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TITRE
Compléments aprépositionnels - catégories de verbes (118)

ASCENDANCE

PAGES SŒURS
Compléments aprépositionnels - catégories de verbes (118)

SOMMAIRE
Les verbes métrologiques
Les verbes olfactifs
Le complément duratif-distanciel
Les verbes impersonnels météorologiques et atmosphériques
Le sujet de conversation ou de pensée
L'objet direct interne
Verbes acoustiques et optiques
Style publicitaire
Remarques
Courir
Jurer
Vivre
Pouvoir

Les verbes métrologiques

Les verbes métrologiques atteignent le plus bas niveau de transitivité. À l'exception de faire, ils passent par le filtre de la pronominalisation et de la relativation. Il ne passent pas par le filtre de l'accord du participe passé et ils ne sont pas passivables.

Toutefois, certaines grammaires recommandent l'accord du participe passé lorsque coûter et valoir sont employés au sens figuré : les insomnies que m'a coûtées son comportement.

Verbes de mesure proprement dits : mesurer, peser, faire

les cent kilos que pèse cet adolescent
les pneus les pèsent bien, trente kilos
les deux mètres vingt que mesure la petite basketteuse cambodgienne
?les six mètres de large que fait cette cuisine
?ce rôti les fait bien, les trois kilos prévus

Verbes de valeur : coûter, valoir, faire

ça coûtera ce que ça coûtera
ce livre les vaut bien, les cent euros
la grosse somme que cette maison m'a coûté
les cent euros que ce livre a coûté
les ennuis que nous a valus cette affaire
les insomnies que m'a coûtées son comportement
les peines que cet enfant m'a coûtées
les semaines que m'a coûtées ma recherche
tous les efforts que ça m'a coûtés
tous les ennuis que ça m'a valus

*le médicament précédent n'est pas valu par celui-ci
*les cent euros coûtés par ce livre
*les deux mille euros que fait ce bureau
*les ennuis valus par cette affaire

Payer, vendre, acheter

Les verbes payer, vendre et acheter régissent simultanément deux compléments aprépositionnels, à savoir un objet direct (l'objet de l'opération) et un complément métrologique (le prix).

Pierre a payé mille francs ce travail à Paul

Ces verbes sont passivables par rapport à l'objet de l'opération, mais pas par rapport au prix : Pierre a payé ce travail mille euros se transforme en ce travail a été payé mille euros par Pierre, mais pas en *mille euros ont été payés ce travail par Pierre.

La relativation est possible par rapport à l'un ou l'autre complément aprépositionnel.

je l'ai payé le prix que je l'ai payé
le prix que je compte vendre cette maison

Polysémie

Certains verbes métrologiques ont une facette transitive passivable :

*cent kilos sont pesés par le boucher
la viande a été pesée par le boucher

*deux mètres sont mesurés par Paul
la chambre a été mesurée par Paul

Les verbes olfactifs

Voir l'étude détaillée du verbe sentir à la page connexe Verbes multistructurels - sentir.

Les verbes olfactifs atteignent le plus bas niveau de transitivité. Ils passent par le filtre de la pronominalisation et de la relativation. Il ne passent pas par le filtre de l'accord du participe passé et ils ne sont pas passivables.

ça pue le fuel dans la cave
ça sent (bon) le chèvrefeuille
ça sent le tabac
ce vin sent le bouchon
du pied aux lunettes, il pue le sémito-germain (L. Daudet)
embaumer la lavande
empester le détergent
fleurer la lavande
fleurer le scandale
goûter le bouchon
puer la bêtise
puer la misère
puer le crottin
respirer la santé
respirer le bonheur
sentir la vanille
sentir le brûlé
suer l'ennui
suer la misère
suinter l'arrogance

Non-accord du participe passé : toutes les odeurs que ça a senti

Il y a quelques verbes olfactifs transitifs et passivables : exhaler, répandre.

Le complément duratif-distanciel

Les verbes exprimant une action qui s'étend dans l'espace ou dans le temps régissent un complément aprépositionnel qui exprime une distance ou une durée.

il a attendu trois heures
il a dormi dix heures après le voyage
il a galéré toute sa vie
il a parlé vingt minutes
il a vécu cent ans
il est resté deux heures à nous attendre
il peut sonner tout le temps qu'il voudra
il régna vingt ans
ils se sont aimés l'espace d'une nuit

ça continue encore dix kilomètres
il a couru dix kilomètres
il a marché dix kilomètres
il a sauté cinq mètres
monter / grimper cinq mètres

Dans ils se sont aimés l'espace d'une nuit, l'espace de est une espèce de quasi-préposition.

Certains de ces verbes peuvent aussi être construits avec la préposition pendant. La version aprépositionnelle et la version avec pendant sont quasi-synonymes : j'ai attendu dix minutes à la gare = j'ai attendu pendant dix minutes à la gare.

Degré zéro de transitivité : certains de ces verbes ne passent par aucun des trois filtres de transitivité.

*les trois heures qu'il a parlé
*il les a parlé sans interruption
*il en a bien parlé trois
*trois heures furent parlées par Pierre

Degré minimum de transitivité : certains verbes duratifs-distanciels passent par le premier filtre de transitivité.

combien d'heures avez-vous dormi ?
j'ai perdu les deux heures que j'ai attendu
les cent ans qu'il a vécu
les deux heures qu'il est resté à nous attendre
les dix ans qu'il a régné
les dix kilomètres qu'il a couru
les trois mois que la grève a duré

Mais : les dix heures que nous avons passées sur le bateau

Vivre - complément de durée et objet direct interne

Il est généralement recommandé de laisser vécu invariable si le complément exprime une durée et de l'accorder si le complément est un objet direct interne. Voir l'examen des objets directs internes plus loin sur cette page.

les cent ans qu'il a vécu
les meilleurs moments que nous avons vécus

Durer

Le verbe durer n'est pas passivable, mais il passe par les deux premiers filtres de transitivité :

ça durera ce que ça durera
les huit heures que dure cet opéra
?cet opéra les a bien durées, les huit heures dont on nous avait prévenus
*les huit heures durées par cet opéra

On notera que, dans ça durera ce que ça durera, ce représente le cas aprépositionnel de durée régi par durera en fin de phrase. La forme de ce cas est la même que celle de l'objet direct.

Les verbes impersonnels météorologiques et atmosphériques

Voir l'examen des verbes impersonnels météorologiques et atmosphériques à la page connexe Les verbes impersonnels.

La plupart des verbes impersonnels météorologiques et atmosphériques passent (avec quelque difficulté) par le filtre de la pronominalisation et de la relativation, mais on hésite à accorder leur participe passé :

les chaleurs qu'il a fait la semaine dernière

Le sujet de conversation ou de pensée

Avec certains verbes de parole (parler, causer, bavarder, deviser) on peut exprimer le sujet de conversation par un complément aprépositionnel :

parler lit
parler littérature
parler cul
parler culture
parler politique
parler affaires
parler voyage
parler mariage
parler récolte
parler vendange
parler chasse
parler musique

Homais jugea convenable de causer un peu horticulture (Flaubert)
je parlais sans cesse constellations avec mon grand-père (Stendhal)

Ce phénomène n'est pas sans rappeler les incises telles que quel salaud ! - se moucha-t-il. Se moucher n'est pas un verbe de parole. Voir l'examen des incises à la page connese Les subordonnées régies - les incises.

Cette construction est plus rare avec les verbes de pensée :

penser
rêver
raisonner

Degré zéro de transitivité : ces verbes ne passent par aucun des trois filtres dans la construction aprépositionnelle.

L'objet direct interne

L'objet direct interne répète l'idée déjà contenue dans le verbe. Sa fonction est surtout stylistique, mais il peut aussi exprimer un aspect du verbe (durée, momentanéité).

Si le verbe et le complément sont apparentés étymologiquement (mourir une mort douce), le tour est appelé « figura etymologica ». La tradition de l'objet direct interne et de la figura etymologica remonte aux langues classiques et bibliques.

aimez vos amours et guerroyez vos guerres (Hugo)
aller son petit bonhomme de chemin
bâiller une vie médiocre (Gaxotte)
crever la faim
dormir son dernier sommeil
dormir un somme
dormir une nuit paisible
et n'ai-je pas sué la sueur de tes nuits ? (Verlaine)
flamber la fièvre
il vaut mieux rêver sa vie que la vivre (Proust)
j'ai sué sa sueur et j'ai saigné son sang
j'ai voulu vivre leur pauvreté (Sartre)
jouer un drôle de jeu
L'amour tu le fais parfois sans même t'éveiller. Tu le dors. (Duhamel)
miauler la faim
mourir mille morts
mourir une mort douce
mourir une mort ignominieuse
mourir une mort lente
nous allions notre chemin sans contrainte, sans entrave, sans gêne, sans peur (Beauvoir)
parler le langage de la tendresse
pleurer des larmes de crocodile
pleurer des larmes de sang
pleurer la misère
pleurer toutes les larmes de son corps
prier une prière
quand nous aurons tremblé nos derniers tremblments, quand nous aurons râlé nos derniers râlements (Péguy)
rêver un rêve
songer mille songes
souffrir le martyre
souffrir mille morts
suer l'ennui
suer sept sueurs
trembler la fièvre
vivre sa mort
vivre sa vie
vivre un grand bonheur
vivre une existence bien dure
vivre une nuit d'angoisse
vivre une vie de comédien

Un coup

L'objet direct interne un coup est une ressource très souple de la langue familière. Il se joint à de nombreux verbes pour produire un effet d'instantanéité ou de perfectivité.

baiser un coup
boire un coup
chier un coup
gueuler un bon coup
tirer un coup
rigoler un bon coup
pleurer un bon coup
mouche-toi un bon coup
respirer un grand coup

Verbes acoustiques et optiques

Certains verbes intransitifs exprimant des phénomènes acoustiques ou optiques peuvent être employés transitivement pour rendre un aspect acoustique ou optique de la communication.

l'adjudant aboyait un ordre
grincer de vagues menaces
le téléscripteur crépita la nouvelle
il nous toussait un discret avertissement
le journal lumineux scintillait les informations

Style publicitaire

Le langage de la publicité omet volontiers préposition et article entre un verbe et un nom pour leur conférer le prestige d'une mystérieuse union sémantique.

roulez vacances
s'habiller mode
souriez Gibbs
achetez beau, achetez réfléchi, achetez Braun

Ce procédé ressemble à l'emploi adverbial des adjectifs dans les locutions telles que tailler court, discuter ferme ou encore hacher menu. Voir la page connexe L'adjectif comme complément - l'adjectif employé adverbialement.

Remarques

Attendre

Avec attendre, la durée s'exprime toujours par un complément aprépositionnel. Attendre pour a un sens final : l'argument de pour représente le point final de l'attente.

Rester

Le comportement de rester ressemble à celui de attendre. La durée s'exprime par un complément aprépositionnel.

Courir

Nous avons examiné plus haut le verbe duratif-distanciel courir. Dans certaines locutions, courir atteint le niveau minimum ou moyen de transitivité.

les dix ans qu'il a couru le monde (niveau minimum)
les lièvres qu'il a courus (niveau moyen)
les dangers qu'il a courus (niveau moyen)
courir le gibier
courir les agences
courir les filles
courir les rues

Jurer

Le complément aprépositionnel qui suit le verbe jurer désigne le gage qu'on invoque pour soutenir la véridicité du serment. Ce complément aprépositionnel peut être suivi de l'objet du serment marqué par de. Si l'objet du serment est exprimé par une subordonnée, de est omis. L'objet du serment peut être pronominalisé par en.

jurer le ciel de dire la vérité
jurer Dieu que
il jura sa parole d'honneur que
jurer ses grands dieux que
je t'en jure ma parole

Vivre

Nous avons déjà mentionné le verbe vivre dans deux catégories à faible transitivité : comme verbe duratif (il a vécu vingt ans à New York, les vingt ans qu'il a vécu à New York) et comme verbe à objet direct interne (vivre une vie heureuse). Le verbe vivre peut aussi avoir un complément aprépositionnel en jargon psychologique et journalistique.

vivre sa foi
vivre sa sagesse
vivre une amitié

Pouvoir

Le verbe pouvoir admet la subordonnée infinitive objet direct, le pronom relatif que, le pronom personnel conjoint le et certains pronoms (rien, tout), mais il n'admet pas les noms dans la langue commune. Autrefois on avait pouvoir un miracle.

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