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TITRE
La proposition - fondements (447)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Le syntagme proposition (445)
La proposition simple (446)

PAGES SŒURS
La proposition - fondements (447)

SOMMAIRE
Introduction
La grammaticalisation du verbe
Schémas de rection
Actants - psychologie normalisée
Sujet - actant obligatoire
Les cases entourant le verbe dans la proposition
Les câblages du verbe
Codification des cases et des actants - grammaire et lexique
L'ambigüité des mots « sujet » et « objet direct »
La grammaticalisation de la proposition
Polyphonie de la proposition
Grammaticalisation syntagmatique
Grammaticalisation informationnelle
Coexistence des structures informationnelle et syntagmatique
Structures informationnelles canonique et marquée
Les aspects statiques de la proposition
La proposition déséquilibrée
La proposition déséquilibrée - définition
La répugnance pour la proposition déséquilibrée
Déséquilibre, subordination et inversion
Le déséquilibre extrême
Le déséquilibre - renvois
Le principe des masses croissantes
Définition et exemple
Les masses croissantes - renvois
L'interrogation thématisée
Les modalités propositionnelles

Introduction

Les quatres fondements de l'étude de la proposition sont

-la grammaticalisation du verbe
-la grammaticalisation de la proposition
-les aspects statiques de la proposition
-les modalités propositionnelles

La grammaticalisation du verbe

§ Schémas de rection

Pour l'étude détaillée de la rection, voir les pages connexes La rection.

Le schéma de rection d'un verbe est la liste des actants qu'il régit. Les actants possibles sont l'actant sujet normal, l'actant objet direct, les autres actants aprépositionnels, l'actant objet indirect, l'actant sujet existentiel, l'actant prédicatif et les actants prépositionnels.

Le verbe peut avoir plusieurs schémas de rections. Voir l'étude des schémas de rection d'une vingtaine de verbes complexes à la page connexe Catégories verbales et verbes multistructurels.

§ Actants - psychologie normalisée

Les actants du verbe traduisent des rapports prélinguistiques. Les actants du verbe sont des rapports prélinguistiques normalisés, simplifiés. Nous disons aussi que les actants du verbe représentent des traits psychologiques du verbe. Les actants du verbe sont codifiés dans le lexique. Les traits psychologiques eux-mêmes ne font l'objet ni de la grammaire ni du lexique.

Les traits psychologiques du verbe sont des objets non linguistiques ou prélinguistiques. Les actants du verbe sont des objets linguistiques.

Il y a une vague correspondance entre les actants et les traits psychologiques du verbe. Par exemple, l'actant sujet est presque toujours celui dont la participation est la plus importante, la plus centrale, la plus active.

§ Sujet - actant obligatoire

Il y a une grande diversité de schémas de rection. Il y a une seule règle universelle : tout verbe prend un sujet. Nous remettons le problème des verbes impersonnels à la page connexe Les verbes impersonnels.

§ Les cases entourant le verbe dans la proposition

Dans la proposition, le verbe est entouré du sujet et des constituants du groupe verbal. Le sujet de la proposition présente la particularité qu'il correspond à un actant du verbe tout en ne faisant pas partie du groupe verbal. La manière dont les cases grammaticales entourent le verbe dans la proposition est codifiée dans la grammaire syntagmatique.

Il y a une correspondance (presque) biunivoque entre les cases grammaticales de la proposition, codifiées dans la grammaire, et les actants du verbe, codifiés dans le lexique. Les cases grammaticales entourant le verbe sont la case sujet normal, la case objet direct, les autres cases aprépositionnelles, la case objet indirect, la case sujet existentiel, la case prédicative et les cases prépositionnelles.

On verra dans l'étude de la passivation qu'il y a une case sans actant correspondant : c'est la case d'agent passif. L'agent passif ne fait pas partie du schéma de rection du verbe. Il serait absurde de prétendre que l'agent passif soit codifié dans l'entrée lexicale de chaque verbe transitif.

§ Les câblages du verbe

Le câblage du verbe est la manière dont les actants du verbe sont branchés sur les cases grammaticales de la proposition. Les cases entourant le verbe en tant que constituants de la proposition sont des « prises femelles » ; les actants du verbe en tant que traits lexicaux sont des « prises mâles ».

Câblage primaire (ou actif)

Chaque actant du verbe est branché sur la case homonyme qui lui correspond dans la proposition : l'actant sujet du verbe est branché sur la case sujet de la proposition, l'actant objet direct du verbe est branché sur la case objet direct de la proposition, et ainsi de suite.

Câblage secondaire (ou passif)

$ Câblage passif transitif

L'actant objet direct du verbe est branché sur la case sujet de la proposition. L'actant sujet du verbe est facultativement branché sur la case agent passif de la proposition. La case agent passif de la proposition peut rester vacante (anonymat).

$ Câblage passif intransitif

Le sujet postiche il est branché sur la case sujet de la proposition. L'actant sujet du verbe est facultativement branché sur la case agent passif de la proposition. La case agent passif de la proposition peut rester vacante (anonymat). L'actant objet direct du verbe, si présent, est branché sur la case objet direct de la proposition.

il fut procédé au sacre du roi

§ Codification des cases et des actants - grammaire et lexique

Les actants du verbe sont des traits du verbe, codifiés dans le lexique. Les cases grammaticales entourant le verbe dans la proposition sont codifiés dans la grammaire syntagmatique.

§ L'ambigüité des mots « sujet » et « objet direct »

Les mots « sujet » et « objet direct » sont ambigus. C'est une ambigüité qui passe inaperçue la plupart du temps. Pour les désambigüiser, il faut établir une distinction entre « sujet lexical (ou sémantique) » et « sujet grammatical (ou formel) », aussi bien qu'entre « objet direct lexical (ou sémantique) » et « objet direct grammatical (ou formel) ». «

« Sujet lexical » et « objet direct lexical » sont tout simplement synonymes de « premier actant » et de « deuxième actant ». Sujet lexical » et « objet direct lexical » sont donc des noms de traits lexicaux. Par exemple, les deux premiers actants du verbe dévorer sont le dévorant et le dévoré. C'est un fait lexical inaliénable du verbe dévorer. Nous disons que les valeurs du sujet lexical et de l'objet direct lexical du verbe dévorer sont le dévorant et le dévoré respectivement. Le dévorant et le dévoré sont le sujet lexical et l'objet direct lexical du verbe dévorer, de quelque manière que ces deux actants se matérialisent au niveau grammatical dans une proposition concrète.

Lorsque le verbe dévorer est à la voix active, le sujet lexical (le dévorant) se matérialise dans la proposition comme sujet grammatical et l'objet direct lexical (le dévoré) se matérialise dans la proposition comme objet direct grammatical. C'est le « câblage » typique. Nous ne nous préoccupons pas ici du fait que le deuxième actant de se méfier ne devient pas un objet direct grammatical, ni du fait que le premier actant de il me souvient ne devient pas un sujet grammatical. L'important est que les deux premiers actants du verbe dévorer sont un sujet grammatical en puissance et un objet direct grammatical en puissance lorsque le verbe est à la voix active.

On sait que pour passer de la voix active à la voix passive, il faut changer le « câblage » entre les traits lexicaux et les traits grammaticaux du verbe. Le sujet lexical devient agent passif (ou est omis) et l'objet direct lexical devient sujet grammatical : le tigre dévore la gazelle devient la gazelle est dévorée par le tigre. Les traits lexicaux de tigre et de gazelle sont invariants par rapport à la passivation. Ce sont des traits inaliénables du verbe, codifiés dans le lexique, et qui n'ont rien à voir avec la manière dont ils se matérialisent dans la proposition. Nous disons que tigre est sujet lexical (sémantique) et gazelle est objet direct lexical quelle que soit la voix du verbe dévorer.

La grammaticalisation de la proposition

§ Polyphonie de la proposition

La proposition française est polyphonique. Elle comporte deux « lignes mélodiques » simultanées :

la structure informationnelle, c'est-à-dire l'opposition thème-rhème, et

la structure syntagmatique, c'est-à-dire l'opposition sujet-prédicat.

Les règles des deux structures doivent être obéies simultanément.

En fait, la proposition française obéit à une troisième contrainte : celles des aspects statiques (équilibre, masses croissantes). Voir la rubrique Les aspects statiques de la proposition sur cette page.

§ Grammaticalisation syntagmatique

Proposition canonique

La proposition canonique est obligatoirement composée d'un groupe nominal (sujet) et d'un groupe verbal (prédicat). Nous ne nous préoccupons pas pour le moment de la proposition averbale ni de la proposition sans sujet, pittoresques mais marginales, limitées surtout à des locutions figées.

Les deux faces du sujet

Notons les deux sens du mot « sujet » : le sujet est un trait lexical du verbe et un constituant du syntagme proposition.

La particularité du sujet comme constituant du syntagme proposition est qu'il fait face au verbe tout en représentant un de ses arguments. Tous les autres arguments du verbe sont situés dans le groupe verbal. La proposition Pierre aime Marie ne comporte que deux constituants : Pierre et aime Marie.

La passivation

La voix active et la voix passive sont deux méthodes de branchement entre actants (traits lexicaux) et cases grammaticales. L'étude de la passivation commence à la page connexe La passivation au sens large.

§ Grammaticalisation informationnelle

Le thème est la chose dont on parle dans la proposition ; le rhème est la précision qu'apporte la proposition à propos du thème. Le thème préexiste à la proposition à l'arrière-plan de discours ; le rhème est la nouveauté qu'introduit la proposition. Pour nous servir d'une métaphore scénique, le thème est un personnage qui est déjà sur scène, le rhème est un personnage qui entre en scène.

L'opposition thème-rhème est aussi importante que l'opposition sujet-prédicat. L'opposition thème-rhème joue un rôle dans l'inversion du sujet, dans la passivation, dans la mise en relief, dans la place des adverbes et dans plusieurs autres domaines.

L'opposition thème-rhème est plus naturelle, plus archaïque, plus universelle que l'opposition sujet-prédicat. L'opposition sujet-prédicat est un phénomène contingent. Il est plus facile d'imaginer une langue sans sujet qu'une langue sans structure informationnelle. Il est possible de communiquer sans grammaire, ne faisant que juxtaposer habilement des thèmes et des rhèmes. L'énoncé Monsieur téléphoner voiture panne rentrer tard accomplit sa mission communicative.

§ Coexistence des structures informationnelle et syntagmatique

Pour l'étude détaillée de l'inversion de sujet, voir la page connexe L'inversion du sujet.

Thème à gauche, rhème à droite

$ Le sujet est thème

la Seine coule sous le Pont Mirabeau
ma bien-aimée est belle
Paris est la capitale de la France
Pierre, Paul et Marie ont été reçus
trois problèmes épineux se posent

$ Le sujet est rhème

sous le Pont Mirabeau coule la Seine
belle est ma bien-aimée
la capitale de la France est Paris
ont été reçus Pierre, Paul et Marie
il se pose trois problèmes épineux

Rhème à gauche, thème à droite

$ Le sujet est thème

il est vrai que Pierre aime Marie
là s'arrête la ressemblance

$ Le sujet est rhème

Cette combinaison ne se produit pas.

§ Structures informationnelles canonique et marquée

Pierre aime Marie est une proposition canonique : thème à gauche, rhème à droite. Aucun effort n'est déployé pour attribuer le rôle de thème à Pierre et le rôle de rhème à aime Marie.

Il y a plusieurs méthodes qui permettent d'agir sur la structure informationnelle, c'est-à-dire de thématiser ou de rhématiser librement des éléments spécifiques de la proposition. L'inversion du sujet, la mise en relief, la passivation et le détachement produisent des structures informationnelles marquées. Nous étudions ces méthodes aux pages connexes L'inversion du sujet, La mise en relief, Détachement et thématisation, La passivation au sens large.

Les aspects statiques de la proposition

§ Les aspects statiques de la proposition - introduction

Nous abordons ici les questions de l'équilibre et des masses croissantes. Les contraintes statiques de la proposition, bien que moins impérieuses que les contraintes syntagmatiques et les contraintes informationnelles, constituent une troisième « ligne mélodique ». Voir la rubrique Polyphonie de la proposition plus haut.

§ La proposition déséquilibrée

La proposition déséquilibrée - définition

Une proposition est déséquilibrée si elle se termine sur un verbe fléchi non accentué. La proposition Pierre lit est déséquilibrée, les propositions Pierre lit le journal, Pierre essaie de lire et Pierre lit lentement ne le sont pas. La proposition aussi peu que Pierre mange est déséquilibrée, les propositions aussi peu que Pierre mange de caviar et aussi peu que mange Pierre ne l'est pas.

Les deux caractéristiques de l'élément final qui jettent la proposition en déséquilibre, à savoir le caractère fléchi et le caractère non accentué, sont d'égale importance. Si le verbe est accentué, la proposition n'est pas déséquilibrée : il y a une différence entre ce que Pierre dit et ce que Pierre fait.

Exemples littéraires du déséquilibre empruntés à Le Bidois(1952) :

Parfois au repas, son regard, à demi voilé derrière ses lunettes, se perdait ; ses puissantes mains, posées, comme sur des claviers, sur la table, s'agitaient. (Gide)
[...une chambre] où une humidité perpétuelle suintait (Proust)
...une odeur de moisi régnait (Alain-Fournier)

La répugnance pour la proposition déséquilibrée

Selon Le Bidois(1952), « le français répugne à terminer une proposition ou une phrase par un verbe à un mode personnel [...] l'instinct français, qui répugne à placer à la fin d'une proposition un verbe construit sans complément ou sans adverbe, l'emporte sur le principe de la séquence progressive selon lequel le discours procède normalement du sujet au verbe ».

Déséquilibre, subordination et inversion

Il y a une relation inattendue entre déséquilibre et subordination : la subordination relative provoque le déséquilibre chaque fois que le pivot est le seul constituant à protéger le verbe du déséquilibre. La proposition Pierre lit le journal n'est pas déséquilibrée, mais la relativation par rapport à journal entraîne le déséquilibre : le journal que Pierre lit.

Le souci d'éviter le déséquilibre est un des facteurs qui contribuent à la fréquence de l'inversion subordinative générique dans les subordonnées. Voir la page connexe L'inversion subordinative générique.

Le déséquilibre extrême

La proposition déséquilibrée n'est agrammaticale que si elle se termine sur une forme monosyllabique des verbes légers être, avoir, aller, faire. La définition de « l'insoutenable légèreté » n'est pas nette. Le verbe faire est moins léger que les trois autres membres du groupe. Parfois même les formes bisyllabiques était et avait produisent un effet désagréable. Les seules formes qui sont frappées irrémédiablement par la règle du déséquilibre extrême sont est, sont, fut, fût, a, ont, eut, eût, va, vont. Placées à la fin d'une proposition, ces formes produisent un déséquilibre à grincer des dents.

?au train dont les choses vont
?l'endroit où Pierre est
?le brillant que certaines matinées d'hiver ont (Proust)
?les idées que Pierre a
?Pierre est aussi grand que tu l'es
?Pierre ne gagne pas assez d'argent pour aller aux boîtes où Paul va
?si gentille que cette fillette fût
?une sainte, comme ma feue fiancée était

?comment est-ce que ta tante va ?
?où est-ce que mon parapluie est ?
?combien est-ce que ce tableau vaut ?

Le déséquilibre - renvois

Voir la page connexe Les fonctions du cas complément prédicatif - rubrique Le - phénomènes divers.

Voir la page connexe La mise en relief par introducteurs - rubrique Complément prédicatif - le thème averbal.

Voir la page connexe Relativation primaire - la place de la subordonnée relative - rubrique Protection contre le déséquilibre.

§ Le principe des masses croissantes

Définition et exemple

Le principe des masses croissantes veut qu'un constituant plus long ou plus complexe suive un constituant plus bref ou plus simple si l'ordre des mots reste irrésolu après application des règles syntagmatiques et des règles de la structure informationnelle (thème, rhème).

Exemple : comme la règle syntagmatique qui veut que l'objet direct précède l'adverbe n'est pas absolue, on peut faire précéder un objet direct long par un adverbe bref. (La question des adverbes légers et lourds est sans rapport avec la question des masses croissantes.)

Les masses croissantes - renvois

Voir la page connexe Compléments aprépositionnels - la place de l'objet direct - rubrique L'objet direct postposé.

Voir la page connexe Compléments du verbe - le complément objet indirect - rubrique Dissimilitude - la place de l'objet direct et de l'objet indirect.

Voir la page connexe Le sujet - rubrique Discontinuités dans le groupe nominal du sujet.

Voir la page connexe L'inversion subordinative générique - rubrique L'inversion subordinative générique - théorie.

Voir la page connexe Les fonctions du passif - rubrique Le principe des masses croissantes.

Voir la page connexe Relativation primaire - coordination - rubrique La subordonnée relative comme épithète.

§ L'interrogation thématisée

Dans l'interrogation à inversion complexe, il est préférable de thématiser par antéposition un sujet très long. Voir la page connexe Les méthodes d'interrogation - méthodes mineures - rubrique Interrogation thématisée.

Les modalités propositionnelles

Les modalités propositionnelles sont

§ l'énonciation

§ l'interrogation

§ l'injonction

§ l'exclamation

Les modalités propositionnelles s'excluent mutuellement. Le français ne connaît pas l'injonction interrogative, possible dans de nombreuses langues du monde. Pour exprimer disons-lui la vérité ! ?, on recourt à des circonlocutions telles que ne vaudrait-il pas mieux que nous lui disions la vérité ? ou faut-il lui dire la vérité ? ou simplement on lui dit la vérité ?.

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