inquiète ? et qu'est-ce que tu trouve inquiétant ?. Nous allons examiner ce problème en détail.

Interrogation périphrastique - introducteur irréductible

Nous venons de dire que l'interrogation périphrastique partielle est dérivable de la mise en relief par introducteurs. Or nous montrons à la page connexe La mise en relief par introducteurs - rubrique Le mécanisme de base - en conclusion que c'est...que... doit être considéré comme une paire d'introducteurs irréductibles. L'introducteur est-ce que de l'interrogation périphrastique partielle ne saurait être moins irréductible que sa source. Force est donc de constater qu'en fin de compte l'introducteur est-ce que est, lui aussi, un élément regrammaticalisé et irréductible.

Interrogation périphrastique - la forme du verbe être

Normalement, l'introducteur est à l'indicatif présent. La déviation par rapport à l'indicatif présent n'est pas agrammaticale, mais elle est illogique et rare. Qu'est-ce que tu voulais dire ? est préférable à qu'était-ce que tu voulais dire ?.

Nous reprenons la question de la forme du verbe être plus loin sur cette page, comme partie de l'examen de est-ce que pris littéralement.

Interrogation périphrastique - le comportement de la préposition

Si la cible d'interrogation est un syntagme prépositionnel, la préposition ne pénètre pas dans l'introducteur.

sur qui est-ce que tu comptes ?
*qui est-ce sur qui tu comptes ?

de qui est-ce que tu veux acheter les œuvres complètes ?
*qui est-ce dont tu veux acheter les œuvres complètes ?

On observe la même cohésion du syntagme prépositionnel dans la mise en relief par introducteurs : c'est sur Pierre que je compte est préférable à c'est Pierre sur qui je compte dans la langue moderne.

Interrogation périphrastique - qui et que - deux contrastes

Notons la différence entre deux contrastes concernant qui et que.

Qui et que dans qui est-ce et qu'est-ce indiquent le statut biologique : qui représente une personne, que représente une chose.

Qui et que dans est-ce qui et est-ce que correspondent à la position d'où la cible d'interrogation est extraite : qui correspond au sujet et que correspond à tous les autres cas. Donc on a qui est-ce qui viendra ? et qui est-ce que tu vas inviter ?. Nous allons examiner le contraste entre est-ce qui et est-ce que dans le détail un peu plus loin.

Interrogation périphrastique - le succès de la méthode

La méthode périphrastique permet de remédier aux interdits, aux ambigüités et à la complexité de la méthode à inversion de sujet. Elle permet d'éviter le problème du choix de type d'inversion et le problème de conflit territorial entre le sujet postposé et les compléments étroitement liés au verbe. Voir les lacunes de l'interrogation par inversion du sujet à la page connexe Interrogation à inversion - introduction - rubrique Les lacunes de la méthode.

Grevisse : « Ces tours avec est-ce que (interrogation totale et interrogation partielle) sont souvent considérés comme peu élégants et lourds. Ils sont très anciens pourtant et les classiques ne les rebutaient pas. Ils se rencontrent parfois dans la langue littéraire la plus élaborée, mais moins souvent aujourd'hui qu'hier, semble-t-il [...] Il faut reconnaître que est-ce que / est-ce qui est particulièrement fréquent après les pronoms qui et surtout que, assez fréquent après , quand [...] il est plus rare dans la langue soignée après comment et pourquoi. [...] Le succès de est-ce que s'explique par le fait que cet introducteur permet d'indiquer dès le début de la phrase qu'elle est interrogative et par le fait qu'elle sauvegarde l'ordre sujet-verbe ; le français n'a cessé, en effet, depuis ses origines, de réduire le nombre des inversions. »

Interrogation périphrastique - le choix d'introducteur

Introduction

L'introducteur est est-ce qui si l'élément extrait est le sujet. L'introducteur est est-ce que si l'élément extrait est l'objet direct. Cette division du travail découle de la division du travail entre c'est...qui... et c'est...que... lorsque les éléments à mettre en relief sont le sujet et l'objet direct.

Dans tous les autres cas, l'introducteur est est-ce que. Cela découle du fait que c'est...que... sert à mettre en relief tout élément qui n'est ni sujet ni objet direct.

Cible d'interrogation = sujet ordinaire

L'introducteur est est-ce QUI.

qu'est-ce qui te tracasse ?
qui est-ce qui veut faire des heures supplémentaires ?

Cible d'interrogation = sujet existentiel

L'introducteur est est-ce QUE.

qu'est-ce qu'il nous faut ?
quel bouton est-ce qu'il manque ?

Cible d'interrogation = objet direct

L'introducteur est est-ce QUE.

qu'est-ce que tu as vu ?
qui est-ce que tu as vu ?

Cible d'interrogation = complément prédicatif

L'introducteur est est-ce QUE.

qu'est-ce que c'est ?
qu'est-ce qu'il est devenu ?
qu'est-ce que c'est devenu ?

Cible d'interrogation = complément métrologique.

L'introducteur est est-ce QUE.

qu'est-ce que ça vaut ?

Cible d'interrogation = complément prépositionnel

L'introducteur est est-ce QUE.

sur qui/quoi est-ce que nous pouvons compter ?
à qui/quoi est-ce que tu penses ?
pour qui/quoi est-ce que nous voterons ?
avec qui/quoi est-ce que nous mangerons ce salmigondis ?

Cible d'interrogation = adverbe proprement dit

L'introducteur est est-ce QUE.

où est-ce qu'on va ?
quand est-ce que nous partirons ?

Interrogation périphrastique - la place du sujet

Les deux types de sujet

Si le sujet est un pronom conjoint (pronom personnel, on, ce)

Le sujet est placé devant le verbe.

qu'est-ce que tu as vu ?
sur qui est-ce que nous pouvons compter ?
où est-ce qu'on va ?
quand est-ce que nous partirons ?
qu'est-ce qu'il est devenu ?
qu'est-ce que ça vaut ?

Si le sujet n'est pas un pronom conjoint

Le sujet non conjoint peut être placé avant ou après le verbe. Les règles qui président au choix de la place du sujet non conjoint ne relèvent pas de l'interrogation périphrastique partielle elle-même, mais de l'inversion subordinative générique, que nous examinons à la page connexe L'inversion subordinative générique. Le matériel qui suit l'introducteur est-ce que porte les traces de son passé de subordonnée. (On se rappelle que l'inversion du sujet correspond à la structure informationnelle neutre de la subordonnée. L'inversion du sujet est préférable à moins que le verbe ne soit digne de rhématisation.)

qu'est-ce que pense votre père ? =
qu'est-ce que votre père pense ?

de qui est-ce que se méfie Pierre ? =
de qui est-ce que Pierre se méfie ?

quand est-ce que viendra Juliette ? =
quand est-ce que Juliette viendra ?

qu'est-ce que fabrique Pierre ? =
qu'est-ce que Pierre fabrique ?

à quoi est-ce que rêvent les jeunes filles ? =
à quoi est-ce que les jeunes filles rêvent ?

comment est-ce que s'écrit ton nom ? =
comment est-ce que ton nom s'écrit ?

L'ordre [sujet * verbe] s'impose dans certains cas :

Quand le sujet est cela / ça.

qu'est-ce que cela prouve ?
*qu'est-ce que prouve cela ?

Quand le verbe est accompagné d'un complément non prépositionnel (objet direct, complément prédicatif, complément métrologique).

où est-ce que la bonne a pu bien mettre le balai ? (*où est-ce qu'a pu bien mettre le balai la bonne ?)
pourquoi est-ce que Marie est si triste ? (*pourquoi est-ce qu'est si triste Marie ?)

Quand le syntagme verbal a une certaine longueur.

L'ordre [verbe * sujet] s'impose dans certains cas :

Quand le sujet a une certaine longueur.

Avec les verbes légers (être, avoir, faire et quelques autres).

Pour une discussion des aspects statiques de la proposition, voir la page connexe La proposition - fondements - rubrique Les aspects statiques de la proposition.

L'inversion du sujet après est-ce que est une inversion non conjointe. Les deux types de l'inversion conjointe (l'inversion conjointe simple et l'inversion conjointe complexe) sont incompatibles avec l'interrogation périphrastique :

*est-ce que les jeunes professeurs ne sont-ils pas un peu impatients ?
*quand est-ce que vient-il ?

En résumé, l'interrogation périphrastique ne connaît pas l'inversion spécifiquement interrogative. Si le sujet est souvent inversé dans une proposition interrogative périphrastique, c'est pour des raisons qui relèvent de l'inversion subordinative générique. Cette inversion est non conjointe.

Interrogation périphrastique - est-ce que pris littéralement

Est-ce que doit parfois être pris littéralement, c'est-à-dire comme la forme interrogative de c'est que, sans être regrammaticalisé en formule générale d'interrogation. L'interprétation littérale peut être déclenchée par le contexte ou par des indices syntaxiques.

Est-ce que de l'interrogation périphrastique et est-ce que pris littéralement sont homographes, mais pas homophones : celui-ci porte un accent plus fort que celui-là. Comparer est-ce que tu me détestes ? (= me détestes-tu ?) et EST-CE que tu me détestes ? (= est-ce que la raison de ton comportement est que tu me détestes ?).

L'interprétation littérale déclenchée par le contexte

pourquoi m'en parles-tu maintenant ? est-ce que ça a causé un nouveau problème ? est-ce que ça n'a jamais cessé de te tracasser ?

L'interprétation littérale déclenchée par les variantes élargies de est-ce que

Voir plus bas la rubrique Interrogation périphrastique - variantes élargies

L'interprétation littérale déclenchée par le mode du verbe qui suit est-ce que

L'interprétation littérale de est-ce que est obligatoire si le verbe qui suit est-ce que est au subjonctif. Le subjonctif atteste que la séquence introduite par est-ce que est une subordonnée.

est-ce qu'il faille tout repenser ? =
serait-il possible qu'il soit nécessaire de tout repenser ?

si Pierre déteste Paul à ce point-là, est-ce que Paul ait offensé Pierre ?

Interrogation périphrastique - les emplois interdits

La méthode périphrastique est interdite dans les cas suivants de l'interrogation partielle :

que et qui comme compléments prédicatifs

*qu'est-ce qu'est l'amour ?
*qui est-ce qu'est devenu Pierre ?

Quel qualifiant le sujet

*quelles nouvelles promesses est-ce qui vont encore tromper les électeurs ?
*quel autobus est-ce qui a embouti ma voiture ?
*quelle femme est-ce que m'aimerait ?
*quel livre est-ce qui a reçu le Prix Goncourt l'année dernière ?
*quels films est-ce qui ont le plus grand sucès en ce moment ?

Lequel qualifiant le sujet

*laquelle de ces fleurs est-ce qui est la plus belle ?

Combien comme sujet

*combien est-ce qui sont déjà arrivés ?

Le verbe à l'infinitif

*où est-ce qu'aller ?

Dans certaines formules usuelles

*comment est-ce que tu vas ?

Interrogation périphrastique - variantes élargies

La plupart des variantes élargies de est-ce que favorisent l'interprétation littérale de est-ce. On verra que certaines la rendent obligatoire.

Éléments intercalés

Il est possible d'intercaler entre est-ce et que / qui certains éléments qui renforcent la question ou ajoutent à sa vivacité :

donc
alors
déjà
au monde
sur la terre
je vous demande

qui est-ce donc qui a bien pu envoyer cette lettre anonyme ?
à qui était-ce donc que vous vouliez me présenter ?

Répétition de est-ce que

est-ce que ton père, est-ce que ta mère approuverait ta conduite ?

Répétition de que après est-ce

est-ce que ton père approuve et que ta mère désapprouve ta conduite ?

Emploi disjonctif

est-ce que tu trouves l'intrigue tellement passionnante, ou est-ce que tu es tombé amoureux de l'héroïne ?

Une autre forme du verbe être que l'indicatif présent

Une déviation par rapport à l'indicatif présent favorise fortement l'interprétation littérale quand l'interrogation est affirmative et la rend obligatoire quand l'interrogation est négative. La proposition était-ce que tu l'aimais trop ? peut être interprétée comme équivalant à est-ce que tu l'aimais trop, mais était-ce que tu ne l'aimais pas et est-ce que tu ne l'aimais pas n'ont pas le même sens.

Interrogation affirmative

était-ce que tu l'aimais trop ?
serait-ce que tu l'aimes trop ?

Interrogation négative

était-ce que tu ne l'aimais pas ?
serait-ce que tu ne l'aimes pas ?

Interrogation périphrastique - qu'est-ce que causal

Voir l'emploi causal de que et de qu'est-ce que à la page connexe Le pronom interrogatif - qui, que, quoi.

Interrogation périphrastique - qu'est-ce que exclamatif

Voir la page connexe La proposition exclamative.

Interrogation périphrastique - qu'est-ce que...comme...

Pour l'examen du phénomène qu'est-ce que...comme... / qu'est-ce qui...comme..., voir la page connexe Les emplois de comme.

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