Subjonctif - temps supplétifs et simplifications
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Subjonctif - temps supplétifs et simplifications (108)

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Subjonctif - temps supplétifs et simplifications (108)

SOMMAIRE


Introduction

Le subjonctif n'a que deux temps simples : le présent et l'imparfait. Pour exprimer les autres temps simples, on se sert des temps supplétifs du subjonctif.

Les cinq temps composés et les cinq temps surcomposés du système de conjugaison sont modelés sur les cinq temps simples. Voir la page connexe Le système de conjugaison - les six dimensions - rubrique Temps abstraits et niveaux de composition. Les règles des temps supplétifs du subjonctif, que nous allons énoncer pour les temps simples, s'étendent aisément aux temps composés et surcomposés : on n'a qu'à les appliquer au temps simples du verbe auxiliaire.

Temps supplétifs du subjonctif - le futur

Pour exprimer le futur du subjonctif, on se sert du présent du subjonctif. C'est une règle incontournable, qui satisfait à un besoin réel de la langue de tous les jours.

Pierre viendra ce soir je veux que Pierre vienne ce soir

La règle s'étend aisément au futur antérieur

j'attendrai qu'il ait terminé
j'attendrai qu'il soit venu
je crains que vous n'ayez pas terminé ce soir
j'attends jusqu'à ce que vous ayez fini
je veux qu'il ait appris ses leçons avant mon retour

Nous venons d'affirmer catégoriquement que, pour exprimer le futur du subjonctif, on se sert du présent du subjonctif comme temps supplétif. Nous allons maintenant atténuer cette affirmation un peu trop hâtive. Il n'est pas besoin de suppléer au futur du subjonctif là où le subjonctif lui-même n'est pas obligatoire. Autrement dit, pour suppléer au futur d'un subjonctif non obligatoire, on a le choix entre le futur de l'indicatif et le présent du subjonctif. C'est tantôt au temps tantôt au mode qu'on renonce plus facilement. Le subjonctif est inébranlable dans certaines subordonnées, mais instable dans d'autres : *je veux qu'il viendra ce soir est exclu, ?je suis heureux qu'il viendra ce soir est acceptable. En principe, il faudrait parcourir la carte de tous les emplois du subjonctif pour analyser exhaustivement ses temps supplétifs.

Comparer les propositions

la nausée ne m'a pas quitté et je ne crois pas qu'elle me quittera de sitôt (Sartre)
et
le médecin ne croit pas qu'elle survive à une nouvelle crise (Mauriac)

Sartre sacrifie le subjonctif au profit du futur ; Mauriac en fait l'inverse.

On a le même choix entre le conditionnel (le futur dans le passé) et l'imparfait du subjonctif :

je ne pensais pas qu'il seraient aussi nombreux

je ne pensais pas qu'il fussent aussi nombreux

La première solution (le conditionnel) est beaucoup plus clair.

Temps supplétifs du subjonctif - le passé simple

Pour exprimer le passé simple du subjonctif, on peut se servir de l'imparfait ou du passé composé du subjonctif. C'est une règle un peu artificielle, car, étant donné un imparfait ou un passé composé du subjonctif dans une proposition, il est difficile de prouver que le locuteur-scripteur se serait servi du passé simple du subjonctif si celui-ci avait été inventé.

Temps supplétifs du subjonctif - le conditionnel présent

Il y a des temps supplétifs qui correspondent au « conditionnel du subjonctif » et au « conditionnel passé du subjonctif ». Cette substitution est largement attestée même aujourd'hui, mais seuls les inconditionnels du subjonctif la pratiquent.

Deux types de conditionnel - analyse

Le conditionnel absolu


La proposition personne ne doute que, mis en vente, le tableau n'atteignît aux enchères de l'Europe un prix fabuleux peut être paraphrasée comme tout le monde admet que, mis en vente, le tableau atteindrait aux enchères de l'Europe un prix fabuleux.

Le conditionnel de la conclusion

Par conditionnel de la conclusion nous entendons le conditionnel banal de la principale qualifiée par une prémisse (par une subordonnée conditionnelle). Pour que se pose le problème de la substitution, il faut que l'intégralité de la phrase conditionnelle (prémisse et conclusion) soit subordonnée à un verbe qui exige le subjonctif.

On se rend compte aisément que entraînât dans l'exemple ci-dessous n'est pas une erreur et que l'auteur visait le conditionnel de la conclusion. La proposition on craint que la guerre, si elle éclatait, n'entraînât des maux incalculables est paraphrasable comme voici notre crainte : la guerre, si elle éclatait, entraînerait des maux incalculables.

La règle de substitution

La règle de substitution est simple. Le conditionnel présent du subjonctif est représenté par l'imparfait du subjonctif. Le conditionnel passé du subjonctif est représenté par le plus-que-parfait du subjonctif. Cette règle n'est pas arbitraire : on sait que, étymologiquement, le conditionnel est l'imparfait du futur.

Deux types de conditionnel - exemples

Nous avons reproduit tous les exemples de Grevisse. Un seul des exemples illustre le conditionnel de la conclusion. Le reste des exemples illustrent le conditionnel absolu. Les deux sources du subjonctif qu'on observe dans les exemples sont le doute ou la crainte et l'inexistence ou la rareté. Voir l'examen du subjonctif de l'inexistence et de la rareté à la page connexe Le verbe dans la relative - le subjonctif et le conditionnel.

Le conditionnel absolu

en est-il un seul parmi vous qui consentît
il est douteux que, sans cette précaution, nous eussions pu faire le trajet de Tolède à Madrid en une journée
il m'arrive de me demander si deux erreurs qui se combattent ne sont pas plus fécondes qu'une vérité qui régnât sans conteste (J. Rostand)
il n'est pas un homme sensé qui ne se trouvât lui-même ridicule de reprocher aux Abyssins de n'avoir donné au monde ni Dante ni Michel-Ange (Suarès)
il n'y a pas de saint qui ne devînt enragé si on le traitait comme un petit enfant (Lichtenberger)
il n'y a rien que je ne fisse pour vous obliger (Musset)
il n'y a rien au monde que je ne fisse pour votre service (Molière)
je crains que, dans un cas semblable, la « renaissance » amoureuse ne s'effectuât pas facilement (Kemp)
je doute que la cataracte de Niagara me causât la même admiration qu'autrefois (Chateaubriand)
je ne crois pas qu'il osât l'avouer
personne ne doute que, mis en vente, il n'atteignît aux enchères de l'Europe un prix fabuleux (Fromentin)

Le conditionnel de la conclusion

on craint que la guerre, si elle éclatait, n'entraînât des maux incalculables

Le passé postérieur

je désirais qu'il vînt le lendemain

Employé temporellement, le conditionnel sert de passé postérieur. En substituant espérer à désirer, nous obtenons j'espérais qu'il viendrait le lendemain. Dans l'exemple, l'imparfait du subjonctif est le subjonctif supplétif du passé postérieur.

Simplification au moyen du subjonctif

Nous empruntons cet exemple à Soutet(2000).

L'indicatif exige un jeu complexe des temps relatifs.

Pierre part après que Paul est arrivé
Pierre partira après que Paul sera arrivé
Pierre partirait après que Paul serait arrivé
Pierre partit après que Paul fut arrivé
Pierre partait après que Paul était arrivé
Pierre est parti après que Paul a été arrivé
Pierre sera parti après que Paul aura été arrivé
Pierre serait parti après que Paul aurait été arrivé
Pierre fut parti après que Paul eut été arrivé
Pierre était parti après que Paul avait été arrivé

Le subjonctif offre une simplification considérable.

Pierre part après que Paul soit arrivé
Pierre partira après que Paul soit arrivé
Pierre partirait après que Paul soit arrivé
Pierre partit après que Paul soit arrivé
Pierre partait après que Paul soit arrivé
Pierre est parti après que Paul soit arrivé
Pierre sera parti après que Paul soit arrivé
Pierre serait parti après que Paul soit arrivé
Pierre fut parti après que Paul soit arrivé
Pierre était parti après que Paul soit arrivé

L'emploi prioritaire du futur

Les locuteurs qui jugent la clarté du futur plus importante que le caractère distingué du subjonctif disent ?je ne crois pas qu'il viendra.

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