Verbes multistructurels - falloir
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Verbes multistructurels - falloir (141)

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Verbes multistructurels - falloir (141)

SOMMAIRE

La construction de base de falloir

Forme de la construction de base

La construction de base de falloir a la forme

[sujet-postiche * (objet-indirect) * verbe * sujet-réel]

Le sujet postiche est toujours il. Le sujet postiche peut être omis dans la langue familière (faut pas exagérer).

Le sujet réel est un nom, un pronom nominal, un délimiteur nominal, une subordonnée infinitive ou une subordonnée fléchie au subjonctif.

Le verbe est toujours à la troisième personne du singulier, mais son temps peut varier.

L'objet indirect est facultatif. L'objet indirect représente l'agent (presque toujours une personne) qui subit la nécessité ou l'obligation : il me faut partir immédiatement. L'objet indirect doit être un pronom personnel conjoint. L'objet indirect n'est pas permis lorsque le sujet réel est une subordonnée fléchie.

L'inversion du sujet est obligatoire : il me faut du temps ne se transforme pas en *du temps me faut et il me faut mille euros ne se transforme certainement pas en *mille euros me fallent. C'est une particularité de falloir. D'autres verbes existentiels (rester, suffire et manquer) ont des constructions avec et sans inversion de sujet.

Le sujet réel peut être singulier ou pluriel. Le sujet réel peut être défini, indéfini, partitif et prélévatif (il faut de tout pour faire un monde).

Sémantique de la construction de base

Nous nous intéressons surtout au spectre grammatical de falloir. L'analyse sémantique détaillée de falloir ne fait pas l'objet de ce travail. Nous nous bornerons à signaler certains emplois atypiques.

Les quatre types de sujet réel

Sujet réel = nom

il faut aussi de l'ail
il faut du courage
il faut du temps pour faire cela
il m'a fallu trois heures pour finir
il me faut absolument ce livre
il me faut ces informations
il me faut cette information
il va leur falloir 1000 euros

Sujet réel = (pronom, délimiteur)

c'est juste ce qu'il faut
c'est plus qu'il n'en faut
ce n'est pas l'outil qu'il faut
il en faudrait plus pour m'énerver
il faudra au moins ça
il faut ce qu'il faut (Colette)
il faut de tout pour faire un monde
il lui faut quelqu'un pour l'aider
il m'en faut
il me faut celui-là
il me faut un peu plus d'argent
il me la faut
il me les faut
il n'en faut pas beaucoup pour te faire rire
il ne me faut pas plus de dix minutes pour y aller
il t'en faut combien ?
il vous le faut pour quand ?
prenez ce qu'il vous faut
qu'est-ce qu'il te faut ?
vous faut-il autre chose ?

Le pronom dans il me le/la/les faut est au cas existentiel. De même, que représente le cas existentiel dans ce n'est pas l'outil qu'il faut.

Combien vous faut-il pour votre journée ? ou combien vous faut-il pour votre peine ? est une question adressée par une personne d'un statut social supérieur à une personne d'un statut social inférieur. Le locuteur sous-entend par cette question que l'interlocuteur vend son labeur pour subvenir modestement à ses besoins, mais n'a pas le droit de chercher librement un avantage économique.

Sujet réel = subordonnée infinitive

Si falloir a un objet indirect, c'est avec celui-ci qu'est corrélé le sujet de l'infinitif : dans il me fallait l'aider, le sujet de aider est corrélé avec me.

Si falloir n'a pas d'objet indirect, l'infinitif est impersonnel (corrélé avec un on virtuel) : il faut l'aider est synonyme de il faut qu'on l'aide.

Toutefois, si l'infinitif est réfléchi ou réciproque, son sujet est corrélé avec le pronom réfléchi ou réciproque :

il faut nous dépêcher
il faut nous réjouir
il faut te dépêcher
il faut te ménager
il faut vous coucher tôt
il faut vous occuper de
il faut me lever
il va falloir t'y faire

Autrement dit, il faut nous dépêcher équivaut à il nous faut nous dépêcher.

Emplois normaux - nécessité, obligation, suggestion

il faut dire que
il faut réserver à l'avance
il faut trouver une solution
il va falloir le faire
il va falloir payer
il vous faut tourner à gauche ici

Demande

il faut m'excuser, je ne savais pas
il faut que vous veniez nous voir

Devoir personnel

il me fallait l'aider
il m'a fallu refuser
il m'a fallu obéir

Vérité générale

il faut bien vivre
il faut éviter de tirer des conclusions hâtives
il faut manger des fruits
il faut surtout rester calme

Conseil humoristique

faudrait pas me prendre pour un imbécile

Conjecture, inférence, probabilité

il faut être fou pour parler comme ça
il faut être prétentieux pour penser que
il fallait être désespéré pour faire ça
il faut n'avoir pas mis les pieds depuis très longtemps dans une salle de classe pour croire que

Exclamation, étonnement, admiration

il faut entendre ce qu'ils disent sur elle
il faut l'entendre chanter
il faut l'entendre raconter ses histoires
il faut voir ce spectacle
il faut voir comment il s'habille

Faudrait voir à


faudrait voir à ne pas rater le train
faudrait voir à ne pas nous ennuyer
faudrait voir à réserver des places
faudrait voir à voir

Faut-il dans le style journalistique

En parlant des grands problèmes sociaux, faut-il s'emploie souvent comme équivalent de est-il conseillé : faut-il inculquer l'identité nationale française aux enfants immigrés ?. On pourrait dire que faut-il est un moyen d'exprimer l'impératif interrogatif (l'équivalent de l'anglais « should we »).

Sujet réel = subordonnée fléchie

Falloir ne peut pas avoir d'objet indirect lorsque son sujet réel est une subordonnée fléchie.

Emplois normaux - nécessité, obligation, suggestion

il faut que vous partiez immédiatement
il faut absolument qu'on trouve une solution

Conjecture, inférence, probabilité

il faut qu'ils aient été retardés
il faut que tu te sois trompé
les sirènes hurlent, il faut qu'il y ait un accident
pour avoir fait ça, il faut qu'il ait perdu la tête

Fatalité

il a fallu qu'elle apprenne la nouvelle
il a fallu qu'il arrive à ce moment-là
il fallait bien que ça arrive un jour
il fallait que cette sacrée voiture tombe en panne maintenant

Phénomènes divers

Montée de la négation

La négation de la subordonnée infinitive ou fléchie monte à la principale, c'est-à-dire au verbe falloir. Par exemple, la forme sous-jacente il faut ne pas le déranger se transforme en il ne faut pas le déranger à la surface. La proposition il ne faut pas le déranger signifie non pas il n'est pas obligatoire de le déranger, mais il est obligatoire de ne pas le déranger. Bref, la négation de falloir exprime une obligation négative (une interdicition) et non pas l'absence d'une obligation.

Dans l'exemple qui suit, le conégateur qui monte à la principale n'est pas pas, mais le conégateur exhaustif aucun : il ne faut à aucun prix que l'Espagne cède.

Il fallait


Comme il faut

Comme il faut est un adjectif et un adverbe. Il signifie conforme aux bons usages, convenable. La concordance du temps (comme il fallait) n'est plus possible dans la langue moderne.

un jeune homme très comme il faut
des manières comme il faut
se tenir comme il faut

Omission de il

Il est parfois omis dans la langue familière.

Faut pas omettre il dans une proposition interrogative :

il faut partir faut partir, mais
faut-il partir ? *faut partir ?

faut pas exagérer
faut voir
faut payer

On faut

On faut est une construction de la langue populaire.

je n'ai pas la somme qu'on faudrait pour cette affaire.

Omission de l'infinitif

Si falloir est au milieu d'un enchaînement de trois propositions (au milieu d'une double subordination) et que les deux autres verbes (le premier et le troisième) soient identiques, la troisième proposition (la deuxième subordonnée) peut être omise.

il parle plus qu'il ne faudrait
il a fait ce qu'il fallait
tu vas payer ? - il faut bien
des fleurs ! il ne fallait pas !

L'emploi de l'imparfait

Fallait s'emploie à la place de aurait fallu.

il fallait refuser
il fallait venir me voir
il fallait le dire plus tôt
il fallait y penser

Longtemps

Longtemps peut occuper la position de sujet réel :

il ne leur a pas fallu longtemps pour comprendre

L'autonomie lexicale de longtemps est à peine plus qu'une curiosité orthpgraphique. La séparation ou non de long et temps rappelle l'hésitation dont est affectée plutôt.

Incise

nous ne savions pas encore, faut-il le rappeler, qu'il serait élu

Locutions

il faut ce qu'il faut
en moins de temps qu'il ne faut pour le dire
quand faut y aller faut y aller

Omission du pronom réfléchi

Ce tour appartient à la langue littéraire.

il me faut [me] courber
il te faut [te] défendre


S'en falloir

Les six constructions du sujet

Précédé du sujet postiche il, suivi d'un adverbe de degré servant de sujet réel existentiel :

il s'en faut tant
il s'en faut peu
il s'en faut bien
il s'en faut loin

Précédé du sujet postiche il, suivi d'un syntagme numéral, d'un pronom ou d'un délimiteur marqué par de et exprimant le manque :

elle a perdu, mais il s'en est fallu de peu
elle ne l'a pas injurié, mais il s'en est fallu de peu
il ne s'en faut pas de beaucoup que la somme n'y soit (ne redondant)
il s'en est fallu de peu qu'il ne réussisse (ne redondant)
il s'en fallait d'un rien
il s'en fallait de beaucoup
il s'en fallait de cinq minutes
il s'en fallait de mille euros
il s'en fallait de peu
il s'en fallait de presque rien
il s'en faut de beaucoup qu'il n'ait plus toutes ses facultés intactes (ne redondant)
il s'en faut de très peu que les fruits ne vous tombent dans la bouche (ne redondant)

Le sujet postverbal marqué par de est une bizarrerie de trois verbes : s'en falloir, s'en manquer et suffire.

Précédé de certains adverbes de degré employés comme sujets normaux :

beaucoup s'en faut
bien que M. et Mme De Cambremer ne fussent plus, tant s'en fallait, de la première jeunesse (Proust)
bien s'en faut
ça m'a coûté mille euros ou peu s'en faut
il a fini son travail ou peu s'en faut
loin s'en faut
peu s'en faut que la pauvre ne meure
tant s'en faut

La locution loin s'en faut est un amalgame de beaucoup s'en faut et de loin de là. À éviter.

Précédé simultanément d'un adverbe de degré servant de sujet normal et du sujet postiche il :

bien il s'en faut
loin il s'en faut
peu il s'en faut
tant il s'en faut

C'est une bizarrerie inanalysable de s'en falloir.

Il s'en faut (ou sa forme négative) sans aucun sujet de quelque type que ce soit :

il n'est pas le plus bête, il s'en faut
il ne s'en faut guère
je ne sais pas le chinois assez bien pour cela, il s'en faut

Autrefois, s'en falloir était un verbe existentiel ordinaire. Il avait un sujet postiche en position préverbale et un sujet réel aprépositionnel en position postverbale :

il s'en faut cent sous
il ne s'en est presque rien fallu

La subordonnée

S'en faut (ou l'expression de degré ou de différence qui suit s'en faut directement) peut être suivi d'une subordonnée qui caractérise un état incomplet, un processus inachevé, une conséquence manquée :

il s'en fallait de beaucoup qu'il soit heureux.

Le verbe de la subordonnée se met au subjonctif.

En principe, la subordonnée est introduite par la préposition pour et le nominalisateur que, mais la préposition pour est presque toujours omise : il s'en est fallu de peu (pour) que ça se produise


il ne s'en fallait que de cent euros pour qu'il ait la somme nécessaire
il s'en est fallu d'un poil que ça se casse
il s'en est fallu de peu qu'il gagne
il s'en est fallu de quelques points qu'il (ne) fût reçu
il s'en est fallu de quinze secondes qu'elle gagne
il s'en fallait de peu que je ne renonçasse à la littérature (Sartre)
il s'en fallut d'un cheveu qu'on ne le passât par les armes
il s'en fallut de peu qu'elle ne l'obligeât à se brûler la cervelle (Mérimée)
il s'en fallut de peu qu'il échouât
il s'en fallut de peu qu'il n'ait péri dans les flammes
il s'en fallut de peu qu'il n'ait réussi
il s'en fallut de peu que je renonçasse à la littérature (Sartre)
il s'en faudra de peu qu'il ne passe inaperçu (Sartre)
il s'en faut de beaucoup qu'il soit heureux
il s'en faut de beaucoup que l'adhésion des Parisiens soit unanime
il s'en faut de beaucoup que leur nombre soit complet
il s'en faut de dix francs que la somme entière (n') y soit
il s'en faut de moitié que ce vase ne soit plein
peu s'en est fallu pour qu'il pleure
peu s'en fallait que je ne déchirasse tout cela (Gide)
peu s'en fallut qu'il abandonnât tout (Rolland)

Les temps

En principe, tous les temps de s'en faut sont permis. Les formes s'en fallait et s'en est fallu sont courantes.

L'emploi du passé de s'en faut n'est pas obligatoire lorsqu'il s'agit d'un événement passé dans le contexte immédiat : ça m'a coûté mille euros ou peu s'en faut.

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