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La réflexivité - soi, son (203)

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Les syntagmes pronominaux (167)
Syntaxe et sémantique des pronoms personnels (169)
La réflexivité (197)

PAGES SŒURS
La réflexivité - soi, son (203)

SOMMAIRE
Introduction
Soi et son
Les niveaux morphologique et syntaxique
Soi et soi-même
Lectures réfléchie et réciproque
La division du travail entre soi et la série lui
Soi - la règle de base
Les cibles de soi - vue d'ensemble
Les cibles de soi
Affinements de la règle de base
Subordonnées et ambigüité
Les fonctions grammaticales remplies par soi
Sujet
Objet direct
Argument de préposition
Complément prédicatif
Pôle de comparaison
Les emplois de soi-même
Soi-même - introduction
Soi-même exprimant le haut degré de réflexivité
Soi-même renforçant se
Soi-même corrélé avec un nom déterminé
Soi-même exprimant l'identité corrélée
Soi-même - emplois divers
Soi seul
Soi - aspects lexicaux
à part soi
garder son quant-à-soi
soi-disant
soi-même nominalisé
soi en philo, etc.
Son, pronom possessif réfléchi

Introduction

§ Soi et son

Son est non seulement le pronom possessif correspondant aux pronoms personnels lui et elle, mais aussi l'homologue possessif de soi. Voir la rubrique Son, pronom possessif réfléchi.

§ Les niveaux morphologique et syntaxique

Au niveau strictement morphologique, le rapport entre se et soi a l'air d'être le même que le rapport entre me et moi ou entre tu et toi. On est tenté de prendre se et soi pour les formes conjointe et disjointe du seul et même pronom réfléchi abstrait. Ce n'est qu'une apparence. Au niveau syntaxique, soi n'est pas simplement la forme disjointe correspondant à se. On a vu à la page connexe La réflexivité - les emplois de même qu'il y a quatre types de pronoms personnels réfléchis disjoints : la série lui, la série lui-même, soi et soi-même. En première approximation, soi et soi-même ne sont les équivalents disjoints de se que lorsqu'ils se rapportent à un sujet indéterminé, générique, abstrait.

§ Soi et soi-même

Voir la rubrique Les emplois de soi-même plus loin sur cette page.

§ Lectures réfléchie et réciproque

Le petit détail que soi est aussi un pronom réciproque s'oublie facilement. Pour tout examen de la facette réciproque de soi, nous nous bornons à signaler que la préposition entre fait ressortir cette lecture rare : rester entre soi, se rendre service entre soi.

La division du travail entre soi et la série lui

§ Soi - la règle de base

On sait que la réflexivité est le rapport entre un complément pronominal et le sujet, pronominal ou non, lorsque l'antécédent réel du complément pronominal est identique à la personne ou à la chose désignée par le sujet. Autrement dit, la réflexivité est un rapport d'identité entre deux éléments de la proposition dont l'un est le sujet.

En première approximation, on se sert de soi comme pronom réfléchi disjoint lorsque le sujet est indéterminé, générique, abstrait. Les vecteurs typiques de cette indétermination sont

certains pronoms, par exemple on,

les noms employés comme catégories (l'égoïste) et

le sujet sous-entendu de certaines subordonnées infinitives.

Nous venons de dire que soi est un pronom réfléchi correspondant à un sujet indéterminé, générique, abstrait, On voit parfois affirmé que soi est un pronom réfléchi impersonnel. Ce n'est pas tout à fait correct. Certes, c'est avec on que soi est le plus souvent corrélé, mais soi peut aussi se rapporter à de nombreux autres sujets, pronominaux ou nominaux. Pour l'étude détaillée de on, voir la page connexe Syntaxe et sémantique des pronoms impersonnels.

On verra tout à l'heure les affinements de la règle de base.

§ Les cibles de soi - vue d'ensemble

Certains pronoms et délimiteurs, tels que

aucun
certains
chacun
nul
on
personne
quiconque
tel
tout le monde

Certains noms désignant toujours une catégorie

les gens

Les noms représentant des catégories lorsqu'ils sont accompagnés de l'article défini :

l'avare
l'égoïste
l'homme
le chrétien
le générativiste

La série celui qui amenant une subordonnée relative pour désigner une catégorie

Le sujet sous-entendu de certaines subordonnées

Dans la langue courante, soi ne s'emploie pas avec les antécédents spécifiques : *Pierre a beaucoup parlé de soi ce soir.

§ Les cibles de soi

On

comme c'est bon d'être soi enfin, telle que le bon Dieu vous a faite (Anouilh)
on a souvent besoin d'un plus bête que soi
on aime dans les autres ce qu'on retrouve en soi
on cherche plus bas que soi le bouc émissaire
on croit que l'on est aimé soi, soi personnellement
on ne doit jamais s'apitoyer sur soi
on ne peint bien que soi et les siens (France)
on ne peut compter que sur soi
on se sent entre soi
on voudrait que tout le monde soit heureux et content comme soi
où est-on plus soi-même qua dans l'amour ?
quand on a ses livres avec soi
quand on emmène les gens avec soi
quand on est chez soi
quand on est infidèle à soi
quand on est livré à soi
quand on parle trop de soi
soi, on ne meurt pas (Montherlant)

Chacun

chacun doit penser à soi
chacun pour soi, Dieu pour tous
chacun prend soin de soi

Aucun, nul

nul n'est ennemi de soi

Quiconque

quiconque rapporte tout à soi, n'a pas beaucoup d'amis

Les gens

un psy n'a qu'à dire aux gens de parler de soi

Personne

personne ne s'est autant diverti de soi-même que Voltaire (Orieux)

Tout le monde

on voudrait que tout le monde soit heureux et content de soi (E. Rostand) tout le monde travaille pour soi

Les noms exprimant des catégories abstraites

charbonnier est maître chez soi
l'égoïste ne vit que pour soi
l'avare n'amasse que pour soi

Soi est agrammatical et lui est obligatoire lorsqu'on parle d'un membre spécifique de ces mêmes catégories :

ce charbonnier est maître chez lui
cet égoïste ne vit que pour lui
cet avare n'amasse que pour lui

Aucune trace visible d'un antécédent

$ Soi est corrélé avec le sujet sous-jacent d'un infinitif

c'est bien plus facile de voir un malade chez lui que chez soi
c'est gênant de voir ainsi tournailler autour de soi quand on a à causer sérieusement
c'est toujours difficile de savoir si soi, on est ou on n'est pas de parti pris
comment ne pas lire un article où il est parlé de soi ? (Vautel)
être égoïste, c'est n'aimer que soi
il était impossible de sauver sa vie sans risquer soi-même sa vie
il est dangereux de s'opposer à plus fort que soi
il est important d'être maître de soi
il est important d'être sincère vis-à-vis de soi
il est nécessaire de prendre soi-même les précautions qui s'imposent
il existe l'obligation de déclarer à la police toute personne étrangère à la famille qui réside chez soi (surtout les juifs)
il faut avoir confiance en soi
il faut être fier de soi
il faut rester soi
il faut se méfier de soi
il faut toujours donner le meilleur de soi
il ne faut pas élever les enfants pour soi, mais pour eux-mêmes
mieux vaut tenir la lumière sous le boisseau que de s'en servir pour s'exposer soi et les siens à la curiosité des badauds (Theuriet)
travailler pour soi est agréable
une guerre, c'est magnifique pour l'avancement, à condition toutefois de rester soi-même en vie (Gyp)

$ Soi est le complément objet d'un nom d'action psychologique. Le sujet de cette action n'est pas nommé.

abnégation de soi
confiance en soi
culte de soi
le souci de soi (M. Foucault)
maîtrise de soi
respect de soi
sûreté de soi

Cette construction s'emploient même lorsqu'il s'agit d'une personne spécifique : cette victoire a amélioré sa confiance en soi.

$ Soi est corrélé de façon hautement indirecte avec le sujet d'un verbe sous-entendu

c'est un col inusable se lavant chez soi et se repassant sans amidon
ces étourderies qui n'étonnent que soi (soi est corrélé avec la personne qui fait l'étourderie)
le succès ne tient qu'à soi (soi est corrélé avec la personne qui réussit)

§ Affinements de la règle de base

L'échelle d'indétermination

L'indétermination n'est pas un trait binaire. L'emploi de soi s'impose avec une force qui varie selon les types de sujet. Les différents types de sujet se situent sur une échelle d'indétermination.

$ Avec on, l'emploi de soi est obligatoire et l'emploi de la série lui est impossible :

*on ne doit jamais s'apitoyer sur lui.

$ L'emploi de soi est également obligatoire lorsque le sujet est un « on » virtuel :

*il faut conduire en regardant droit devant lui

$ Avec un nom désignant une personne ou une chose déterminée, l'emploi de la série lui est obligatoire (ou presque) et l'emploi de soi est impossible (ou presque) :

elle n'est jamais chez elle le dimanche
il avait sur lui des effets appartenant à son frère
il est tout content de lui
il était hors de lui
il laissa derrière lui les lumières
il n'est plus lui-même
il se croyait aimé pour lui-même
il t'emmènera avec lui
l'auteur parlera de lui ce soir
maître de lui
sûr de lui et dominateur

Toutefois, on peut se servir de soi pour insister sur la forte réflexivité de l'action, surtout dans la langue littéraire :

elle redevint maîtresse de soi
il fit une réflexion à part soi
il ne pense qu'à soi
il regardait droit devant soi
il regarde autour de soi

L'emploi de soi n'est pas permis avec chacun des.

$ Entre les deux points extrêmes de l'échelle, il y a une zone où soi et lui sont tous deux possibles. Les pronoms chacun, aucun et celui qui sont situés dans cette zone.

après cette conversation, chacun s'en retourna chez lui
c'est tout un monde que chacun porte en lui (Musset)
ceux qui ne pensent qu'à eux(-mêmes)
chacun d'eux ne pense qu'à lui-même
chacun de ces prévenus occupait à lui seul un panier à salade (Balzac)
chacun porte au fond de lui comme un petit cimetière de ceux qu'il a aimés (Rolland)

Registre littéraire

Dans la langue littéraire, on constate une tendance à se servir de soi, même dans les cas où le sujet est une personne déterminée.

ainsi Juliette voulait Mme Brémond pour soi toute seule (Miomandre)
elle avait en soi cette facilité (C. Mendès)
elle se repliait sur soi-même (Jaloux)
entraînant après soi un long panache de poussière (Flaubert)
il a devant soi tout l'avenir
il était content de soi (Jaloux)
il remplit le verre et déposa la carafe loin de soi (Duhamel)
il se défiait de soi
il se sentit plus maître de soi (Huysmans)
il sentit en soi une gêne
l'Arbre souverain faisait la nuit sous soi (Valéry)
l'on sait tout ce que ce mot porte avec soi d'exclusivisme (Gide)
Mme Swann n'avait pas craint d'introduire chez soi un traître ou une concurrente (Proust)
pris, comme un malade, d'une grande pitié de soi, il chassait les images pénibles (France)
sans cesse elle promenait sa forte personne dans des robes qu'elle faisait soi-même

Sujet inanimé

Soi est préférable à la série lui si la cible est inanimée.

la diligence entraînait après soi un long panache de poussière (Flaubert modifié)
cela parle de soi
cela va de soi
certaines choses vont de soi
fin en soi
la ville tire à soi la vie des villages (Pourrat)
le feu s'était de soi-même éteint (Flaubert)
le temps fuit et nous traîne avec soi
un bienfait porte sa récompense avec soi

Mais on trouve aussi jamais l'amour n'apporte avec lui rien d'heureux.

Désambigüisation

On se sert parfois de soi pour dissiper l'ambigüité. Les exemples qui suivent sont ambigus.

depuis la mort de son père, Pierre pense toujours à lui
il laisse son fils s'occuper de lui
l'ami de Pierre parle toujours de lui

Pour assurer la lecture réfléchie dans ces propositions, on peut se servir de lui-même ou de soi. L'emploi de lui-même est plus courant dans la langue parlée ; l'emploi de soi est plus courant dans la langue écrite. Voir aussi la page connexe La réflexivité - les emplois de même.

§ Subordonnées et ambigüité

La proposition on ne doit pas dire aux gens de parler de soi est ambigüe, car soi peut se rapporter à on ou à gens. Dans Pierre dit toujours aux gens de parler de lui, lui ne se rapporte qu'à Pierre et dans Pierre dit toujours au gens de parler de soi, soi ne se rapporte qu'à gens.

Également ambigüe est la proposition il est toujours curieux d'entendre les autres parler de soi (Houellebecq). Ici, soi peut être corrélé avec les autres ou avec le sujet sous-entendu de l'infinitif entendre.

Dans la proposition l'avare qui a un fils prodigue n'amasse ni pour soi ni pour lui, l'emploi de soi est indispensable, bien que contraire à la règle de base.

Les fonctions grammaticales remplies par soi

Dans les exemples qui suivent, nous mélangeons soi et soi-même. Nous abordons l'examen de soi-même dans la rubrique majeure suivante.

Soi peut être remplacé par soi-même dans tous les exemples.

§ Sujet

Le pronom réfléchi est un complément dont l'antécédent est identique au sujet ou à l'antécédent du sujet. Donc un pronom réfléchi ne peut pas occuper la position de sujet dans une proposition simple : *soi regarde la télé.

Pour que soi puisse être sujet, il faut que soi et sa cible appartiennent à deux propositions distinctes d'une phrase composée.

Subordonnée fléchie

Les exemples qui suivent appartiennent au registre littéraire. L'emploi d'un sujet réfléchi n'est pas conforme aux normes de simplicité et de clarté de la langue parlée.

en voiture, on a plus confiance quand c'est soi qui conduit que quand c'est un autre
lui mourra peut-être, et le voisin, et encore d'autres, mais soi, on ne peut pas mourir, soi (Dorgelès)

Subordonnée infinitive

Cette construction n'est pas limitée à la langue littéraire.

une salade à composer soi-même

§ Objet direct

aimer la justice plus que soi-même
aimer son prochain comme soi-même
ce n'est pas soi qu'on voit, mais une image
ce qu'on aime dans un autre, c'est soi
en pleurant une séparation, c'est soi qu'on pleure (Blondel)
n'aimer que soi
on a beau chercher, on ne trouve jamais que soi-même (France)
on ne possède jamais rien, sinon soi-même

§ Argument de préposition

Noyau = verbe

avoir des amis autour de soi
avoir la vie devant soi
avoir sur soi
être à soi
être hors de soi
être tourné vers soi-même
exister pour soi
fermer la porte derrière soi
fermer la porte sur soi
garder pour soi
n'agir que pour soi
ne songer qu'à soi
porter en soi
prendre sur soi
rapporter tout à soi
regarder devant soi
rentrer chez soi
rester chez soi
rester entre soi
revenir à soi
s'écrier malgré soi
se cramponner à soi-même
se rendre service entre soi
travailler pour soi
trouver en soi les ressources nécessaires
voir des regards fixés sur soi

l'homme est l'être qui ne peut sortir de soi, qui ne connaît les autres qu'en soi, et, en disant le contraire, ment (Proust)
le doctorat, c'est définir une thèse que personne n'a formulé avant soi
le pire était d'être seul avec soi, et de ne pouvoir vivre avec soi, de ne pas être maître de soi, de se renier, de se combattre, de se détruire soi-même (Rolland)
on ne gagne pas si on a les intellectuels contre soi (Sarkozy)

Noyau = nom

$ De, en, envers marquant un objet psychologique

abnégation de soi
autorité de soi
complaisance envers soi
confiance en soi
connaissance de soi
conscience de soi
contentement de soi
contrôle de soi
culte de soi
dépassement de soi
domination de soi
estime de soi
foi en soi
haine de soi
ironie envers soi
maîtrise de soi
mépris de soi
pitié de soi
préoccupation de soi
respect de soi
sacrifice de soi
satisfaction de soi
souci de soi
une bonne opinion de soi

$ En soi = abstraction faite de toute autre chose

banal en soi
rien n'a de sens en soi
un objectif en soi
un phénomène remarquable en soi
une chose juste en soi
une fin en soi
un jour de brume d'hiver est en soi si mortel que, lorsque la nuit tombe, l'homme s'en effraie à peine (Benjamin)
l'en-soi et le pour-soi (traduction de l'allemand « an und für sich »)

$ À possessif

une conscience à soi
une petite théorie à soi
une morale à soi
une religion à soi

Noyau = adjectif

fier de soi
indulgent pour soi
infatué de soi
mécontent de soi
plein de soi
satisfait de soi
sûr de soi

§ Complément prédicatif

être soi
devenir soi
rester soi

plus on sort de soi-même et plus on est soi-même (Alain)
l'heure où l'on est enfin soi-même
être à la fois soi-même et un autre que soi (Sartre)

§ Pôle de comparaison

on a souvent besoin d'un plus petit que soi

Les emplois de soi-même

§ Soi-même - introduction

Soi-même a quatre comportements majeurs :

expression du haut degré de réflexivité
renforcement de se
corrélation avec un nom déterminé
expression de l'identité corrélée

Soi-même ne renvoie jamais à une chose.

§ Soi-même exprimant le haut degré de réflexivité

Ce type de soi-même est une version renforcée, fortement réfléchie de soi. Soi-même est corrélé avec un sujet indéterminé.

on n'est jamais si bien servi que par soi-même
quand on parle trop de soi-même
quand on est livré à soi-même
quand on est fidèle à soi-même
des choses qu'on ne peut dire qu'à soi-même
charité bien ordonnée commence par soi-même
il importe moins de ne pas mentir aux autres que de ne pas mentir à soi-même (Montherlant)

Même est à éviter lorsque la réflexivité n'est pas très forte.

??quand on est chez soi-même
??quand on n'a pas son portable avec soi-même

§ Soi-même renforçant se

se concentrer en soi-même
se connaître soi-même
se consoler soi-même
se convaincre soi-même
se fuir soi-même
se le dissimuler à soi-même
se persuader soi-même
se renfermer soi-même
se renier soi-même
se suffire à soi-même

§ Soi-même corrélé avec un nom déterminé

Dans la langue écrite, on peut corréler soi-même avec un nom déterminé pour exprimer une forte réflexivité.

Les propositions Pierre admire soi-même et Pierre offre une nouvelle voiture à soi-même expriment une forte réflexivité. Évidemment, l'antécédent n'est pas indéterminé, donc soi-même n'est pas simplement soi renforcé par même. Mais il ne s'agit pas d'une simple substitution de soi-même à lui-même non plus. Notons que se est absent et que sa réinsertion n'est pas permise. Il s'agit donc d'une construction originale et irréductible.

Les propositions

*Pierre admire lui-même
*Pierre admire soi
*Pierre s'admire soi-même
*Pierre s'admire soi
*Pierre n'admire que soi-même

*Pierre offre une nouvelle voiture à lui-même
*Pierre offre une nouvelle voiture à soi
*Pierre s'offre une nouvelle voiture à soi-même
*Pierre s'offre une nouvelle voiture à soi
*Pierre n'offre une nouvelle voiture qu'à soi-même

sont toutes agrammaticales.

Soi-mêmes peut être corrélé avec un pluriel :

ils avaient confiance en soi-mêmes

La proposition *Pierre n'admire que soi-même est agrammaticale. La construction ne ... que ... exige la série lui-même : Pierre n'admire que lui-même.

§ Soi-même exprimant l'identité corrélée

Soi-même peut exprimer l'identité corrélée. Pour la définition de l'identité corrélée exprimée par les pronoms personnels réfléchis, voir la page connexe La réflexivité - les emplois de même. Pour une vue d'ensemble des éléments corrélés, voir la page connexe La corrélation.

Dans les exemples qui suivent, l'omission de soi-même n'entraînerait pas l'agrammaticalité et ne changerait pas significativement le sens. Le sens de soi-même dans ces exemples n'est pas réfléchi.

à force de faire peur aux autres on prend peur soi-même
il faut fumer soi-même pour ne pas être asphyxié par la fumée des autres (Gide)
on est soi-même conscient de ses propres erreurs
on n'a qu'à le faire soi-même
on partage avec plaisir l'amitié de ses amis pour des personnes auxquelles on s'intéresse peu soi-même (Chamfort)

La proposition il vient soi-même édifier son temple (Valéry) illustre à la fois l'identité corrélée exprimée par soi-même et l'emploi littéraire de soi-même. Lui-même serait plus naturel dans cette proposition.

§ Soi-même - emplois divers

Soi et soi-même représentent la première personne

Dans certains dialectes, on se sert de soi et de soi-même à la première personne et sans réflexivité.

vous êtes l'abbé Pellegrin ? - soi-même (Vautel)

Effet humoristique

Dans des situations qui ne présentent pas de réflexivité, soi-même s'emploie parfois comme sujet ordinaire pour suggérer l'égocentrisme ou la suffisance d'un personnage : êtes-vous M. Dupont ? - soi-même. Dans un jornal de l'époque : on y attendait Sacha Guitry soi-même.

Soi seul

ne penser qu'à soi seul
ne pas croire aux croyances communes, c'est évidemment croire à soi, et souvent à soi seul (Valéry)

Soi - aspects lexicaux

§ à part soi

À part soi signifie dans son for intérieur.

garder quelque chose à part soi
penser quelque chose à part soi

Toutes les personnes (à part moi, etc.) sont admises dans ce syntagme.

§ garder son quant-à-soi

§ soi-disant

Soi-disant a trois significations. Soi-disant est toujours invariable dans la langue moderne, mais on trouve parfois des formes accordées archaïsantes.

prétendant être

un soi-disant évangéliste
un soi-disant sage
un soi-disant psy

prétendu

les soi-disant universaux chomskyens
les soi-disant preuves
péchés soi-disant mortels (Mauriac)
les choses soi-disant sérieuses (Flaubert)
la soi-disant angine de poitrine (Maurois)

prétendument

il envisageait de se rendre à Paris soi-disant pour faire des recherches lacano-derridéennes

L'emploi de soi-disant comme synonyme de prétendu est critiqué par les puristes.

§ soi-même nominalisé

Un autre soi-même signifie un alter ego, un ami intime.

§ soi en philo, etc.

Soi, en soi, pour soi et par soi sont des termes spécialisés dans la philosophie allemande classique (penser au « Ding an sich » de Kant, traduit comme chose en soi), dans la phénoménologie (Merleau-Ponty), en théologie et en théorie psychanalytique (Freud, Ferenczi, Jung). Ce sont des curiosités lexicales plutôt que des phénomènes grammaticaux. Nous ne nous étendrons pas sur ce sujet.

Son, pronom possessif réfléchi

Le pronom possessif réfléchi son a un comportement parallèle à celui du pronom possessif personnel soi. Les deux pronoms se rapportent aux mêmes cibles, telles que on et chacun.

on doit toujours avoir son portable avec soi
à chacun son pet sent bon
un nourrisson, c'est intéressant quand c'est le sien

Asymétrie entre côté personnel et côté possessif

Le pronom possessif étant le « génitif » du pronom personnel, on pourrait s'attendre à ce que se manifeste la même rivalité entre pronom non réfléchi et pronom réfléchi du côté possessif que du côté personnel. Or on constate que la série son est à la fois non réfléchie et réfléchie. La distinction entre une forme non réfléchie et une forme réfléchie n'existe pas du côté possessif. Cette simplicité est une anomalie. Elle tient au fait que les langues romanes ont éliminé le génitif du pronom personnel latin (« eius »), et réinterprété le pronom possessif réfléchi (« suum ») comme non réfléchi.

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