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TITRE
Détachement et thématisation (473)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Le syntagme proposition (445)
La proposition simple (446)

PAGES SŒURS
Détachement et thématisation (473)

SOMMAIRE
Introduction
Définition
Terminologie
Vues erronées sur le détachement
Les fonctions du détachement
Plan
Détachement et thématisation
Détachement et thématisation - introduction
Les types de thématisation
Thématisation par défaut
Thématisation par antéposition sans trace
Thématisation par antéposition avec trace
Thématisation lexicale explicite
Thématisation par rhématisation
Thématisation par passivation
Thématisation par voilà
Thématisation de l'épithète par de
Thématisation appuyée
Thématisation du verbe
Thématisation profonde
Thématisation infinitive lâche
Détachement et négation
Détachement et interrogation
Conflit entre le détachement et la rhématisation
Concurrence entre le détachement et la thématisation
La thématisation du pronom personnel
Rhématisation par simple antéposition
Détachement avant et après le verbe - vue comparative
Les asymétries du détachement
L'emploi de la préposition dans l'élément détaché
La position de l'élément détaché
Le modèle de la proposition à deux temps
La longueur du sujet
L'opposition
Rafraîchissement d'un nom représenté par un pronom
Excipient vocal
Choix lexical difficile
Charge affective
Le problème de la trace disjointe
Possesseur thématisé et possession détachée
L'objet direct occitan
L'emploi automatique de en ou y avec certains verbes
Ressemblance entre la corrélation et le détachement à droite - 1
Ressemblance entre la corrélation et le détachement à droite - 2
Détachement à gauche - exemples
Détachement à droite - exemples
L'élément détaché - les cas
Cas sujet
Cas objet direct
Cas objet indirect
Cas prédicatif
Cas sujet existentiel
Cas aprépositionnels divers
Cas prépositionnels
Possesseur
L'élément détaché - les catégories grammaticales
Nom
Pronom personnel
Pronom démonstratif nominal
Adverbe, syntagme prépositionnel
Adjectif
Détachement du verbe
Subordonnée complémentale énonciative fléchie
Subordonnée complémentale énonciative infinitive
Subordonnée interrogative
Subordonnée relative
La trace
Trace = pronom conjoint
Trace = pronom disjoint
Trace = pronom possessif
Trace = pronom prépositionnel en
Trace = en - introduction
Noyau = article
Noyau = délimiteur
Noyau = numéral cardinal
Noyau = possession
Noyau = recteur (verbe, adjectif, nom)
Trace = pronom prépositionnel y
Trace = y - introduction
Prépositions directionnelles
Prépositions positionnelles
Préposition à non locative
Adverbe de lieu proprement dit
Trace = pronoms prépositionnels autres que en et y
Trace = on
Trace = pronom démonstratif ce ou ça
Trace démonstrative - introduction
Détachement du complément prédicatif
Détachement du sujet
Détachement de l'objet direct
Détachement d'autres compléments
Trace = pronoms démonstratifs divers
Trace = nom péjoratif
Trace - phénomènes divers
La quasi-trace
Trace nulle
Trace en écho
Trace sylleptique
Trace à accord relâché
Traces multiples
Le détachement multiple
Les deux types majeurs
La proposition à deux phases
La répartition des détachements
La synchronisation des éléments détachés et des traces
L'emploi de la préposition dans le détachement multiple
Les catégories grammaticales
Les types de trace
Exemples - type A
Exemples - type B
Le détachement profond
Le détachement profond - introduction
La subordonnée complémentale énonciative
La subordonnée complémentale interrogative
La subordonnée adverbiale
La subordonnée relative
Le détachement profond - remarques

Introduction

§ Définition

Comparons les trois propositions que voici :

Paul a lu la lettre de Marie

la lettre de Marie, Paul l'a lue

Paul l'a lue, la lettre de Marie

Les trois propositions rapportent le même fait.

La première proposition est, sans aucun doute, la plus simple. Elle est neutre en quelque sorte. Elle est la base de la deuxième et de la troisième proposition.

On obtient la deuxième proposition à partir de la première au moyen d'une opération qui consiste à extraposer un certain complément (la lettre de Marie) à gauche et à marquer la place originelle de ce complément par un pronom (l').

De même, on obtient la troisième proposition à partir de la première au moyen d'une opération qui consiste à extraposer un certain complément (la lettre de Marie) à droite et à marquer la place originelle de ce complément par un pronom (l').

Chacun des deux types d'extraposition est accompagné d'un contour prosodique. Dans l'extraposition à gauche, l'élément extraposé a un ton montant et il est suivi d'une légère pause. Dans l'extraposition à droite, l'élément extraposé a un ton baissant et il est précédé d'une légère pause.

À titre récapitulatif, voici la formule de Grevisse : « Un terme est mis en évidence au début ou à la fin de la phrase, et un pronom personnel ou démonstratif occupe la place normale de ce terme. »

§ Terminologie

Le phénomène que nous venons de décrire est appelé « détachement » ou « dislocation » ou « segmentation » ou encore « disjonction ». Nous employons uniquement le terme « détachement ». L'anglicisme « dislocation » est très répandu.

En revanche, certaines grammaires assignent un sens très large au terme « détachement », y englobant, entre autres, les phénomènes que nous appelons la réduction et la quasi-prédication. Le seul sens assigné au terme « détachement » dans ce travail est celui qui fait l'objet de cette page.

Le détachement à gauche s'appelle aussi détachement avant le verbe. Le détachement à droite s'appelle aussi détachement après le verbe.

Nous appelons « trace » le pronom qui marque la place initiale de l'élément détaché. (Dans certains modèles linguistiques, « trace » signifie un objet virtuel introduit au cours d'une transformation. Ce que nous appelons la trace de l'élément détaché est bien réel.)

§ Vues erronées sur le détachement

Jusqu'à la grande expansion des recherches linguistiques de la seconde moitié du siècle dernier, le détachement était un phénomène souvent mal compris. Cet état de choses du passé se résume à deux positions, pas forcément indépendantes.

Le détachement était qualifié de phénomène extrasyntaxique et marginal, considéré comme relevant de la rhétorique ou de la stylistique. Certaines grammaires allaient jusqu'à simplement passer le détachement sous silence.

Cette vue appelle une remarque sur la centralité du détachement. Loin d'être extrasyntaxique ou marginal, le détachement est tentaculaire et omniprésent. On n'a qu'à penser aux domaines importants qui sont tributaires du détachement : la thématisation, la mise en relief, l'inversion propositionnelle, l'interrogation, certains emplois du pronom prépositionnel en. Le détachement est incontournable comme méthode de thématisation dans certains cas (thématisation non adverbiale, thématisation des pronoms personnels).

Le détachement était considéré comme non conforme aux normes du bon usage.

Cette deuxième vue appelle une remarque d'ordre sociolinguistique. Il est vrai que certains types de détachement sont plus fréquents dans la langue parlée que dans la langue écrite. On peut ajouter que la complexité des règles du détachement entraîne parfois des emplois peu soignés. Il n'en reste pas moins vrai que le détachement, pris dans sa totalité, est un mécanisme central dans tous les registres de la langue. Tout compte fait, le statut sociolinguistique du détachement n'est guère différent de celui de n'importe quel domaine syntaxique tant soit peu complexe.

§ Les fonctions du détachement

Le détachement a une fonction informationnelle (la thématisation) et plusieurs fonctions pragmatiques ou psychologiques.

Nous examinons la fonction informationnelle sous la rubrique Détachement et thématisation.

Nous examinons les fonctions pragmatiques et psychologiques sous la rubrique Détachement avant et après le verbe - vue comparative.

§ Plan

Les grands axes de l'étude du détachement sont

-la relation entre détachement et thématisation

-l'opposition gauche / droite

-l'élément détaché - les cas

-l'élément détaché - les catégories grammaticales

-la trace

-le détachement multiple

-le détachement profond

Détachement et thématisation

§ Détachement et thématisation - introduction

Le détachement et la thématisation entretiennent une relation de chevauchement : la thématisation est l'une des fonctions du détachement et, inversement, le détachement est l'un des moyens de thématisation. N'est pas thématisé tout ce qui est détaché et n'est pas détaché tout ce qui est thématisé. Toutefois, détachement et thématisation se recouvrent dans une large mesure et il est pratiquement impossible de les étudier indépendamment l'un de l'autre.

Pour une introduction à la structure informationnelle de la proposition (c'est-à-dire aux questions de thème et de rhème) on se reportera à la page connexe La proposition - fondements - rubrique La grammaticalisation de la proposition.

On verra toute à l'heure l'importance de l'antéposition dans la thématisation et dans le détachement, mais ce serait une erreur que de penser, pour autant, que l'antéposition soit toujours une méthode de thématisation ou de détachement. Dans, le hasard, voilà la clé de l'évolution, le hasard est rhématisé. Dans longtemps, je me suis couché de bonne heure (Proust), longtemps ne sert ni à thématiser ni à rhématiser.

§ Les types de thématisation

Thématisation par défaut

Dans la proposition le chien aboie, le thème est le chien et le rhème est aboie. Lorsque ni le thème ni le rhème ne sont marqués explicitement et que le sujet est situé en tête de proposition, le thème et le rhème se reconnaisent à leur fonction grammaticale proprement dite : par défaut, le sujet est thème et le prédicat est rhème. C'est la structure informationnelle la plus simple. Monsieur Jourdain s'exprime en thèmes et rhèmes à son insu.

Thématisation par antéposition sans trace

$ Thématisation adverbiale par antéposition sans trace

La thématisation adverbiale par antéposition sans trace consiste à antéposer, avec une pause, un adverbe sémantiquement thématisable. Par exemple, étant donné la proposition Pierre viendra à dîner avec Marie ce soir, ce soir est thématisable, mais avec Marie ne l'est pas. En première approximation, les adverbes thématisables appartiennent à certains groupes circonstanciels. L'adverbe thématisé peut être un adverbe élémentaire, une expression prépositionnelle, un participe présent, une subordonnée, etc. C'est une méthode de thématisation omniprésente.

Les principales circonstances thématisables sont

le lieu
le temps
la cause
la condition
le but
la concession
le rôle
le point de vue

Il va sans dire qu'il y a d'innombrables types d'adverbe thématisables qui ne se laissent pas étiqueter comme appartenant à l'une des circonstances classiques.

Exemples en vrac :

en France
à la campagne
chez nous
dans l'introduction
là-bas
demain
l'année dernière
la nuit
au dix-septième siècle
quand il eut fini d'écrire
après avoir longuement réfléchi
pour de nombreuses raisons
si on avait l'argent nécessaire
malgré sa réticence
en tant que président du conseil
pour toute récompense
moralement
statistiquement
en plus de cela
sans regarder ni à gauche ni à droite
à vrai dire

Une expression prépositionnelle donnée peut être tantôt thématisable, tantôt non thématisable, suivant son sens. Selon vos instructions a deux lectures : conformément à la méthode que vous avez prescrite et comme vous m'en avez donné l'ordre. Dans selon vos instructions, j'ai exécuté ce travail, seule la deuxième lecture est possible. Dans j'ai exécuté ce travail selon vos instructions, selon vos instructions joue le rôle de rhème, donc il ne saurait être question de le thématiser.

L'antéposition d'un adverbe ne produit pas nécessairement l'effet de thématisation. Il y a d'autres types d'antéposition. Par exemple, dans longtemps, je me suis couché de bonne heure (Proust), l'adverbe longtemps est un adverbe de cadrage selon notre terminologie. Dans le hasard, voilà la clé de l'évolution, le hasard est rhématisé.

Le choix entre antéposition sans trace et antéposition avec trace dépend de la force de rection du verbe. La force de rection réclame la trace.

Antéposition sans trace préférable

à Brest, il pleut souvent
dans ce parc, les enfants de tous les âges trouvent de quoi s'amuser

Antéposition avec trace préférable

à Brest, Pierre s'y rend souvent
dans ce parc, les gosses y vont souvent

Trace facultative

à moi, vous pouver (me) parler en toute franchise
à vous, je peux (vous) confier ce secret
à elle, cela (lui) paraissait naturel et simple

$ Thématisation du possesseur par antéposition sans trace

Certains types de possesseur (par exemple, le possesseur proprement dit) peuvent être thématisés par simple antéposition, sans la trace en. Cette construction convient surtout aux contextes abstraits.

de cette brouille, je n'ai jamais su les motifs exacts
de ce destin européen, les femmes furent les premières bénéficiaires

$ Thématisation d'un complément régi par antéposition sans trace

à ce pacte tacite, c'est moi qui ai manqué
à cet argument, on ne peut pas contredire
de cela, au moins, je suis sûr
de cet auteur, nous ne savons rien
de démocratie, il ne reste que le nom
de repos, il n'était pas question

Dans ces exemples, l'expression prépositionnelle est antéposée sans trace en dépit de la force de rection que le verbe exerce sur elle. Cette construction convient surtout aux contextes abstraits.

$ Thématisation de l'objet direct par antéposition sans trace

La thématisation de l'objet direct par simple antéposition est une construction de la langue parlée relâchée.

ça, il faut que je sache
ça, je ne peux pas
ça, je ne veux pas
ce type-là, connais pas
ces gens-là, je connais
du caviar à ce prix-là, j'achète tout de suite
Hitler, connais pas
l'armée, je connais
la grammaire j'ai pas du tout apprécié
la pagaille, j'aime pas
la pièce, j'ai aimé
la théorie, j'ai pas compris
le bon yaourt, il aime
le candidat du patron ils ont refusé
le chocolat elle a dit qu'elle adorait (extraction profonde)
le chocolat j'adore
Lénine, après tout, je n'aime pas tellement (C. Mauriac)
lui écrire une lettre, il n'osait pas
ma chemise, jaurais donné pour pouvoir aller à la colonie de nudistes
Mozart, j'adore
Pierre, j'aime beaucoup
ton offre tu sais que tout le monde apprécie (extraction profonde)
travailler seule, je ne supporte pas
Tristan et Iseut, il connaît par cœur

On notera que le participe passé ne s'accorde pas avec l'objet direct détaché avant le verbe :

la grammaire j'ai pas du tout apprécié
la pièce, j'ai aimé
la théorie, j'ai pas compris

$ Thématisation du complément prédicatif par antéposition sans trace

La thématisation du complément prédicatif par simple antéposition est une construction de la langue parlée relâchée.

sérieux, Pierre n'est pas

$ Thématisation nominale par antéposition sans trace

La thématisation nominale par simple antéposition est une construction de la langue parlée relâchée. Elle consiste à antéposer, sans préposition, un nom qui serait précédé d'une préposition dans sa position originelle. La préposition n'est pas nécessairement restituable. Il ne s'agit pas d'un vrai détachement, puisque le nom antéposé ne laisse pas de trace pronominale.

ce film, ils auraient dû mettre plus de sang
ce genre de feu, vaut mieux appeler les pompiers
ce métier, on se déplace tous les jours
l'Espagne, les hôtels sont chers
la Suisse, on a rarement ce genre de problème
la voiture, ce matin, je n'ai pas eu de problème
le cinéma alors on se décide ?
le métro, avec la carte orange on va n'importe où
ma mère, le salon, c'est de la moquette
moi, en général, c'est comme ça que ça se passe
son job précédent, elle s'est jamais plaint
son travail, elle est tranquille

Thématisation par antéposition avec trace

$ Thématisation non adverbiale par antéposition avec trace

On vient de voir que la thématisation adverbiale par antéposition sans trace est la méthode de thématisation la plus simple et la plus fréquente (sans compter la thématisation par défault). Dans la proposition en France, la philosophie et les bandes dessinées sont prises très au sérieux, l'adverbe en France est thématisé par antéposition sans trace. Simple et fréquente, cette méthode est pourtant sérieusement limitée : elle ne s'applique qu'à un seul type de complément, à savoir à l'adverbe. Les propositions

la lettre de Marie, Pierre a lue
sérieux, Pierre n'est pas

sont relâchées. C'est la trace, c'est-a-dire le détachement, qui fournit la bonne solution dans les deux cas :

la lettre de Marie, Pierre l'a lue
sérieux, Pierre ne l'est pas

La thématisation par détachement est moins fréquente que la thématisation adverbiale par antéposition sans trace, mais elle est incontournable dans certains cas.

$ Thématisation adverbiale par antéposition avec trace

Dans ces exemples, le verbe n'exerce aucune force de rection sur l'adverbe antéposé, donc la trace est inutile. Cette construction est critiquée, mais acceptable.

dans les Vosges, on y trouve des fermes-auberges
aux Alpes, on peut y pratiquer le ski tout l'année
là-bas, il y faisait moins chaud

La trace pronominale est utile lorsque l'antéposition éloigne considérablement l'adverbe de sa position originelle :

dans les discours les plus indifférents des hommes politiques, les amis ou les ennemis de ces hommes croient toujours y voir reluire un rayon de leur pensée (A. Dumas)

Thématisation lexicale explicite

Il y a une famille de prépositions et de locutions prépositives qui sont thématisables parce que thématisantes. Leur circonstance même est la thématisation. Ceci dit, on peut considérer la thématisation lexicale explicite comme un cas particulier de la thématisation adverbiale par antéposition.

Les membres de cette famille de prépositions et de locutions prépositives sont

pour
quant à
concernant
en ce qui concerne
pour ce qui est de
pour ce qui regarde
pour ce qui touche

À l'exception de pour, les membres de cette famille ont un comportement simple et bien connu, sur lequel nous n'allons pas nous appesantir. En revanche, pour mérite un examen plus soigneux.

Pour l'examen général de pour, voir la page connexe Les emplois de pour.

$ Thématisation par pour - préposition banale avec nom

pour Pierre, on ne sait pas encore s'il vient
pour le dîner, je m'en occupe
pour le théâtre, on peut y aller

$ Thématisation par pour - préposition banale avec infinitif

il ne voulait rien savoir pour divorcer
pour sortir pendant la semaine, il ne fallait pas y penser
il ne veut rien entendre pour acheter une voiture
pour s'empêcher d'y penser, après l'avoir vue, c'est quasiment impossible (Chevallier)

$ Thématisation par pour - nom - avec répétition

pour d'la belle ouvrage v'là de la belle ouvrage (Courteline)
pour un sale coup, c'est un sale coup
pour de l'audace, c'est de l'audace
pour un physique avantageux, vous avez un physique avantageux (Colette)

$ Thématisation par pour - nom - avec un trace pronominale

pour un orateur, c'en est un (pour un orateur, c'est un orateur)
pour une vedette, c'en est une (pour une vedette, c'est une vedette)

$ Thématisation par pour - infinitif - avec répétition

Voir aussi la rubrique Thématisation du verbe.

pour aller, ça va
pour avouer, il a avoué tout ce qu'on a voulu lui faire avouer (Farrère)
pour bouffer, il bouffe
pour crier, il crie
pour être écrit, c'est écrit
pour être en retard, ils sont en retard
pour être furieux, je suis furieux
pour être retors, il est retors
pour être sauvage, tu es sauvage
pour tomber mal, ça tombe mal
pour véler, elle vélera, mais on ne peut pas savoir au juste quand elle vélera (Huysmans)

$ Thématisation par pour - infinitif - avec une trace pronominale

pour être intelligent, ça elle l'est
pour être retors, il l'est
pour être sérieux, il l'est
pour être furieux, je le suis
pour être sauvage, tu l'es
pour être en retard, ils le sont

$ Thématisation par pour - adjectif - avec répétition

pour en retard, ils sont en retard
pour furieux, je suis furieux
pour intelligente, ça elle l'est
pour retors, il est retors
pour sauvage, tu es sauvage
pour sérieux, il est sérieux

$ Thématisation par pour - adjectif - avec une trace pronominale

pour en retard, ils le sont
pour furieux, je le suis
pour intelligente, ça elle l'est
pour retors, il l'est
pour sauvage, tu l'es
pour sérieux, il l'est

$ Thématisation par pour - adjectif - sans répétition ni trace

pour étourdie, j'en dois convenir ici, [...] pour savante, c'est une autre affaire (Musset)

$ Thématisation par pour - nom * pour * nom

belle-mère pour belle-mère, j'aime autant cella-là qu'une autre
colère pour colère j'aurais du lui dire que je l'aimais (Stendhal)
j'aime encore mieux, fatigue pour fatigue, puisque je vous ai attendue jusqu'à cette heure, que vous veniez tout de suite (Proust)
j'ignorais que servitude pour servitude, il vaut encore mieux être asservi par son cœur que l'esclave de ses sens (Radiguet)
professeur pour professeur, ils aiment mieux celui qui les fait travailler que ce bavard outrecuidant
songe pour songe, pourquoi ne pas choisir les plus aimables ? (France)
tapage pour tapage, vaut mieux que les femme gueulent la nuit que le jour (Chevallier)

Ces thèmes peuvent être paraphrasés comme tant qu'à subir un professeur, tant qu'à se mettre en colère.

$ Thématisation par pour - infinitif * pour * infinitif

crever pour crever, nous préférons crever à ne rien faire (Zola)
mourir pour mourir, j'aimerais mieux que ce fût à l'endroit où j'étais qu'à deux lieues plus loin (Diderot)
mourir pour mourir, je préfère que ce soit ici
mourir pour mourir, mieux valait ne pas laisser aux enfants une lourde note (Mauriac)
mourir pour mourir, ne vaut-il pas mieux mourir agréablement ? (Gervais)
tué pour tué, je préfère que ce soit en France

Dans le dernier exemple, tué représente être tué.

Thématisation par rhématisation

Toute rhématisation est aussi une thématisation : la partie de l'énoncé qui n'est pas rhématisée constitue le thème. La proposition c'est le chien du voisin qui aboie est paraphrasable comme quant à la source de l'aboiement, c'est le chien du voisin, donc qui aboie est le thème. De même, dans ont été reçus Pierre, Paul, Marie et Juliette, les noms des candidats reçus constituent le rhème, donc ont été reçus constitue le thème.

Thématisation par passivation

La passivation inverse les rôles de thème et de rhème. Dans la proposition Pierre accuse Paul, le sujet Pierre est thème, le prédicat accuse Paul est rhème. Dans la proposition Paul est accusé par Pierre, le sujet Paul est thème, le prédicat est accusé par Pierre est rhème.

Thématisation par voilà

ceux à qui nous ne pensons plus, voilà les vrais cadavres =
quant aux vrais cadavres, ce sont ceux à qui noun ne pensons plus

le hasard, voilà la clé de l'évolution =
quant à la clé de l'évolution, c'est le hasard

Thématisation de l'épithète par de

Dans la proposition elle a trois chapeaux de rouges, l'épithète (rouges) est thématisée et le nom (trois chapeaux) est rhématisé. Voir la page connexe La mise en relief par de dans le groupe nominal.

Thématisation appuyée

les vrais coupables, eux, buvaient des apéritifs au bistrot

Voir la page connexe Les trois poids nominaux et les pronoms personnels disjoints élargis - rubrique La thématisation appuyée. On se gardera de confondre la thématisation appuyée avec la rhématisation.

Dans l'exemple suivant, l'élément appuyé est l'objet direct.

les jeunes, eux, ça les dégoûte de travailler

Thématisation du verbe

$ Sans préposition

Tout ce qu'on peut dire est que la subordonnée infinitive est un thème. Aucun lien formel ou lexical ne révèle le rapport précis entre principale et subordonnée.

aller au bagne en France ou mourir de faim en Amérique, il aimait mieux le bagne ici (Bourdet)
descendre, me mêler à tous ces garçons, non, j'aimais mieux dîner par cœur (Green)
écrire, vous savez bien que je n'écris pas (Zola)
et puis aimer, justement, comment aiment-elles ? (Rolland)
et puis voyager, pensez donc, on n'avait pas d'argent (Arland)
or, pour un prêtre, gagner des âmes à Dieu, tout est là (Richepin)
promener Andrée dans les réunions, plutôt mourir (Montherlant)
réfléchir, j'avais fini (Rochefort)
s'balader quand on cherche, on ne trouve pas (Carco)
se marier à des fins sociales, non (Montherlant)
vivre à Paris, mais y être prisonnière dans ce stupide bureau, avoir tout ce qu'elle aimait à portée de main, mais n'en pouvoir jouir, mieux valait encore sa province (Montherlant)
vouloir, certes il le voulait

$ Avec pour

Voir aussi la rubrique Thématisation lexicale explicite.

pour bouffer, il bouffe
pour crier, il crie
pour aller, ça va
pour être furieux, je suis furieux
pour être retors, il est retors
pour être sauvage, tu es sauvage
pour être en retard, ils sont en retard
pour avouer, il a avoué tout ce qu'on a voulu lui faire avouer (Farrère)
pour tomber mal, ça tombe mal

On thématise le verbe en le dédoublant. On place, en tête de phrase, une « subordonnée de thématisation » qui comprend

£ la préposition pour facultative,
£ la copie du verbe à l'infinitif et
£ parfois la copie d'un complément essentiel du verbe.

La thématisation du verbe est un dédoublement, mais elle n'est pas un détachement, puisque la forme originale du verbe reste en place sans être remplacée par une trace pronominale. Cependant, le détachement du verbe, que nous examinons sous la rubrique Détachement du verbe, est une variante de la thématisation du verbe et un vrai détachement. Là, la trace pronominale est le pro-verbe.

Thématisation profonde

Dans la proposition

lundi prochain, n'oubliez pas que nous avons une réunion

le thème lundi prochain est extrait de la subordonnée nous avons une réunion. Donc cette proposition est un exemple de la thématisation profonde. Lundi prochain est le jour de la réunion en question et non pas le jour où il convient de penser à une certaine réunion annoncée sans date précise.

La thématisation profonde est du détachement profond en plus simple. Pour l'étude détaillée du détachement profond, on se reportera à la rubrique Le détachement profond. Nous n'entrerons pas dans les détails de la thématisation profonde.

Thématisation infinitive lâche

Voir la page connexe Les subordonnées adverbiales inclassables - rubrique Les subordonnées infinitives de thématisation.

§ Détachement et négation

Comparons les deux propositions

Pierre n'a pas encore rencontré tous ces garçons

et

Pierre ne les a pas encore rencontrés, tous ces garçons

Elles peuvent être paraphrasées comme

Pierre n'a pas encore rencontré chacun des garçons

et

Pierre n'a encore rencontré aucun des garçons

La clé de ce phénomène est la portée de la négation. Dans la première proposition, la négation porte sur la totalité de l'assertion. Dans la seconde, la négation porte sur le seul élément détaché. L'élément détaché tous ces garçons est interprété comme un groupe, un tout indivisible, surtout dans la langue familière, où tous ces a une coloration affective.

§ Détachement et interrogation

En appliquant la méthode d'interrogation par simple inversion à Pierre est déjà arrivé, nous obtenons *est Pierre déjà arrivé ?. Pour obtenir la bonne solution, il faut détacher le sujet avant d'inverser sa trace :

Pierre est déjà arrivé

Pierre, il est déjà arrivé

Pierre est-il déjà arrivé ?

Dans le cas de l'interrogation partielle, le rôle du détachement n'est pas aussi simple que dans le cas de l'interrogation totale. Le seul détachement donnerait Pierre, quand est-il arrivé ?, mais la forme correcte de l'interrogation est quand Pierre est-il arrivé.

§ Conflit entre le détachement et la rhématisation

La cible du détachement thématisant ne peut pas être extraite d'une position rhématisée. Donc, dans sa position initiale, l'élément détaché ne peut être

ni un élément mis en relief
ni un élément qualifié par ne ... que ...
ni une cible d'interrogation
ni une cible de négation
ni un sujet existentiel.

*un ami commun, il m'a donné de vos nouvelles
qu'est-ce que tu as acheté ? - *ce livre, je l'ai acheté
*je ne l'ai pas vu Paul, mais Pierre
*c'est à ce jeu que les femmes s'y prêtent
*les femmes ne s'y prêtent qu'à ce jeu
*ce n'est pas parce que d'argent il en manquait qu'il a vendu sa voiture

Il y a cependant des formules spécifiques de mise en relief qui permettent le détachement du rhème.

brasser des affaires, c'est ce qu'il ambitionne
de le voir fraterniser avec ses ennemis de la veille, c'est peut-être ce qui me touchait le plus (Dorgelès)
savoir où ils sont embusqués et endormir leur vigilance, tout est là pour les contrebandiers (A. Daudet)

Dans c'est-ce qui, c' est sujet, rhème et trace. Semblablement, dans tout est là (où tout veut dire l'essentiel et veut dire cela), est sujet, rhème et trace.

Nous examinons c'est ce qui en plus de détail à la page connexe La mise en relief par inversion - rubrique Deixis et mise en relief.

§ Concurrence entre le détachement et la thématisation

Les verbes à forte rection n'admettent que le détachement. Les verbes à faible rection peuvent voir leur complément antéposé avec ou sans trace. La force de rection n'est pas le seul facteur à régler la concurrence entre détachement et thémtisation. La trace s'omet plus facilement si le cas de l'élément détaché est signalé par une préposition.

à moi, il me semble que
*à moi il semble que
à elle, ça lui plaira
?à elle, ça plaira
ça lui plaira, à elle
*ça plaira, à elle
à lui, je lui ai tout raconté
à lui, j'ai tout raconté
à moi, il m'écrit souvent
à moi, il écrit souvent
moi, il m'écrit souvent
*moi, il écrit souvent

§ La thématisation du pronom personnel

Voir aussi la page connexe Les trois poids nominaux et les pronoms personnels disjoints élargis.

La forme conjointe du pronom personnel ne peut pas être thématisée.

Les règles gouvernant la thématisation du pronom personnel font référence au cas (sujet, objet direct, objet indirect) et à la personne.

Dans certains cas, la thématisation se fait au moyen du pronom disjoint et de l'accent thématisant ; dans d'autres cas, on a recours au détachement.

$ Sujet

£ Troisième personne

À la troisième personne la forme disjointe sert à la fois de thème et de sujet : lui ne viendra pas, eux ne sont pas pressés. Le détachement (lui, il ne viendra pas) est permis, mais redondant.

£ Première et deuxième personnes

À la première et à la deuxième personne, le détachement est obligatoire : moi, je veux partir, *moi veux partir

$ Objet direct et objet indirect

Le détachement est obligatoire : moi, il va me visiter, moi, il va me téléphoner.

Rhématisation par simple antéposition

C'est le détachement et la thématisation que nous nous sommes proposé d'étudier sur cette page. Or, la rhématisation par simple antéposition ne relève ni de l'un ni de l'autre de ces deux sujets. C'est la ressemblance formelle, plutôt que fonctionnelle, entre rhématisation par simple antéposition et thématisation qui nous a décidé à ranger la rhématisation par simple antéposition sur cette page. Si la rhématisation par simple antéposition mérite une place ici, c'est en raison de ce qu'elle n'est pas, plutôt que de ce qu'elle est.

La rhématisation par simple antéposition est une construction de la langue parlée relâchée.

§ Objet direct

des clopinettes il m'a donné
horreur je lui faisais
huit ans je devais avoir
une bicyclette mon papa va m'acheter
une bouteille on lui a jeté sur la tête

§ Complément prédicatif

à moitié anglaise elle était
extrême gauche elle était
un bidule lunaire ça s'appelait

§ Sujet existentiel

des oranges il me faut

§ Compléments divers

à une sorcière tu ressembles
quarante-cinq minutes on peut attendre le bus sur cette ligne
trois heures il avait de retard, ce train
onze heures elle est restée chez eux

Détachement avant et après le verbe - vue comparative

§ Les asymétries du détachement

Dans l'introduction de cette page nous avons donné une définition simplifiée du détachement qui laisse penser que les deux types majeurs du détachement sont parfaitement symétriques. Dans ce qui suit, nous nous fixons la tâche de redresser cette simplification, en examinant les nombreuses asymétries que présentent le détachement à gauche et le détachement à droite. Cet examen révèlera la nature foncièrement asymétrique du détachement.

§ L'emploi de la préposition dans l'élément détaché

C'est la règle concernant l'emploi de la préposition du complément détaché qui constitue l'asymétrie la plus importante du détachement. Normalement, la préposition est omise avant le verbe et retenue après le verbe.

Les solutions majoritaires

mon père, je lui parle très peu
je lui parle très peu, à mon père

Les solutions minoritaires

à mon père, je lui parle très peu
je lui parle très peu, mon père

L'usage s'écarte souvent de cette norme théorique. L'écart de la norme est plus sensible avant le verbe qu'après le verbe. Dans le détachement avant le verbe, l'omission des prépositions aisément restituables est plus fréquente que l'omission des prépositions difficiles à deviner. En particulier, l'omission des prépositions positionnelles est plus fréquente que l'omission des prépositions directionnelles.

§ Le modèle de la proposition à deux temps

Le détachement multiple à gauche permet de présenter le sommaire des actants du discours avant même d'arrêter un plan morphosyntaxique. La proposition se scinde en deux phases : une phase lexicale et une phase morphosyntaxique.

moi, le livre, ta sœur, je le lui donne

Dans cet exemple, moi, le livre, ta sœur est le sommaire des actants et je le lui représente la charpente morphosyntaxique.

Le détachement à gauche du seul sujet (mon père, il parle peu) ne présente aucun avantage : son emploi fréquent pourrait s'expliquer par la généralisation du modèle de la proposition à deux temps. Ce modèle, facultatif en français, est obligatoire dans de nombreuses langues du monde sans liens de parenté.

§ La position de l'élément détaché

Dans la proposition énonciative - avant le verbe

L'élément détaché avant le verbe a une position fixe, à savoir en tête de proposition ou après un autre élément détaché ou thématisé.

Dans la proposition énonciative - après le verbe

$ L'élément détaché après le verbe flottent librement :

elle a offert, Marie, ce livre à Pierre pour son anniversaire
elle a offert ce livre, Marie, à Pierre pour son anniversaire
elle a offert ce livre à Pierre, Marie, pour son anniversaire
elle a offert ce livre à Pierre pour son anniversaire, Marie

$ Le flottement libre de l'élément détaché après le verbe est limité par une règle importante, cependant : l'élément détaché sélecte comme trace le pronom conjoint ou démonstratif le plus proche à sa gauche.

Dans la proposition interrogative

Dans la proposition interrogative, la position de l'élément détaché est plus restreinte. L'élément détaché ne peut pas s'intercaler entre la cible d'interrogation et le verbe :

*à qui, le prix Nobel, vont-ils le donner ?
le prix Nobel, à qui vont-ils le donner ?

*ils vont le donner, le prix Nobel, à qui ?
ils vont le donner à qui, le prix Nobel ?

§ La longueur du sujet

Det1tachement à gauche

Dans le détachement à gauche, la trace permet de marquer la fin d'un sujet long et de reprendre haleine avant le groupe verbal.

tous ces phénomènes que nous avons mentionnés plus haut comme étant essentiellement du ressort de la physique, ils intéressent pourtant la chimie de quelque côté
ce prix de revient que nous avons diminué de moitié environ, il reste de beaucoup trop élevé
la question que tu me poses, elle est présente à mon esprit depuis longtemps
mais un homme établi, un fonctionnaire que le jeu a ruiné, qui est accablé de dettes criardes, menacé de saisie et sous le coup de plaintes au parquet, il ne peut pas disparaître (France)

Det1tachement à droite

On peut postposer un sujet long pour appliquer le principe des masses croissantes. Voir la page connexe La proposition - fondements - rubrique Le principe des masses croissantes.

il semble loin, le temps où

On obtiendrait le même effet en ne postposant que la subordonnée relative du sujet : le temps semble loin où.

§ L'opposition

Le détachement à gauche renforce l'opposition de deux propositions.

j'ai goûté à l'alcool, mais à la drogue, je n'y ai jamais touché
j'ai parlé à ma mère, mais à mon père, je n'ai jamais voulu lui parler

§ Rafraîchissement d'un nom représenté par un pronom

Le détachement à droite permet de renouer avec un élément déjà nommé dans le contexte antérieur, mais réduit à la représentation pronominale tout au long d'une proposition complexe.

je l'ai vue pour la dernière fois quand j'ai sorti ma voiture du garage, ta lampe de poche

§ Excipient vocal

Un élément redondant détaché à droite sert parfois d'excipient vocal, permettant au locuteur de dissimuler son hésitation et d'organiser la suite du discours.

§ Choix lexical difficile

Le détachement à droite permet de différer un choix lexical difficile.

§ Charge affective

Le détachement à droite véhicule parfois une charge affective positive ou négative (admiration, pitié, ironie, peur, nostalgie, etc.).

elle est belle, la Loire
il en faisait, des hypothèses (Queneau)
tu lui ressembles tellement, à ta pauvre mère
vous en parlez tout le temps, de cette fameuse civilisation (Duhamel)
Pierre l'a lue, cette fameuse lettre de Marie
il est loin, le temps où les fautes d'orthographe et les coquilles étaient inconnues dans les grands quotidiens
il n'est pas donné à tout le monde, le don de faire pousser une orchidée sur un tas de fumier
qu'est-ce qu'ils voulaient, tous ces gens-là ?

§ Le problème de la trace disjointe

On verra que la trace n'est pas toujours un pronom conjoint. Si le pronom personnel n'a pas de forme conjointe correspondant à la préposition régie par le verbe, c'est le pronom personnel disjoint précédé de la préposition régie par le verbe qui assume le rôle de trace. Le seul problème est que la trace disjointe est incompatible avec le détachement à droite.

Pierre, je parle souvent avec lui
??je parle souvent avec lui, Pierre
*je parle souvent avec lui, avec Pierre

Paul, tout le monde se méfie de lui
??tout le monde se méfie de lui, Paul
*tout le monde se méfie de lui, de Paul

§ Possesseur thématisé et possession détachée

les femmes, leurs larmes, je leur fais pas confiance

Dans cette construction, le possesseur (les femmes) subit la thématisation nominale par simple antéposition. Voir la rubrique Thématisation par antéposition sans trace. Le possesseur n'est pas détaché, puisqu'il n'a aucune trace pronominale. En revanche, la possession (leurs larmes) est détachée à gauche : sa trace pronominale est leur dans l'exemple.

Cette construction présente la particularité d'être facile à interpréter à la gauche du verbe et d'échouer sous toutes ses formes à la droite du verbe.

??je leur fais pas confiance, les femmes, leurs larmes
??les femmes, je leur fais pas confiance, leurs larmes

§ L'objet direct occitan

L'objet direct occitan ne s'emploie que dans le détachement à droite. Voir la page connexe Les emplois de à - emplois spécialisés - rubrique Objet direct occitan.

§ L'emploi automatique de en ou y avec certains verbes

L'emploi de en et de y est pratiquement obligatoire avec certains verbes. L'emploi automatique de ces pronoms produit l'apparence d'un détachement à droite.

j'en ai assez de ces gens-là
je n'y comprends rien à ce problème
je m'en fous de ton problème
Pierre s'en balance, de ce truc là
Pierre s'en tape, de cette histoire

§ Ressemblance entre la corrélation et le détachement à droite - 1

Certains pronoms personnels élargis et certains syntagmes numéraux peuvent être corrélés avec le sujet. Ils entretiennent avec le sujet une relation de coréférence qui rappelle celle entre l'élément détaché à droite et la trace. Ce n'est qu'une ressemblance fortuite. La corrélation n'est pas un détachement.

on est devenu copains tous les deux
ils étaient assis par terre eux aussi
il ne sait pas lui-même si c'est possible

§ Ressemblance entre la corrélation et le détachement à droite - 2

Voir l'examen de la caractérisation défavorable à la page connexe La corrélation - rubrique La caractérisation défavorable pseudo-détachée.

§ Détachement à gauche - exemples

à Paris, j'y vais souvent
à mon père, j'y pense plus que tu ne le crois
cette histoire, on la connaît
de permission, il n'en eut point
la guerre de quatorze, elle a été terrible
là-bas, j'y vais souvent
le patron, il sera content
le nouvel ordinateur, il est beaucoup plus puissant que l'ancien
les élèves, ils seront ce que nous les ferons
les femmes, je leur fais pas confiance
les gens, ils sont fous
leur vieille querelle, je n'en veux pas
lui, je m'y fie pas
Marie, je pense toujours à elle
mon frère, il est encore en vacances
mon papa, il est cheminot
mon père, j'y pense plus que tu ne le crois
Paris, j'y vais souvent

§ Détachement à droite - exemples

à quoi les distinguer, ces chevaliers des temps modernes ? (Courchay)
bientôt on n'en parlera plus, de cette crise
ça me fait de la peine, ce que vous me dites
ça te fait pas mal, toi ?
cette promesse, il la tiendra
comment le trouves-tu, mon chapeau ?
elle est belle, la Loire
elle l'est, de bonne humeur
elle s'éveille en ce moment, la forêt (A. Daudet)
est-ce que tu y as compris quelque chose, toi ?
il avait beaucoup changé, Camus (Sartre)
il était un peu faux jeton sur les bords, votre jules (Céline)
il en avait peur, de sa maîtresse
il est arrivé, le beaujolais nouveau
il le méritait, ce repos
il les compare, ses sentiments, à des étais (Gide)
il s'en souviendra toute sa vie, de cette horrible scène
ils approchaient de la rive, les contrebandiers (Loti)
ils faisaient la queue, les clients
ils sont fous, ces Parisiens
j'en suis le complice, de ton crime
j'y suis allé, à la réunion
j'y vais souvent, à Paris
j'y vais souvent, là-bas
je la vois encore, cette chambre, avec son papier vert à ramages (France)
je lui ai parlé, Pierre
je lui ai parlé, à Pierre
je ne l'ai pas encore vu aujourd'hui, Pierre
je ne sais pas, moi
les femmes s'y prêtent, à ce jeu
on t'a déjà fait, toi, des piqûres ?
qu'est-ce qu'il m'a charcutée, ce dentiste
qu'est-ce qu'ils voulaient, tous ces gens-là ?
que va-t-on en faire, de cet homme ?
t'en veux, de la soupe ?
tu l'a lu, son dernier ?
tu l'as perdu, ton honneur

L'élément détaché - les cas

§ Cas sujet

Marie, elle pense que les difficultés vont s'aplanir
il a peur d'un rien, Pierre
ses parents, eux, ne veulent pas en entendre parler

Pour les traces démonstratives (ce / ça), voir la rubrique Trace = pronom démonstratif ce ou ça.

§ Cas objet direct

ces paroles, elle les prononçait d'un ton tranquille
cette promesse, il l'a tenue
cette route, personne ne la prend
j'adore ça, le théâtre
je les trouve sublime, ces montagnes
je ne le savais pas, que c'était défendu
je trouve ça écœurant, le dénigrement systématique
l'épicier, lui, tout le monde le connaissait
l'objet véritable de son ambition, tu le connais
les livres, le père les trouvait dans les trains de banlieue (Duras)
lui, je ne l'ai jamais rencontré
on venait de partout la voir, la jument verte (Aymé)
qui se fait brebis, le loup le mange
ta sœur, je connais le garçon qui l'aime
toi, je ne veux plus te voir
tous ces malheureux, je les sens mes égaux
tout ce que je sais de ma vie, il me semble que je l'ai appris dans les livres (Sartre)
tu vas l'écouter, ta conscience, dans les petits matins qui se préparent (Giraudoux)
vous ne semblez pas bien le connaître, ce garçon

§ Cas objet indirect

à Pierre, je vais lui donner un livre
ainsi nous leur devons tout, à ces ancêtres (France)
c'est un film qui, à lui, lui n'aurait pas plu
eh bien, à ce suffrage universel là, soumettez-lui la guerre et la paix (Hugo)
il faut que tu lui pardonnes, à elle aussi
il nous mime comment il lui cause au capitaine (Céline)
j'avais peu à peu perdu la mauvaise habitude de leur promettre la santé, à mes malades (Céline)
je puis bien vous l'avouer, à vous, qui ne l'ignorez pas
le talent, ce n'est pas ce qui lui manque, à elle
moi il ne me fait pas peur
moi, on ne me donne jamais rien
moi, personne ne vient m'aider
on m'a dit le contraire, à moi
Pierre lui arrivait au menton, à Paul
Pierre, je connais le flic qui lui a retiré son permis
Pierre, on ne lui connaît pas d'ennemis
qu'est-ce que je leur fais comme pub, à Citroën (Courchay)
qu'est-ce qui lui prend, à ta femme ?
ta mère, tu devrais lui porter un cadeau

§ Cas prédicatif

Pronom personnel conjoint

comédien, il le restera toujours
courageux, il le sont incontestablement
doué il l'a toujours été
drôles, tous les enfants le sont (Morand)
élégantes, certes, elles l'étaient
elle l'est assurément, ravissante
elle l'est, de bonne humeur
fidèle à ses amis, il l'est plus qu'à ses convictions politiques
fidèle, il l'est plus à ses amis qu'à ses convictions politiques
heureuse, elle ne l'a jamais été
leur bête noire, voilà ce que j'étais (Duhamel)
libre,je ne le suis à peu près jamais (Proust)
malin, il l'est
président, il ne le sera jamais
triste, il a toutes les raison de l'être

Pronom démonstratif

La trace du complément prédicatif est ce lorsque le complément prédicatif est thématisé et le sujet est rhématisé : l'État, c'est moi.

Voir la rubrique Trace = pronom démonstratif ce ou ça.

Voir la rubrique Trace = pronoms démonstratifs divers.

§ Cas sujet existentiel

de blanchisseuse, un dimanche, il ne fallait pas penser qu'il en vînt (Proust)
des gendarmes, il n'en était jamais venu (Courchay)
il en faut, du temps
il y en a, du pain
il s'en trouve, des gens qui
des choses comme ça, il en arrive tous les jours
des pommes de terre, il ne m'en reste plus de nouvelles

§ Cas aprépositionnels divers

le détour, le restaurant le vaut bien

§ Cas prépositionnels

cette équipe, les amateurs ont souvent souffert à cause d'elle
la secrétaire, le patron n'a pas été correct avec elle
mon père, je pense souvent à lui
Pierre, j'ai confiance en lui
Pierre, tout le monde se méfie de lui
Pierre, tout le monde va voter pour lui

Pour les compléments prépositionnels qui laissent une trace conjointe (en ou y), voir la rubrique La trace.

Le détachement à droite d'un complément prépositionnel est peu acceptable. Voir la rubrique Le problème de la trace disjointe.

§ Possesseur

sa fille est belle, à Madame Dupont
moi, le mien, a tué un éléphant
lui, j'ai toujours été sans rivale dans son cœur (Colette)

Le datif possessif est obligatoire après le verbe. La préposition est omise avant le verbe.

L'élément détaché - les catégories grammaticales

§ Nom

Voir la rubrique L'élément détaché - les cas, Dans presque tous les exemples qu'on y trouvera, l'élément détaché est un nom.

§ Pronom personnel

Pronom personnel disjoint

à moi, ça m'est égal
à toi, ça t'est déjà arrivé ?
ça te fait mal, toi ?
eux rien ne peut les étonner
eux, il n'insistaient pas
je ne sais pas, moi
lui, il est timide
moi, ça m'est égal
moi, je l'écoute jamais
moi, je pense que
moi, on m'a dit le contraire
moi, on ne me demande jamais rien
moi, personne ne vient m'aider
nous, nous vivons en pleine zone rurale
on m'a dit que ça vaut le coup, moi
vous. vous n'avez rien à craindre

Pronom personnel disjoint élargi

elle aussi, elle doit le faire
elle-même, elle tremblait
ils étaient assis par terre, eux aussi
moi, dont il déchire la réputation, je ne lui ai jamais rendu que de bons offices
nous, les cultivateurs, on est avant tout les domestiques des bêtes (Brieux)
vous aussi, ce voyage vous a épuisée
vous autres, vous êtes jeunes
vous trois, tout le monde vous envie

§ Pronom démonstratif nominal

c'est quoi, ça
ça, c'est important
ça, c'est vrai
ça, ça va être terrible
ça, ce n'est pas un homme
ça, j'aime ça
ça, j'en réponds
ça, j'y pense tout le temps
ça, j'y tiens
ça, je l'aime
ça, n'y comptez pas
ça, nous n'y pouvons rien
ça, personne n'en sait rien

il m'énerve, celui-là

Le premier ou le dernier mot de ces exemples est un pronom déictique détaché, représentant un objet ou une personne de la réalité, mais sans antécédent dans la proposition, Chacun des exemples inclut aussi un autre pronom démonstratif (ce ou ça) ou un pronom personnel conjoint : ce sont des traces. Dans ça, ça va être terrible, le premier ça est l'élément détaché et le deuxième ça est sa trace. Les pronoms démonstratifs ce et ça employés comme traces font l'objet de la rubrique Trace = pronom démonstratif ce ou ça.

§ Adverbe, syntagme prépositionnel

dans les Vosges, on y trouve des fermes-auberges
j'y suis resté longtemps, là-bas
là, il y faisait moins chaud
là-dedans, savez-vous ce qu'il y fait ?

Si l'élément détaché à gauche est un adverbe thématisable ou une expression prépositionnelle thématisable, la trace y est redondante. Voir la rubrique Thématisation par antéposition avec trace.

§ Adjectif

Voir les exemples sous la rubrique Cas prédicatif.

§ Détachement du verbe

Voir l'examen détaillé du pro-verbe faire à la page connexe Le pro-verbe.

écrire une lettre à ses parents, Pierre le fait tous les jours
elle le fera toute sa vie, danser
travailler, je l'ai fait toute ma vie

§ Subordonnée complémentale énonciative fléchie

Voir l'étude générale de la subordonnée énonciative sujet à la page connexe La subordonnée sujet. Pour la comparaison de l'inversion propositionnelle et du détachement, voir la page connexe La subordonnée sujet - les sujets postiches - rubrique Inversion propositionnelle et détachement.

il y tient à ce que son fils prépare Normale Sup
je ne le savais pas, que c'était défendu
qu'on puisse convaincre Pierre, Paul en est certain
qu'une chose pareille puisse arriver de nos jours, je ne l'imaginais pas
que Pierre en soit ravi, je ne le crois pas
que l'on nous prive de tel avantage économique ou de telle zone contestée, nous en avons l'habitude
que la chose soit difficile, j'en conviens
que mes désirs charnels s'adressassent à d'autres objets, je ne m'en inquiétais donc guère (Gide)

§ Subordonnée complémentale énonciative infinitive

aller de l'avant, être toujours davantage, et prendre la tête, quel que soit votre chemin, je pense que c'est là le principal devoir de l'homme (J.-R. Bloch)
apprendre que Céline pratiquait la sodomie et parfois la délation, comme le révèlent aujourd'hui certaines lettres intimes, franchement on s'en passerait (Poirot-Delpech)
boire ou conduire, il faut choisir
boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes (Beaumarchais)
c'était donc cela, mourir (Zola)
cela était si délicieux, de se dire qu'on allait ravoir du pain blanc et se coucher dans des lits (Zola)
copier le roi de France : tel était l'unique souci de ces princes allemands (Benoit)
d'avoir été élevé par une très pieuse et très douce femme, on pense bien qu'il lui en resta quelque chose (Lemaître)
dormir ! jamais il n'en avait senti le besoin comme à la fin de cette longue journée (A. Daudet)
éluder un phénomène, lui refuser le payement d'attention auquel il a droit, l'éconduire, le mettre à la porte, lui tourner le dos en riant, c'est faire banqueroute à la vérité (Hugo)
être assis dans un wagon qui ne bouge pas, je trouve ça insupportable (Adamov)
être heureux, tout le monde en rêve
elle a toujours rêvé cela, être la femme d'un poète (A. Daudet)
exprimer mes sensations, je ne le saurais
faire carrière aux États-Unis, je n'y crois pas
j'adore ça, faire de longues promenades
jeter l'Angleterre à genoux en l'atteignant par les Indes, jamais Napoléon n'a perdu de vue cet objectif
jouer cette sonate en public, l'occasion ne lui en avait jamais été donnée jusqu'ici
l'égalité, c'est de pouvoir dire merde à tout le monde (Dorgelès)
la savoir à un autre, brusquement il en ressentit une souffrance de toute la chair et de toute l'âme (France)
lui faire des risettes, je n'en serais pas capable
mais jouer si gros jeu sur une seule chance, elle ne pouvait pas s'y résigner (Carco)
manger sa fortune avec les femmes, je sais tout de même bien ce que cela veut dire (Vildrac)
on ne sait jamais où ça mène, de parler
passer inaperçu ! seuls le pourraient espérer des fantômes entièrement transparents (Romains)
peindre par un temps pareil, inutile d'y songer (Dorgelès)
prévenir son père, il n'en était pas question
remonter à l'origine de cette méthode, telle est l'objet de l'introduction
remplir son devoir, il l'a toujours fait
s'en aller, il ne le voulut à aucun prix
se faire teindre les cheveux en vert, quelle horreur
si tu savais ce que ça veut dire, souffrir
tourner et retourner des chiffres, je ne faisais que cela (Chabrier)
vous êtes comme un couteau dans mon cœur : l'y laisser, ça me fait mal, mais l'arracher, je me viderais de ma vie (Montherlant)

§ Subordonnée interrogative

avec quelle impatience il attendait la cérémonie du lendemain, je n'ai pas besoin de vous le dire (A. Daudet)
c'est facile à discerner où qu'elles vont leurs préférences (Céline)
ce que j'ai souffert, vous ne le comprendrez jamais
ce que je peux apporter à Octave, je le sais mieux que personne (Aymé)
comment il a fait, je vous le demande
d'où ils viennent, je ne m'en suis occupé qu'en passant
que je m'enfuie ou que je me tue, ça n'arrange rien (Sartre)
qui a tué Trotsky, moi je n'en sais rien

§ Subordonnée relative

ce qu'ils disaient, on pouvait le prendre de plusieurs côtés (Courchay)
celui qui a fait cela, il est quelqu'un (Duhamel)
celui qui me gênera, j'aurai sa peau
celui qui se marie tard, comme voilà toi, il a des chances d'aller longtemps (Aymé)
il est riche, celui qui sait chercher les bonnes choses où elles sont (Duhamel)
ils se trompent, ceux qui ne veulent pas en tenir compte
qui descend jusque là, il touche le roc (Alain)
qui se fait brebis, le loup le mange
tout ce que je sais de ma vie, il me semble que je l'ai appris dans les livres (Sartre)

La trace

§ Trace = pronom conjoint

Le pronom conjoint est le type de trace dominant.

à ceux qui ignorent, enseignez-leur le plus de choses que vous pourrez (Hugo)
ces matinées ténébreuses de l'hiver, il les haïssait (Mauriac)
je lui ai donné un air tout neuf, à mon manteau
la crise, on la fait payer aux salariés
malin, il l'est
moi, mon whiskey, je le bois sec
mon mari, il est malade
on leur coupera le cou, aux aristocrates
Pierre et moi, on se querelle souvent
Pierre l'a lue, la lettre de Marie
où sont-ils, les marins sombrés dans les nuits sombres ? (Hugo)
sa belle-mère, Pierre ne lui parle plus

Nous examinons les pronoms prépositionnels conjoints en et y plus bas.

§ Trace = pronom disjoint

Le pronom disjoint s'impose s'il n'y a pas de pronom conjoint qui corresponde à la préposition de l'élément détaché.

cette équipe, les amateurs ont souvent souffert à cause d'elle
cette femme, je n'ai pas confiance en elle
la secrétaire, le patron n'a pas été correct avec elle
mon père, je pense souvent à lui
Pierre, je parle souvent de lui avec Paul
Pierre, tout le monde se méfie de lui
Pierre, tout le monde va voter pour lui

La question du statut biologique de l'élément détaché complique cette règle. On sait que les pronoms prépositionnels conjoints en et y se rapportent normalement à des antécédents inanimés. Dans le cas du détachement, le comportement de en et y se bifurque. Avec un élément détaché humain, la série à lui est préférable à y, mais la série de lui cède le pas à en. Par exemple, mon père, je pense souvent à lui est préférable à mon père, j'y pense souvent, mais Pierre, tout le monde s'en méfie est préférable à Pierre, tout le monde se méfie de lui.

Autres exemples avec en

qu'est-ce que vous en dites, du nouveau directeur ?
il faut s'en protéger, de ce mouchard
je m'en souviens, de Marie

§ Trace = pronom possessif

le nouvel ordinateur, je ne comprends pas son fonctionnement
moi, mes parents son très ouverts
moi, mon âme est fêlée (Baudelaire)
moi, mon fils, sa femme, elle est malade
moi, mon frère, sa voiture, il ne veut plus m'la prêter depuis que j'ai eu mon accident
moi, mon papa est le plus fort en informatique
Pierre, je n'aime pas sa façon de parler
Pierre, nous parlons souvent de sa réussite
Pierre, on connaît ses habitudes
Pierre, ses chaussettes ont disparu
Pierre, son vélo, on le lui a volé
toute cette jeunesse qui nous suit maintenant, à quoi donc attribuez-vous sa foi ? (Maurras)

Avant le verbe, la préposition est toujours omise. Après le verbe, l'emploi de à possessif est obligatoire : je connais son addresse, à Marie.

Pour la construction du type j'ai vu sa casquette neuve à ce garçon, voir l'examen du datif possessif à la page connexe Les emplois de à - le datif possessif - rubrique Renforcement du pronom possessif bref.

§ Trace = pronom prépositionnel en

Trace = en - introduction

Le détachement est l'un des domaines d'application du pronom prépositionnel en. La majeure partie de ce qu'il faut savoir sur l'emploi de en dans le détachement découle de l'étude générale de en.

Pour éviter les redites, nous allons nous borner aux phénomènes propres au détachement. Par exemple, nous n'allons pas reparler ici de la différence entre quantification et sous-ensemble (beaucoup de et beaucoup des) ou des règles concernant le cas du noyau de délimiteur (j'en ai invité beaucoup, mais peu ont accepté). Ce sont des sujets très importants dans l'étude de en.

Le pronom prépositionnel en et le détachement sont tous deux des domaines vastes. Même pris isolément, il est presque impossible de dresser leur carte exhaustivement. Il ne saurait être question de dégager a priori tous leurs points de contact.

Pour l'étude générale de en, voir la page connexe En - les types du noyau. La similitude entre l'organisation de l'étude générale de en et l'organisation de la rubrique consacrée à la trace en n'est pas fortuite.

L'étude de la trace en se divise en cinq rubriques mineures :

noyau=article
noyau=délimiteur
noyau=numéral cardinal
noyau=possession
noyau=recteur (verbe, adjectif, nom)

Noyau = article

$ Articles - introduction

Le choix entre de et des selon le côté du détachement est une question propre à l'étude de la trace en. On verra de nombreux exemples de ce phénomène. On n'oubliera pas cependant que la question de la réduction à de des articles indéfinis et partitifs en présence de la négation explicite ou implicite est une question sans relation avec le détachement. Pour l'étude de la neutralisation des articles, voir la page connexe La réduction à de. Les deux choix entre de et des (celui en fonction de la place de l'élément détaché et celui en fonction de la polarité de la proposition) relèvent de deux domaines indépendants.

Comparons d'abord les deux propositions

elle en a, des clichés qui sont réussis

et

elle n'en a pas, de clichés qui soient réussis

Les deux propositions sont essentiellement identiques à la polarité près. L'emploi de de dans la version négative n'est pas un phénomène propre au détachement

Pour continuer, comparons également les deux propositions

des clichés réussis, elle en a plusieurs

et

elle en a plusieurs, de clichés réussis

Cette fois, le choix entre de et des relève de l'étude de la trace en.

Pour mieux concentrer notre attention sur la trace en, nous allons laisser de côté la question de la neutralisation des articles sous négation explicite ou implicite. Les exemples porteront uniquement sur les questions propres au détachement.

$ Article indéfini singulier, nom sans épithète

ça va en être une, de scène (Courteline)
c'en est un, d'imbécile
elle en connaît certainement un, de comédien
en voilà un, de poète
il en a gagné une, de manche
il y en avait une, de marmelade
j'en ai écrit une, de lettre
j'en ai un, d'enfant
j'en ai une, d'idée
j'en reconnus pourtant un, d'ancien collègue, dès que j'eus fait quelques pas dans la grande dalle
j'en voudrais bien un, de chat
que j'en trouve encore une, de montre
tu en as une, de roue, qui n'est pas crevée ?
tu n'en a pas une, de main ?
de souvenir, j'en ai surtout un que je vais te dire

La méthode principale du détachement d'un nom singulier indéfini sans épithète est celle illustrée ci-dessus. Normalement, la version détachée de la proposition j'ai écrit une lettre est j'en ai écrit une, de lettre. Une autre version détachée, plus rare et critiquée, est ?j'en ai écrit, une lettre. Toutes autres tentatives de détachement échouent :

*j'ai écrit, une lettre
*une lettre, j'ai écrit
*une lettre, j'en ai écrit
*de lettre, j'en ai écrit
*de lettre, j'en ai écrit une

La préposition de et la trace en lui correspondant ne viennent de nulle part. Évidemment, on ne dit pas *une de lettre. L'article indéfini singulier se comporte comme le délimiteur plusieurs : on dit j'en ai écrit plusieurs, mais pas *j'ai écrit plusieurs de lettres.

Exemples de la méthode secondaire :

ils en font, un tapage
ils en ont fait, une tête
elle en a, un succès
elle en a eu, une audace
j'en ai écrit, une lettre

$ Article indéfini singulier, nom avec une épithète

Si le nom est accompagné d'une épithète, celle-ci ne se détache pas ;

*j'en ai acheté une, de voiture rouge
j'en ai acheté une rouge, de voiture

*j'en ai vu un, de très joli chapeau
j'en ai vu un très joli, de chapeau

*vous en avez une, de charmante maison
vous en avez une charmante, de maison

*en voilà une, de belle histoire
en voilà une belle, d'histoire

j'en connais un fameux, moi, de pensionnat (A. Daudet)
tu en es une fière, d'andouille (Jarry)

Ajoutons cependant que les deux propositions j'ai acheté une voiture rouge et j'en ai acheté une rouge, de voiture n'ont pas la même structure informationnelle. Dans la première, la structure informationnelle n'est pas marquée, donc une voiture rouge fait partie du rhème par défaut. Dans la seconde, voiture est thématisé et rouge est rhématisé.

$ Article indéfini pluriel, nom sans épithète

£ Détachement à gauche

des bonbons, Pierre en a donné à chaque enfant du groupe
des Bouddha, on en voit par dizaines de milliers en Thaïlande
des choses comme ça, il en arrive tous les jours
des fruits, on en cueillera à revendre
des preuves de ce genre, on en trouve toujours
des papiers, on en a trouvé en masse

£ Détachement à droite

en voilà des façons
en voilà des bêtises
il en émet, des hypothèses
il en est passé, des trains
il en gagne, des sous
il en porte, des cravates bigarrées
j'en connais, des avocats
le monde en a, des principes (Anouilh)
tout le monde en fait, des bêtises
tu en sais, des choses
j'en ai supposé, des choses
on en a trouvé en masse, des papiers

$ Article indéfini pluriel, nom avec une épithète

Lorsque l'élément à détacher comprend une épithète, deux méthodes sont possibles : la méthode sans pronominalisation partielle de l'épithète et la méthode avec pronominalisation partielle de l'épithète.

£ La méthode sans pronominalisation partielle de l'épithète

L'épithète ne suit pas le nom et garde sa place dans le groupe verbal. Détaché à gauche, le nom se construit avec des ; détaché à droite, le nom se construit avec de.

elle en achète de beaux, de fruits
nous en avons d'autres, de cartes postales
il en porte de jaunes, de cravates

des fruits, elle en achète de beaux
des cartes postales, nous en avons d'autres
des cravates, il en porte de jaunes

£ Les méthodes avec pronominalisation partielle de l'épithète

Pour l'examen détaillé de la pronominalisation partielle, voir la page connexe Le groupe nominal - la pronominalisation partielle.

il en porte, de bigarrées
il en porte, des bigarrées
il porte des bigarrées

$ Article partitif, nom sans épithète

je n'en ai jamais eu pour toi, de l'amour
elle en gagne, de l'argent
il en faut, du temps
il y en a, du pain
on en boit tous les jours, du vin

de l'amour, je n'en ai jamais eu pour toi
de l'argent, elle en gagne
du pain, il y en a
du sombre, du lamentable, j'en ai vu dans mon existence
du vin, on en boit tous les jours

$ Article partitif, nom avec une épithète

j'en ai bu de bon, de vin
du cidre, il n'y en a pas de bon a Paris (Richepin)
du vin, j'en ai bu de bon

$ Article prélévatif

Pour l'examen de l'article prélévatif, se reporter à la page connexe L'article prélévatif.

elle, personne n'en a voulu
personne n'en a voulu, d'elle

le gâteau de Marie, je n'en ai pas mangé
je n'en ai pas mangé, du gâteau de Marie

$ Article défini et définiteurs

On vient de voir que le nom singulier indéfini et qualifié par une épithète peut subir une méthode de détachement partiel qui thématise le nom et rhématise l'épithète :

j'ai acheté une voiture rouge
j'en ai acheté une rouge, de voiture

Curieusement, cette méthode de détachement partiel, avec la structure informationnelle qu'elle entraîne, s'étend à l'article défini, à la différence près que la trace en disparaît : vends-moi la rouge, de voiture. La présence d'une trace étant un critère définitoire du détachement, il est difficile de dénommer et de ranger cette construction énigmatique.

c'est le mien, de bouquin
elle a envie d'acheter celui-là, de bouquin
et comme un homme qui joint les siennes, de mains, les deux chemins se réunissent (Aragon)
il les a eues toutes, de maladies
il me reste celle-là, de montre
j'en reconnus pourtant un, d'ancien collègue, dès que j'eus fait quelques pas dans la grande salle
j'étais le seul, de garçon (Léautaud)
je la préfère tardive, la mienne de mort (Céline)
la mienne, d'influence
la nôtre est faite, d'opinion (A. Daudet)
la sienne ne marche pas, de montre
la vôtre, de manière
le tien, de mari
lequel. de chapeau
passe-moi le rouge, de crayon
quant au vôtre, de traducteur, il n'est pas très reluisant
tu peux prendre la mienne, de voiture

On notera que l'épithète non détachée de chaque exemple subit la pronominalisation partielle, que nous étudions à la page connexe Le groupe nominal - la pronominalisation partielle.

ce bouquin-là celui-là
toutes les maladies toutes
cette montre-là celle-là
le seul garçon le seul
notre opinion la nôtre
sa montre la sienne
le crayon rouge le rouge
votre traducteur le vôtre
ma voiture la mienne
quel chapeau lequel

Dans chacun des exemples le nom escamoté par la pronominalisation partielle est réintroduit, détaché à droite : passe-moi le crayon rouge passe-moi le rouge passe-moi le rouge, de crayon On pourrait donc appeler cette construction la « dépronominalisation partielle ».

Noyau = délimiteur

$ Délimiteurs - introduction

Pour l'étude générale des délimiteurs, voir la page connexe Le groupe nominal - compléments - les délimiteurs.

$ Détachement après le verbe

Comparons les deux transformations de détachement après le verbe :

il a beaucoup de chats il en a beaucoup, de chats

et

il a plusieurs chats il en a plusieurs, de chats

Le délimiteur beaucoup se construit avec de. Donc, dans la première transformation, les mots en et de de la transformée ont un de réel comme antécédent dans la forme initiale.

Le délimiteur plusieurs se construit sans de. Donc, dans la seconde transformation, les mots en et de de la transformée ont un de virtuel pour antécédent dans la forme initiale.

Bref, après le verbe, la cible du délimiteur se construit avec de, que le délimiteur soit du type beaucoup ou du type plusieurs. Plus exactement, ce que nous venons de dire est la norme. La cible de délimiteur détachée à droite se construit parfois avec des dans la langue familière. On verra tout à l'heure que la cible de délimiteur détachée à gauche se construit toujours avec des.

il en a gagné plusieurs, de manches
il en a plusieurs, de chats
il en a quelques-unes, d'idées
il en a trouvé plusieurs qui l'intéressent, de voitures
il y en a beaucoup, à Deauville, de magasins chics
il y en a beaucoup, des gens comme ça
j'en ai acheté deux kilos, de celles-ci
j'en ai assez, de ces gens
j'en ai assez, de me débattre dans une vie dont le sens m'échappe
j'en ai beaucoup, de pommes
j'en ai déjà tellement quitté, de gens (Jouhandeau)
j'en ai deux kilos, de pommes
j'en ai écrit une dizaine, de lettres
j'en ai lu beaucoup, de romans de Balzac
j'en ai lu trois, de romans de Balzac
j'en ai lu une dizaine, de romans de Balzac
j'en ai une ribambelle, d'enfants
j'en voudrais un demi-litre, de celui-ci
je n'en fais pas plus que les autres, d'erreurs

j'en ai entendu siffler tout un stade, de supporters
j'en ai vu se lever tout une salle, de spectateurs en colère

La cible de délimiteur détachée à droite se construit parfois avec des dans la langue familière.

j'en ai beaucoup, des ouvriers
j'en ai tant pris des somnifères que ça n'agit plus (Beauvoir)

$ Détachement avant le verbe

Lorsque la cible du délimiteur est détachée avant le verbe, elle se construit avec des, que le délimiteur lui-même se construise avec ou sans de.

des chats, il en a plusieurs
des crayons, j'en ai plusieurs
des fruits, j'en mange peu
des idées, il en a quelques-unes
des magasins chics, il y en a beaucoup à Deauville
des manches, il en a gagné plusieurs
des voitures, il en a trouvé plusieurs qui l'intéressent

$ Détachement dans la position de sujet normal

Dans les deux rubriques qui précèdent, consacrées au noyau délimiteur et au détachement avant ou après le verbe, tous les exemples concernaient le délimiteur objet direct ou le délimiteur sujet existentiel inversé. Aucun ne concernait le délimiteur sujet normal. (Dans tous les domaines où le sujet normal et l'objet direct ont des comportements très différents, le sujet existentiel inversé se range du côté de l'objet direct.)

Se pose donc la question du détachement dans la position de sujet normal. La réponse va être alambiquée. À première vue, le détachement n'est pas possible dans la position de sujet normal, pour la simple raison que en n'est pas admis dans la position de sujet normal : *J'ai invité beaucoup d'amis. Peu en sont venus. est agrammatical. La solution correcte est J'ai invité beaucoup d'amis. Peu sont venus. La solution correcte ne consiste pas simplement à omettre en, mais à remplacer le délimiteur ou le sélecteur par sa forme à pronominalisation partielle. Voir la page connexe Le groupe nominal - la pronominalisation partielle. L'emploi de en et la pronominalisation partielle sont donc complémentaires : en en position d'objet direct, pronominalisation partielle en position de sujet normal. On peut donc dire que le délimiteur ou sélecteur à pronominalisation partielle concèle un en virtuel. Si nous admettons cette hypothèse, nous pouvons réintroduire le détachement en position de sujet. Il existe et en voilà des exemples.

aucun, de roman de Balzac, n'est intéressant
cinq, de romans de Balzac, sont intéressants
l'un de ceux-là, de roman de Balzac, est intéressant
lequel est intéressant, de roman de Balzac ?
quelques-uns, de romans de Balzac, sont intéressants
*chacun, de romans de Balzac, est intéressant

Chacun est récalcitrant. Les autres délimiteurs et sélecteurs montrent leur forme nominalisée. Le choix de de, plutôt que de des, avec le « possesseur » détaché peut surprendre, mais il s'explique par le fait que de est un peu moins arbitraire que le serait des. Ni l'un ni l'autre ne vient de nulle part. La forme sous-jacente aucun roman de Balzac n'est intéressant est plus plausible que aucun des romans de Balzac n'est intéressant.

Nous avons tiré les exemples de Godard(1992).

Noyau = numéral cardinal

le zoo n'en a que trois, de tigres
il en a deux, de sœurs
il en a mis trois sur la table, de livres

L'effet du numéral cardinal est identique à celui des délimiteurs quantifiants qui se construisent sans de, tels que plusieurs. Le nom détaché à droite se construit avec de, le nom détaché à gauche (phénomène théorique) se construit avec des. Le mot de / des qui apparaît dans l'élément détaché vient de nulle part, puisque le numéral cardinal lui-même ne se construit pas avec de.

Noyau = possession

Normalement, on omet la préposition de avant le verbe et on la garde après le verbe.

ce procédé, on en connaît les inconvénients
ce restaurant, j'en connais l'adresse
cette crise, personne n'en comprend les raisons
cette décision, les experts n'en avaient apparemment pas mesuré aussi complètement les conséquences qu'il aurait été souhaitable

on en connaît les inconvénients, de ce procédé
j'en connais l'adresse, de ce restaurant
personne n'en comprend les raisons, de cette crise
j'en suis complice, de ton crime

Noyau = recteur (verbe, adjectif, nom)

La préposition de est presque toujours omise avant le verbe et toujours retenue après le verbe. (C'est sans relation avec la catégorie grammaticale du recteur, qui peut être un verbe.)

$ De régi par un verbe

de ce voyage, il s'en est longtemps souvenu
de mon éducation, n'en parlons pas
il s'en souviendra toute sa vie, de cette horrible scène
je m'en méfie, de ce truc-là
je m'en rends compte que
la guerre, j'ai pas eu à m'en féliciter (Queneau)
la propriété, je m'en moque
le reste, je m'en fous complètement
les épinards, j'en suis dégoûté
les vacances, l'écolier en rêve
mais cela, je m'en félicite
on en a discuté, de ton projet
on en parlera, de ce fusil (Mérimée)
prévenir la police, il n'en était pas question
qui a tué Trotsky, moi je n'en sais rien
son enfer, elle en est revenu
vous en parlez tout le temps, de cette fameuse civilisation (Duhamel)

$ De régi par un adjectif

ton succès, tout le monde en a été très heureux
il en est fier, de son succès
j'en suis sûr que sa va marcher

$ De régi par un nom

de ses mensonges, il n'en fut jamais question
moi, l'eau, j'en ai peur (Duras)
que l'on nous prive de tel avantage économique ou de telle zone contestée, nous en avons l'habitude
j'en suis le complice, de ton crime

§ Trace = pronom prépositionnel y

Trace = y - introduction

Pour l'étude générale du pronom prépositionnel y, voir les pages connexes Pronoms prépositionnels - y, Les pronoms conjoints représentant le syntagme [à * nom] régi.

Pour l'omission de la préposition dans le détachement avant le verbe, voir la rubrique L'emploi de la préposition dans l'élément détaché.

Lorsqu'une expression prépositionnelle non régie est thématisée par antéposition et que la préposition est retenue, l'emploi de la trace y est redondante et à éviter. Par exemple, la proposition ?sur le pont d'Avignon, on y vient d'installer un nouveau système de signalisation est critiquable. Le verbe installer ne régit pas sur le pont d'Avignon. Voir l'examen de la thématisation adverbiale par antéposition à la rubrique Thématisation par antéposition sans trace.

Prépositions directionnelles

à Paris, moi, je n'y vais jamais
au cinéma à Paris, j'y vais souvent
au stade, toute la ville y va le dimanche
ce parc, je m'y rends souvent
ces rues juives, ils ne voulaient pas y remettre les pieds (Pennac)
dans les musées, j'y suis allé plusieurs fois par jours
j'y suis allé souvent, à Amsterdam
je n'y vais pas souvent, moi, à Paris
je suis obligé d'y aller demain, à Bordeau
l'Italie, Pierre ne veut pas y aller en août
mais enfin, on y entre, à l'Académie, on y arrive (A. Daudet)
Paris, moi, je n'y vais jamais
Pierre y grimpe en un clin d'œil, sur le toit
quand il y entra, dans ce jardin, c'était presque le soir (Loti)

Prépositions positionnelles

à la campagne, Pierre n'y reste jamais longtemps
ce magasin, on n'y voit jamais personne
dans les Vosges, on y trouve des fermes-auberges
l'atmosphère que tu crées autour de moi, j'y étouffe (Martin du Gard)
la campagne, Pierre n'y reste jamais longtemps
les Alpes, on peut y pratiquer le ski toute l'année
m'y voici donc, dans la grande bibliothèque du premier (H. Bazin)

Préposition à non locative

à l'intimité, il y tient beaucoup
ce confort, on s'y habitue très vite
cet ordre, il n'a pas voulu y obéir
cette loi sainte, il faut s'y conformer (Hugo)
cette ville, je ne m'y ferai jamais
fais-y attention qu'on ne me chipe pas ma biquette
je n'y arrive pas, à résoudre ce problème
la France, j'y crois (affiche)
le bonheur qu'elle avait payé de sa vie, nul n'avait le droit d'y toucher
le bonheur qu'elle avait payé de sa vie, nul n'avait le droit d'y toucher
les vacances, j'y pense toute l'année
on m'y reprendra plus, à venir à l'étranger avec les patrons (Duras)
on y a réagi vivement, aux événements du week-end
Pierre, les voitures, il s'y connaît drôlement bien
vous croyez que j'y tiens à me griefs ?

Adverbe de lieu proprement dit

j'y suis resté longtemps, là-bas
là, il y faisait moins chaud
là-dedans, savez-vous ce qu'il y fait

§ Trace = pronoms prépositionnels autres que en et y

Trace = pronom prépositionnel avec

la caisse, le caissier est parti avec
ce marteau, ne fais pas de bêtise avec

§ Trace = on

nous les cultivateurs, on est avant tout les domestiques des bêtes (Brieux)
nous trois, on
nous, les nouvelles couches, on veut être libres (Vautel)
nous, on est des ouvriers
on est bien ensemble, nous deux
on l'aimait, ceux qui le connaissaient bien
on ne se quitte pas une seconde, Marie et moi
pourquoi qu'on n'en magerait pas aussi, nous autres, des poulets ? (Vautel)
toi et moi, on

§ Trace = pronom démonstratif ce ou ça

Trace démonstrative - introduction

Pour l'examen de la concurrence entre ça et il, entre ça et ce et entre ça et cela, voir la page connexe Ça et ci.

Pour l'examen du ce comme sujet et comme complément prédicatif, voir la page connexe Ce.

Détachement du complément prédicatif

$ Pour le détachement du complément prédicatif avec une trace pronom personnel conjoint, voir la rubrique L'élément détaché - les cas.

$ Construction de base

La proposition Paris est la capitale de la France a une structure informationnelle non marquée ou neutre : le sujet est thème et le complément prédicatif est rhème. En faisant subir l'inversion d'identification prédicative à cette proposition initiale, on obtient la proposition la capitale de la France est Paris, où le complément prédicatif est thème et le sujet est rhème. Voir l'examen de l'inversion d'identification prédicative à la page connexe L'inversion d'identification prédicative. Enfin en détachant le complément prédicatif et introduisant la trace ce, on obtient la capitale de la France, c'est Paris ou c'est Paris, la capitale de la france. On notera, que les deux propositions Paris est la capitale de la France et c'est Paris, la capitale de la France ont des structures informationnelles opposées.

c'était lui, l'imprudent, c'étaient les autres, les sages (Zola)
c'est cela, la peur
c'est nous, les responsables
c'est vous l'assassin
ce n'est pas lui, le coupable
ce qu'il veut, c'est que tu le ragardes
ce que j'aime, c'est ce qui diffère le plus de moi (Gide)
ce que propose le directeur, c'est de revoir la conception de fond en comble
ce qui m'agace le plus, c'est sa paresse
ce qui m'inquiète, c'est que
ce qui m'intéresse, ce n'est pas l'œuvre, c'est la recette (Gide)
ce qui me choque chez lui, ce sont ses opinions toutes faites
celui qui travaille le mieux, c'est Pierre
ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent (Hugo)
ceux qui gouvernent le monde, ce sont les scientifiques
la capitale de la France, c'est Paris
l'âme de la maison, c'était elle
l'essentiel c'est de
l'État, c'est moi
la plus belle conquête de l'homme, c'est le cheval
la plus grande des peurs, c'est sûrement celle de l'avenir
la preuve qu'ils étaient coalisés contre lui, c'est qu'ils disaient tous la même chose (France)
la preuve, c'est que
la seule chose belle dans cet endroit, c'était le fleuve (Duras)
la seule peine, ce fut quand
la solution, c'est d'attendre
la vraie maîtresse de maison, c'était elle
le chef d'équipe, c'est Pierre
le garçon que vous avez frappé, c'est moi
le mieux, c'est d'appeler la police
le plus grand trésor, c'est la santé
le plus grave, ce n'est pas de se tromper, c'est de ne rien faire (Courchay)
le seul problème, ce serait si
le vrai problème, c'est que
mon idée, c'est que
sa seule distraction, c'est la chasse au renard

$ Avec conversion du nombre

La structure informationnelle de la proposition ses deux filles sont sa fierté est non marquée : le sujet est thème, le prédicat est rhème par défaut. En thématisant bêtement le prédicat sa fierté, on obtient soit sa fierté est ses deux filles soit sa fierté sont ses deux filles. L'une et l'autre solution a quelque chose de désagréable. Leur dissonance est due à l'inégalité du nombre du sujet et de celui du complément prédicatif. La bonne solution est sa fierté, c'est ses deux filles. La trace démonstrative ce agit en adaptateur du nombre.

£ Sujet pluriel, complément prédicatif singulier

ma principale distraction ç'avait été mes rencontres avec mes amies (Beauvoir)
ce qui est important dans la vie, ce sont les êtres (Maurois)
l'avenir, ce sont les jeunes
l'enfer, c'est les autres (Sartre)
l'enfer, ce sont les vacances (Escarpit)
la cause de nos misères, c'est les juifs, les pédés et les ventriloques
la cause de sa démission, c'est ses problèmes de santé
la source de ses ennuis, c'était ses remarques racistes
sa clientèle, ce sont les touristes
sa fierté, c'est ses deux filles
son seul passe-temps, c'est les films porno

£ Sujet singulier, complément prédicatif pluriel

les miracles, ce n'est pas mon rayon (Vautel)
tout ce que tu racontes là, ce sont autant de calomnies
tout cela, ce sont des hypothèses
tout le reste, ce ne sont que des souhaits

$ Avec conversion de la personne

La structure informationnelle de la proposition tu es mon meilleur ami est non marquée : le sujet est thème, le prédicat est rhème par défaut. En thématisant bêtement le prédicat mon meilleur ami (et en remplaçant tu par toi), on obtient soit mon meilleur ami es toi soit mon meilleur ami est toi. Ni l'une ni l'autre version n'est idéale. Le problème est dû à l'inégalité de la personne du sujet et de celle du complément prédicatif. La bonne solution est mon meilleur ami, c'est toi. La trace démonstrative ce agit en adaptateur de la personne.

mon meilleur ami, c'est toi
les responsables, c'est vous
les imposteurs, c'est nous

Détachement du sujet

$ Détachement du sujet - introduction

Les règles qui gouvernent le choix entre la trace démonstrative (ce / ça) et la trace conjointe (série il) sont nombreuses et floues. Nous allons procéder en deux étapes : tendances générales et règles spécifiques.

La commutabilité de ce et ça est une question de morphologie, qui ne retient pas notre attention ici. Voir la page connexe Ça et ci.

La préférence pour ça sur cela est très forte.

La trace ce / ça représente les deux nombres, les deux genres et les deux statuts biologiques (humain, non humain).

$ Tendances générales

£ L'emploi de la trace démonstrative est plus fréquent dans la langue familière que dans la langue soignée.

£ L'emploi de la trace démonstrative est plus fréquent dans les jugements affectifs que dans les simples constatations.

£ L'emploi de la trace démonstrative est plus fréquent avec les sujets non humains qu'avec les sujets humains.

£ L'emploi de la trace démonstrative est plus fréquent avec les sujets génériques ou abstraits qu'avec les sujets spécifiques ou concrets.

£ Dans certaines règles, la substitution de la trace conjointe à la trace démonstrative est possible. D'autres règles tranchent nettement en faveur de la trace démonstrative. Dans une zone d'ombre, la substitution de il à ça produit un effet bizarrement guindé, sans être agrammaticale pour autant.

$ Sommaire des règles spécifiques de la trace démonstrative

-Assertion généralisatrice
-Jugement sur une personne ou une chose
-Détachement du sujet à droite avec que
-Attribution de fonction
-Le sujet détaché est ça
-Le sujet détaché est une relative introduite par ce que
-Sujet abstrait introduisant une subordonnée relative
-Deixis
-Un ensemble d'objets homogènes perçu comme un tout
-Sujet exprimant la totalité d'un expérience
-Le verbe être a un complément prédicatif adverbial
-Catégories de noms incomptaibles avec il
-Sujet elliptique
-Existence et inexistence
-Le sujet est un adverbe
-Subordonnée sujet

$ Assertion généralisatrice

£ Pour l'examen du rôle des articles dans la généralisation, voir la page connexe La généralisation. Dans chacune des paires d'exemples qui suivent, la trace démonstrative exprime un jugement générique ou un précepte et la trace conjointe exprime un fait spécifique.

le camembert ça sent très fort
le camembert il sent très fort

le sapin, c'est un arbre
*le sapin il est un arbre

les enfants, c'est fatigant
cet enfant, il est fatigant

la soupe à l'oignon, c'est bon
la soupe à l'oignon, elle est bonne

les chiens, ça aboie
les chiens, ils ont encore aboyé toute la nuit

£ Exemples de l'assertion généralisatrice

c'est beau, la vie
c'est fragile, les vieilles gens
c'est important, les traditions
c'est si orgueilleux, ces Corses (A. Daudet)
ça obtient tout ce que ça veut, un député de l'opposition (A. Daudet)
ça peut se tromper, un médecin
ça phosphore, un informaticien
ça prend toute ton énergie, ce genre de travail
ça sait tant de choses, les médecins
ça se change tous les combien, une pile ?
ce mec, ça croit tout savoir et ça ne sait rien
ces vieux, ça n'a qu'une goutte de sang (A. Daudet)
classiques et romantiques, tout ça, c'est des bêtises (Carco)
comme c'est agréable, un mari gai (Colette)
des chats, ça miaule
des heures de vol, ce peuvent être des heures merveilleuses
des singes, ça mange des bananes
l'homme, ça a de l'appétit, mais ça se nourrit de n'importe quoi (Jaloux)
l'honneur, c'est comme les alumettes : ça ne sert qu'une fois (Pagnol)
la guerre, c'est terrible
la lecture, c'est important
la vie dans les banlieues-dortoirs, c'est déprimant
le café, ça empêche de dormir
le théâtre, c'est passionnant, mais ça fatigue
les ados, c'est infernal
les chiens, ça vit en meutes
les cochons, c'est bien pratique
les étudiants d'aujourd'hui, ça n'est pas très studieux
les êtres humains, ça doit manger pour vivre
les enfants, c'est fatigant
les femmes, ça babille
les feujs, ça a de l'argent (entendu à Saint-Denis)
les films d'épouvante, c'est drôle
les fleurs, ça ne deçoit jamais
les hommes ça sait pas se débrouiller tout seuls
les liens de famille, c'est sacré (Zola)
les médecins, c'est pas comme les autres
les vacances, ça se prépare
quelques fruits, ça fait un bon dessert
toutes les villes, au fond, c'est pareil (Colette)
un bus, ça ne se tourne pas comme une voiture
un chien, c'est fidèle à son maître
un chien, ça aboie
un enfant, c'est précieux et fragile
un garçon, ça ne pleurniche pas
un livre de référence, ça ne s'écrit pas en deux mois
un mari laid, ça peut très bien se montrer, un amant laid ça se cache (Bataille)
un médecin, ç fait les choses les plus étranges
un médecin, ça gagne bien la vie
un ministre, ça ferme la gueule ou ça démissionne (J.-P.Chevènement)
un stylo, ça ne se prête pas
un vieux troupier comme moi, ça ne refuse jamais la goutte (Zola)
une affaire pareille, ça ne se rate pas
une main, c'est laid
une voiture, ça s'entretient

$ Jugement sur une personne ou une chose

Le choix entre la trace démonstrative et la trace conjointe dépend du verbe.

£ Verbes autres que être

La trace démonstrative ne peut être remplacée par la trace conjointe qu'au risque de produire un effet guindé. La trace démonstrative est préférable dans tous les registres.

£ Le verbe être

Le choix se fait selon que le complément prédicatif est un nom ou un adjectif.

Pierre, il est imbécile (correct)

*Pierre, c'est imbécile (exclu)

??Pierre, il est un imbécile (guindé)

Pierre, c'est un imbécile (correct)

Exemples

ça n'a pas de goût, ce poulet
ce comportement, c'est une déclaration de guerre
ces polissons, ça ne respecte rien (Flaubert)
cette crème chantilly, c'est du vrai savon à barbe
dommage que le dimanche, ça ne dure qu'un jour
la syntaxe, ça me passionne
la solitude, c'est la plus grave des maladies
le bleu, c'est ce qui me va le mieux
le rap, ça a quelque chose d'innocent
Mendès-France, c'était quelqu'un
Picasso, ça savait dessiner
ton neveu, c'est un orgueilleux

$ Détachement du sujet à droite avec que

c'est un trésor que la santé
c'est un plaisir que de le voir
c'est une belle fleur que la rose
c'est un grand malheur pour ce pauvre gars que les deux millions qui lui tombent sur la tête

Dans la proposition du type [c'est un * prédicat * sujet], que peut être intercalé entre le prédicat et le sujet sans changement de sens. Ce tour appartient à la langue soignée. Historiquement, derrière le mot que se cache une subordonnée relative à pivot prédicatif : c'est un trésor qu'est la santé.

$ Attribution de fonction

mon frère, c'est le médecin du pays
Paris, c'est la capitale de la France
Pierre, c'est mon meilleur ami
San Francisco, c'est ma ville favorite

$ Le sujet détaché est ça

ça, ça ne m'étonne pas

$ Le sujet détaché est une relative introduite par ce que

ça me fait de la peine, ce que vous me dites
ce que tu dis là, mon pauvre vieux, c'est connu
ce que vous faites, c'est de la folie
tiens, ça a l'air bon, ce que vous mangez là (Proust)

$ Sujet abstrait introduisant une subordonnée relative

c'est drôle, la façon dont on oublie
c'est incroyable comme on oublie
c'est inquiétant ce que vous dites
c'est loin le temps où
ça ne va pas, la façon dont cet homme s'est introduit chez moi (Proust)

$ Deixis

ce livre, c'est un dictionnaire
ce vieux, c'est le concierge
ces gens-là, c'est des Anglais
ces gens-là, ce sont des Anglais

$ Un ensemble d'objets homogènes perçu comme un tout

c'est calme comme la mort, ces campagnes (Courchay)
ça me rendait nerveux, toutes ces lumières (Dijan)
ça nous paraissait jamais vraiment réel, ces histoires (Dijan)
ça suffit, toutes ces simagrées
quelques fruits, ça fait un bon dessert
tes cheveux coiffés de cette façon, ce serait joli
tout cela, ce n'était que des idées (Kundera)
toutes ces roses, c'est merveilleux
toutes ces querelles, c'est de l'histoire ancienne

$ Sujet exprimant la totalité d'un expérience

ça marche, le lycée ?
ça s'est bien passé, la rentrée ?
ça va, le boulot ?
ça vous plaît, la linguistique minimaliste ?
ce boulot de pompiste, ça ne me disait pas trop
ce problème, ça me fait froid
combien ça a duré, le voyage de papa ?
le mariage, c'est pour quand ?
la vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit (Maupassant)
les fauteuils, ça n'a pas été fait pour lui (Vautel)

$ Le verbe être a un complément prédicatif adverbial

la réunion, c'est demain
le secrétariat, c'est ici
ce n'est pas ici, ta place

$ Catégories de noms incomptaibles avec il

Londres, c'est en Angleterre
San Francisco, c'est ma ville favorite (nom de ville)
« oncques », ça veut dire « jamais » (autonymie)
la grande majorité des potaches croit que « Les fleurs du mal », cela recouvre un livre libidineux

$ Sujet elliptique

c'est long, une heure
soixante ans, ça compte
trop c'est trop
vingt euros, c'est trop cher

$ Existence et inexistence

ça existe, des voiture pas chères
des voitures étrangères au village, ça n'existait pas à l'époque
une fourmi de dix-huit mètres, ça n'existe pas

$ Le sujet est un adverbe

ailleurs, c'est mieux
c'est charmant ici
c'est exagéré quand
c'est vraiment bon, ici
ça fait mal quand je tousse
comme vous faites, c'est mieux
ici, c'est chez moi
ici, c'est très humide
quand ça s'arrête, ça fait du bien

Cette catégorie a deux analyses : l'une s'inscrit dans le cadre du détachement, l'autre invoque l'impersonnalité. Ou bien on considère l'adverbe comme le sujet et le pronom démonstratif comme la trace (c'est l'hypothèse que nous faisons ici), ou bien on considère l'adverbe comme un thème banal et le pronom ce ou ça comme un pronom impersonnel (comme dans ça brûle).

$ Subordonnée sujet

£ Subordonnée sujet - introduction

Voir l'étude générale de la subordonnée énonciative sujet à la page connexe La subordonnée sujet. Pour la comparaison de l'inversion propositionnelle et du détachement, voir la page connexe La subordonnée sujet - les sujets postiches - rubrique Inversion propositionnelle et détachement.

£ Le choix entre la trace démonstrative et la trace conjointe

La répartition de il et de ça dépend de la place de la subordonnée. En revanche, elle ne dépend pas du mode de la subordonnée (fléchie, infinitive),

Si la subordonnée sujet occupe sa place inversée normale (non détachée) la trace démonstrative et la trace conjointe sont toutes deux possibles. Si la subordonnée sujet est détachée avant le verbe, la trace démonstrative est seule possible.

c'est possible que Marie rompe avec Pierre ce soir
il est possible que Marie rompe avec Pierre ce soir
que Marie rompe avec Pierre ce soir, c'est possible
*que Marie rompe avec Pierre ce soir, il est possible

£ Exemples - subordonnée sujet fléchie

c'est dommage qu'il ne soit pas venu
ça arrivait qu'elle me laisse poireauter pendant des heures sur un chaise (Dijan)
cela serait drôle qu'il lui vînt cette idée (Musset)
qu'elle sera fâché contre ton frère, Marie, c'est clair
qu'il ait reconnu sa faute, cela mérite un compliment
qu'il se soit fâché, c'est compréhensible
qu'il se soit trompé, c'est évident
qu'il soit fâché, c'est compréhensible
son plus grand regret, c'est qu'il n'ait pas de diplôme

£ Exemples - subordonnée sujet infinitive

à quoi ça sert de faire ça ?
attendre serait vain
boire un chocolat espagnol, c'est tenir dans sa bouche toute l'Espagne (Gide)
c'est agaçant (que) d'être mécompris
c'est difficile, de faire autrement
c'est impossible de faire ce travail pour demain
c'est une erreur (que) de lui répondre
ce n'est pas assez (que) de vous excuser
ce serait manquer de tact (que) de partir maintenant
cela m'ennuie de le savoir malade
consentir n'est pas approuver
la difficulté, c'est de
le problème, c'est de le persuader que
lire tard le soir peut abîmer les yeux
partir, c'est mourir un peu
prendre des vacances, ça lui fait du bien
quitter Florence, ça me faisait de la peine
se fâcher ne sert à rien
se moquer de lui c'est très facile
son obsession, c'est de peaufiner interminablement son logiciel
son plus grand regret, c'est de ne pas avoir de diplôme
souffler, ce n'est pas jouer
tout comprendre c'est tout pardonner
voir c'est croire

Détachement de l'objet direct

je connais ça, les promesses
j'adore ça, le théâtre
le chocolat, j'adore ça
je trouve ça écœurant, le dénigrement systématique
les visites guidées, nous détestons ça
un espion, on reconnaît ça à son chapeau

Détachement d'autres compléments

le poisson congelé, j'ai horreur de ça

§ Trace = pronoms démonstratifs divers

belles et sympathiques, toutes les Parisiennes lui semblent ainsi (A. Daudet)
remonter à l'origine de cette méthode, tel est l'objet de l'introduction

§ Trace = nom péjoratif

La trace lexicale péjorative est un nom exprimant le mépris ou la pitié, obligatoirement accompagné de l'article défini ou de l'article démonstratif adjectival. La substitution d'une trace pronominale personnelle ou possessive à la trace lexicale péjorative laisse la structure grammaticale intacte.

Glenn Gould, j'ai tous les disques de ce farfelu
Glenn Gould, j'ai tous ses disques

Pierre, Paul s'est battu avec cet imbécile
Pierre, Paul s'est battu avec lui

Pierre, je n'aime pas cet égoïste
Pierre, je ne l'aime pas

La trace lexicale péjorative est sans relation avec la construction illustrée ci-après. Le nom péjoratif ne joue pas le rôle de trace dans les exemples qui suivent.

il s'est encore trompé, l'imbécile
Pierre a cassé la cafetière, ce crétin
il s'est encore fait recaler au permis de conduire, le pauvre

Pour plus de détails sur cette construction, voir la page connexe La corrélation - rubrique La caractérisation défavorable pseudo-détachée.

§ Trace - phénomènes divers

La quasi-trace

Dans les propositions

qu'il ait reconnu sa faute, la chose mérite un compliment
qu'une fillette de dix ans à peine priât de la sorte, la chose était, certes, assez extraordinaire (Farrère)
envier des êtres que l'on méprise, il y a dans cette honteuse passion de quoi empoisonner toute une vie (Mauriac)

on a affaire à une antéposition du troisième type, qui n'est ni tout à fait thématisation ni tout à fait détachement.

Les éléments antéposés dans ces propositions ne peuvent pas être considérés comme thèmes, et ceci pour deux raisons : ils ne sont pas adverbiaux et ils font double emploi avec un autre élément de la proposition, qu'on est tenté de qualifier de trace.

Les éléments antéposés dans ces propositions ne peuvent pas être considérés comme détachés, puisque les éléments qui les représentent (la chose et cette honteuse passion) ne sont pas des traces au sens strict.

Trace nulle

Voir la rubrique Thématisation par antéposition sans trace plus haut sur cette page.

Trace en écho

Pierre, j'ai vu Pierre

Trace sylleptique

mon prof de maths, elle met des notes très sévères
notre mannequin, elle vient d'une très grande maison
une de mes connaissances, il m'a dit
une personne que j'ai rencontré au gym, il m'a dit

Trace à accord relâché

Exemples tirés du corpus oral de Blasco(1999).

*Marie, qui était une belle femme, on a dansé assez souvent
*cette villa, il appartenait à
*demande-lui combien il coûte, la pièce
*ils sont fait en quelle matière, cette mousse
*la mairie, ils ont dit qu'il fallait refaire la demande
*les Indes, ils sont pas loin d'un milliard de gens
*les deux filles, ils sont avec la belle-mère
*les mesures qu'ils veulent prendre en ce moment, le gouvernement
*ma sœur, ils ont acheté un appartement plus grand
*tout ce que la télévision, ils nous font avaler
*une toyota, elles sont robustes et bon marché

Traces multiples

un alphabet nouveau, si je l'entretiens pas, je le perds immédiatement
l'époux d'une très belle femme, après des années qu'il la goûte, il arrive qu'une laide l'inspire (Valéry)
dès que l'enfant vous êtes allé le faire inscrire à l'école, il appartient à la société

À ne pas confondre avec le détachement multiple, que nous étudions sous la rubrique Le détachement multiple.

Le détachement multiple

§ Les deux types majeurs

Type A

Tous les éléments détachés sont des compléments du verbe.

c'était pas qu'elle les gênait, la famille les fossoyeurs, mais c'était l'heure d'aller au déjeuner et ils finirent de le remplir seulement après la soupe, les fossoyeurs, le trou (Queneau)

Type B

Un des éléments détachés est le complément d'un autre.

les femmes, leurs larmes, je leur fais pas confiance
mon frère, sa moto, le guidon, il est cassé

§ La proposition à deux phases

Le détachement multiple avant le verbe permet de présenter le sommaire des actants du discours avant même d'arrêter un plan morphosyntaxique. Voir la rubrique Le modèle de la proposition à deux temps.

§ La répartition des détachements

Les détachements avant le verbe et les détachements après le verbe se mélangent librement :

la maîtresse, il ne l'écoute pas, Pierre
son fils, elle le déteste, cette mère

§ La synchronisation des éléments détachés et des traces

La synchronisation des éléments détachés et des traces n'est pas nécessaire :

la maîtresse, Pierre, il ne l'écoute pas
moi ma femme elle me raconte tout
je l'aime Marie moi

§ L'emploi de la préposition dans le détachement multiple

Pour l'examen général de l'emploi de la préposition dans l'élément détaché, voir la rubrique L'emploi de la préposition dans l'élément détaché.

Dans le détachement multiple, la préposition ne peut pas être omise après la première position.

les adultes, son secret, elle le leur cache
aux adultes, son secret, elle le leur cache
*son secret, les adultes, elle le leur cache
son secret, aux adultes, elle le leur cache

Marie, ce crime, je ne lui en parlerai pas
à Marie, ce crime, je ne lui en parlerai pas
*ce crime, Marie, je ne lui en parlerai pas
ce crime, à Marie, je ne lui en parlerai pas

§ Les catégories grammaticales

Toutes les catégories grammaticales sont permises. Voir la rubrique L'élément détaché - les catégories grammaticales.

§ Les types de trace

Tous les types de trace sont permis. Voir la rubrique La trace.

§ Exemples - type A

car elle est là toute entière, ta vie : mentir et mentir encore (Courteline)
cette femme-là, son secret, elle ne le leur dira jamais
il la connaît bien, Pierre, sa matière
il n'y a jamais été Pierre, à Paris
je le lui donne, moi, le livre, à ton frère
je suis parti avant que tu ne lui parles, moi, à l'inspecteur
la maîtresse, Pierre, il ne l'écoute pas
mes parents, la liberté sexuelle et tout ça, ils en ont horreur
mes vacances, moi, je les prends toujours en septembre
moi, le cinéma, je n'y vais pas souvent
mon père le choc, ça lui a tordu le volant
Pierre, cette fille, il ne l'a jamais vue
Pierre, des livres, je sais bien qu'il en a volé beaucoup
Pierre, les voitures, il s'y connaît drôlement bien
Pierre, sa voiture, cet idiot ne s'en occupe pas
ta sœur, les gens, le moins elle en voyait, le plus ça lui plaisait

§ Exemples - type B

il y a une copine à lui, le père, il est monteur
les femmes, leurs larmes, je leur fais pas confiance
ma mère, de ses colères, je m'en souviens
moi ma femme elle me raconte tout
moi, ma femme, ses robes, elle me coûtent une fortune
moi, mes parents, ils sont très ouverts
moi, mon rêve, c'est une caravane
moi, mon truc, c'est d'écrire une grammaire française
mon fils, sa maladie, je ne peux pas en parler
mon frère, sa moto, le guidon, il est cassé
mon frigo, le congélateur, il est en bas
mon père, j'y pense souvent à ses ennuis
Pierre, son frère, les motos, il sait les réparer
Pierre, son frère, on ne l'a pas vu depuis longtemps

Le détachement profond

§ Le détachement profond - introduction

Les trois degrés de l'extraction

Dans l'étude du détachement profond, nous différencions trois degrés d'extraction. Notre point de départ est la proposition

je crois que Pierre a raison

Cette proposition ne présente aucune espèce de détachement.

$ L'extraction complète

La position initiale de l'élément à détacher est à l'intérieur de la subordonnée. Il se déplace jusqu'à l'extrême gauche de la proposition.

Pierre, je crois qu'il a raison

$ L'extraction incomplète

La position initiale de l'élément à détacher est à l'intérieur de la la subordonnée. Il traverse la frontière de la subordonnée, mais il s'arrête dans un no-man's-land entre la superordonnée et la subordonnée.

je crois, Pierre, qu'il a raison

$ Le degré zéro de l'extraction

La position initiale de l'élément à détacher est à l'intérieur de la la subordonnée. La position finale de l'élément à détacher est également à l'intérieur de la la subordonnée. Ce n'est pas un détachement profond à proprement parler. Le détachement a lieu entièrement à l'intérieur de la subordonnée et il n'est nullement perturbé par le fait de la subordination.

je crois que Pierre, il a raison

Les paramètres du détachement profond

Les règles du détachement profond sont nombreuses et précaires. La grammaticalité du détachement profond dépend des paramètres suivants :

$ le type de subordonnée (complémentale énonciative, complémentale interrogative, adverbiale, relative)

$ le degré de l'extraction (extraction complète, extraction incomplète, degré zéro de l'extraction)

$ la distance entre l'élément détaché et la trace

$ le côté du détachement

$ la présence de la préposition dans l'élément détaché

$ et surtout le jugement de l'auditeur-lecteur

§ La subordonnée complémentale énonciative

Extraction complète

L'extraction complète est grammaticale.

ce genre d'attitude, je n'ai jamais pu m'y faire
cette affaire, je préfère ne pas en parler
cette fille, on m'a dit qu'elle était brillante
cette réunion, jamais je n'aurais dû te dire d'y aller
des vacances, je ne crois pas pouvoir en prendre cette année
l'informatique, je trouve que c'est fascinant
là-bas, je ne crois pas qu'on puisse y rester enfermé pendant plus trois heures
la chasse à l'étudiant, je pense que la police a toujours considéré cette activité comme un sport très agréable
le nom de poète, je me moque bien qu'on me l'ait dénié (Mauriac)
Paris, on croirait que ces gens n'y ont jamais habité
Pierre, je pense que Paul lui a parlé hier
résistants, il faut qu'ils le soient
sa fille, je ne crois pas que Pierre l'emmènera
tant que Piere, il ne revient pas
tout ce que je sais de ma vie, il me semble que je l'ai appris dans les livres(Sartre)
triste, il a toutes les raisons de l'être
une défaite pareille, on peut se douter que ça fait plutôt mal

La préposition de l'élément détaché peut être omise ou retenue. On verra que la préposition de l'élément détaché doit être omise dans les subordonnées complémentale interrogative, adverbiale et relative.

à sa culpabilité, il est fort possible que je n'y croie jamais
à sa culpabilité, je sais que je finirai par y croire
à ce problème, je me demande s'il y pense jamais

Extraction incomplète

L'extraction incomplète est agrammaticale

$ Extraction incomplète - subordonnée fléchie

*je crois, à Pierre, qu'elle lui a écrit hier
*je crois, tous les trajets, qu'il les a faits en troisième classe
*j'ai vu cette femme qu'elle est très débrouillarde
*je m'attends, cette facture, à ce qu'il me l'envoie demain

$ Extraction incomplète - subordonnée infinitive

?j'ai voulu, Pierre, le rencontrer
?je préfère, ce travail, le faire aussitôt
?je préfère, à mon père, lui dire la vérité

Degré zéro de l'extraction

$ Degré zéro de l'extraction - subordonnée fléchie

Le degré zéro de l'extraction est grammatical avec les subordonnées complémentales fléchies, mais certains locuteurs rejettent la subordonnée sujet et la subordonnée sujet d'apposition prédicative.

je crois qu'à Pierre, elle lui a écrit hier
je crois que, tous les trajets, il les a faits en troisième classe
j'ai vu que cette femme, elle est très débrouillarde
je m'attends à ce que cette facture il me l'envoie demain
il semble que, les enfants, on ne leur apprend pas grand-chose à l'école
je crois que, ce confort, on s'y habitue très vite
j'ai cru comprendre qu'à ce garçon, il ne lui dira jamais la vérité
je pense qu'un espion, on peut le reconnaître rien qu'à son chapeau

?que sa maison, il l'ait achetée trop cher, irrite sa femme plus que lui-même
?le fait que mon frère Marie ne l'aime plus, m'étonne

$ Degré zéro de l'extraction - subordonnée infinitive

Le degré zéro de l'extraction est grammatical après l'infinitif et agrammatical avant l'infinitif.

je préfère lui dire la vérité à mon père
*je préfère à mon père lui dire la vérité
il m'arrive encore d'en parler de cette histoire
*il m'arrive encore de cette histoire d'en parler

§ La subordonnée complémentale interrogative

Extraction complète - subordonnée interrogative

L'extraction complète est grammaticale.

cette hypothèse, vous ne savez même plus avec quels arguments on vous a suggéré de l'appuyer
à cette attaque on se demande quels argument notre journal va décider d'opposer
ce livre, je ne sais pas du tout si Paul s'y intéressera réellement
à ce livre, je ne sais pas du tout si Paul s'intéressera réellement

Extraction incomplète - subordonnée interrogative

L'extraction incomplète est grammaticale.

je voudrais savoir, vous-même, si ça vous a rapporté de l'argent
je lui ai demandé, cette chambre, à qui il la louait
je lui ai demandé, cette chambre, qui avait l'intention de la louer
je lui ai demandé, ces pommes, où il les avait trouvées
je te demande, ton père, comment il est venu son petit ami

Si l'élément à détacher est prépositionnel, la version sans préposition est grammaticale et la version avec préposition est agrammaticale.

je me demande, Pierre, si je lui dis la vérité
*je me demande, à Pierre, si je lui dis la vérité

Degré zéro de l'extraction - subordonnée interrogative

Le degré zéro de l'extraction est grammaticale, à moins que l'élément détaché ne s'interpose entre le pronom interrogatif sujet et le verbe.

?je lui ai demandé qui, cette chambre, avait l'intention de la louer

je voudrais savoir si, vous-même, ça vous a rapporté de l'argent
je me demande si, à Pierre, je lui dis la vérité
je lui ai demandé à qui, cette chambre, il avait l'intention de la louer
je lui ai demandé quand, cette chambre, il avait l'intention de la louer
je lui ai demandé où, ces pommes, il les avait trouvées
je te demande, comment, ton père, il est venu son petit ami

§ La subordonnée adverbiale

Extraction complète - subordonnée adverbiale

Le degré de grammaticalité de l'extraction complète est inversement proportionnelle à la distance entre l'élément détaché et la trace. L'acceptabilité de la distance est plus forte si l'élément détaché est l'objet direct.

les livres, on peut aussi bien regarder la télé quand on ne les aime pas
l'Amazonie, si elle était dévastée, le climat du monde entier serait transformé

*là-bas, il a certainement eu peur pendant qu'il y a été enfermé
*courageux, je l'ai connu quand il l'était
*quand Marie lui a demandé la route, il lui dit qu'elle avait de belles jambes, à ce monsieur
*l'Amazonie, le climat du monde entier serait transformé, si elle était dévastée

Extraction incomplète - subordonnée adverbiale

$ Subordonnée postposée

L'extraction incomplète avec une subordonnée postposée est agrammaticale.

*il faut pas poser de questions Pierre parce qu'il est comme ça
*ils feront encore une fois fortune la guerre quand elle reviendra
*on peut aussi bien ragarder la télé les livres quand on les aime pas

$ Subordonnée antéposée

L'extraction incomplète avec une subordonnée antéposée est grammaticale, Si l'élément à détacher est prépositionnel, la préposition doit être omise.

les livres, quand on ne les aime pas, on peut aussi bien regarder la télé
*à mon père, quand on lui parle mal, ça barde toujours
mon père, quand on lui parle mal, ça barde toujours
*aux maréchaux, il faut se mettre à genou pour leur parler
les maréchaux, il faut se mettre à genou pour leur parler

Degré zéro de l'extraction - subordonnée adverbiale

Le degré zéro de l'extraction est grammaticale.

il faut pas poser de questions parce que Pierre il est comme ça
ils feront encore une fois fortune quand la guerre elle reviendra (Céline)
on peut aussi bien regarder la télé quand les livres on ne les aime pas

Cependant, certains locuteurs rejettent la subordonnée antéposée.

*quand cette lettre il l'a écrite, Pierre est allée se coucher

§ La subordonnée relative

Extraction complète - subordonnée relative

$ La distance entre l'élément détaché et la trace

Le degré de grammaticalité de l'extraction complète est inversement proportionnelle à la distance entre l'élément détaché et la trace.

Marie, je connais le garçon qui veut l'épouser
Marie, je connais le flic qui lui a retiré son permis
Pierre, je connais la fille qui lui court après
Marie, je connais un garçon qui rêve d'elle

*la personne qui l'a racontée, n'est pas digne de confiance, cette histoire
*à ce problème-là, je connais l'homme qui y a trouvé une solution
*courageux, j'ai rencontré un homme qui l'était
*là-bas, je connais l'homme qui y a été enfermé pendant dix heures
*sa fille, je connais l'homme qui l'a emmenée

$ La préposition dans l'élément détaché

Si l'élément à détacher est prépositionnel, la préposition doit être omise.

ce problème-là, je connais l'homme qui y a trouvé une solution
*à ce problème-là, je connais l'homme qui y a trouvé une solution
moi, le gars qui me fera peur, n'est pas encore né
*à moi, le gars qui me fera peur, n'est pas encore né

Extraction incomplète - subordonnée relative

L'extraction incomplète est agrammaticale.

Degré zéro de l'extraction - subordonnée relative

Le degré zéro de l'extraction est grammatical, pourvu que l'élément détaché ne s'interpose pas entre le pronom relatif et le reste de la subordonnée relative.

la fille à qui Pierre l'a donnée, cette photo, est une amie de Marie
*la fille à qui cette photo, Pierre l'a donnée, est une amie de Marie
l'endroit où il devait la rencontrer, cette fille, est inscrit dans son agenda
*l'endroit où cette fille, il devait la rencontrer, est inscrit dans son agenda

§ Le détachement profond - remarques

Un phénomène qui a deux clés : la montée et le détachement

La proposition regarde Pierre quelle drôle de tête il a a l'air d'un spécimen parfaitement innocent de l'extraction incomplète dans la subordonnée complémentale interrogative. Or cette proposition admet aussi une autre analyse. Voir la page connexe La subordonnée interrogative partielle fléchie - rubrique La montée sujet-objet dans la subordonnée interrogative.

Toutes les extractions profondes ne sont pas égales

Le détachement profond a des règles d'extraction plus indulgentes que l'interrogation profonde.

$ Proposition de base

tu sais où Pierre a vu Marie
je vais attendre un an avant de relire Les liaisons dangereuses

$ Détachement profond

Marie, tu sais où Pierre l'a vue
Les liaison dangereuses, je vais attendre un an avant de les relire

$ Interrogation profonde

*qui sais-tu où Pierre a vu ?
*quel livre vais-je attendre un an avant de relire ?


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