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TITRE
Le système de conjugaison - les six dimensions (80)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Les syntagmes de base (4)
Le groupe verbal (76)
La morphologie du verbe (78)
Le système de conjugaison (79)

PAGES SŒURS
Le système de conjugaison - les six dimensions (80)

SOMMAIRE
Les dimensions du système de conjugaison
Temps abstraits et niveaux de composition
Les dilemmes syntaxiques de la classification
Le statut du conditionnel
Le participe présent et le gérondif
La fonction passive de l'infinitif actif
Formes virtuelles et hypercomposées
Le passé simple et l'imparfait du subjonctif
La morphologie déverbale

Les dimensions du système de conjugaison

§ Les modes

Les modes du verbe sont l'indicatif, le subjonctif, l'impératif, l'infinitif et le participe. Le conditionnel des grammaires traditionnelles n'est plus considéré comme un mode. Nous allons reprendre ce problème tout à l'heure.

§ Les temps

Chaque mode a une palette de temps propre à lui.

§ Les nombres et les personnes

Indicatif et subjonctif

Chaque temps de l'indicatif et du subjonctif a six formes : deux nombres et trois personnes.

Impératif

Chaque temps de l'impératif a trois formes : deuxième personne du singulier, première personne du pluriel et deuxième personne du pluriel.

On peut se servir du subjonctif (avec ou sans que) pour produire une modalité injonctive à la troisième personne : qu'il vienne !, vienne la paix !. Ces subjonctifs suppléent l'impératif, mais ne sont pas des impératifs, puisqu'ils n'admettent pas la postposition des pronoms conjoints. On dit profitons-en, mais on ne dit pas *qu'ils profitent-en. En revanche, la première personne du pluriel de l'impératif (profitons-en) est un vrai impératif, bien qu'elle soit presque toujours identique à la première personne du pluriel de l'indicatif.

Le subjonctif de pouvoir peut servir d'auxiliaire d'impératif. Cet impératif périphrastique a les six formes normales de l'indicatif et du subjonctif (puisse-t-il).

Infinitif, participe

L'infinitif et le participe n'ont ni nombre ni personne.

§ Les voix

La morphologie des voix autres que la voix active se réduit à de simples « recettes ». Pour savoir comment produire une forme non active (passive ou pronominale), il suffit de connaître le tableau actif et la recette de la forme non active en question.

§ La sixième dimension - les formes conjointes

Souvent lorsqu'un verbe est suivi d'un mot conjoint, il change de forme : aime-t-il, vas-y, puissé-je. En théorie, il faudrait dédoubler les tableaux de tous les modes fléchis pour représenter ce phénomène de façon claire, exhaustive et phonologiquement valable. En pratique, le nombre des formes conjointes qui diffèrent des formes normales correspondantes est infime. Nous rassemblons donc toutes les formes conjointes sur une page qui leur est consacrée, sans compliquer les tableaux morphologiques. Voir la page connexe Le système de conjugaison - la forme conjointe.

Temps abstraits et niveaux de composition

Les quinze temps de l'indicatif s'inscrivent dans un tableau bidimensionnel : les deux dimensions correspondent aux cinq temps abstraits et aux trois niveaux de composition. Les temps composés et surcomposés peuvent être dérivés des temps simples au moyen d'une « recette ».

§ Les trois niveaux de composition

temps simples

temps composés

temps surcomposés

§ Les cinq temps abstraits

Les noms des cinq temps abstraits sont identiques aux noms des temps du premier niveau de composition.

le présent

l'imparfait

le passé simple

le futur simple

le passé postérieur (conditionnel présent)

Les dilemmes syntaxiques de la classification

§ Le statut du conditionnel

Les trois formes aimerais, aurais aimé et aurais eu aimé sont bifonctionnelles : elles ont des fonctions temporelles et des fonctions modales. Nous nous servons de deux séries de noms pour mettre en relief leurs deux fonctions, mais nous les considérons comme des formes de l'indicatif.

$ Comme véhicules de la fonction temporelle, les trois formes sont nommées « passé postérieur », « passé postérieur intermédiaire » et « passé postérieur intermédiaire surcomposé ». (Ce sont des termes forgés pour les besoins de ce travail.)

$ La fonction modale est représentée par les noms traditionnels de « conditionnel présent », « conditionnel passé » et « conditionnel surcomposé ».

Jusqu'aux dernières décennies du vingtième siècle, le tableau des temps de l'indicatif ne contenait que quatre temps à chaque niveau de composition. Les formes aimerais, aurais aimé et aurais eu aimé étaient considérées comme constituant un mode à part, le mode conditionnel. Le conditionnel fut finalement rétrogradé du statut de mode indépendant au statut de temps au sein de l'indicatif. Cependant, la bifonctionnalité des formes aimerais, aurais aimé, aurais eu aimé est tellement importante qu'elles méritent deux séries de noms.

Il y a plusieurs raisons de ne pas considérer le conditionnel comme un mode à part.

$ Le lien de parenté morphologique entre le futur et le conditionnel est évident.

$ Si on considérait chaque fonction d'une forme comme un mode, on finirait par avoir des centaines de modes. Plus spécifiquement, si l'emploi temporel et l'emploi modal de la forme aimerais sont rangés sous deux modes différents, on est obligé d'en faire autant pour l'imparfait qui, lui aussi, a une fonction temporelle et une fonction modale.

$ La grille des quinze temps de l'indicatif suppose que le conditionnel est l'un des temps simples. Cette grille est intuitive et probante.

§ Le participe présent et le gérondif

Du point de vue de la grammaire synchronique, nous considérons le gérondif non pas comme un mode indépendant, mais comme une des nombreuses fonctions du participe présent. Diachroniquement parlant, le gérondif est une forme indépendante. Pour un examen détaillé de cette question, voir la page connexe Le participe présent - introduction. Comme dans le cas du conditionnel, la forme prime la fonction.

§ La fonction passive de l'infinitif actif

L'infinitif présent de la voix active peut avoir une fonction passive dans la subordonnée infinitive factitive et dans la subordonnée infinitive de perception : j'ai fait réparer mon ordinateur par un spécialiste, je l'ai vu tuer par des truands. Nous disons qu'il y a un infinitif passif simple. On évitera de confondre l'infinitif passif simple avec l'infinitif passif composé. L'emploi passif de l'infinitif actif n'est pas un phénomène fortuit. Les emplois actif et passif de l'infinitif simple correspondent à deux formes du latin. Ces deux formes se sont neutralisées de façon similaire au participe présent et au gérondif.

Formes virtuelles et hypercomposées

Certains grammairiens analysent les formes surcomposées comme comprenant une forme du verbe avoir et le participe composé virtuel. Selon cette hypothèse, j'ai eu aimé serait composé de j'ai et du participe composé virtuel eu aimé et, semblablement, j'ai été arrivé serait composé de j'ai et du participe composé virtuel été arrivé.

Si l'on admet l'existence d'un participe composé virtuel, on ne peut pas refuser l'existence du participe surcomposé virtuel (eu eu aimé, eu été arrivé), puisque eu est une forme du verbe avoir, qui, d'après l'analyse proposée des formes surcomposées, peut être suivie du participe composé virtuel. Et ainsi de suite.

Le passé simple et l'imparfait du subjonctif

L'imparfait du subjonctif de tous les verbes, qu'ils soient majoritaires ou minoritaires, ressemble au passé simple ( aima / aimât, fut / fût ). Il est permis de se demander pourquoi l'imparfait du subjonctif ne ressemble pas plutôt à l'imparfait de l'indicatif. On comprend bien que le subjonctif n'ait que deux temps simples, alors que l'indicatif en a cinq, mais cela n'explique pas le mauvais alignement morphologique des temps partagés.

En réalité, ce n'est pas au passé simple que ressemble l'imparfait du subjonctif. En latin, le subjonctif a trois passés : præsens perfectum, præteritum imperfectum et præteritum perfectum. L'imparfait du subjonctif français provient du præteritum perfectum. Le français s'est donc défait de deux des trois formes latines et il a gardé l'un des deux prétérits. Cet alignement n'est pas aussi bon que si le français avait gardé le præteritum imperfectum, mais il n'est pas aussi mauvais qu'il paraissait à première vue. De toutes les langues romanes majeures seule le portugais garde la mémoire des deux prétérits du subjonctif latin.

La morphologie déverbale

La morphologie des noms et des adjectifs déverbaux (exploration, explorateur, exploratoire) dépasse le cadre de ce travail. Il convient de faire remarquer cependant que les adjectifs potentiels (définissable, téléchargeable, consultable) sont en voie d'acquérir le statut productif.

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