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L'interrogation - l'interrogation profonde (487)

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L'interrogation - l'interrogation profonde (487)

SOMMAIRE

L'interrogation profonde portant sur une subordonnée énonciative
Définition
Subordonnées permises et interdites dans l'interrogation profonde
Interrogation à inversion du sujet
La subordonnée objet direct
La subordonnée sujet
La subordonnée libre
La subordonnée relative
La subordonnée sujet d'apposition prédicative
Interrogation périphrastique
Interrogation in situ
L'extraction profonde du sujet
Ambigüité
Chaîne de subordonnées
Interrogation profonde - vue d'ensemble des pronoms

L'interrogation profonde portant sur une subordonnée interrogative
Subordonnée fléchie partielle
Subordonnée fléchie totale
Subordonnée infinitive partielle
Subordonnée infinitive totale

L'interrogation profonde portant sur une subordonnée énonciative

Définition

Par interrogation profonde nous entendons une interrogation partielle dont le pronom interrogatif représente un élément d'une subordonnée. Dit autrement, la cible d'une interrogation profonde est extraite d'une subordonnée. La principale est une proposition interrogative normale. C'est l'extraction de la cible qui est particulière : elle enjambe la frontière de la principale et de la subordonnée. L'interrogation profonde que crois-tu qu'il fera ? est dérivée de la proposition sous-jacente tu crois qu'il fera X. La cible d'interrogation X est extraite de la subordonnée énonciative il fera X et elle est placée en tête de la superordonnée interrogative.

Le sujet de la subordonnée peut être inversé pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'interrogation dans la superordonnée. Dans que veux-tu que fasse Pierre ?, l'inversion de la subordonnée est une inversion subordinative générique. Voir la page connexe L'inversion subordinative générique.

On évitera de confondre l'interrogation profonde et la subordonnée interrogative : ces deux constructions sont liées par un rapport de dualité, La principale de l'interrogation profonde est une proposition interrogative avec un verbe cognitif énonciatif (dire, vouloir) ; la principale d'une subordonnée interrogative est normalement une proposition énonciative avec un verbe interrogatif (se demander). D'ailleurs, on peut combiner l'interrogation profonde ave la subordination interrogative, c'est-à-dire la modalité interrogative avec le verbe interrogatif : (où te demandes-tu s'il veut se rendre ?).

Subordonnées permises et interdites dans l'interrogation profonde

Interrogation à inversion du sujet

La subordonnée objet direct

à combien pensez-vous que s'élèveront les frais ?
à quel sujet Pierre conseille-t-il à Paul de consulter un astrologue ?
à qui dis-tu que tu as donné l'argent ?
combien croyez-vous que vous mettrez de temps pour y aller ?
combien d'argent dis-tu qu'il a demandé ?
combien de temps supposez-vous que durera son absence ?
comment l'inspecteur pense-t-il que le voleur s'est introduit dans la maison ?
de qui désires-tu avoir l'adresse ?
de qui dis-tu que tu es le fils ?
jusqu'où est-tu prêt à descendre ?
où crois-tu que je suis né ?
où dis-tu que Pierre est allé ?
où la concierge craint-elle que le voleur se cache encore ?
où penses-tu qu'on pourrait bien manger dans le coin ?
où prétend-il qu'il a étudié le droit ?
où voulez-vous donc que soit votre mari ? (Mazeline)
qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer ?
quand penses-tu que Pierre épousera Marie ?
quand voulez-vous que je vous livre cette commande ?
que croyez-vous qu'il a répondu ?
que diable voulez-vous que j'aie contre lui ?
que voulez-vous que redoutent les gens comme nous ? (Benoît)
quelle direction faut-il que choisisse la colonne blindée ? (Saint-Exupéry)
qui dis-tu que c'est ?
qui veux-tu que j'aille voir ?

La subordonnée sujet

La cible d'interrogation peut être un complément quelconque d'une subordonnée sujet postposée, mais pas d'une subordonnée sujet en position normale.

Sujet postposé, interrogation profonde grammaticale

à quel endroit serait-il avantageux pour nous que Pierre aille ?
quelle médaille déplairait-il à Marie de perdre ?

Sujet en position normale, interrogation profonde agrammaticale

*à quel endroit que Pierre aille serait-il avantageux pour nous ?
*quelle médaille de perdre déplairait-il à Marie ?

La subordonnée libre

Pierre va au café pour y rencontrer X
*qui Pierre va-t-il au café pour y rencontrer ?

il est conseillé de se faire vacciner avant de visiter le pays X
*quel pays est-il conseillé de se faire vacciner avant de visiter ?

Pierre souhaite que Paul parte sans renvoyer X ?
*qui Pierre souhaite-t-il que Paul parte sans renvoyer ?

*quelle règle sera-t-il puni pour violer ?
*où t'arrêtes-tu souvent au bar avant d'aller ?
*qu'est-ce qu'il se balade en fredonnant ?
*qu'est-ce que tu lui as piqué son portefeuille pendant qu'il regardait ?

La subordonnée relative

*à qui Pierre verra-t-il le film que tu as recommandé ?
*combien connais-tu un scientifique qui a d'idées sur ce sujet ?
*depuis combien de temps es-tu tombé sur un camarade d'école que tu n'avais pas vu ?
*à quel étudiant Marie connaît-elle le prof qui a donné vingt sur vingt ?

La subordonnée sujet d'apposition prédicative

*de qui ont-ils émis l'hypothèse que nous nous inspirerons ?
*quelle carrière caresse-t-elle l'espoir que sa fille entreprendra ?

Interrogation périphrastique

Les règles sont les mêmes qu'avec l'interrogation à inversion de sujet. Les exemples sont facilement convertibles.

Interrogation in situ

L'interrogation in situ appartient à la langue familière et à la langue populaire. La méthode in situ est la plus souple des méthodes. Elle permet les interrogations profondes les plus complexes, car elle n'exige aucune extraction.

tu es tombé sur un camarade d'école que tu n'avais pas vu depuis combien d'années ?

Les locutions figées

pour quoi faire ?
en faisant quoi ?
en quoi faisant ?

sont des applications de la méthode d'interrogation in situ.

L'interrogation profonde in situ d'une proposition complexe est moins rébarbative si la cible d'interrogation est mise en relief. Comparer

vous en êtes aux préparatifs pour aller où ? et
c'est pour aller où que vous en êtes aux préparatifs ?

L'extraction profonde du sujet

La cible sujet présente une particularité. Soit la proposition sous-jacente tu penses que livre X plaira à Pierre. En extrayant le sujet X bêtement, nous obtenons la forme logique, mais agrammaticale *quel livre penses-tu que plaira à Pierre ?. L'extraction profonde du sujet laisse la subordonnée objet direct coincée dans un état sans sujet de surface, ce que la langue a en horreur. Pour doter la subordonnée d'un sujet de surface, il faut remplacer que par qui devant le verbe. La version grammaticale est donc quel livre penses-tu qui plaira à Pierre ?. Le prix du sujet de surface est la perte du nominalisateur. La langue préfère une construction illogique à une construction sans sujet tangible.

Autres exemples

que croit-il donc qui puisse arriver ?
que disiez-vous qui vous est arrivé ? (Romains)
qui donc, de nous deux, crois-tu qui est le plus à plaindre ?
qui veux-tu qui le fasse ?
qui veux-tu qui prenne ta place ?
qui veux-tu qui vienne fouiller chez toi ? (Troyat)
qui voulez-vous qui commande ? (Malraux)

Un problème analogue se présente dans la relativation profonde. Voir la page connexe La relativation par échange de qui et que.

Selon Le Goffic(1993), cette construction est considérée comme normale par certains locuteurs et mal acceptée (considérée comme artificielle ou obsolète) par d'autres, plus nombreux, qui ne l'emploient jamais.

Il y a une astuce qui permet de contourner l'extraction profonde du sujet :

*qui as-tu dit qu'aimait le lièvre ?
à propos de qui as-tu dit qu'il aimait le lièvre ?

Là encore il y a analogie avec la relativation profonde :

*la personne qui tu as dit qu'aimait le lièvre
la personne dont tu as dit qu'il aimait le lièvre

Ambigüité

Dans quand Pierre a-t-il dit que Paul partirait ?, quand peut être interprété soit comme se rapportant au moment de la parole de Pierre (interrogation ordinaire), soit comme se rapportant au moment du départ de Paul (interrogation profonde). L'inversion subordinative générique dans la subordonnée élimine la première interprétation. La proposition quand Pierre a-t-il dit que partirait Paul ? ne peut être interprétée que comme une interrogation profonde. Quand se rapporte au moment du départ de Paul.

à qui as-tu dit qu'il devait parler ?
où prétend-il qu'il a étudié le droit ?
pourquoi veux-tu que j'accepte ?
quand Pierre a-t-il dit que partirait Paul ?

Chaîne de subordonnées

En théorie, l'extraction peut traverser un nombre illimité de frontières de subordonnées régies.

à qui pensez-vous qu'il vaut mieux que je m'adresse ?
en combien de minutes Pierre a-t-il entendu dire que Paul prétend que Marie ne croit pas que Juliette ait réparé son ordinateur ?
qu'est-ce que tu crois qu'il a dit qu'il allait faire ?

Interrogation profonde - vue d'ensemble des pronoms

Cible = personne

Dans l'interrogation profonde humaine, tous les cas sont représentés par qui. L'extraction du sujet constitue un cas particulier.

Sujet

qui crois-tu qui a frappé ?

Objet direct

qui crois-tu qu'on désignera ?

Sujet existentiel

qui crois-tu qu'il faut en plus ?
que crois-tu qu'il va se passer ?

Complément prédicatif

qui crois-tu qu'il est ?

Constituant de complément prépositionnel

chez qui crois-tu qu'il loge ?
de qui crois-tu qu'il a demandé l'avis ?
de qui crois-tu qu'il est digne ?

Cible = chose

Dans l'interrogation profonde non humaine, les pronoms varient en fonction du cas : quoi dans les compléments prépositionnels et que dans tous les autres cas. L'extraction du sujet constitue un cas particulier.

Sujet

?que crois-tu qui a causé cette explosion ?

Objet direct

que crois-tu qu'il choisira ?

Sujet existentiel

que crois-tu qu'il faut en plus ?

Complément prédicatif

que crois-tu qu'il deviendra ?

Complément métrologique

que crois-tu que ça pèse ?

Constituant de complément prépositionnel

sur quoi crois-tu qu'il compte ?
de quoi crois-tu qu'il se méfie ?

L'interrogation profonde portant sur une subordonnée interrogative

En principe, la méthode qui permet de construire une interrogation profonde portant sur une subordonnée énononciative pourrait aisémenent s'étendre à la subordonnée interrogative. Dans le cas interrogatif, tout comme dans le cas énonciatif, un élément extrait de la subordonnée pourrait devenir cible d'interrogation de la principale. Malgré sa simplicité, la méthode est agrammaticale dans le cas de la subordonnée interrogative. Cette agrammaticalité s'explique probablement par le conflit de deux interrogations.

Subordonnée énonciative

Marie pense que Juliette voudrait danser avec garçon X
avec quel garçon Marie pense-t-elle que Juliette voudrait danser ?

Subordonnée interrogative

Marie se demande à qui j'ai présenté garçon X
*quel garçon Marie se demande-t-elle à qui j'ai présenté ?

Subordonnée fléchie partielle

L'entrelacement d'une principale interrogative partielle et d'une subordonnée interrogative fléchie partielle est agrammatical.

*quel garçon Marie se demandait-elle à qui j'avais présenté ?
*quel cadeau tu cherches à qui tu donneras ?
*quel disque Pierre se demande-t-il à qui il donnera ?
*de qui Pierre se demande-t-il par quel moyen Paul s'est débarrassé ?
*à quel enfant te demandes-tu si tu as envoyé un cadeau ?
*quel livre m'as-tu-dit à quel enfant tu as apporté ?
*quel livre vous demandez-vous si les enfant ont lu ?
*à quels enfants m'as-tu précisé quel cadeau tu as offert ?
*à quel problème vous demandez-vous si vous allez vous attaquer ?

Subordonnée fléchie totale

L'entrelacement d'une principale interrogative partielle et d'une subordonnée interrogative fléchie totale est agrammatical.

*quel garçon Marie se demandait-elle si Juliette aime ?
*quel cadeau te demandes-tu si plaira à Marie ?
*de qui Pierre se demande-t-il si Paul s'est débarrassé ?
*où vous demandez-vous s'il part ?

Subordonnée infinitive partielle

L'entrelacement d'une principale interrogative partielle et d'une subordonnée interrogative infinitive partielle est accepté par certains locuteur et rejeté par d'autres.

?à combien de neveux m'as-tu dit quels cadeaux apporter ?
?à quel enfant a-t-on décidé quel cadeau apporter ?
?avec qui ne sait-il pas comment se conduire ?
?combien de livres m'as-tu dit où acheter ?
?combien sais-tu comment résoudre de problèmes ?
?comment ne sait-il pas avec qui se conduire ?
?comment ne sait-il pas quel travail faire ?
?quel cadeau Pierre se demandait-il à qui offrir ?
?quel livre m'as-tu dit où ranger ?
?quel livre ne sais-tu pas où acheter ?
?quel travail ne sait-il pas comment faire ?

Il est bien connu que la cible du délimiteur combien peut se détacher et s'installer à la droite du verbe : combien de livres as-tu acheté aujourd'jui ? combien as-tu acheté de livres aujourd'hui ?. Cette transformation n'est pas possible dans la subordonnée interrogative d'une interrogation :

*combien m'as-tu dit où acheter de livres ?
*à combien m'as-tu dit quels cadeaux apporter de neveux ?

Subordonnée infinitive totale

L'entrelacement d'une principale interrogative partielle et d'une subordonnée interrogative infinitive totale est agrammatical.

*quel pays se demande-t-il si visiter pendant les vacances ?

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