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TITRE
Verbes multistructurels - suffire (154)

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Verbes multistructurels - suffire (154)

SOMMAIRE
Suffire - introduction
Exemple liminaire et terminologie
Les deux sens de suffire
Les constructions majeures
Les compléments
Indépendance des constructions majeures et des compléments
Les particularités de suffire
Sans inversion
Sans complément - ni bénéficiaire ni cible
Complément de bénéficiaire
Complément de cible = [pour * nom]
Complément de cible = [à * nom]
Complément de cible = [(pour + à) * subordonnée-infinitive]
Pour ou à possibles au choix
Seul pour est possible
À est préférable
Complément de cible = [pour * subordonnée-fléchie]
Inversion rhématisatrice
Inversion propositionnelle
Sujet réel = [de * subordonnée-infinitive]
Sujet réel = [que * subordonnée-fléchie]
Phénomènes mineurs

Suffire - introduction

Exemple liminaire et terminologie

Dans la proposition

deux mois suffisent à notre équipe pour ce travail

deux mois est le sujet

notre équipe est le bénéficiaire

ce travail est la cible

Les deux sens de suffire

Le sens concret

Nous disons que le sens de suffire est concret lorsqu'il y a un rapport de proportionnalité, du moins imaginaire, entre le sujet et la cible. Le sujet et la cible doivent être découpables, du moins dans l'imagination. La proposition quinze jours de clinique avaient suffi à la transformer (Simenon) fait penser à un film dont chaque photogramme correspond à la transformation qui se produit en un jour de clinique. Dans la proposition ma retraite suffit à mes besoin, le rapport numérique est évident.

Le sens abstrait

En revanche, on ne saurait parler de proportionnalité à propos de Pierre ne suffit pas aux besoins de sa famille : la cible (les besoins de la famille) est en principe découpable, mais le sujet (Pierre) ne l'est pas. De même, dans la proposition dans le tourbillon de tant de jouissances, le cœur et les yeux ne peuvent suffire à la multitude des sensations (Volney), la multitude des sensations est découpable, mais le cœur et les yeux ne le sont pas.

La proportionnalité ou la non-proportionnalité entre sujet et cible n'est pas toujours facile à dégager.

Les emplois abstraits de suffire sont plus courants dans la langue écrite que dans la langue parlée.

Les constructions majeures

On verra plus loin les règles détaillées de l'inversion du sujet de suffire.

Construction majeure - sans inversion

dix minutes ont suffi pour réparer le téléviseur

Construction majeure - inversion rhématisatrice

il a suffi de dix minutes pour réparer le téléviseur

Construction majeure - inversion propositionnelle

il a suffi que Pierre jette un coup d'œil sur le téléviseur pour qu'il se remette en marche

Les compléments

Indépendance des deux compléments de suffire

Suffire a deux compléments : le bénéficiaire et la cible. Ils peuvent être présents ou absents indépendamment l'un de l'autre.

Le complément de bénéficiaire

ma retraite me suffit
il suffit d'un mois à notre équipe

Le bénéficiaire est une personne, un groupe humain, une chose personnifiée.

Le bénéficiaire est toujours marqué par le cas objet indirect ou par le cas à (le cas objet indirect supplétif des noms et des pronoms non conjoints).

Le complément de cible

La nature de la division du travail entre à et pour varie selon que la cible (le but ou la conséquence) est représentée par un nom ou par un infinitif.

La cible est représentée par un nom

Si le sens de suffire est concret, pour est majoritaire, mais à est aussi possible, surtout dans la langue écrite :

cinq hommes suffisent pour ce travail
ma retraite suffit à mes besoins

Si le sens de suffire est abstrait, la cible est pratiquement toujours marquée par à :

ma femme suffit à mon bonheur

La cible est représentée par un infinitif

Si le sujet de l'infinitif est corrélé avec le sujet de suffire, la cible se construit au choix avec à ou avec pour.

un domestique ne saurait suffire à/pour servir tant de personnes

Si le sujet de l'infinitif est corrélé avec le bénéficiaire de suffire, la cible se construit au choix avec à ou avec pour.

un an devrait te suffire à/pour préparer cette thèse.

Dans tous les autres cas, pour est obligatoire.

un an devrait suffire pour préparer cette thèse.

Si à est permis et le sens de suffire est abstrait, à est préférable.

La cible est représentée par une subordonnée fléchie

Seul pour que est possible.

Indépendance des constructions majeures et des compléments

Toutes les règles concernant les deux compléments de suffire (le bénéficiaire et la cible) sont applicables quel que soit le type de sujet, c'est-à-dire indépendamment du type d'inversion (pas d'inversion, inversion rhématisatrice, inversion propositionnelle).

Les particularités de suffire

L'emploi de de devant le sujet postposé - voir plus loin

Les deux types d'inversion, à savoir l'inversion rhématisatrice et l'inversion propositionnelle - voir plus loin

Les règles complexes gouvernant la concurrence de à et pour dans le complément de cible - voir plus haut.

Sans inversion

Sans complément - ni bénéficiaire ni cible

Sens concret

(ça) suffit !
à quoi bon tant d'amis ? un seul suffit quand il nous aime (Florian)
ça suffit comme ça
il est plein de bonne volonté, mais ça ne suffit pas
quelques gouttes suffisent
une seule blessure au cou, en perçant avec soin une des artères carotides, et je crois que ç'aurait suffi (Lautréamont)

Sens abstrait

depuis son enfance, Agathe a vécu dans la terreur de voir se remarier cette mère adorée dont la figure altière semblait dire au monde : je suffis (Morand)

Complément de bénéficiaire

à chaque jour suffit sa peine
cette explication ne me suffit pas
dix jours à la campagne, ça me suffit
j'y suis allé une fois, ça m'a suffi
ma femme me suffit
ma parole doit te suffire
ma retraite me suffit
un rien me suffit

Complément de cible = [pour * nom]

Le sens de suffire est presque toujours concret.

cinq hommes suffisent pour ce travail
une moindre calamité n'aurait pas suffi pour les desseins de Dieu (Baudelaire)

Complément de cible = [à * nom]

Le sens de suffire est presque toujours abstrait.

Voix active

ma retraite suffit à mes besoins
ma femme suffit à mon bonheur
il ne suffit pas aux besoins de la famille
il ne peut suffire à tout
nous ne pouvons suffire à la vente
j'aurais pu parler dans les comités, dans les réunions, suffire à toute l'activité d'un politicien (Barrès)
dans le tourbillon de tant de jouissances, le cœur et les yeux ne peuvent suffire à la multitude des sensations (Volney)
ne puis-je suffire à ton bonheur comme tu suffis au mien ? (Dumas père)

Voix pronominale réfléchie ou réciproque

la beauté se suffit
ils se suffisent l'un à l'autre
pas besoin de longues explications, le film se suffit à lui-même
une affection qui se suffisait presque à elle-même (Fromentin)
personne cependant n'a plus de courage que moi pour se suffire comme on dit vulgairement, mais se suffire n'est que tuer le temps et tromper la tristesse (Sand)
j'ai hâte de gagner mon pain et de me suffire (Vallès)

Complément de cible = [(pour + à) * subordonnée-infinitive]

Voir plus haut les règles détaillées de la division du travail entre pour et à. Pour est obligatoire devant la cible infinitive lorsqu'elle n'est corrélée ni avec le sujet ni avec le bénéficiaire de suffire. La cible infinitive peut être marquée par à ou par pour au choix dans les autres cas.

Pour ou à possibles au choix

dix minutes lui ont suffi pour/à réparer le téléviseur
quinze jours de clinique avaient suffi à la transformer (Simenon)
un premier échec a suffi pour/à la décourager
un radiateur suffit pour/à chauffer la pièce
un rien suffirait pour/à bouleverser nos plans
un rien suffit pour/à le mettre en colère

Seul pour est possible

deux heures suffisent amplement pour faire le trajet
un an devrait suffire pour préparer cette thèse

À est préférable

les week-ends, il ne suffisait plus à servir les clients

Complément de cible = [pour * subordonnée-fléchie]

Seul pour est possible.

il suffira que le vent de la mer se lève pour que la peste recule (Camus).

Inversion rhématisatrice

Voir l'étude détaillée de l'inversion rhématisatrice à la page connexe L'inversion existentielle.

Le rôle normal du sujet est le rôle de thème. L'inversion du sujet permet de faire jouer au sujet le rôle de rhème. Le sujet réel postposé du verbe suffire est de la forme [de * (nom + pronom)]. Le sujet postverbal marqué par de est une particularité de trois verbes : suffire, s'en falloir et s'en manquer.

Le sujet postiche antéposé du verbe suffire est toujours il. (Les sujets postiches ça et cela ne sont possibles qu'avec l'inversion propositionnelle.)

Comparer les deux dialogues

je peux vous accorder un délai de quinze jours - quinze jours me suffiront

et

combien de temps vous faut-il ? - il me suffira un délai de quinze jours.

Dans le premier dialogue, quinze jours est le thème ; dans le second, un délai de quinze jours est le rhème. Il y a une différence de sens entre la construction normale et la construction rhématisée, mais les deux constructions sont aussi grammaticales l'une que l'autre. (L'inversion propositionnelle est grammaticalement obligatoire.)

Voir la rubrique Suffire - introduction pour l'examen du complément de bénéficiaire et du complément de cible. Il n'y a aucun rapport entre les compléments et la position du sujet. Nous avons étudié en détail les deux compléments de suffire sous la rubrique majeure consacrée à la construction sans inversion, mais les mêmes règles s'appliquent au cas de l'inversion rhématisatrice.

il lui a suffi de dix minutes pour réparer la télévision
il suffirait d'un léger coup de pouce pour faire varier son jugement
il suffirait d'un peu de pluie pour sauver la récolte
il suffirait d'un rien pour tout faire rater
il suffit d'un accord verbal pour conclure l'affaire
il suffit d'un coup de téléphone pour annuler son abonnement
il suffit d'un rien pour l'inquiéter
il suffit d'un rien pour qu'il rougisse
il suffit d'un souffle pour faire tout bouger
il suffit d'une fois : on n'est jamais trop prudent
il suffit d'une lampe pour éclairer la pièce
il suffit d'une seconde d'inattention pour qu'un accident se produise

Inversion propositionnelle

Voir l'étude détaillée de l'inversion propositionnelle à la page connexe Inversions non rhématisatrices diverses - renvois.

L'inversion propositionnelle est pratiquement obligatoire avec suffire. La proposition ??s'inscrire suffit pour devenir membre est agrammaticale ou très peu naturelle.

Normalement, le sujet postiche est il, mais les sujets postiches ça et cela sont courants dans la langue parlée.

Voir la rubrique Suffire - introduction pour l'examen du complément de bénéficiaire et du complément de cible. Il n'y a aucun rapport entre les compléments et la position du sujet. Nous avons étudié en détail les deux compléments de suffire sous la rubrique majeure consacrée à la construction sans inversion, mais les mêmes règles s'appliquent au cas de l'inversion propositionnelle.

Sujet réel = [de * subordonnée-infinitive]

ça ne te suffit pas de l'avoir tourmentée ?
cela me suffit de te voir manger (dit par une mère ou par un cannibale voyeur)
il ne leur a pas suffi de nous cambrioler, il a fallu qu'ils saccagent la maison
il ne suffit pas d'avoir montré que...il faut prouver encore que...
il suffit d'ajouter de l'eau et c'est prêt
il suffit de lire son livre pour se rendre compte que c'est un réac
il suffit de s'inscrire pour devenir membre
il te suffit de dire un mot pour qu'il revienne

Sujet réel = [que * subordonnée-fléchie]

il me suffit que j'aie gardé votre souvenir (Lautréamont)
il suffira que le vent de la mer se lève pour que la peste recule (Camus)
il suffit qu'il ouvre la bouche pour que tout le monde se taise
il suffit qu'il ouvre la bouche pour dire une bêtise
il suffit qu'il soit démotivé pour faire du mauvais travail
il suffit que je sorte sans parapluie pour qu'il pleuve
il suffit que tu me dises comment me rendre à l'aéroport
il suffit que vous leur écriviez

Grâce à la similitude structurelle des verbes falloir et suffire, le caractère nécessaire et suffisant d'une condition peut aussi être exprimé au moyen de la formule limpide il faut et il suffit que.

Phénomènes mineurs

pour que et

L'effet d'une condition suffisante peut être introduite par et.

il suffit d'un farceur criant « au chien fou ! » et on court (A. Daudet)

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