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Article défini - actions dirigées sur des caractéristiques ou des possessions (16)

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Article défini - actions dirigées sur des caractéristiques ou des possessions (16)

SOMMAIRE
Article défini - possessions - introduction
Possesseur = objet indirect, possession = objet direct
Possesseur = objet indirect, possession = sujet
Possesseur = objet indirect, possession = syntagme prépositionnel
Possesseur = objet direct, possession = syntagme prépositionnel
Possesseur = sujet, acte volontaire
Possesseur = sujet, effet involontaire
Phénomènes mineurs en vrac
Le baiser de Salomé ou le pronom possessif au service de l'objectification sexuelle

Article défini - possessions - introduction

Définition

Les constructions que nous examinons sur cette page concernent les actions dirigées, par autrui ou par soi-même, sur les possessions inaliénables ou vitales.

Les constructions

possesseur = sujet / possession = objet direct

avoir les yeux bleus

Voir la page connexe Article défini - avoir des caractéristiques ou des possessions.

possesseur = objet indirect / possession = objet direct

lui peigner les cheveux

possesseur = objet indirect / possession = sujet

la tête lui tourne

possesseur = objet indirect / possession = syntagme prépositionnel

la neige leur tombait sur la tête

possesseur = objet direct / possession = syntagme prépositionnel

ils l'ont blessé à la tête

possesseur = sujet / action volontaire

il lève la main

Possesseur = sujet / effet involontaire

il saigne du nez

Traits communs des constructions

Les constructions concernant les possessions inaliénables ont certains traits en commun

La caractéristique fondamentale des constructions concernant les possessions inaliénables est l'emploi de l'article défini, au lieu du pronom possessif, comme complément essentiel du nom désignant la possession. L'emploi du pronom possessif est agrammatical dans les constructions concernant les possessions inaliénables : *il a levé sa main.

Les possessions peuvent être qualifiées par des épithètes restrictives, mais les épithètes descriptives ne sont pas permises.

je lui ai pris le bras gauche
*je lui ai pris le joli bras,

la jambe droite lui tremble
*la belle jambe lui tremble

Le possesseur et la possession doivent être situés dans la même proposition. Le sujet sous-entendu d'un infinitif satisfait à ce critère.

l'infirmière a demandé à l'enfant d'ouvrir la bouche
elle croit avoir la jambe enflée
il est capable de lever la main

Variables des constructions

Il y a un certain nombre de variables qu'on observera dans l'examen de presque toutes les constructions faisant l'objet de cette page.

Pronominalisation obligatoire, classes grammaticales possibles du possesseur (nom, pronom disjoint, pronom conjoint)

Types de possessions admises en plus des parties du corps (vêtements, autres objets vitaux)

Domaines sémantiques (par exemple, les malaises), catégories de verbes, présence obligatoire d'un bénéficiaire ou d'une victime

La possibilité de qualifier la possession : dans certaines constructions la qualification de la possession est agrammaticale, dans d'autres elle a un effet sémantique.

L'emploi du pronom possessif : dans certaines constructions le pronom possessif est agrammatical, dans d'autres il a un effet sémantique.

Objectification, dépersonnalisation

La factitivisation

La confusion avec d'autres types de datif

Possesseur = objet indirect, possession = objet direct

Définition

Dans cette construction, une action est dirigée sur une partie du corps d'autrui ou de son propre corps. On fait précéder la possession de l'article défini, et on marque le possesseur par l'objet indirect. Le pronom possessif est interdit devant la possession.

Exemples

Exemples non réfléchis

ça lui change la vie
cette fatigue lui barbouillait le cerveau (Montherlant)
il lui chercha la main dans son manchon (France)
j'ai une vipère qui me mange le cœur (Sand)
l'idée ne lui effleura pas l'esprit
la croûte lui blessait les gencives
la sueur lui coule sur les joues
le choc lui a perturbé la mémoire
lui bourrer le crâne
lui brosser les dents
lui casser la gueule
lui casser les pieds
lui chatouiller les bras
lui clouer le bec
lui coller à la peau
lui coûter la vie
lui couper la tronche
lui couper les ongles
lui couvrir le visage de baisers
lui délier la langue
lui échauffer les oreilles
lui écouter le cœur (sujet = docteur)
lui embrasser le front
lui essuyee le visage
lui examiner les yeux
lui faciliter la vie
lui fendre le cœur
lui irriter les bronches
lui laver les mains
lui manger l'âme
lui monter le moral
lui peigner les cheveux
lui prendre la main
lui ronger le cœur
lui sauter aux yeux
lui sauver la vie
lui serrer la gorge
lui serrer la main
lui tirer les cheveux
lui tirer les oreilles
lui tomber des mains
lui tomber sous les yeux
lui torcher les fesses
lui tordre le bras
lui tordre le cou
lui troubler l'âme
sa silhouette m'est restée dans la mémoire
une migraine atroce lui vrillait les tempes (Vautel)
une pièce de vingt sous leur brûlait la poche (Bernanos)

Exemples réfléchis

s'éponger le front
s'en laver les mains
s'essuyer les pieds
se blesser la tête
se boucher le nez
se bourrer la gueule
se briser la cheville
se brosser les dents
se brûler la main
se brûler les cheveux
se casser la gueule
se casser la jambe
se cogner le coude
se couper le doigt
se couper les ongles
se démettre le cou
se faire sauter la cervelle
se frapper les cuisses
se frotter les mains
se gratter la tête
se laver les mains
se lécher les babines
se mettre martel en tête
se mordre la langue
se mordre un doigt
se passer les mains sur le front
se peigner les cheveux
se piquer le nez
se prendre les pieds dans le tapis
se ronger les ongles
se serrer la ceinture
se torcher les fesses
se tordre la cheville

Limitations et affinements

Le datif de l'action dirigée sur les possessions a certaines limitations et certains affinements.

Le possesseur doit être une personne ou un animal, à part la personnification humoristique ou familière de certains objets. En parlant d'un possesseur animé, on dit lui essuyer les pieds ; en parlant d'un meuble, en essuyer les pieds s'impose.

Présence obligatoire du bénéficiaire ou de la victime

Le possesseur doit être un bénéficiaire ou une victime. L'action dirigée sur la possession doit avoir un effet direct sur le possesseur. Par exemple, les états psychologiques ayant le corps d'autrui pour objet ne s'expriment pas par le datif de l'action dirigée sur les possessions.

*elle lui rêvait des yeux
*il lui aime bien les jambes
*il lui regarde le sein (discrètement, à son insu)

La photographie est un cas limite :

le pornographe lui photographie le membre est grammatical
*le radiologue lui photographie l'estomac est agrammatical ou humoristique

Le regard doit être indiscret, donc attention, on te voit les fesses et les passants lui reluquaient les seins sont corrects, mais *je lui ai vu les mains est incorrect.

Qualification de la cible

La cible ne peut être accompagnée d'aucune qualification, ni d'une épithète, ni d'une subordonnée relative, ni d'une expression prépositionnelle. La pluralité est considérée comme une qualification. La présence d'une qualification bloque la substitution de l'article défini au pronom possessif.

*tu lui as photographié la belle bouche
tu as photographié sa belle bouche,

*on a frappé Pierre à la tête gonflée
on a frappé la tête gonflée de Pierre,

*il a pris l'enfant par le cou sale
il a pris l'enfant par son cou sale,

*il a pris l'enfant par la petite main
il a pris l'enfant par sa petite main,

*elle lui lave les jolies mains
elle lui lave ses jolies mains,

*il lui a coupé les cheveux bouclés
il a coupé ses cheveux bouclés,

*tu leur as photographié les bouches
tu as photographié leurs bouches ou
tu leur as photographié la bouche,

*elle vous cassera les têtes
elle cassera vos têtes ou
elle vous cassera la tête

Objectification, distanciation

Le pronom possessif et le de possessif produisent un effet d'objectification, de distanciation, de causalité indirecte.

la poussière lui a noirci la jambe
la poussière a noirci sa jambe

il lui a cassé le bras
il a cassé son bras

le radiologue lui photographie l'estomac (il collectionne des photos d'estomacs)
le radiologue photographie son estomac (sur la demande du chirurgien)

je me suis mordu la langue (par accident)
j'ai mordu ma langue (par masochisme)

je me suis coupé le doigt (par accident)
j'ai coupé mon doigt (par ruse)

je me suis brûlé les cheveux (par accident)
j'ai brûlé mes cheveux (j'en avais assez de ma perruque)

la pluie me tombe sur le chapeau (le sujet a le chapeau sur la tête)
la pluie tombe sur mon chapeau (le chapeau est un objet exposé à la pluie)

l'oculiste m'a examiné les yeux
l'oculiste a examiné mes yeux (sur l'écran d'un ordinateur)

cette lettre a embué ses yeux (causalité indirecte)
elle a replié ses jambes endolories (épithète descriptive)
elle cacha sa figure dans ses deux mains (Mauriac)
elle mordait ses lèvres pour ne pas éclater de rire (Martin du Gard)
il lève sa main décharnée (épithète descriptive)
mes pieds sont las
son imagination travaille
tâter son pouls

Possessions aliénables

Les possessions vitales (les vêtements essentiels, les effets personnels essentiels) sont admises.

Verbe non réfléchi

quelqu'un lui a arraché la manche
le vent lui a retroussé la jupe

Verbe réfléchi

il s'est taché la chemise
il s'est déchiré le pantalon
il s'est brisé les lunettes
il s'est crevé les pneus
il s'est démoli la bagnole

Les possessions non vitales ne sont pas admises.

je lui ai pris la main
*je lui ai pris le crayon
on lui a cassé la gueule
*on lui a cassé la vaisselle

La construction réfléchie n'est pas toujours possible :

Tu te ronges les ongles pourrait être dit en réponse à la question bizarre dis, maman, qu'est-ce que je fais en ce moment ?. Mais normalement ladite maman fera remarquer à son rejeton : tu ronges encore tes ongles. La construction réfléchie n'est possible que dans son cadre naturel, typique. De même, la construction non-réfléchie est préférable dans le cas de il lave ses cheveux plus que son corps, qui exprime une activité habituelle.

Les constructions du possesseur et de la possession

La solution est grammaticale :

la mère a lavé les mains à l'enfant
Paul a coupé les cheveux à Marie
le bourreau a coupé la tête à Paul

La solution est grammaticale, mais elle produit un effet de distance entre le sujet et le bénéficiaire ou la victime :

la mère a lavé les mains de l'enfant
Paul a coupé les cheveux de Marie
le bourreau a coupé la tête de Paul

La solution est agrammaticale :

*la mère a lavé les mains à lui
*Paul a coupé les cheveux à elle
*le bourreau a coupé la tête à lui

La solution est grammaticale. Le nom est un renforcement facultatif ou un élément détaché (disloqué). Pour l'étude détaillée du détachement (dislocation), voir la page connexe Détachement et thématisation.

la mère lui a lavé les mains (à l'enfant)
Paul lui a coupé les cheveux (à Marie)
le bourreau lui a coupé la tête (à Paul)

La solution est grammaticale, mais elle produit un effet de distance entre le sujet et le bénéficiaire ou la victime :

la mère a lavé ses mains
Paul a coupé ses cheveux
le bourreau a coupé sa tête

La solution est agrammaticale :

*la mère lui a lavé les mains de l'enfant
*Paul lui a coupé les cheveux de Marie
*le bourreau lui a coupé la tête de Paul

Remarques

On peut combiner le datif du bénéficiaire et le pronom possessif :

enlever sa carte d'identité à un terroriste
lui cirer ses chaussures
lui corriger son devoir
lui couper sa jambe
lui démarrer sa voiture
lui demander sa main
lui demander son avis
lui empoisonner sa vie
lui faciliter sa tâche
lui laver son linge
lui prendre sa main pour la baiser
lui prendre sa vie
lui rendre sa visite
prends l'éloquence et tords-lui son cou (Verlaine)
un mensonge lui a coûté son poste

C'est une construction redondante, mais acceptable et parfois nécessaire. C'est le pronom possessif qui est l'élément indispensable : on pourrait très bien dire pour faciliter sa tâche et pour démarrer sa voiture, mais on ne peut pas dire *lui faciliter la tâche, ni *lui démarrer la voiture, sur le modèle de lui casser la gueule.

Lui laver le linge et lui cirer les chaussures font penser à un nettoyage minute à même le corps du client.

Voir la page connexe Les emplois de à - emplois spécialisés pour une remarque sur le lien de parenté entre le datif de l'action dirigée sur les possessions et le datif possessif. Ces deux datifs ne sont pas toujours aisément différenciables. Comparer

Pierre a réparé la voiture à Marie
et
Pierre lui a réparé sa voiture, à Marie

Possesseur = objet indirect, possession = sujet

Définition

La construction que nous examinons sous cette rubrique majeure exprime un effet physiologique spontané. Voir cependant la remarque sur les maladresses.

La possession doit être inaliénable au sens strict. Les possessions vitales mais non inaliénables ne sont pas admises : *la jupe lui virevolte.

Les variantes

Le sujet désigne la partie atteinte de corps. Le fait de la possession est exprimé par l'emploi simultané de l'article défini et de l'objet indirect.

la langue lui a fourché
la langue lui démange
la tête lui fait mal
la tête lui tourne
le cœur lui battait
le cœur lui faillit
le cœur lui palpitait
le pied lui a manqué
les dents lui grincent
les dents lui poussèrent sans qu'il pleurât une seule fois (Flaubert)
les doigts lui démangent
les mains lui brûlent
les mains lui tremblent
les mollets me chatouillent
les oreilles lui bourdonnent
les pieds lui font mal
les yeux lui brûlaient
les yeux leur sortent de la tête

Le sujet ne désigne pas la partie atteinte elle-même, mais un phénomène lié étroitement à la partie atteinte. La partie atteinte est désignée par un complément du verbe. Le fait de la possession est exprimé par l'emploi simultané de l'article défini et de l'objet indirect.

les écailles lui sont tombées des yeux
des sanglots lui montent à la gorge
un grand frisson lui secoua les épaules (Flaubert)

Les types de datif

L'objet indirect doit être un pronom personnel conjoint. Le pronom disjoint postposé est un renforcement facultatif ou un élément detaché (disloqué), Pour l'étude détaillée du détachement (dislocation), voir la page connexe Détachement et thématisation.

la tête lui tourne (à Paul)

Les pronoms personnels disjoints sont agrammaticaux :

*la tête tourne à lui

Les noms sont semi-grammaticaux :

?la tête tourne à Paul

Domaines sémantiques

Les événements exprimés par le syntagme de l'effet spontané sont presque toujours des effets physiologiques et surtout des malaises.

Cependant, une maladresse ou une étourderie peuvent aussi être exprimées par ce tour :

les livres lui sont tombés des mains

Les emplois qui n'expriment ni un malaise ni un contretemps sont incorrects :

*les mains lui sont sales
*le visage lui pâlissait

Dans le Midi on trouve un syntagme analogue qui s'applique aux possessions aliénables : le chien lui est mort.

Objectification, dépersonnalisation

La transformation du type le cœur lui bat son cœur bat produit un effet d'objectification, de dépersonnalisation. La proposition son cœur bat est une constatation cardiologique. La proposition sa langue a fourché est une constatation orthophonique.

Factitivisation

Le syntagme de l'effet spontané peut être factitivisé. Voir la page connexe Pronominalisation factitive - l'objet indirect sous-jacent.

le cœur lui battait
ça lui faisait battre le cœur

la tête lui tournait
ça lui faisait tourner la tête

des sanglots lui montaient à la gorge
ça lui faisait monter des sanglots à la gorge

L'emploi du pronom possessif est possible dans la subordonnée factitive, mais uniquement pour exprimer l'objectification de la partie du corps. La proposition cela faisait battre son cœur est une précision scientifique.

Possesseur = objet indirect, possession = syntagme prépositionnel

Définition

Dans une proposition qui exprime une action dirigée sur une partie du corps d'autrui, la cible peut être enchâssée dans un syntagme prépositionnel. Ce cas est presque identique au cas où la cible est un objet direct. (Comparer lui verser de l'eau sur la main et lui laver les mains.) La cible de l'action doit être précédée de l'article défini et le possesseur doit être désigné par un objet indirect. Le pronom possessif est interdit devant la cible de l'action.

Exemples

elle lui a mis l'enfant dans les bras
la neige leur tombait sur la tête
la peur me descendait dans les tripes (Aymé)
la plume me tombe des mains
la terre lui a glissé sous les pieds
le crayon lui est tombé des mains
le vent lui souffle au visage
lui arriver à la cheville
lui chercher des poux dans la tête
lui chuchoter à l'oreille
lui diagnostiquer une obsession sexuelle
lui enlever le pain de la bouche
lui enlever une saleté de l'œil
lui faire du bien à l'âme
lui marcher sur les pieds
lui mettre la lumière dans les yeux
lui mettre la main sur l'épaule
lui mettre une écharpe autour du cou
lui monter à la tête
lui passer la main dans les cheveux
lui passer le bras autour du cou
lui peser sur la poitrine
lui porter sur le système
lui rire au nez
lui taper dans l'œil
lui taper sur le système
lui taper sur les nerfs
lui tenir à cœur
lui tirer dans le ventre
lui tomber sous la main
lui tomber sur la tête
lui venir à l'esprit
lui venir à l'idée
lui venir à la cheville
tout ce qui lui passe par la tête
une mèche qui lui tombait sur les yeux

Remarques

Dans cette construction, le possesseur est obligatoirement conjoint. Un nom ou un pronom disjoint est possible comme renforcement postposé (disloqué). Pour l'étude détaillée du détachement (dislocation), voir la page connexe Détachement et thématisation.

Solution grammaticale, avec renforcements entre parenthèses

Paul lui a marché sur les pieds (à Marie)
le bourreau lui a trébuché sur la tête (à Paul)

Solution agrammaticale - 1

*Paul a marché sur les pieds à Marie
*le bourreau a trébuché sur la tête à Paul

Solution agrammaticale - 2

*Paul a marché sur les pieds à elle
*le bourreau a trébuché sur la tête à lui

Solution agrammaticale - 3

*Paul lui a marché sur les pieds de Marie
*le bourreau lui a trébuché sur la tête à Paul

Solution grammaticale avec effet de dépersonnalisation - 1

Paul a marché sur les pieds de Marie
le bourreau a trébuché sur la tête de Paul

Solution grammaticale avec effet de dépersonnalisation - 2

Paul a marché sur ses pieds
le bourreau a trébuché sur sa tête

La possession doit être une partie du corps ou un vêtement essentiel.

elle lui a mis l'enfant dans les bras
les insectes lui couraient sur la jambe
ils lui ont mis des chardons dans le pantalon
il lui a glissé un billet dans la poche

Comparer les deux propositions

une mèche lui tombait sur les yeux

et

sa barbe tombait sur sa poitrine.

Dans la seconde proposition, l'emploi des pronoms possessifs crée l'impression que la barbe n'est pas une possession inaliénable et qu'elle obéit à des lois physiques indépendantes.

Les verbes de perception, les verbes psychologiques et les verbes à action indirecte ne sont pas admis.

Factitivisation

La factitivisation est permise dans cette construction :

des pierres lui tombent sur la tête
on lui fait tomber des pierres sur la tête

Possesseur = objet direct, possession = syntagme prépositionnel

Définition

Une action dirigée sur le corps humain peut être exprimée par une construction dans laquelle la victime est l'objet direct et la partie atteinte du corps, précédée de l'article défini, est l'argument d'un syntagme prépositionnel. Le fait de la possession n'est exprimé ni par un pronom possessif ni par un objet indirect.

Exemples

le blesser à la tête
le blesser au genou
le gifler au visage
le poignarder dans le dos
le prendre par l'oreille
le prendre par la main
le prendre par le cou

Remarques

On trouve parfois une construction hybride aberrante. Par exemple, le produit du croisement de il lui toucha l'épaule avec il le toucha à l'épaule est *il lui toucha à l'épaule.

La catégorie grammaticale du possesseur n'est pas limitée : il peut être un pronom conjoint, un pronom disjoint ou un nom.

Les possessions non inaliénables mais vitales sont admises.

Les verbes de perception, les verbes psychologiques et les verbes à action indirecte ne sont pas admis.

Possesseur = sujet, acte volontaire

Définition

Le verbe exprime un acte volontaire dirigé par le sujet sur une partie de son propre corps. La partie du corps est représentée soit par l'objet direct soit par un complément prépositionnel. La partie du corps est marqué par l'article défini, sauf dans certains cas exceptionnels où le pronom possessif est obligaroire. Si le sujet et le possesseur sont identiques, ce fait n'est pas marqué explicitement par la voix pronominale.

Types

Possession = objet direct

avoir les mains dans les poches
baisser la tête
bouger la lèvre
bouger le bras
branler la tête
courber l'échine
donner le bras
dresser les oreilles (chien)
enfoncer le pied dans l'eau
fermer les yeux
froncer les sourcils
hausser les épaules
hocher la tête
lever la main
lever la tête
mettre la main à la pâte
mettre le nez dans les affaires de
mettre les pieds dans
lever les yeux vers
ouvrir la bouche
ouvrir les yeux
perdre la mémoire
plier les jambes
prêter l'oreille
remuer la lèvre
remuer les pieds
tendre la main
tirer la langue
traîner la jambe

Possession = complément prépositionnel

avoir chaud au cœur
avoir froid aux doigts
avoir mal aux dents
battre des mains
chanter du nez
claquer de la langue
cligner des yeux
dévorer des yeux
donner du pied contre
faire signe de la main
grincer des dents
jouer des coudes
montrer du doigt
opiner de la tête
porter sur la tête
porter sur le dos
saigner du nez
sentir des pieds
souffrir des dents
suivre des yeux
tomber sur la figure
tomber sur le dos

Critères

La construction de l'acte volontaire est soumise à un certain nombre de critères sémantiques. Si les conditions que nous présentons ci-dessous ne sont pas remplies, l'emploi de l'article défini au lieu du pronom possessif n'est pas grammatical.

Possession inaliénable

Il doit bien s'agir d'une partie du corps ou d'une possession vitale. Les prothèses et les accessoires ne justifient pas l'article défini. Le contexte doit mettre en valeur le caractère inaliénable de la cible. Le vêtement essentiel porté est un cas limite.

Acte appartenant au domaine naturel de l'espèce humaine

L'acte doit avoir un caractère normal, naturel, élémentaire, adapté à la partie du corps. L'acte doit appartenir au domaine naturel de l'espèce humaine.

Dans cette construction, on rencontre surtout les verbes suivants :

agiter
avancer
baisser
balancer
bomber
bouger
branler
contracter
crisper
croiser
desserrer
détourner
dresser
écarter
enfler
étendre
fermer
hausser
hocher
incliner
jeter
joindre
lever
montrer
ouvrir
passer
pencher
plier
raidir
remuer
renverser
secouer
serrer
tendre
tourner
traîner

Sens propre, usage productif

L'article défini correspond au sens propre, à l'usage naturel. Le pronom possessif correspond au sens figuré, aux contextes atypiques, à l'objectification, au détachement. Dans les locutions, on s'attend au pronom possessif.

appuyer ses mains sur
avaler sa langue
contempler son nombril
donne sa langue au chat
donnez-moi votre main (dit par un gantier ou par une infirmière)
elle leva ses bras chargés de bracelets
elle me reprit sa main
elle noua un foulard sur sa tête
il cache sa figure
il colla sa bouche sur la sienne
il croisa ses mains derrière son dos
il dégage son bras
il détacha ses yeux de
il enfouit son visage dans ses mains
il enlaça ses doits dans les siens
il frappait sa poitrine
il frotta son nez contre le sien
il frotte son œil
il gonfle ses joues
il lui posa un doigt sur ses lèvres
il mit le journal sous son bras
il palpa ses jambes
il porta sa main à sa joue
il promenait ses mains dans sa barbe
le front dans ses mains
le porter sur se bras
le serrer dans ses bras
mettre sa tête à couper
mettre son nez dedans
ne plus avoir sa tête
ne restez donc pas planté ainsi sur vos deux jambes
porter le bras à sa poitrine
prendre ses jambes à son cou
promettre sa main à
sa tête tournait
serrrer ses narines
si Pierre a sa tête, Paul a ses jambes
son cœur battait
traînant ses pieds

Le contraste entre montrer les dents et montrer ses dents est paradoxal : on emploie montrer ses dents au sens propre et montrer les dents au sens figuré.

Acte volontaire, focalisé

Il doit y avoir de la participation, de l'engagement. L'acte doit être volontaire et focalisé.

Cible sans qualification

Le nom désignant la cible de l'acte volontaire ne peut être accompagné d'aucune qualification, ni d'une épithète, ni d'une subordonnée relative, ni d'une expression prépositionnelle. Même la pluralité est considérée comme une qualification dans ce cas. Si la cible est qualifiée, le pronom possessif ne peut pas être remplacé par l'article défini :

*elle ferma les beaux yeux
elle ferma ses beaux yeux

*elle tomba sur le genou blessé
elle tomba sur son genou blessé

*elle a hoché la tête gonflée
elle a hoché sa tête gonflée

elle leva vers lui ses yeux de turquoise
elle renversa son cou blanc (Flaubert)
il étendit sa main qui tremblait
il gratta sa tête rasée
il haussa ses lourdes épaules
il lui tendait sa main nerveuse
il montra toutes ses dents
il souriait de toute sa grosse figure
il traîne sa jambe malade
le chien dressait ses oreilles pointues

Même une restriction sous-entendue rend l'emploi de l'article défini problématique. On dit j'ai mal à ma jambe s'il s'agit d'une jambe précise cassée au cours d'un accident récent. Le pronom possessif peut être paraphrasé comme que vous savez.

L'emploi de l'article défini est grammatical dans les propositions

avoir mal à la jambe droite
avancer la lèvre inférieure

puisque les épithèes droite et inférieure servent à identifier plutôt qu'à qualifier.

Absence d'équivoque lexicale

Le remplacement du pronom possessif par l'article défini ne doit pas provoquer de conflit avec une locution figée. Il faut éviter les articles définis qui interféreraient avec des locutions telles que

montrer les dents
donner le bras
montrer le bout de l'oreille

Acte non objectifiant, non dépersonnalisant

L'emploi du pronom possessif produit l'idée d'objectification de la partie du corps.

Emplois atypiques, non naturels des parties du corps

Dans elle a mis sa main sous l'oreiller, on perçoit la main comme un objet presque autonome, cible d'un acte atypique. Dans elle a fait bouger ses pieds et dans elle a fait avancer ses lèvres, on devine une manœuvre exécutée dans un but précis et utilisant la partie du corps comme un outil. Il contemple sa main est la bonne solution, puisque la destination naturelle de la main n'est pas la contemplation.

Manipulation du corps à des fins médicales

La proposition le médecin a mis son pied dans du plâtre a plusieurs interprétations. Il peut s'agir d'un médecin se traitant lui-même, ou d'un médecin traitant un malade, ou d'un médecin effectuant une expérience bizarre qui consiste à plonger un pied dans un vase rempli de plâtre.

On donne son bras à une infirmière, mais on donne le bras à une danseuse.

Objectification par la mort

Dans les parfums ne font plus frissonner sa narine (Rimbaud), la narine est dépersonnalisée par la mort du soldat. Le pronom possessif est dû à la même cause dans le noyé a été tiré sur la berge ; ses yeux étaient déjà vitreux.

Conflits grammaticaux divers

Dans l'exemple qui suit, les règles gouvernant les groupes permis de pronoms personnels conjoints sont en conflit avec celles qui gouvernent le remplacement du pronom possessif par l'article défini. Pour respecter celles-là, on est forcé d'ignorer celles-ci :

*je voudrais me lui jeter aux genoux
je voudrais me jeter à ses genoux

Possesseur = sujet, effet involontaire

Définition

Le verbe exprime un effet involontaire, le plus souvent un phénomène physiologique spontané. La partie du corps est marquée par l'article défini. Le pronom possessif est agrammatical.

Types

Possession = complément prépositionnel - préposition = de

il claque des dents
il saigne du nez
il souffre de l'estomac

Possession = complément prépositionnel - préposition = autre que de

il est tombé sur le dos

Le possesseur est le sujet du verbe avoir, l'effet involontaire est exprimé par l'objet direct du verbe avoir, la possession est un adverbe de lieu

avoir du poil aux dents
avoir la goutte au nez
avoir la larme à l'œil
avoir le feu aux joues
avoir un épi dans la main

Le possesseur est le sujet du verbe qui exprime l'effet involontaire, la possession est un adverbe de lieu

souffrir au dos
avoir mal au dos
recevoir un choc sur la tête

Les objets personnifiables (machines, immeubles) peuvent suivre ce modèle : la voiture a reçu un choc sur l'aile

Le possesseur est le sujet du verbe avoir, la possession est l'objet direct du verbe avoir, l'effet spontané est exprimé par un complément prédicatif du verbe avoir.

Voir l'étude du complément prédicatif à la page connexe Compléments du verbe - le complément prédicatif.

L'état d'une partie du corps est une caractéristique de la personne, donc la frontière entre les possessions et les caractéristiques marquées par l'article défini est poreuse. Cette construction est indifférenciable de la construction exprimant les caractéristiques transitoires du corps : voir la page connexe Article défini - avoir des caractéristiques ou des possessions.

avoir les mains qui tremblent
avoir l'estomac dans les talons

Phénomènes mineurs en vrac

L'article défini est permis avec ceraines possessions prises au sens figuré : cela ne me facilite pas la vie, il nous a ouvert les yeux sur.

Écouter le cœur de quelqu'un est une action banale dirigée sur le cœur. Entendre le cœur de quelqu'un n'est pas un fait de la vie quotidienne : *il lui entend le cœur serait bizarre, il entend son cœur est préférable.

Les verbes abstraits tels que consacrer ou accorder créent une distance entre le sujet et sa possession. Ces actions ne satisfont pas au critère de l'habitat naturel, de la réalité qutidienne. D'où le pronom possessif : elle lui a consacré sa vie, elle lui accorda sa main.

Je me suis abîmé les cheveux fait penser plutôt à un acte intentionnel. J'ai abîmé mes cheveux est plus correct en parlant d'un traitement raté.

Le baiser de Salomé ou le pronom possessif au service de l'objectification sexuelle

Ah, tu n'as pas voulu me laisser baiser ta bouche, Iokanaan. Eh bien, je la baiserai maintenant. - fait dire Oscar Wilde à la princesse de Judée dans le texte original français de sa (ou de son) « Salomé ». La construction grammaticale qu'il prête à Salomé dans le grand monologue final, après le baiser posthume arraché à Iokanaan décapité, est évidemment la bonne. La solution *te baiser la bouche serait fautive, car au moment du baiser la bouche de Iokanaan décapité était tout sauf une possession biologique inaliénable.

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