Verbes multistructurels - rester
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Verbes multistructurels - rester (146)

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Verbes multistructurels - rester (146)

SOMMAIRE

Introduction - rester prédicatif et rester non prédicatif

Les emplois du verbe rester se divisent en deux types majeurs :

les emplois prédicatifs (continuer à avoir une caractéristique spécifiée ou demeurer dans un état spécifié) et

les emplois non prédicatifs (continuer à exister, continuer à occuper sa position).

Le verbe prédicatif rester est plus que prédicatif : il est copulatif. Rester = continuer à être. Le lien étroit entre rester et être se voit à plusieurs comportements qu'ils partagent :

Le verbe rester forme avec le participe passé les même syntagmes que le verbe être : rester fermé, rester assis.

Rester admet certains syntagmes prépositionnels spécialisés, par exemple le génitif de qualité (rester de grande importance) et la subordonnée infinitive à couplage distendu (le plus dur reste à venir).

Rester entre dans le syntagme d'inversion d'identification prédicative : son problème reste l'orthographe.

Les deux verbes peuvent être coordonnés : il est et reste indispensable.

Le lien entre être et devenir est moins étroit.

Le verbe non prédicatif rester hésite entre la construction à sujet ordinaire et la construction à sujet existentiel :

rien ne reste de l'ancien château =
il ne reste rien de l'ancien château

cent euros me restent =
il me reste cent euros

le temps qui reste =
le temps qu'il reste

Le verbe prédicatif rester ne connaît pas l'inversion existentielle du sujet.

Si l'inversion existentielle du sujet n'est possible qu'avec le verbe rester non prédicatif, l'inversion propositionnelle du sujet est compatible avec les deux sens majeurs de rester. Dans il reste entendu que et dans il reste indispensable que, rester est prédicatif. Dans il reste que et dans il n'en reste pas moins que, rester est non prédicatif.

Il est regrettable que plusieurs dictionnaires fassent l'amalgame entre l'inversion existentielle et l'inversion propositionnelle en leur faisant partager l'étiquette d'impersonnalité. Non seulement ces deux types d'inversion sont des mécanismes indépendants et très différents, mais encore ils n'ont rien à voir avec l'impersonnalité.

Il n'est pas toujours possible de démêler le sens prédicatif d'avec le sens non prédicatif.

Dans il est resté un an, rester est non prédicatif.

Dans il est resté à Rome, rester est prédicatif.

Dans il est resté un an à Rome, rester est à la fois prédicatif et non prédicatif.

Verbe prédicatif

Complément prédicatif = adjectif

Sujet ordinaire

rester belle
rester coi
rester fidèle
rester immobile
rester impassible
rester impassible
rester indécis
rester indifférent devant
rester insensible à
rester maladroit
rester naturel
rester silencieux
rester sourd à
rester timide
rester tranquille
en rester baba
la cause reste inconnue
la conviction reste entière
le moral reste bon
le temps reste beau

Sujet propositionnel

il n'en reste pas moins vrai que
il reste indispensable que
il reste entendu que
il reste possible que

Complément prédicatif = participe passé

il est resté assis
il est resté couché
il est resté éveillé
il est resté handicapé à vie
il est resté paralysé après un accident
la clé est restée coincée dans la serrure
le centre-ville est resté paralysé toute la journée
les droits d'un milliard d'enfants restent bafoués
rester fermé
rester ouvert
un auteur resté méconnu

Complément prédicatif = nom

rester vieille fille
rester vieux garçon
rester célibataire
rester lettre morte
rester maître de soi
rester orphelin
rester veuve

Complément prédicatif = expression prépositionnelle

À

Rester (sans en)

la voiture est restée au garage
les peuplades restées au stade de la cueillette
rester à l'étranger
rester à la campagne
rester à la maison
rester à sa place
rester au chômage
rester au jardin
rester au pouvoir
rester au soleil

En rester

en rester à une hypothèse de travail
il en est resté au dix-neuvième siècle
ils en sont restés à des discussions préliminaires
ils en sont restés à quelques baisers
les gens du village en sont restés à la bougie
nous en étions restés à la page 12

Voir en rester avec des adverbes (, ) plus loin, sous la rubrique consacrée aux adverbes.

Avec

il est resté avec sa mère

Chez

rester chez soi

Dans

c'est resté dans ma mémoire
ce bouton m'est resté dans la main
la lettre est restée dans sa poche
reste dans le doute
rester dans l'ignorance
un os lui est resté dans la gorge

De

ça reste d'une grande importance
il reste des nôtres
il reste du syndicat

En

cette coutume est restée en honneur dans certains pays
il ne peut pas rester en place
rester en arrière
rester en contact
rester en fonction
rester en panne
rester en place
rester en plan
rester en rade
rester en repos
rester en route
rester en suspens
rester en tête
rester en vie
rester en vigueur
rester en ville

Entre

que ça reste entre nous

Sous

rester sous la pluie

Sur

rester des heures sur un travail
rester sur l'estomac
rester sur la brèche
rester sur la défensive
rester sur le carreau
rester sur le cœur
rester sur le terrain
rester sur les bras de
rester sur place
rester sur sa faim
rester sur un échec
rester sur une mauvaise impression
rester sur une victoire

Complément prédicatif = adverbe

Sans en

il a bien failli y rester
j'y suis, j'y reste
reste là
rester debout
rester dehors
y rester (y laisser sa vie)

Avec en

il en resta là de ses calculs
les choses en sont restées là
les pourparlers en sont restés là
restons-en là pour le moment
où en étions-nous restés dans notre lecture ?

Voir en rester à ci-dessus sous la rubrique consacrée aux prépositions.

Infinitif à couplage distendu

Infinitif passif

il me reste beaucoup de progrès à accomplir
les nuits de la semaine restent à baptiser (R. Topor)
reste à prouver

Infinitif actif

le plus dur reste à venir


Complément prédicatif = subordonnée circonstancielle

Subordonnée réduite nomino-prédicative


ne reste pas les bras croisés

Subordonnée du type [sans * infinitif]

rester sans bouger
rester sans rien dire
rester sans mot dire
rester sans manger ni boire
rester trois jours et trois nuits sans se coucher

Complément prédicatif = subordonnée relative de lieu

restez où vous êtes

Complément prédicatif - l'inversion d'identification prédicative

Phénomène bizarre, dans une proposition à inversion d'identification prédicative, le complément prédicatif apparent du verbe rester est le sujet.

le pire ennui du maire reste la bagnole =
c'est la bagnole qui reste le pire ennui du maire


Verbe non prédicatif

Les emplois non prédicatifs de rester se divisent en deux groupes majeurs : le groupe existentiel (continuer à exister) et le groupe locatif (continuer à occuper sa position). Le sujet ordinaire et le sujet existentiel se concurrencent dans le groupe existentiel. Le sujet existentiel n'est pas possible dans le groupe locatif.

Continuer à exister - ne pas être oublié ou détruit

c'est une œuvre qui restera
ce qui reste de la ville
il restera comme l'un des grands de ce siècle
le désir passe, la tendresse reste
le mensonge passe, la vérité reste
les années passent, le souvenir reste
les paroles s'envolent, les écrits restent
rien ne reste de l'ancien château
sa musique restera

Rester au sens de ne pas être oublié ou détruit n'est pas un verbe existentiel. Ce qu'il reste de l'ancien château pourrait être dit par un photographe qui passe des semaines à photographier jusqu'à la dernière pierre d'un château classé monument historique.

Continuer à exister - ne pas être épuisé

Sujet = nom, pronom nominal

En principe, le verbe rester signifiant ne pas être épuisé est un verbe existentiel. Le sujet ordinaire et le sujet existentiel se concurrencent. L'inversion du sujet est préférable, mais pas obligatoire : le temps qui reste est courant dans la langue parlée, mais les puristes préfèrent le temps qu'il reste. La prononciation populaire de il comme i ne simplifie pas les choses. Jean Daniel se permet Le temps qui reste sans complexe, tandis que Céline étale son érudition en écrivant je ne perdis que ce qu'il restait d'amour-propre.

Sujet ordinaire

Sans objet indirect

ce qui reste du repas
le peu de temps qui reste
tout ce qui me restait de forces

Avec objet indirect

c'est le seul ami qui me reste
c'est tout l'argent qui leur reste
ce surnom lui est resté
des trésors ancestraux lui étaient restés
l'habitude lui en est restée
mes livres me restent
Pierre lui reste
un seul parent me restait

Sujet existentiel

Sans objet indirect - principale

il reste encore quelques pommes
il reste encore un peu de pain
il reste encore quelques minutes
il n'est rien resté de leur maison
il en reste toujours quelque chose
il en reste un

Sans objet indirect - subordonnée relative

ce qu'il reste à dire
ce qu'il reste de ruines
ce qu'il reste
grâce à une certaine habileté, je ne perdis que ce qu'il me restait d'amour-propre (Céline)
le seul ami qu'il me reste
le temps qu'il me reste à vivre

Avec objet indirect

il lui restait de l'essence pour un quart d'heure
il lui restait une dernière chance
il m'en reste un
il ne me reste plus que lui
il ne me reste que 20 euros
il ne me reste que toi
il nous reste son souvenir
te reste-t-il assez de force pour terminer ce travail ?

Sujet = subordonnée régie infinitive

L'inversion du sujet est obligatoire. La question de savoir si cette inversion est existentielle ou propositionnelle est indécidable.

Voir la rubrique Transformations et phénomènes divers pour comprendre la différence entre l'introducteur à et de. L'infinitif est introduit par à dans la plupart des cas.

c'est ce qu'il nous reste à montrer
dis-moi ce qui reste à faire
il lui reste à s'effacer
il me reste à dire quelques mots
il me reste à vous informer
il me reste beaucoup à apprendre de l'équipe
il ne lui reste qu'à obtenir la permission de sa femme
il ne me restait plus qu'à écrire le dernier chapitre
il ne me reste plus qu'à me retirer en silence
il ne me reste plus qu'à vous remercier
il ne me reste qu'à déguerpir
il ne te reste plus qu'à t'excuser
il nous reste à prouver le théorème
il restait quelques points à éclaircir
il reste à décider si
il reste à écrire les conclusions
il reste à fixer le montant
il reste à les organiser
il reste à prouver si
il reste à résoudre le problème du logement
il reste à savoir si
il reste à voir si
il reste beaucoup à faire
il reste cent euros à payer
il reste cinquante kilomètres à parcourir
il reste maintenant à Pierre à prendre position pour ou contre
le peu de temps qu'il lui restait à vivre
reste à payer la casse (Bazin)
tout reste à faire dans ce domaine

Sujet = subordonnée régie fléchie

L'inversion du sujet est obligatoire. La question de savoir si cette inversion est existentielle ou propositionnelle est indécidable.

(il) reste que
il n'en reste pas moins que

Sujet = subordonnée relative infinitive

L'inversion du sujet est obligatoire. La question de savoir si cette inversion est existentielle ou propositionnelle est indécidable.

il reste juste de quoi payer le loyer
il ne reste plus de quoi manger


Sujet = numéral cardinal

L'inversion du sujet est obligatoire.

quatre ôté de neuf, (il) reste cinq
si de neuf je retiens quatre, (il) reste cinq

Transformations et phénomènes divers

L'emploi de que et de qui

Lorsque le sujet existentiel postposé de rester est extrait dans une subordonnée relative, il est représenté par le pronom relatif que : il reste trois pommes les trois pommes qu'il reste. Lorsque c'est le sujet ordinaire de rester qui est extrait dans une subordonnée relative, il est représenté par le pronom relatif qui : trois pommes restent les trois pommes qui restent. De même, tout ce qu'il restait de l'ancien domaine = tout ce qui restait de l'ancien domaine.

Bref, qui représente le sujet ordinaire (le cas sujet) et que représente le sujet existentiel (le cas existentiel).

D'après le Trésor de la langue française : « La forme ce qu'il reste appartient à un niveau de langue plus soigné que ce qui reste. Pourtant la langue écrite, comme la langue parlée, tend de plus en plus à employer ce qui reste. »

Invariabilité en nombre

Rester reste invariable en nombre avant le sujet existentiel postposé : quelques minutes nous restent, mais il nous reste quelques minutes.

L'omission du sujet postiche il

Si rester n'a pas d'objet indirect, le sujet postiche il peut être omis. Si rester a un objet indirect, l'omission du sujet postiche il est agrammaticale.

(il) reste à résoudre le problème du logement
(il) reste à savoir si
(il) reste à prouver que
reste à payer la casse (Bazin)

*me reste à résoudre le problème de déménagement
*me reste à parcourir 10 km
*me reste à payer 50 euros

À ou de - l'introducteur d'infinitif

Si rester exprime une nuance de devoir ou de nécessité, l'infinitif se construit avec à. C'était le cas dans tous les exemples qu'on vient de voir.

Si rester exprime une nuance de possibilité, de satisfaction ou de pis-aller, plutôt qu'une nuance de devoir ou de nécessité, l'infinitif se construit avec de.

il me reste au moins de m'être battu
il ne me restait que de me mettre entre les mains de Dieu (Mauriac)
il ne restait plus que de se taire et d'attendre
il reste de le prévenir au moment où il y arrivera
il reste de se coucher, d'attendre la fin (Mauriac)
le film n'est plus à l'affiche, il nous reste d'attendre la sortie du DVD
si ce que j'ai fait est vain, qu'il me reste au moins de m'être dépassé en le faisant (Montherlant)

Dans un style archaïsant, le sujet infinitif de rester peut être introduit par de indépendamment de la modalité.

Transformations de la subordonnée infinitive servant de sujet

La subordonnée infinitive ayant pour objet direct un nom ou un pronom disjoint peut se transformer de deux façons.

L'objet direct est défini : montée objet-sujet

L'objet direct de la subordonnée infinitive sujet se transforme en sujet de la superordonnée. Ce sujet remplace le sujet postiche préverbal.

il reste à interroger les derniers témoins
les derniers témoins restent à interroger,

il reste à prouver le théorème
le théorème reste à prouver

L'objet direct est indéfini : subordonnée infinitive à couplage distendu


il reste à interroger quelques témoins
il reste quelques témoins à interroger

Si le sujet est un nom qualifié par une subordonnée infinitive à couplage distendu, l'inversion est obligatoire

Voir la subordonnée infinitive à couplage distendu à la page connexe Les subordonnées infinitives à couplage distendu.

*10 km à parcourir restent
il reste 10 km à parcourir

*50 euros à payer restent
il reste 50 euros à payer

[nom * à * infinitif] et [à * infinitif * nom]

L'extraction brouille la différence entre le sujet qui est un nom qualifié par un infinitif à couplage distendu et le sujet qui est un infinitif suivi d'un objet direct, c'est-à-dire entre [nom * à * infinitif] et [à * infinitif * nom]. La proposition les 10 km qu'il lui reste à parcourir a les deux antécédents il lui reste 10 km à parcourir et il lui reste à parcourir 10 km.

Analogies

Il y a cousinage entre rester à et les verbes quasi-factitifs (il y a à manger). Voir la page connexe La subordonnée quasi-factitive.

Il y a cousinage entre rester à et avoir à / il y a à. Voir la page connexe Avoir à, y avoir à.

Continuer à occuper sa position

Sans complément

il ne sait jamais s'il doit s'en aller ou rester
il faut plaindre ceux qui restent

Le complément exprime la durée

je ne peux rester que 10 minutes
reste tant que tu veux
je ne peux pas rester longtemps

Le complément exprime le but - à

Le préposition à est facultative.

rester (à) dîner
rester (à) bavarder
rester (à) coucher
rester (à) regarder la télévision
elle resta dormir dans l'auto (Beauvoir)

Le syntagme [rester * à * infinitif] est ambigu : il peut exprimer un but ou un état prolongé. Voir ci-après.

Le complément exprime le but - pour

les autres sont partis, mais elle est restée pour m'aider

Le complément exprime un état prolongé


il restait à bayer aux corneilles
il restait à contempler le paysage
il restait une heure aux chiottes à se branler en lisant Genêt
il reste des heures à regarder la télé
nous sommes restés des heures à l'attendre

Le syntagme [rester * à * infinitif] est ambigu : il peut exprimer un état prolongé ou un but.

Le complément est un infinitif sans préposition

De même que l'infinitif introduit par à, l'infinitif sans préposition peut exprimer un but ou un état prolongé. Cette construction est rare.

le papier resta flotter à la surface (Robe-Grillet)
le défunt restait devoir 100000 livres à son beau-frère

Voir l'emploi facultatif de à plus haut.

Emplois régionaux et archaïques

Rester = habiter

voyez-vous les fenêtres où il y a des giroflées ? c'est là que reste Mme Étienne (Balzac)

Rester = mourir (régional)

le père est resté de rhumatismes

Continuer à (faire)

Vieilli.

les 150000 livres que le défunt restait devoir à celui-ci (Tieghem)

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