La réflexivité - omission du pronom réfléchi
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La réflexivité - omission du pronom réfléchi (197)

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La réflexivité - omission du pronom réfléchi (197)

SOMMAIRE

Dans la subordonnée factitive

Définition du phénomène

Le pronom réfléchi peut être omis dans le syntagme

[verbe-factitif * pronom-réfléchi * infinitif]

on l'a fait asseoir

Les verbes factitifs et quasi-factitifs concernés :

faire (courant)
laisser (rare)
envoyer (rare)
mener (rare)
emmener (rare)

Le pronom réfléchi n'est jamais omis avec les verbes de perception (voir, entendre).

Verbes pronominaux concernés

emmener baigner
emmener promener
envoyer coucher
envoyer promener
faire agenouiller
faire arrêter
faire asseoir
faire battre
faire dresser les cheveux sur la tête
faire écrouler
faire éloigner
faire évader
faire évanouir
faire en aller la fièvre
faire en aller les taches
faire envoler
faire évanouir le dénominateur d'une équation
faure faner
faire lever
faire marrer
faire mettre à nu
faire mettre à terre
faire mettre à genoux
faire pâmer
faire rapprocher
faire rencontrer
faire repentir
faire retourner les passants
faire sauver
faire souvenir
laisser approcher
laisser échapper
laisser éteindre
laisser enfuir
laisser périmer un passeport
mener baigner
mener promener

Exemples littéraires

de peur de faire en aller mon rêve (A. Daudet)
faire lever les morts
il nous faisait souvenir de ces beaux jours
il ralluma la cigarette qu'il avait laissé éteindre (Gide)
le séisme a fait écrouler des immeubles
le vieux mène son chien promener (Camus)
on menait les écoliers baigner (Chateaubriand)
sa sœur lui fit un long sermon et l'envoya coucher (Loti)
un bruit le fit retourner
vous me feriez repentir (Flaubert)
les surveillantes ne réussissaient pas à nous faire tenir tranquilles (Beauvoir)

La non-omission du pronom réfléchi

On garde le pronom réfléchi pour exprimer une forte causativité physique ou psychologique ou lorsque l'effet causal est indirect, pris au sens figuré.

cette vision me faisait me ramasser sur moi-même (A. Daudet)
une rafale de mistral faisait s'envoler les feuilles mortes (Cendrars)
tout à coup un mouvement de mes voisins me fait me retourner (R. Bazin)
le bruit de la serrure le fit se lever (Martin du Gard)
on m'enverrait me coucher sitôt ma soupe prise (Proust)
une grande auto rouge faisait s'écarter les gens

Aller

Par analogie, on dit parfois aller promener, aller baigner, aller coucher, bien que aller ne soit pas un verbe quasi-factitif.

Ambigüité

On peut garder le pronom réfléchi pour éviter l'ambigüité : la faute la fit se mépriser (Zola). La forme la faute la fit mépriser prêterait à l'équivoque.

La proposition Pierre a fait éloigner Paul est ambigüe. Elle peut être paraphrasée comme Pierre fait en sorte que Paul s'éloigne ou comme Pierre fait en sorte que Paul soit éloigné.

Le pronom réfléchi ne peut pas être omis dans il l'ont fait se tuer ou encore il nous fera nous arrêter.

Faire taire

Le pronom réfléchi de se taire est omis quand le sens voulu est réduire au silence, c'est-à-dire pratiquement toujours : faire taire les enfants. La construction avec pronom réfléchi n'est possible que si la relation de cause à effet est indirecte ou artificielle. Exemple amusant tiré de Wilmet(2003) : faire se taire pourrait signifier guérir un malade atteint de coprolalie.

Construction marquée, construction non marquée

Si cette dissociation sémantique se manifeste avec une netteté particulière dans le cas de se taire, il faut ajouter qu'en théorie elle est toujours possible. La construction avec omission du pronom réfléchi est la construction non marquée, c'est-à-dire la construction plus normale, plus naturelle, plus fréquente. La construction avec pronom réfléchi gardé intact est la construction marquée. En règle générale, la forme marquée véhicule le sens figuré, exceptionnel, indirect, artificiel.

Dans la subordonnée sujet existentiel de falloir

Dans la langue littéraire, les pronoms personnels conjoints qui précèdent un infinitif peuvent montent vers la gauche du verbe support.

il lui faut le traverser     
il le lui faut traverser


il me faut me courber     
*il me me faut courber     
il me faut courber

il te faut te défendre     
*il te te faut défendre     
il te faut défendre

On rencontre aussi une haplologie inverse.

il me faut me courber     
il faut me courber,

il te faut te défendre     
il faut te défendre

Devant le participe passé

Verbes pronominaux purs

la jeunesse enfuie
un repenti de la Mafia

Verbes transitifs ou pronominaux selon le contexte

pas encore remis de sa blessure
muré dans sa solitude
assumé et affirmé
réfléchir sur sa vie écoulée

Pris hors contexte, ces verbes pourraient être transitifs, auquel cas la question de l'omission de se ne se poserait pas.

Comparer s'être couché et être couché. La première forme exprime l'action, la seconde, l'état.


Dans le participe absolu

*au soleil se levant au soleil levant

au soleil levant est analogue à à peine le soleil levé

Dans la montée de la passivation

Pierre est fini d'habiller


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