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Le groupe nominal - protection référentielle - non-accord et disjonction (48)

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Le groupe nominal - protection référentielle - non-accord et disjonction (48)

SOMMAIRE
Disjonction phonétique et disjonction référentielle
Les deux types de distance référentielle
Les deux types de protection référentielle
Protection référentielle des autonymes par non-accord
Protection référentielle des autonymes par disjonction
Protection référentielle des titres par non-accord
Protection référentielle des titres par disjonction
L'énigme des lettres de l'alphabet

Disjonction phonétique et disjonction référentielle

Sur la présente page, nous examinons la disjonction référentielle. La disjonction phonétique, elle, fait l'objet de la page connexe Les variations phonétiques polymorphes. Voir la page connexe Les variations phonétiques polymorphes également pour le rôle de la disjonction dans la contraction, l'élision et la liaison.

Les deux types de distance référentielle

Distance référentielle linguistique

Il y a distance référentielle linguistique entre un objet réel et l'objet linguistique qui est son nom. Dans « dent » est féminin, il s'agit de l'objet linguistique (le nom) « dent » et non pas de l'objet réel qu'est la dent. En principe, les objets linguistiques sont toujours masculins et singuliers. Il serait absurde de dire « dent » est féminine.

Distance référentielle créative

Il y a distance référentielle créative entre un objet réel et l'ouvrage (roman, film, opéra, etc.) qui le représente. Dans « Les misérables » est un grand roman de Victor Hugo, il s'agit de l'objet créatif « Les misérables », et non pas l'objet réel qu'était la classe des misérables au début du dix-neuvième siècle. En principe, les titres d'ouvrage sont toujours masculins et singuliers. La proposition « Les misérables » sont un grand roman de Victor Hugo est acceptable, mais moins correcte que la version où le titre du roman est construit au singulier.

Les deux types de protection référentielle

La distance référentielle linguistique et la distance référentielle créative ont certaines particularités grammaticales en commun. Les noms des choses et les titres d'ouvrages font l'objet d'une protection référentielle, c'est-à-dire d'une protection contre la confusion avec ce qu'ils représentent. « Dent » et dent, ainsi que « Les misérables » et les misérables, sont homophones et faciles à confondre, mais logiquement et grammaticalement très différents. Aux deux niveaux référentiels correspondent des règles d'accord et des règles de disjonction différentes.

La protection référentielle a deux types : le non-accord référentiel et la disjonction référentielle. La disjonction référentielle, à son tour, se subdivise en trois phénomènes, à savoir la non-contraction, la non-élision et la non-liaison. Chacun des deux types de la protection référentielle est applicable identiquement aux deux types de distance référentielle (autonymes et titres).

Les titres d'œuvres littéraires ou artistiques et les autonymes sont, en principe, réfractaires à l'accord et sont protégés contre les avatars phonétiques (contraction, élision, liaison) par une espèce de disjonction. Cela veut dire que les titres et les autonymes se comportent, en principe, en noms masculins singuliers consonantiques, quels que soient les donneurs d'accord situés à leur intérieur et quelle que soit leur son initial. Les propriétés morphologiques et phonétiques des mots situés à l'intérieur des titres et des antonymes sont occultées par les guillemets mentaux que constitue l'emploi des ces mots au sein d'un titre ou d'un autonyme. Les titres et les autonymes sont des boucliers anti-accord et anti-phonétiques.

Protection référentielle des autonymes par non-accord

La protection référentielle des autonymes par non-accord est absolue. Il serait absurde de dire *« dent » est féminine ou *« représailles »sont un nom qui n'a pas de singulier.

Protection référentielle des autonymes par disjonction

La protection référentielle des autonymes par disjonction est instable. L'origine de « évêque » est grecque est plus correct que l'origine d'« évêque » est grecque, mais la non-disjonction n'est pas interdite pour autant. Nous ne partirons pas à la découverte de toutes les règles et exceptions de la disjonction devant les autonymes.

Protection référentielle des titres par non-accord

Si le titre commence par [article * nom-pluriel] ou par [article * nom-féminin], le nom peut devenir donneur d'accord.

Les âmes mortes
Les cloches de Bâles
Les confessions
Les femmes savantes
Les illusions perdues
Les mandarins
Les misérables
Les âmes mortes
Les bonnes
Les mouches
Les 400 coups

Si le titre est un groupe nominal sans article, le non-accord est préférable.

Brèves rencontres
Émaux et camées
Morts sans sépulture
Terres défrichées
Tropiques
Voyageurs sans bagage

Si le titre doit sa pluralité à la coordination, le pluriel est rare, souvent impossible.

« Paul et Virginie » a fait couler des torrents de larmes
« Paul et Virginie » ont fait couler des torrents de larmes

Si le titre commence par [préposition * article * nom-pluriel] ou par [préposition * article * nom-féminin], la préposition est parfois omise pour permettre au nom de devenir donneur d'accord.

(À) la recherche du temps perdu

Quand le titre commence par un nom qui décrit le genre de l'ouvrage, plutôt que son objet (histoire, comédie, mémoires, scènes, études, entretiens, lettres, etc.), ce nom transmet presque toujours son genre et son nombre.

Si le titre est le nom d'une personne (Phèdre, La cousine Bette, Madame Bovary, Les Thibault), ce nom transmet souvent son genre et son nombre.

Le genre et le nombre se transmettent à tout si le titre commence par un article, sinon le masculin singulier est préférable.

tous « Les misérables »
tout « Phèdre » (pas d'article)
tout « Madame Bovary » (pas d'article)
toute « La porte étroite » de Gide
toutes « Les femmes savantes »

Protection référentielle des titres par disjonction

La non-contraction

Si le titre commence par un article, la contraction est acceptable : des « Fâcheux », des « Misérables », des « Thibault ».

La contraction est problématique lorsque le titre contient deux noms coordonnés. Seul la fin de « Le rouge et le noir » est correct ; la fin du « Rouge et du noir » et la fin du « Rouge et le noir » sont peu acceptables.

La non-élision

L'élision est acceptable : d' « À la recherche du temps perdu », je n'ai lu qu' « À rebours » de Huysmans, d' « Émaux et camées »

La contraction est pratiquement impossible lorsque le titre est une proposition.

La guerre de Troie n'aura pas lieu
Le roi s'amuse
Les affaires sont les affaires
Les Dieux ont soif

L'énigme des lettres de l'alphabet

Les lettres de l'alphabet ont au moins deux sens : elles représentent un son (pour simplifier les choses) et une forme. On parle de sons dans la proposition la prononciation de la lettre X du mot « six » varie selon la position du mot ; on parle d'une forme dans la proposition le complexe carcérale est en forme de X. Certains noms de lettre acquièrent un sens lexical banal : « té » et « esse » sont des outils, « x » signifie inconnu et École polytechnique.

La construction des noms de lettre varie.

Les voyelles sont autonymes, c'est-à-dire que, prises comme signifiants, elles sont identiques à leur son signifié : le nom du premier son de « ortolan » est « O ».

Certains noms de consonne prennent une voyelle comme préfixe : esse.

Certains noms de consonne prennent une voyelle comme suffixe : . ka, , ji.

Certaines lettres ont un nom arbitraire : ache, ku, double v, i grec, zed.

Les noms de lettres sont tous masculins (sauf l'outil esse).

La disjonction des noms de lettre est instable :

en forme de X
en forme d'X
l'X (Polytechnique)
la différence entre le L et le R
en forme d'L
suivi de I
les rayons X, les vitamines A (disjonction)

La raison de cette instabilité n'est pas évidente. Les noms de lettre signifiant une forme physique devraient toujours se comporter en noms banals, en présentant la non-disjonction. En revanche, les noms de lettre représentant un son devraient toujours admettre la disjonction. Une preuve additionnelle que les noms de lettre ne sont pas pleinement enracinés dans la grammaire est le fait que leur nom n'est jamais utilisée à l'écrit : on n'écrit pas ce campus est en forme d'ache.

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