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TITRE
L'inversion subordinative générique (459)

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Manuel de la grammaire française (0)
Le syntagme proposition (445)
La proposition simple (446)
L'inversion du sujet (451)
Les inversions rhématisantes (453)

PAGES SŒURS
L'inversion subordinative générique (459)

SOMMAIRE
L'inversion subordinative générique - théorie
Les inversions du sujet dans les subordonnées
Premier exemple de l'inversion subordinative générique
La fréquence de l'inversion dans les subordonnées
Vues traditionnelles sur l'inversion dans les subordonnées
Commentaires sur les passages cités
Hypothèse du rôle de la structure informationnelle
Limitations
Sujet inversé et objet direct
Relativation profonde
La postposition du sujet volumineux
L'inversion subordinative de mise en relief
Exemples
Source
La subordonnée relative
La subordonnée interrogative
La subordonnée complémentale - cas sujet et objet direct
La subordonnée complémentale - cas prépositionnel
La subordonnée temporelle
La subordonnée causale
La subordonnée finale
La subordonnée consécutive
La subordonnée adverbiale à sans que
La subordonnée conditionnelle
La subordonnée concessive
La subordonnée comparative
L'inversion subordinative générique dans la mise en relief
Autres exemples en vrac

L'inversion subordinative générique - théorie

§ Les inversions du sujet dans les subordonnées

Les inversions qu'on observe dans les subordonnées se divisent en trois types :

les inversions subordinatives spécifiques
les inversion non subordinatives
l'inversion non subordinative générique

Voir la page connexe L'inversion du sujet - vue d'ensemble - rubrique Les types d'inversion dans les subordonnées.

§ Premier exemple de l'inversion subordinative générique

Considérons les deux propositions quasi-synonymes

Pierre lit la lettre que Paul lui a écrite

et

Pierre lit la lettre que lui a écrite Paul

Les deux propositions sont identiques à l'ordre des mots près : le sujet est inversé dans la subordonnée relative de la deuxième version. L'inversion du sujet est facultative, mais la plupart des locuteurs préféreraient la deuxième version. Certains jugeraient la deuxième version « plus élégante » ou « plus agréable ».

Nous nous proposons d'explorer les raisons de la préférence pour cette inversion apparemment non fonctionnelle.

§ La fréquence de l'inversion dans les subordonnées

Il est bien connu, et attesté par de nombreuses études statistiques, que la fréquence de l'inversion subordinative générique est très élevée malgré sa non-fonctionnalité apparente. La subordonnée est la terre d'élection de l'inversion du sujet.

C'est un phénomène qui touche non pas certaines subordonnées, mais la subordination elle-même. On a du mal à trouver une prise sur ce problème, car il n'est pas lié aux caractéristiques concrètes d'une subordonnée spécifique. C'est un problème fuyant. Les raisons de la prolifération de l'inversion subordinative générique n'ont pas été étudiées à fond. Les hypothèses qu'on trouve dans la littérature sont peu convaincantes.

§ Vues traditionnelles sur l'inversion dans les subordonnées

Riegel-Pellat-Rioul(1994)

« Dans les relatives, mais aussi dans les autres subordonnées, l'inversion nominale d'un sujet volumineux offre la ressource de conclure la phrase (ou la proposition) par une structure rythmique croissante. [...] Étant optionnelle, l'inversion du sujet dans les adverbiales se rencontre surtout dans la langue littéraire où elle répond à des soucis stylistiques (souvent pour éviter que la phrase ne se termine par un verbe précédé d'un sujet trop volumineux) qui explique son extension sporadique à d'autres types de subordonnées, par exemple à une complétive : " Certains s'étonneront peut-être qu'aient pu se conserver si tard ces formes incommodes et quasi paléontologiques de l'humanité ". (A. Gide) »

Le Bidois(1952)

$ Sur la subordonnée relative

« Les facteurs qui agissent sur la place du sujet dans ces différents types peuvent se ranger sous deux chefs assez distincts. Le premier groupe relève proprement de la syntaxe et comprend les causes qui sont liées à la nature et à la fonction grammaticale des éléments constitutifs de la proposition conjonctive, à savoir l'antécédent, le conjonctif, le sujet et le verbe. Le second, qui ressortit à la stylistique ou à la rhétorique, comprend des facteurs complexes et variés, tels que le besoin d'équilibrer la phrase ou de lui donner un rythme harmonieux, le désir de mettre un terme en relief, le souci de respecter la cohésion de certains groupes, la recherche d'effets pittoresques, etc. [...] Les pronoms conjonctifs offrent cette caractéristique de représenter en reliant très étroitement deux membres de phrase. De par leur nature même, en effet, ces pronoms unissent le terme qu'ils représentent, dit antécédent, avec la proposition conjonctive qu'ils introduisent. [...] Ainsi, le conjonctif, en même temps qu'il subit l'attraction de son antécédent qui l'attire vers l'arrière, exerce à son tour une attraction sur le verbe auquel il se rapporte. [...] Que va devenir, dans ces conditions le sujet de la conjonctive ? Resserré entre le conjonctif et le verbe, le sujet va tenter de s'échapper de cette position : abdiquant au profit du conjonctif sa place traditionnelle qui est devant le verbe, il va se placer, si rien ne s'y oppose, après le verbe. D'où ces inversions qui paraissent si naturelles. »

$ Sur la subordonnée cognitive

« L'inversion du sujet dans ce tour résulte de causes assez complexes. Il y a d'abord, bien entendu, ces facteurs stylistiques accessoires, que nous avons déjà mentionnés plusieurs fois : désir d'équilibrer la phrase, développement spécial du sujet (ou, inversement, faible volume du verbe), etc. Mais il y a surtout le fait que le conjonctif initial étant en réalité l'objet du verbe de la complétive, ce verbe a tendance à s'en rapprocher le plus possible, surtout quand il n'y a pas d'autre objet en concurrence avec le conjonctif. De là vient l'étroite cohésion qui, en pareilles phrases, unit la conjonctive et la complétive, ou, si l'on préfère, la forte attraction qu'exerce le conjonctif sur le verbe de la complétive. Il semble que la postposition du sujet répond alors au besoin de rattacher ce verbe au conjonctif qui lui sert d'objet, comme si le locuteur voulût en quelque sorte rattraper le retard produit par l'intercalation d'une première proposition, et cimenter ainsi une phrase qui, autrement, risquerait de se désagréger. »

$ Sur le rôle du subjonctif dans l'inversion non subordinative

« Comparons à cet égard deux phrases : " Elle attendit que se calmât cette oppression, que se tût ce grondement de sang dans ses oreilles " (Troyat) [...] et " Elle entendit que se taisait d'un coup un bruit de tiroirs repoussés, de chaises déplacées " (ibid.) [...] D'où vient que, dans ce dernier exemple, l'inversion paraît artificielle [...] ? La vraie raison, selon nous, tient à la différence des modes ; ou plutôt [...] aux dispositions psychologiques différentes que le choix de ces modes suppose dans l'esprit du locuteur. Le verbe " attendit " exerce sur les deux verbes au subjonctif [...] une attraction beaucoup plus forte que celle du verbe " entendit " sur l'indicatif 'se taisait'. L'idée d'attente énoncée par le verbe principal de la première phrase implique une véritable tension de l'âme, laquelle se répercute naturellement dans les deux subordonnées, où elle entraîne non seulement le mode [...] mais encore le déplacement des verbes [...] Dans la seconde phrase au contraire, le verbe " entendit " n'exprime qu'une sensation passive et dépourvue d'affectivité, qui n'influe aucunement sur le mode de la complétive ; la postposition du sujet n'est plus justifiée, et le tour inverti est franchement artificiel. »

Béchade(1986)

« En fait, hors les cas où elle est absolument obligatoire, l'inversion ressortit souvent à des intentions stylistiques. Elle intervient alors pour des raisons d'équilibre de la phrase, d'harmonie ou de mise en valeur d'un terme, etc., raisons pouvant au besoin se conjuguer. [...] En somme, l'inversion facultative du sujet est motivée par des raisons de clarté et surtout d'affectivité et d'esthétique qui écartent la phrase de l'ordre logique ou intellectuel. On peut dire que celui qui parle ou écrit inverse le sujet essentiellement lorsque l'ordre logique éloignerait trop du verbe le sujet ou le complément, surtout s'ils présentent peu de volume, comme les relatifs ; lorsque cet ordre logique amènerait à terminer la phrase sur un verbe à un mode personnel, ce à quoi répugne le français ; lorsque la phrase se conclurait sur une trop courte apodose, ce que le français évite par souci d'équilibre des masses ; lorsque le rejet du sujet en fin d'élément phraséologique permet d'attirer sur lui l'attention, ou au contraire favorise la mise en relief d'un autre terme. »

§ Commentaires sur les passages cités

Les trois ouvrages sont à l'unisson sur le rôle des facteurs stylistiques, rhétoriques, rythmiques, harmoniques, euphoniques, chorégraphiques, pittoresques, affectifs, esthétiques, et autres élans vitaux. Les hypothèses de ces trois auteurs sont extra-syntaxiques, donc sans intérêt pour notre travail.

Les trois ouvrages mentionnent les aspects statiques de la proposition, c'est-à-dire le rôle du déséquilibre et le principe des masses croissantes. Voir la page connexe La proposition - fondements - rubrique Les aspects statiques de la proposition. L'influence des aspects statiques de la proposition sur l'inversion est indéniable, mais elle est rarement décisive. La prolifération de l'inversion subordinative générique ne peut certainement pas avoir pour cause unique ou pour cause primaire le souci d'éviter le déséquilibre et les masses décroissantes.

§ Hypothèse du rôle de la structure informationnelle

Dans la proposition

Pierre lit la lettre que Paul lui a écrite

l'auditeur-lecteur est bombardé d'une surcharge d'information, notamment par deux thèmes et deux rhèmes : s'agit-il principalement de Pierre ou de Paul ? est-ce que le renseignement apporté est le fait de la lecture ou le fait de l'écriture ? Le rhème lui a écrite de la subordonnée est inutile et trop envahissant.

Dans la proposition

Pierre lit la lettre que lui a écrite Paul

le ci-devant rhème lui a écrit et le ci-devant thème Paul perdent leurs statut informationnel. La structure informationnelle (le rapport thème-rhème) de la subordonnée est affaiblie, pratiquement suspendue. (Nous reprendrons plus loin l'éventualité que le sujet inversé de la subordonnée acquière, à son tour, une interprétation rhématique. Le plus souvent, ce n'est pas le cas. Voir la rubrique L'inversion subordinative de mise en relief.)

Si la structure informationnelle de la subordonnée est utile ou, du moins, non gênante, il vaut mieux la laisser intacte. Par exemple, l'inversion serait fautive dans

Pierre lit la lettre que Paul lui a envoyée d'urgence

*Pierre lit la lettre que lui a envoyée d'urgence Paul

puisque d'urgence mérite le statut de rhème, même dans la subordonnée. La destruction d'un rapport thème-rhème utile est aussi désagréable que la non-application de l'inversion subordinative générique à un rapport thème-rhème gênant. La destruction d'un rapport thème-rhème utile est une espèce d'hypercorrection.

Bref, aucun mystère n'enveloppe l'inversion subordinative générique : son rôle est la simplification, le dégraissage de la structure informationnelle de la phrase entière. La règle fondamentale de l'inversion subordinative générique veut qu'on inverse le sujet de la subordonnée à moins que la structure informationnelle normale (sujet-thème * prédicat-rhème) ne soit exigée par le sens. La structure inversée est la structure neutre des subordonnées.

La simplification obligatoire de la structure informationnelle des subordonnées s'observe dans plusieurs langues, comme par exemple en japonais.

§ Limitations

Sujet inversé et objet direct

$ L'inversion est à éviter si le verbe a un objet direct non conjoint, car le sujet et l'objet direct se disputeraient la première position postverbale. Évidemment, on ne dira pas *le jour où rencontra Pierre Paul. Cependant, l'objet direct ne fait pas forcément obstacle au traitement d'une proposition à sujet inversé.

$ Un objet direct lié très étroitement au verbe (comme dans les locutions verbales, telles que faire face ou tenir lieu) ne pose pas de problème. De même, si le verbe exige deux compléments très différents dans les positions de sujet et d'objet direct, le sujet et l'objet direct peuvent être distingués avec certitude. Cette différence peut être syntaxique (personne et chose, singulier et pluriel) ou sémantique. Notons également que l'objet direct pronominal conjoint ne bloque pas le traitement du sujet inversé : le jour où le rencontra Paul.

$ Le critère décisif est la clarté. Nous citons la réflexion de Le Bidois(1952) à ce sujet. « La plupart des grammairiens déclarent que l'inversion du sujet est impossible quand le verbe est suivi d'un nom en fonction d'objet direct. Cette affirmation est beaucoup trop absolue. S'il est vrai, en principe, que la présence d'un substantif objet direct placé après le verbe constitue un obstacle réel à l'inversion du sujet (car elle entraîne la juxtaposition de deux substantifs de fonction différente, ce qui ne permet plus de distinguer avec certitude les rapports syntaxiques de chacun d'eux), nous allons voir qu'en fait cet obstacle n'est pas toujours suffisant pour empêcher l'inversion. »

$ Dans les exemples qui suivent, l'objet direct serait jugé agrammatical par les puristes, bien qu'il ne mette pas en péril l'identification du sujet :

?le bureau où écrivit Lamartine ses poèmes
?le jardin où plantait votre mère ses roses bien-aimées

$ Voir aussi la page connexe L'inversion existentielle - rubrique Inversion existentielle - conflit territorial.

Relativation profonde

La subordonnée d'un verbe de pensée ou de parole est un objet direct. Donc le conflit de l'inversion du sujet et de la relativation profonde n'est rien autre qu'un cas particulier du conflit entre sujet et objet direct que nous venons d'examiner.

$ Subordonnée fléchie

voici l'ordinateur que ma sœur voulait que Pierre achète
(*voici l'ordinateur que voulait ma sœur que Pierre achète,
*voici l'ordinateur que voulait que Pierre achète ma sœur)

$ Subordonnée infinitive

voici l'ordinateur que ma sœur a décidé d'acheter
(*voici l'ordinateur qu'a décidé ma sœur d'acheter,
*voici l'ordinateur qu'a décidé d'acheter ma sœur)

§ La postposition du sujet volumineux

La longueur du sujet peut être un motif réel de l'inversion dans la subordonnée. Nous ne lui attribuons pas le rôle primaire, mais nous reconnaissons son importance. La tâche primaire de l'inversion dans les subordonnées est la simplification de la structure informationnelle.

Nous empruntons cet exemple de la postposition du sujet volumineux à Riegel-Pellat-Rioul(1994) :

C'est ainsi que se sont succédé à ce poste [celui de bouc émissaire] peu enviable les militaires à cause de la défaite, les paysans du fait de la disette, les commerçants en raison de la vie chère, les syndicalistes grévistes, les patrons faute d'emploi, les enseignants pour mauvais résultats scolaires ou les policiers quand il y a des bavures. (Cl. Laburthe)

§ L'inversion subordinative de mise en relief

Nous venons d'émettre l'hypothèse que la tâche de l'inversion subordinative générique est de simplifier la structure informationelle de la phrase. La transformation Pierre lit la lettre que Paul lui a écrite Pierre lit la lettre que lui a écrite Paul dépouille le prédicat de la subordonnée (lui a écrite) d'un statut rhématique inutile et gênant. L'inversion subordinative générique se résume à une simple règle : inverser le sujet de la subordonnée à moins que la structure informationnelle normale (sujet-thème * prédicat-rhème) ne soit exigée par le sens. La structure inversée est la structure neutre des subordonnées.

Il ne suit pas de ce qui vient d'être dit que l'inversion ne puisse pas remplir, dans la subordonnée, une fonction plus spécifique, notamment celle de la mise en relief.

L'inversion du sujet n'est pas une méthode générale de la mise en relief. Le sujet de la proposition indépendante Pierre nous aidera ne peut pas être mis en relief par la simple inversion : *nous aidera Pierre. Il y a cependant des types spécifiques d'inversion qui offrent des solutions élémentaires pour la mise en relief dans la proposition indépendante et dans la principale. Ce sont l'inversion définitoire, que nous examinons à la page connexe L'inversion définitoire et l'inversion d'identification prédicative, qui fait l'objet de la page connexe L'inversion d'identification prédicative.

En revanche, la mise en relief par simple inversion est possible dans les subordonnées. C'est l'inversion que nous appelons l'inversion subordinative de mise en relief. Il n'y a aucune différence formelle entre l'inversion subordinative de mise en relief et l'inversion subordinative générique. Il n'y a qu'une différence d'interprétation entre les deux. Celle-là n'est qu'une version plus aigüe de celle-ci.

Les trois paires de propositions ci-dessous servent à illustrer l'inversion subordinative de mise en relief. Dans chaque paire, la première réponse illustre la structure informationnelle neutre et la deuxième réponse illustre la mise en relief par simple inversion du sujet. La mise en relief par simple inversion du sujet n'est possible que dans la subordonnée.

que veux-tu que fasse Pierre ? - je veux que Pierre vienne
qui veux-tu qui vienne ? - je veux que vienne Pierre

d'où viennent ces ronflements ? - du bureau où Pierre dort depuis hier
quels sont les bureaux déjà pris ? - le bureau où travaille Pierre et le bureau ou travaille Paul

que faut-il faire de cette paperasse ? - il faut que ces prospectus soient distribués
en quoi consistera notre campagne publicitaire ? - il faut que soient distribués ces prospectus

Exemples

§ Source

La majorité des exemples de cette page sont tirés de Le Bidois(1952) et de Le Bidois(1967).

L'auteur des citations anonymes est Proust.

§ La subordonnée relative

Que complément prédicatif

ce seul fantôme digne de hanter notre vie que reste une passante dont nous ne savons rien
ces lieux merveilleux que sont les gares
cette belle chose romantique que peut être un rocher dans la tempête
cette chose une que semble l'univers
cette femme perfide qu'Odette était pour Swann
des questions sur ce que ma vie et mes études avaient été
l'impression est pour l'écrivain ce qu'est l'expérience pour le savant
le lieu de supplice qu'est une demeure nouvelle
les leçons d'élégance que lui avait été la conversation d'Elstir
vous serez peut-être ce qu'eût pu être un homme éminent du passé

Que objet direct

avec cette ardeur que gardent intacte les projets inexécutés
ce supplice que lui infligeait ma grand-tante
écoutez cette histoire, que me racontait mon père
l'expérience de ce que nous offre de plus mystérieux la beauté qu'on désire
l'invitation que me valurent [...] quelques paroles qui lui firent penser que j'aimais les arts
la disgrâce que lui vaut son rôle dans les massacres
la douleur que peut lui causer l'amour qu'il ressent
la réputation qu'a le français d'être la langue de la clarté
la vie est semée de miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment
la voiture que conduisait le pilote finlandais a été déclassée
le journal que lisent la plupart des téléspectateurs
le système que mettrait en place le parti conservateur
les filles que connaît ton frère
pareil à celui qu'ont de la folle dépense qu'ils viennent encore de faire, les prodigues
pendant le temps interminable que mettaient autrefois à nous faire poser les photographes
songes-tu à ce que signifient ces mots : levée d'ancre (Gide)

Que complément non prépositionnel

les semaines que m'a coûté ma recherche (Romains)
pendant les quinze jours que dura la dernière maladie de ma tante

Que temporel

à l'instant que résonnaient dans son esprit les paroles de sa belle-mère (Mazeline)
le matin que parvint la dépêche annonçant leur arrivée

Qui ou quoi précédé d'une préposition

ce sans quoi il serait impossible de
ces hommes [...] sur qui pleuvait déjà le feu du ciel
comme un naufragé de qui a paru s'approcher un vaisseau
comme une princesse de tragédie, à qui pèseraient ces vains ornements
elle trouvait mille sujets sur quoi interroger son beau-père (Mauriac)
Françoise au secours de qui venait alors tout un atavisme de rapacité
il était de ceux à travers qui se jouait le sort de Shanghai
l'âcreté du terreau mouillé sur quoi fermentaient les feuilles mortes (Genevoix)
Montaigne [...] chez qui est présent le sang juif (Thibaudet)
quelque chose sur quoi baser une nouvelle théorie
un moineau à qui manquait une patte (France)
un souverain entre les mains de qui se mêlaient tous les fils de la politique européenne

Lequel précédé d'une préposition

ce bonheur vers lequel se tendaient toutes mes forces
comme un cygne ou un saule en lequel a été changé un Dieu ou une nymphe
des cannibales aux mains desquels étaient tombées des femmes indigènes (Dorgelès)
jours interminables, au fond desquels bourdonne la volupté des nuits (Rolland)
l'état dans lequel était Robert
l'escalier le long duquel l'avait suivi un domestique à face blême
l'illusion sur laquelle reposaient les douleurs de l'amour
l'un des buts entre lesquels oscillait mon hésitation
la foule au milieu de laquelle se déroulait lentement le cortège
la timide interrogation à laquelle répondait la petite phrase
la vivacité avec laquelle la saisissait la tentation irrésistible d'un plaisir
le lit dans lequel a dormi la cousine de la reine
le mail entre les arbres duquel apparaissait le clocher de Saint-Hilaire
un mantelet de jais par-dessus lequel pendait une étole d'hermine
un règlement en lequel viennent se résumer les innombrables exemples de ce qu'on appelle la jurisprudence médicale (Duhamel)
visiteurs auxquels vint se joindre mon ancien camarade Bloch

Quoi

ce à quoi aspirait mon imagination
ce doux rayonnement à quoi se reconnaissent les créatures nées pour aimer sans réserve (Chevallier)
cette isolation du poète à quoi mène l'ésotérisme (Gide)
le caractère industriel vers quoi tendait décidément la guerre moderne (Romains)
ses lèvres, vers quoi montaient des paroles fiévreuses (Troyat)
une confession générale de son infidélité contre quoi ne pouvaient prévaloir les serments particuliers qu'elle me faisait


elles portaient au bras de larges paniers d'où sortaient des têtes de poulet par-ci, de canards par-là (Maupassant)
je n'ai pas le sou pour aller au café où les collégiens vont (Vallès)
des collines où chantent les vendangeurs, des forêts où sautillent les rouges-gorges, des métairies vers lesquelles retournent les troupeaux (Benoît)
à l'heure où se profile déjà un scrutin législatif anticipé
dans la région où croît le mélèze
dans un temps où me paraissaient bien inaccessibles les mystérieux Guermantes
l'agitation où le mettait la présence d'Odette
la chambre où se trouvaient déjà Piere et Paul
la fenêtre par où entrait le clair de lune
le berceau où dormait ton frère
le jour où aura lieu la révolution
le jour où ont pris fin les hostilités
les campagnes commencent où finissent les villes, simplement (Gide)
les demeures d'où ne sortent plus guère les vieillards fatigués
sommeil où achèvent de se graver les choses qui nous effleurèrent seulement
Toscane : un pays bénit des dieux où s'unissent mieux que nulle part ailleurs la nature et la culture (J. d'Ormesson)
un château où avait séjourné Mme de Sévigné
un des plus nobles autels où pût s'accomplir une cérémonie surnaturelle
un ton où perce l'ironie

Dont

après une nuit dont demeurèrent secrètes les péripéties (Mauriac)
l'angoisse affreuse dont nous étreignait un malheur inattendu
la façon dont était morte ma grand-mère
la splendeur dont nous semblent revêtus les gens que nous fréquentons
la sueur dont ruisselait le cheval
les forces dont dispose encore le belligérant
les injures et les brutalités dont furent victimes celles et ceux qui restent à la garde de la foi (Barrès)
les mille riens dont se compose son farniente
Mme Swann dont flottait jusque sur les genoux du baron le magnifique manteau couleur pensée
son éternel fichu de laine, dont pendaient les pompons crasseux (Dorgelès)
tant de gens du monde dont se moquait Saint-Loup
un rythme [...] dont ne soient absentes ni une certaine gaillardise, ni une certaine insolence (Romains)

Comme

$ Être

la beauté de leurs phrases est imprévisible, comme est celle d'une femme qu'on ne connaît pas encore
lâche comme l'est tout journaliste stipendié
les automobiles élégantes comme étaient les anciens attelages
un mot grave dit sérieusement, comme venait de l'être le mot bonheur
une réalité donnée et poétique [...] comme est la lumière spéciale à une certaine heure
vides, comme semblait l'être sa blouse, comme devait l'être sa tête (Jaloux)

$ Être - avec valeur causale

fou comme était M. de Charlus, il les eût envoyés au hasard à un officier quelconque

$ Faire

elle aurait pu s'arranger pour se trouver sur son passage, comme n'avaient point manqué de le faire plusieurs femmes, dites honnêtes, de la garnison (Benoît)
il faut les disposer comme font les Japonais
il le portait exactement comme l'eût fait l'habitant de Combray
notre œil chargé de pensée, néglige comme ferait une tragédie classique, toutes les images qui ne concourent pas à l'action

$ Avoir

avec une honnête rudesse comme en avait l'Allemagne d'autrefois
avec quelque chose d'ardent et de fané comme en ont les filles de faubourg
une chair un peu rosée comme seules en ont les blondes (Benjamin)

$ Autres verbes

ce jeune auteur écrit comme écrivent les auteurs classiques
comme apparaît au ciel un phénomène astral
comme dans une petite ville se lient le professeur de seconde et le notaire qui aiment tous les deux la musique de chambre
comme l'a écrit Platon
comme se modèle au gazouillement des parents chardonnerets celui des petits chardonnerets récemment nés
enfouie sous la couverture déformée comme ne se déforment que les vêtements (Giraudoux)
une de ces agapes fraternelles comme en tenaient les premiers chrétiens (Barrès)

$ Comme sans antécédent (verbes cognitifs)

comme aiment à dire les nietzschéens prétentieux (Romains)
comme aurait pu le dire mais ne l'eût pas dit un grand seigneur français
comme dit l'expression populaire
comme le croyait ce polémiste simplificateur de Nietzsche (Romains)
comme le proclament les oiseaux
comme n'avait cessé de le répéter Mme Cottard
comme s'exprime la loi de 1945

§ La subordonnée interrogative

Dans la subordonnée interrogative, l'inversion du sujet est obligatoire, interdite ou facultative selon le jeu de certains critères. Voir la page connexe Les subordonnées complémentales interrogatives. Les inversions non subordinatives ne prennent donc effet que dans les cas où les règles spécifiques de la subordonnée interrogative sont muettes,

Qui

(il voulait savoir) de qui était l'œuvre qu'il avait entendue
Swann ne put arriver à lui faire dire quelle était cette époque
allez donc savoir qui était ce lieutenant anglais

Ce que, ce qui

nous croyons savoir exactement ce que sont les choses et ce que pensent les gens
on ne sait pas ce que veut la nouvelle direction

Quoi

lui apprendre en quoi consistait la beauté artistique
quant à savoir en quoi consistait l'impossibilité où était Françoise de dire l'heure exactement

Quel - complément prédicat

je ne savais pas quels devaient être les convives
on savait quelles avaient été les fréquentations de son père
rappelle-toi de quel bois se chauffe Pierre

Quel - épithète

Dieu savait-il quel jeune arbre aurait donné ce germe mort ? (Mauriac)
j'allais en secret me faire expliquer par la duchesse [...] sur quel modèle avait été confectionné ce qui avait plu à Albertine
je me demande à quelle heure commence le spectacle
je me demande quel journal lisent les hommes d'affaires
je ne me suis pas demandé avec quelle puissance y était exprimé le sentiment religieux
je ne sais pas à quelle heure partiront les invités
je sentis quelle fatigue était pour moi cette présence perpétuelle, insatiable de mouvement et de vie
je veux savoir dans quelle voiture iront les autres
on verra de quel bois se chauffe Pierre
savoir dans quel sens s'orientaient les destins du jeune homme
vous savez quelle femme, quel être adorable, quel ange est Odette


dites-moi où conduit ce chemin
j'ignore d'où s'échappent les gémissements
je me demande où va notre argent

Comment

(cela) montre combien importante paraît la chose en question à celui qui la déclare sans importance
il me demandait comment était telle personne de service
je me demandai comment s'appelait cet endroit
je n'aurais même pu dire comment était Mme de Guermantes

Combien

ceux qui ne savent pas combien sont volontiers graves les propos de certains enfants (Gide)
elle me permit de constater combien était déjà avancé mon retour vers l'indifférence
il savait combien peu comptent les jours d'épreuves dans la longue histoire de l'Église (Rolland)
nous avons montré combien est malaisée la définition d'un mot (Vendryes)
on voit combien pleinement réussit l'expérience (Giraudoux)
sais-tu combien coûte ce livre ?
si nous songeons combien est forte dans la vie des hommes la proportion de souffrance

§ La subordonnée complémentale - cas sujet et objet direct

c'est que m'a toujours gêné dans l'œuvre d'autrui tout ce qui n'est pas essentiel (Gide)
dans l'espoir que viendra l'insecte indispensable
des réchauds allumés çà et là pour empêcher que se refroidissent les plats des retardataires
elle attendit que se calmât un peu son allégresse (Troyat)
en attendant que fussent achevées ces robes
en voyant que se laisse contaminer un esprit aussi honnête que le sien (Gide)
il faut qu'arrive le jour de la séparation
il m'arrivait parfois de souhaiter que par un miracle entrassent auprès de moi [...] ma grand-mère, Albertine
il suffisait que courût la nouvelle d'un revirement russe et d'une intervention américaine (Saint-Exupéry)
je n'aurais souhaité que vînt me dire bonsoir une mère plus belle et plus intelligente que la mienne
je ne me rappelais plus qu'une demi-heure auparavant me persécutait encore la crainte
je savais que là résidaient des châtelains
je souhaitais que passât une paysanne que je prendrais dans mes bras
je veux que soit mis fin à cette bagarre
le chagrin de voir que ne m'était pas rendu le sentiment que j'avais pour Mme de Guermantes
la crainte que n'y fût cachée quelque question à laquelle il eût été impoli de ne pas répondre
le Président souhaite que cessent les violences
le ministre exige que soient réalisées toutes les réformes promises
(le nom de la gare) m'annonçait seulement qu'allait apparaître un quinquagénaire étrange
les chefs des partis déclaraient que s'ouvrait là une vraie possibilité de créer une coalition
mais à celle que lui causait le souvenir de ma grand-mère [...] je sentis que cette fois s'en ajoutait une autre, qui avait trait à moi
on eût dit que brusquement s'ouvrait l'écluse particulière de je ne sais quelle commune mer intérieure inconnue (Gide)
Passavant voudrait que, dans le premier numéro, paraisse quelque chose de très libre et de très épicé (Gide)
plus d'un pensera que sont arrivés les temps prédits par l'Apocalypse (Romains)
pour ne pas empêcher que renaquît ma bonne intention
songer que fût guérie la petite rechute qu'avait causée la découverte
voici qu'approchent les jours anniversaires de Munich (Mauriac)

§ La subordonnée complémentale - cas prépositionnel

certains s'étonneront peut-être qu'aient pu se conserver si tard ces formes incommodes et quasi paléontologiques de l'humanité (Gide)
combien de temps faudra-t-il pour que soient comblés de tels vides (Maulnier)
il était trop tard pour que recommençât leur torture (Maupassant)
il suffit d'un mot pour que tourne la rose des vents et se déchaîne la tempête intérieure
il suffit que j'y pense pour que m'en revienne le goût (Duhamel)
il y a bien des chances pour qu'arrive ce que j'aurai le plus réellement voulu (Romains)
je condescendrais à ce que me fût présenté le duc
qu'à moi fussent réservées de si gracieuses aventures, j'en ressentais un orgueil fou (Gide)
une génération suffit pour que s'y ramène ce changement qui en des siècles s'est fait

§ La subordonnée temporelle

Quand

quand arrivaient les pluies et les brumes
quand déjà pétillait et flambait le bûcher (Verlaine)
quand me saisit le désir de revoir le côté de Guermantes
quand ne sont pas encore fondues les dernières boules de neige
quand paraissait épuisé le pouvoir qu'avait de le faire souffrir un des mots prononcés par Odette
quand passent les cigognes
surtout quand se posent pour l'auteur des problèmes de structure (Romains)

Lorsque, alors que

alors que monte la lune entre les vitraux (Giraudoux)
dès les années 1920, lorsque naît le mouvement nationaliste
lorsque furent jouées devant moi les premières œuvres de ce jeune homme
lorsque retentit le premier coup de canon (Romains)
lorsque se furent éloignées les dernières voitures (Mauriac)
tous se plaignaient de ne point gagner suffisamment, lorsque entra un homme de taille moyenne (Flaubert)

Tandis que

tandis qu'à la porte les attendaient leurs automobiles
tandis qu'échappent à ma mémoire les trésors les plus gracieux (Gide)
tandis que dans la rue continuaient les cris rendus tout à fait confus par notre conversation
tandis que par moments s'y promenaient çà et là de grandes ombres bleues

Chaque fois que

à chaque fois que revenait cette contradiction si étrange

Tant que

tant qu'avait duré sa maladie amoureuse
tant que sont encore en vie les êtres que nous aimons le mieux

Avant que

avant même que fût séchée l'encre du décret

Après que

après qu'avaient retenti les deux coups

Dès que

dès que me plaît un objet

Pendant que, cependant que

cependant que décline le sentiment qui n'est plus qu'un souvenir
cependant que s'allument des myriades de lumières (Maurois)
pendant que m'étreignait horriblement le cœur ce souvenir
pendant que s'enlisent les négociations
pendant que se préparaient les bals du quatorze (Romains)

Durant que

durant que me parlait cet homme (Carco)

Jusqu'à ce que

jusqu'à ce qu'ait été un peu oubliée la déception de l'accomplissement
nous resterons là jusqu'à ce que cesse la pluie

Depuis que

depuis qu'avait commencé ma revue de presse allemande (Giraudoux)
depuis que sont morts ta pauvre maman et ton père (M. Prévost)

Aussitôt que

aussitôt qu'y retournerait Gilberte

Au fur et à mesure que

au fur et à mesure que s'effacerait mon ennui

Maintenant que

maintenant qu'aux conversations cadencées des diplomates [...] avait succédé l'élan furieux de la guerre
maintenant qu'était impossible à jamais la consolation de mille baisers
maintenant qu'est venue l'heure de l'impartialité et de la vision tranquille (Thibaudet)

À peine...que

à peine avez-vous passé la statue de la Liberté que, par sans-fil, s'abattent sur vous les télégrammes de bienvenue (Morand)
à peine étions-nous assis que bondissait sur la piste un poney tout harnaché (Alain-Fournier)

Comme temporel

comme vacillait le dernier regard de ses yeux de pauvre homme (Dorgelès)

En même temps que

en même temps que mourait cet immense espoir (Malraux)

Négation avec que

je n'avais pas vingt ans que déjà m'apparaissait cette vérité consternante (Gide)
nous n'eûmes pas plutôt franchi le seuil que surgirent devant nous deux énormes agents de police (Gide)

§ La subordonnée causale

cet ensemble merveilleux parce qu'y voisinaient les aspects les plus différents
comme maintenant, l'usage du téléphone étant devenu courant, autour de lui s'était développé l'enjolivement de phrases spéciales
de peur que ne fût coupée sa retraite (Mazeline)
il est d'ailleurs remarquable, puisque s'offre l'occasion de le remarquer (Maeterlinck)
le théâtre classique [...] n'était possible que parce qu'existait un public dont les cadres n'étaient pas brisés par une philosophie négative
non que paraissent bien indispensables les pages que j'y écrivis (Gide)
parce qu'à l'expérience de finesse et d'enjouement avait succédé une involontaire, une inconsciente expression
parce qu'en avait été retranchée l'existence d'Albertine
parce que s'y reformait à tout moment la douleur que grand-mère avait soufferte
puisque toujours, partout et très légitimement, se poursuit l'examen de conscience du régime (Maurras)
si on s'arrête, ce n'est pas que manquent les sujets de plaintes (Hazard)

§ La subordonnée finale

afin qu'eût tout le recul, tout l'élan nécessaire pour me frapper de nouveau, l'idée qu'Albertine était morte
afin qu'y expient leurs crimes ces méchants (L. Daudet)
afin que fussent renouvelées ces impressions si vives mais trop brèves
afin que plus tard se sente moins seul dans sa détresse tel autre, désespéré comme moi, qui me lirait (Gide)
afin que se manifestât son pouvoir (Rolland)
afin que soit baigné de lumière un être unique (Mauriac)
d'autres insistaient pour que sonnât le tocsin (Mauriac)
j'ai tout fait jusqu'ici pour que ne s'y mêle aucune arrière-pensée d'intérêt (Romains)
l'administration a pris des mesures pour que cessent de telles pratiques
la campagne a été entreprise pour que renaisse l'esprit de solidarité nationale
pour qu'en jaillît, mauve et satinée, sa fleur sonore
pour que cessât l'abominable incertitude (Kessel)
pour que meure ce jour lugubre, ce jour de néant (Barbusse)
pour que pousse l'herbe non de l'oubli, mais de la vie éternelle

§ La subordonnée consécutive

de sorte que le contact ne s'établisse jamais entre le poète et la nature (Gide)
de sorte que, pendant quelque temps, ne fut pas changé l'ordre qu'il avait suivi
dissocier l'amour du désir, au point que presque m'offusquait l'idée de pouvoir mêler l'un à l'autre
je devenais aussitôt léger comme lui, au point que me soulevait chaque brise (Jaloux)

§ La subordonnée adverbiale à sans que

combien d'heures demeurait-elle étendue sans que la délivrât le sommeil (Mauriac)
la réunion s'est terminée sans qu'aient été débattues les questions les plus importantes
nous attendrons ensemble la mort sans que nous puissent jamais séparer les choses accomplies (Mauriac)
sans qu'en fût à peine augmenté l'essoufflement que me donnait l'exercice
sans que battît mon cœur
sans que se brisât sa douceur, sans que se répandît et s'évaporât sa vertu volatile
sans que se rompe le silence (M. Prévost)

§ La subordonnée conditionnelle

à moins que dans l'intervalle ne fût entrée Mme Verdurin
comme si avait passé un télégraphiste
comme si dans un ciel gris s'était formé un arc-en-ciel
comme si déjà était en lui la corruption qui travaillait Mathilde (Mauriac)
comme si grandissait en même temps le prix du calmant
comme si lui avait parlé l'oiseau de ce sublime Siegfried
comme si s'ouvrait en moi le soupirail de l'abîme (Gide)
même si lui ont été prodigués les moyens et les chances de survivre (Romains)
pourvu que ne soit pas entré dans son aventure quelque garçon que je ne connaissais pas du tout (Romains)
pourvu que soit écrasée, une fois, rien qu'une seule fois, la monstrueuse malice ! (Bernanos)
quand même reviendrait une de ces révolutions qui ont si souvent ensanglanté l'histoire de France
si alors passait la princesse de Guermantes
si en eux résidait déjà une bonne part de l'œuvre d'art qu'ils porteraient
si jamais venait à se former quelque chose que l'on pourrait appeler l'Europe (Duhamel)
si seulement me restait un peu plus de temps pour écrire (Gide)
si vraiment est revenu le temps des longs désastres historiques (Romains)
soit que je me sentisse trop fatigué, soit que m'attirât davantage, dans les petites rues, le spectacle de la débauche et de l'ivresse (Gide)

§ La subordonnée concessive

La subordonnée concessive totale

bien que commençât le crépuscule de cette journée (Giraudoux)
bien que dans leur conversation résonnât une rumeur qui ne semblait pas nouvelle
bien que fût toute voisine la Via Gregoriana où j'avais pu trouver à louer une chambre (Gide)
bien que n'y apparussent pas les beautés alpestres de l'hôtel
le chien gémissait toujours, bien qu'eût cessé tout bruit de pas (Mauriac)

La subordonnée concessive partielle

$ quoi

quoi qu'en disent les journaux
quoi qu'en pensent les gens du monde
quoi que puissent découvrir les chercheurs

$ quelque * nom * que

avec quelque dégoût que pût s'exprimer Pierre
de quelque jalousie que soit torturé Pierre
de quelque personne importante que lui parle Pierre
en quelque endroit que se trouve Pierre
quelque joie que pût me donner son retour
quelque observation que lui fît le directeur

$ quel

quel que fût le garçon qu'elles eussent pour cible
quelle que fût la femme dont je rêvais

$

où que se rende Pierre
où que s'exerce son sadisme
où que se porte mon regard
où qu'il regardât dans la maison

$ si

de si bonne heure que se fût réveillé Pierre
de si humble extraction que soit Pierre
si calme que fût son attitude
si chaud qu'ait été le soleil
si épineuse que l'aient faite les raisonneurs (Brunot)
si épuisé par les guerres que soit le peuple
si enviable que parût sa situation
si exclusive que doive être son école
si intimidant que fussent toujours pour moi les repas
si mal qu'en fût établie l'importance
si peu de doute qu'eût dû lui laisser mon silence
si rapidement qu'ait agi mon instinct
si rapidement qu'eût agi mon instinct de conservation
si rapidement que se succédassent ces hypothèses contradictoires (Bernanos)
si rapidement que se succèdent les camions
si riche et belle que soit Marie
si secrète que restât la tragédie bourgeoise qui s'y jouait (Rolland)
si singulier que lui parût l'interlocuteur
si usées que soient ces expressions

$ aussi

aussi interminables que lui parussent les soirées (Mauriac)
aussi maître que fût Beckett de lui-même (Kessel)

$ pour

pour justes qu'aient pu paraître leurs appréciations (Gide)
pour sagement rédigé que soit un tel code (Duhamel)
pour si dissemblables que soient les éditions déjà parues de la chanson de Roland (Bédier)

§ La subordonnée comparative

Ainsi que

ainsi que font les faibles qui se noient (Rolland)
ainsi que le faisait justement observer le notaire (Chevallier)
ainsi que le lui recommandait son devoir (Benoît)

Comme

il grattait légèrement comme ferait un enfant avec son ongle (Maupassant)

Tel que

la misère humaine [...] telle que l'avaient pu sentir les hommes d'autrefois (France)
le type d'une femme, tel que l'ont défini sa coquetterie et sa conception égoïste de la beauté
un de ces péchés compliqués tels qu'en contient la Somme des confesseurs (Huysmans)

De même que

de même que s'était formée sous la Restauration la légende napoléonienne, se forme sous le Second Empire la légende du parlementarisme rédempteur (R. H. de la Montagne)

Aussi...que

aussi complètement clos qu'avait été chacun de mes amours
il éclata d'un rire aussi énorme que le lui permettait la conformation de son gosier (Romains)
il m'apprenait [...] qu'un ouvrier est tout aussi bien un monsieur que ne l'est un homme du monde
l'absence de doute divise le temps en tranches aussi menues que le ferait l'angoisse
quelque chose d'aussi triste que m'avait paru jadis de ne plus aimer un jour Albertine
restant aussi indifférent aux avances des autres jeunes gens, que restent stériles les fleurs hermaphrodites

Autant que

autant d'épisodes qu'en comporte un songe bien peuplé (Colette)
ces sentiments désappointèrent presque autant M. de Charlus que l'agaçait l'expression d'une paysannerie un peu conventionnelle
étaler son philistinisme [...] avec autant d'ardeur qu'en met un snob à cacher le sien (Thibaudet)
il en était l'ennemi tout autant qu'étaient les dreyfusards
je n'existe qu'autant que m'abreuvent les fontaines de mes racines (Saint-Exupéry)
l'étrange me sollicite autant que me rebute le coutumier (Gide)
me faisait éprouver autant de joie qu'aurait fait la sonate si je ne l'avais pas connue

D'autant plus que

la France en avait d'autant plus besoin que s'était universalisée, dans toutes les classes, l'habitude du café

Plus que, moins que, meilleur que, mieux que

Andrée pouvait me dire plus de choses sur Albertine que ne m'avait dit Albertine elle-même
bien plus que m'eût fait souffrir la peur de perdre la vie
c'était plus qu'en pouvait supporter Octavie (Mauriac)
ces expériences [...] persuaderaient mieux Gilberte [...] que ne ferait le ton d'indifférence
ces rêves sont moins douloureux que ne serait une entrevue qui pourrait être suivie de jalousie
elle a [...] des données plus précises que n'en ont généralement les restaurateurs
il la regardait plus tendrement que n'avaient jamais fait Édouard ni Douviers (Gide)
j'ai ramassé plus de champignons que ne pouvait en contenir mon panier
je me dis que j'étais moins déraisonnable que ne trouvait ma mère
meilleur thérapeute que n'eût été son mari
plus douce que ne sont d'ordinaire les jeunes filles de l'aristocratie
plus fardée aussi que ne le comportaient et les circonstances et les usages (Romains)
plus remplis d'événements que ne l'est souvent toute ma vie
son beau regard cerné par l'habitude de Debussy, plus que n'aurait fait celle de la cocaïne

Non plus que

il ne paraît pas que le roman pur ait à s'en occuper [...] non plus que ne fait le drame (Gide)
l'émotion que j'y puisais n'était sans doute point d'ordre uniquement religieux, non plus que n'était d'ordre purement littéraire celle que me versait l'Iliade ou l'Orestie (Gide)

Plutôt que

ma fange ainsi la tachera plutôt que ne me blanchira Sa lumière (Gide)

Davantage que

il ne me parut point possible qu'un vivant le fût davantage que ne me semblait l'être M. de Marais (Hermant)

Autre que

un Charlus, autre que n'était le baron, eût été indigné

La comparaison proportionnelle

autant sont probants les exemples de mots obscurs, autant sont contestables les exemples de clarté (G. Esnault)
plus s'affaiblissaient ses facultés, plus s'affermissaient ses convictions politiques (Gyp)
plus voluptueusement se présentait à nous chaque instant, plus insensiblement coulait l'heure (Gide)

§ L'inversion subordinative générique dans la mise en relief

c'était par derrirère, de ce côté-là, que devait être la maison de Mme Arnoux (Flaubert)

§ Autres exemples en vrac

afin que cesse la violence
aussi interminables que lui parussent les soirées (Mauriac)
aussitôt après qu'a été connue sa mort
chacun sait le destin qu'ont connu ces prévisions
combien d'heures demeurait-elle étendue sans que la délivrât le sommeil (Mauriac)
comme en témoigne l'intervention de M. Dupont
d'autres insistaient pour que sonnât le tocsin (Mauriac)
elle goûte la mort autant que la peut goûter une vivante (Mauriac)
elle n'ont pu avoir lieu que parce que s'est développé un sentiment d'indifférence
elle se couchait dans la brande pour attendre que fût passée une bicyclette (Mauriac)
en face de l'immeuble où est mon bureau
est-ce que vraiment la terre est aussi belle que le racontent les oiseaux (Gide)
l'effort que je demande aux Français ne sera supportable que s'il est justement réparti, bref si joue pleinement la solidarité nationale
la place où se trouve l'entreé du musée
M.Bergeron exprime tout haut ce que pensent certains syndicalistes (France)
nous te garderons tant que durera la guerre
sans que puisse être brandie en riposte la menace nucléaire
tout en soulignat combien difficile était la tâche

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