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TITRE
Le groupe nominal - compléments - morphologie du nom (8)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Les syntagmes de base (4)
Le groupe nominal (6)

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Le groupe nominal - compléments - morphologie du nom (8)

SOMMAIRE
La morphologie du nom - introduction
Le syntagme de morphologie nominale
Le paradoxe de la morphologie nominale
Comparaison du genre et du nombre
La morphologie du nom - forme et fonction
La morphologie du nom - le genre - noms inanimés
L'étymologie
Suffixes et sons finals
Groupes sémantiques
Les noms composés
Les sigles
Les métonymes
Les autonymes
Les emprunts
Noms à genre instable
Les noms à genre inconnu
La morphologie du nom - le genre - noms animés
Un seul genre, un seul sexe
Un seul genre applicable aux deux sexes
Deux genres non différenciés
Deux genres différenciés
Deux genres différenciés quasi-normalement
Radical commun avec différenciation irrégulière
Les féminins en esse
Radicaux différents
Noms dont le genre n'est pas conforme au sexe
Un genre et pas de sexe : les groupes mixtes
L'épouse du titulaire de certaines fonctions
Les animaux
Gens et gents
Dissociation sémantique entre masculin et féminin
Des paires dont le pôle masculin est dérivé du pôle féminin
Formes supplétives du genre
Les agents déverbaux en eur
Homonymes distingués par le genre
Noms d'étymologies différentes
Noms remontant à un ancêtre commun
La morphologie du nom - le nombre
Le pluriel - introduction
Le pluriel régulier
Les pluriels irréguliers
Les pluriels invariables
Les noms qui n'ont pas de singulier
Le pluriel des noms composés
Le pluriel des noms empruntés
Le pluriel des noms propres
La morphologie du nom - la personne du possesseur

La morphologie du nom - introduction

§ Le syntagme de morphologie nominale

Le nom a deux traits morphologiques : le genre et le nombre. Nous considérons le faisceau des traits morphologiques comme un complément du nom. Le rapport syntagmatique entre le noyau (la forme abstraite du nom) et le complément (le faisceau de traits morphologiques) est souvent occulté par des phénomènes phonologiques s'introduisant à la frontière de la base du nom et des marques morphologiques.

§ Le paradoxe de la morphologie nominale

Les traits morphologiques du nom présentent le paradoxe suivant : leur apport à la communication est presque négligeable, mais comme donneurs d'accord ils transmettent leur valeur à plusieurs receveurs d'accord, tels que l'article, l'épithète, le complément prédicatif, certains pronoms adjectivaux et certaines formes du verbe. Bien que le genre et le nombre du nom aient un rôle communicatif très limité, ils façonnent tous les éléments majeurs de la proposition. C'est d'autant plus étrange que leur marque est très souvent nulle. Le genre et le nombre sont plus visibles dans les receveurs d'accord que dans le donneur d'accord.

§ Comparaison du genre et du nombre

Le genre

L'étude du genre des noms se divise en deux parties : l'étude du genre des noms inanimés et l'étude du genre des noms animés.

Les noms désignant des objets inanimés ont un seul genre. Ce genre est en principe contingent et indevinable. On verra certaines règles, pas fiables à 100 %, permettant de deviner le genre de certaines catégories de noms.

Les noms désignant des êtres animés ont presque toujours deux genres, conformes au sexe de l'être en question. Le rapport entre genre et sexe (« la théorie du genre ») est un sujet complexe, que nous allons examiner en détail.

Le nombre

La plupart des noms ont un singulier et un pluriel. Certains catégories de noms n'existent qu'au singulier ou au pluriel. Cette carence peut avoir de bonnes raisons sémantiques, mais elle peut aussi être arbitraire. On verra les détails.

§ La morphologie du nom - forme et fonction

Tout syntagme a deux aspects universaux : la forme et la fonction. Par exemple, on observe cette dualité dans l'examen de la subordonnée relative, du complément prédicatif, de la négation, des numéraux cardinaux, ou encore de la morphologie. Il est bien connu que le tableau de toutes les conjugaisons régulières et irrégulières ne nous renseigne nullement sur les emplois des modes et des temps du verbe. Pour la morphologie du verbe, la forme et la fonction constituent deux vastes domaines pratiquement indépendants. Si cette dualité de la morphologie est le plus évidente dans l'examen du verbe, elle n'est pas moins réelle dans l'examen du nom. Le terme « morphologie » est en quelque sorte ambigu, puisqu'il comporte une facette formelle et une facette fonctionnelle.

On sait que, dans la plupart des règles de l'accord, c'est le nom qui est le donneur d'accord, et ce sont l'adjectif et le verbe qui jouent le rôle de receveur d'accord. Le nom transmet ses traits morphologiques (le genre et le nombre) à l'adjectif et au verbe. Dans la proposition les hommes sont plus faibles que les femmes, le pluriel contenu dans faibles s'explique par une règle d'accord selon laquelle le nombre du sujet, qui est un donneur d'accord, se transmet au complément prédicatif, qui est un receveur d'accord. La question se pose donc de savoir comment le sujet les hommes lui-même acquiert son trait morphologique pluriel. On peut se demander quelles sont les règles « unitaires » ou « spontanées » du nombre, c'est-à-dire les règles dans lesquelles le nom acquiert son nombre sans transmission par accord.

Il serait naïf de croire qu'on met au pluriel un nom simplement pour indiquer la pluralité de l'objet en question. Le nombre du nom n'est pas toujours conforme à la singularité ou pluralité de l'objet qu'il désigne. Le rapport entre pluriel et pluralité (entre nombre grammatical et nombre réel) est souvent instable, arbitraire, complexe. La complexité fonctionnelle de la ressource « nombre » est un fait méconnu. L'emploi du pluriel est un phénomène insuffisamment exploré. Nous devons nous contenter ici de quelques exemples très simples :

Le problème de tout, tous et chaque (à tout moment, à tous moments)

Le problème de certains syntagmes prépositionnels, où le nombre du nom est une question de jugement subjectif (de stupéfactions en stupéfactions, sans histoires)

Le problème des syntagmes catégorisateurs (type de, espèce de, sorte de), où le nombre du « possesseur » est sujet à des règles logiques assez complexes.

Le problème des locutions telles que seul à seul, égal à égal, nu à nu, quitte à quitte.

Le problème de tous les lundis matin(s), tous les samedis soir(s) : lundi matin signifie matin de lundi, donc tous le lundis matin signifie le matin de tous les lundis. De même, les 12 et 13 janvier signifie les 12 et 13 de janvier.

Le problème de le polysémie de par, qui divise un intervalle dans trois fois par jour et délimite des intervalles dans par moments.

Le problème du pluriel régi : jouer les imbéciles.

Le pluriel peut exprimer une série d'événements, une série de types, une étendue (pluies, colères, silences, marbre. glaces, eaux).

La morphologie du nom - le genre - noms inanimés

On peut s'appuyer sur certains indices, mais ces indices ne sont jamais fiables à 100 %. Le genre des noms inanimés est, en principe, arbitraire et indevinable.

§ L'étymologie

L'étymologie peut être un indice utile du genre de certains noms inanimés. Sans recours à l'étymologie, uniquement sur la foi du suffixe ou du son final, on pourrait prendre chair, chaux, clef, dot, eau, fleur, foi, loi, main, mer, mœurs, mort, nef, part, vis, voix pour masculins, cimetière, incendie, lycée, mausolée, musée, scarabée, silence squelette pour féminins. La connaissance de l'étymologie permet d'éviter ces erreurs.

Mais inversement, l'étymologie est souvent mauvaise conseillère :

apartheid (féminin en afrikaner)
cuiller
édicule
énigme
épiderme
exode
fleur
horloge
jument
mer
ongle
poison
souris
synopsis
viconté

§ Suffixes et sons finals

Quelques suffixes et sons finals majoritairement masculins

age (nom d'action, sauf dans belle ouvrage)
ail
as
et
ier
illon
in
is
isme
ment
oir
on (mais pas tion)
ot

Une syllabe finale qui n'a que l'apparence d'un suffixe est mauvaise conseillère :

cage
enallage
hypallage
image
nage
page

Quelques suffixes et sons finals majoritairement féminins

ade
aie
aille
aine
aison
ance
ande
ée
ence
esse
eur (noms abstraits déadjectivaux)
ie
ille
ise
(noms abstraits déadjectivaux)
tion
trice
ure (sauf les composés chimiques)

Les noms se terminant par a sont masculins ou féminis à fréquence égale, sans aucune tendance étymologique ou sémantique discernable.

Sont masculins agenda, angorea, charabia, choléra, cinéma, eczéma, falbala, fellaga, gardénia, harmonica, mimosa, opéra, paria. sofa, pacha.

Sont féminins caméra, guérilla, mazurka, malaria, noria, pampa, polka, saga, sierra, tombola, véranda, villa.

E muet final non précédé d'un suffixe significatif

Le problème le plus embêtant pour l'appreneur est celui que présentent les noms inanimés se terminant par un e muet non précédé d'un suffixe significatif et n'appartenant à aucun des groupes sémantiques dont nous allons parler ci-dessous. La catégorie de noms ainsi définie est très nombreuse.

§ Groupes sémantiques

Sont pour la plupart masculins :

les arbres, les avions, les corps chimiques, les couleurs, les jours, les langues, les métaux, les mois, les navires, les saisons.

Sont pour la plupart féminins :

les îles.

Le genre des noms de villes

Nous nous bornons ici à présenter les règles principales. L'étude exhaustive du genre des noms de ville dépasse le cadre de ce travail.

$ Les noms de villes sont tantôt masculins, tantôt féminins. De façon générale, le masculin est privilégié dans la langue courante, alors que la langue littéraire privilégie plutôt le féminin.

$ Le masculin est requis même dans la langue littéraire si le nom inclut l'article masculin (Le Caire, Le Cap, Le Havre).

$ Le féminin est préférable même dans la langue courante si le nom inclut l'article féminin (La Haye, La Havane).

$ L'étymologie féminine peut l'emporter dans certains cas (Rome, Florence).

$ Le féminin est impossible lorsque le nom est précédé des adjectifs vieux ou grand : le vieux Bruxelles, le Vieux-Québec, le vieux Nice.

$ Dans toute Rome, le nom signifie un objet inanimé ; dans tout Rome, le nom fait penser à la population.

Autres noms propres

Certains nom propres héritent du genre de leur type : les noms de café sont masculins (le Flore), les noms de navires sont masculins (le France), les noms de compagnies sont féminins (la IBM) etc. De manière analogue, certains produits héritent du genre de leur type : autos, vins, fromages, cigares, cigarettes, pipes, etc.

Il ne faut surtout pas compter sur des indices pseudo-biologiques : verge est féminin, vagin est masculin.

§ Les noms composés

Si le noyau d'un nom composé est un nom, le genre du nom composé est celui de son noyau. Par exemple, le nom mi est féminin, donc les noms composés avec mi comme noyau sont féminins :

mi-janvier
mi-temps
mi-parcours

Les noms à noyau verbal sont masculins :

lance-flammes
porte-avions
rendez-vous

La fleur perce-neige est une exception.

Le noyau de chauve-souris est souris, donc chauve-souris est féminin, À première vue, on pourrait s'attendre à ce que rouge-gorge soit féminin. En réalité, rouge-gorge est masculin, car ce mot est senti comme une forme elliptique de oiseau à gorge rouge.

Les noms à structure adverbiale son pour la plupart masculins :

après-midi (masculin ou féminin)
après-guerre
avant-guerre
en-tête

§ Les sigles

En général, la valeur première des sigles s'estompe. Par exemple, HLM est masculin.

§ Les métonymes

Les noms employés par métonyme prennent le plus souvent le genre de la forme sous-jacente qu'ils représentent : un champagne est un vin de Champagne, un havane est un cigare de La Havane. Le nom d'un écrivain s'emploie par métonyme lorsqu'on parle de son œuvre ou de son style et prend le masculin dans ces cas : tout Colette, du Sagan.

§ Les autonymes

Les autonymes sont masculins : les peut-être, les pourquoi, les mais, un merci chaleureux. Les noms des lettres de l'alphabet latin et grec sont masculins, mais ceux qui commencent par une voyelle peuvent aussi être féminins : une esse.

§ Les emprunts

Le genre des noms empruntés aux langues étrangères modernes est instable :

badge
goulache
interview
parka

§ Noms à genre instable

Grevisse donne une liste d'environ 400 noms dont le genre est instable. Nous en reproduisons ici quelques-uns.

acre
agave
agrume
alvéole
ammoniaque
antique
arsouille
astérisque
automne
bulbe
conifère
disparate
dupe
ébène
élytre
effluve
enzyme
esbroufe
génitoires
glaire
glucose
haltère
immondice
jujube
mezzanine
mouffle
oasis
palabre
palpe
pamplemousse
parasange
phalène
planisphère
réglisse
relâche
steppe
synopsis
tagète
tilde

§ Les noms à genre inconnu

Il y a des noms dont le genre est inconnu et inconnaissable, du fait qu'ils apparaissent uniquement dans des contextes grammaticaux où ils ne révèlent pas leur genre. En termes plus simples, ce sont des noms limités à certaines locutions adverbiales à article nul. Exemples :

sans ambages
sans conteste
sans encombre
à tire-d'aile

On a beau connaître le genre étymologique d'un tel nom (par exemple, ambages est etymologiquement féminin), car ce fait passé n'est jamais confirmé par l'état présent de la langue.

La morphologie du nom - le genre - noms animés

Dans une démocratie moderne, où tous les métiers, toutes les professions, tous les rangs sont accessibles aux deux sexes, il est important d'eliminer toute discrimination grammaticale et d'assurer les deux formes masculine et féminine au plus grand nombre de noms animés. Cette tendance, dont les premiers signes remontent au début du dix-neuvième siècle, a atteint son point culminant vers la fin du vingtième.

§ Un seul genre, un seul sexe

Ne s'appliquent qu'au sexe masculin :

auteur
baryton
bellâtre
benêt
bourreau
cardinal
castrat
célébrant
chapelain
colon
critique
curé
don Juan
éphèbe
évêque
escroc
eunuque
fantassin
filou
flandrin
forçat
frère
garnement
gentilhomme
godelureau
grigou
maquignon
médecin
mousquetaire
mousse
mufle
officier
oncle
page
paltoquet
patriarche
pédéraste
père
pignouf
preux
sigisbée
souteneur
ténor
valet
vouyou

Ne s'appliquent qu'au sexe féminin :

amazone
béguine
bonne
camériste
chambrière
couventine
diva
donzelle
douairière
duègne
dulcinée
gouine
goule
grue
hétaïre
lavandière
lingère
matrone
mégère
ménagère
mère
midinette
mijaurée
modiste
muse
naïade
nana
nonnain
nonne
nourrice
nurse
odalisque
pépée
péronnelle
pimbêche
poupée
putain
rosière
sœur
starlette
tante
tapin
vamp

§ Un seul genre applicable aux deux sexes

Ces noms s'appellent aussi noms « épicènes ». On dit elle est le dernier témoin et il était la première victime.

ange
bébé
brute
canaille
célébrité
chérubin
crapule
dupe
estafette
fripouille
garant (était inanimé, signifiant assurance)
gonzesse
guide (accompagnateur)
mauviette
médecin
mime
otage (on dit aussi une otage)
ouailles
pécore
personne
poupon
putain
recrue
sainte-nitouche
salope
sentinelle
star
témoin (était inanimé, signifiant témoignage)
trompette
vache
vedette
victime
violon

fine bouche
grosse légume
grosse tête
mauvaise langue

§ Deux genres non différenciés

On évitera de confondre les noms épicènes et les noms ayant deux genres homophones. On dit elle est un bon témoin, mais elle est une bonne élève.

adulte
ancêtre
arbitre
architecte
athlète
barbouze
brise-tout
businessman
cameraman
capitaine
collègue
concierge
convive
disciple
docteure (avec ajout d'un e muet)
domestique
élève
émule
enfant
esclave
gosse
grognon
ilote
ingénieure (avec ajout d'un e muet)
interprète
juge
kiné
malade
mécène
métallo
ministre
môme
novice
otage (journalistique)
para
patriote
philosophe
photographe
pied-noir
poète
poison
professeure (avec ajout d'un e muet)
rien-du-tout
sans-abri
sans-cœur
sculpteure (avec ajout d'un e muet)
snob
touche-à-tout

Ont le même comportement les mots animés se terminant par aire ou iste, les adjectifs nominalisés (malade), les mots composés (brise-tout, pied-noir, m'as-tu-vu, sot-l'y-laisse).

§ Deux genres différenciés

Deux genres différenciés quasi-normalement

Un assez grand nombre de noms animés ressemblent aux adjectifs en ceci qu'ils ont deux genres différenciés de la même manière que le sont ceux de certains adjectifs, c'est-à-dire au moyen d'une transformation phonologique, le plus souvent assez régulière, de la consonne finale ou de la syllabe finale. On verra les types de différenciation entre le masculin et le féminin dans l'étude de la morphologie de l'adjectif, à la page connexe La morphologie de l'adjectif. Les mécanismes de différenciation des noms ne constituent qu'un sous-ensemble des mécanismes de différenciation des adjectifs. Nous nous bornons ici à quelques exemples :

acteur / actrice
aïeul / aïeule
apprenti / apprentie
avocat / avocate
baron / baronne
benjamin / benjamine
boucher / bouchère
cadet / cadette
chat / chatte
chirurgien / chirurgienne
clerc / clercque
commis / commise
conseiller / conseillère
contractuel / contractuelle
copain / copine
cousin / cousine
daim / daine
député / députée
écrivain / écrivaine
forain / foraine
gitan / gitane
hurluberlu / hurluberlue
idiot / idiote
laborantin / laborantine
loup / louve
maçon / maçonne
maquereau / maquerelle
métis / métisse
paysan / paysanne
plombier / plombière
préfet / préfète
professeur / professeure
rat / rate
rebouteux / rebouteuse
religieux / religieuse
routier / routière
sacristain / sacristine
soldat / soldate
sultan / sultane
syndic / syndique

Radical commun avec différenciation irrégulière

canard / cane
chanteur / cantatrice
chevreau / chevrette
compagnon / compagne
enquêteur / enquêtrice
hobereau / hobereaute
lévrier / levrette
péquenot / péquenaude
perroquet / perruche
roi / reine
salaud / salope
supporter / supportrice

Quelques suffixes féminins rares : ine, otte, esque, ide, ie. (Ne pas confondre le cas de héro/héroine ou de speaker/speakerine avec le cas de laborantin/laborantine,)

Les féminins en esse

Les féminins en esse forment un groupe hétéroclite. Seuls hôtesse, maîtresse, stewardesse, Suissesse et les titres de nobilité (comtesse etc.) s'emploient dans la langue parlée contemporaine. Tous les autres sont désuets, littéraires, ironiques, ludiques ou limités à des contextes spécialisés. Certains de ces féminins seraient discriminatoires aujourd'hui (poétesse, négresse).

ânesse
apothicairesse
baronesse
borgnesse
bougresse
boyesse
centauresse
chanoinesse
cheffesse
clownesse
comtesse
consulesse
contremaîtresse
diablesse
doctoresse
drôlesse
druidesse
duchesse
enchanteresse
faunesse
félibresse
gonzesse
hôtesse (celle qui invite)
ivrognesse
jésuitesse
ladresse
larronnesse
maîtresse
mairesse
ministresse
moinesse
mulâtresse
négresse
notairesse
ogresse
pairesse
papesse
pastoresse
pauvresse
pécheresse
peintresse
poétesse
prêtresse
princesse
quakeresse
sauvagesse
seigneuresse
singesse
stewardesse
Suissesse
tigresse
traîtresse
typesse
vengeresse
vicomtesse

On trouve quelques néologismes argotiques et méprisants : cheffesse, fliquesse, jugesse.

Proust fait dire à Françoise : un vrai feignant que cet Antoine, et son Antoinesse ne vaut pas mieux.

Radicaux différents

bélier / brebis
cerf / biche
coq / poule
gendre / bru
jars / oie
mâle / femelle
moine / religieuse
parrain / marraine
sanglier / laie
singe / guenon
verrat / truie

Le cas confrère / consœur est intéressant. Flaubert hésite entre deux méthodes de féminisation de confrère, qui écrit mon cher confrère et chère lectrice, mais aussi ma chère confrère.

§ Noms dont le genre n'est pas conforme au sexe

barbouze
basse
frappe
gonzesse
gouape
lope
ordonnance
tapette
vigie

alto
bas-bleu
laideron
louchon
mannequin
soprano
tendro
tendron
trottin

§ Un genre et pas de sexe : les groupes mixtes

Les mots désignant des groupes mixtes ont pour la plupart le genre masculin, mais ils ne correspondent à aucun des deux sexes biologiques. Les époux n'est ni le pluriel de l'époux ni celui de l'épouse. Ce mot désigne un groupe abstrait qui n'est ni mâle ni femelle, mais mixte. Il n'y a aucun mot animé singulier qui soit masculin et mixte. Les époux est donc un « plurale tantum », c'est-à-dire un pluriel qui n'a pas de singulier. Le nombre de groupes mixtes est pratiquement infini. Ont ce comportement les noms désignant des couples, des nationalités, des races, des métiers etc. Exemples :

les Français
les amants
les amoureux
les blancs
les conjoints
les époux
les fidèles
les enseignants
les informaticiens
les intermittents
les juifs
les mariés
les ouailles (féminin !)
les parents

§ L'épouse du titulaire de certaines fonctions

Autrefois l'épouse du titulaire de certaines fonctions se désignait par le féminin du nom désignant le titulaire lui-même :

ambassadrice
colonelle
générale
préfète
présidente

§ Les animaux

La distribution genre / sexe parmi les animaux est un sujet amusant sans aucune importance linguistique.

La plupart des noms d'animaux n'ont qu'un seul genre. Pour différencier les sexes, on ajoute mâle ou femmelle.

girafe
hérisson
moustique
souris
truite
ver

Le mâle et la femelle sont souvent différenciés par une variation morphologique plus ou moins régulière :

canard / cane
chat
chien
lion
loup / louve
renard
tigre / tigresse

Les deux genres peuvent être indépendents :

bouc / chèvre
étalon / jument
coq / poule
singe / guenon
jars / oie
taureau / vache

Le nom sexuellement indifférencié est parfois différent des deux noms sexuellement différenciés :

chat = matou + chatte
mouton = bélier + brebis
cheval = étalon + jument
poulet = coq + poule
porc/cochon = verrat + truie
bœuf = taureau + vache

C'est le nom du mâle qui sert le plus souvent de nom sexuellement indifférencié, mais on a aussi des cas comme

chèvre = bouc + chèvre
oie = jars + oie

Les petits et le mâle châtré sont masculins. (Dans certaines langues ils sont neutres.)

§ Gens et gents

Deux noms français sont issus du mot latin « gens » : la gent de son singulier « gentem » est les gens de son pluriel « gentes ». Le nom français gent, qui veut dire race, tribu, famille comme en latin, ne retient pas notre attention. C'est le genre de gens que nous nous proposons d'examiner ici. Le nom gens a ceci de curieux qu'il transmet le genre féminin ou masculin selon que le receveur d'accord le précède ou le suit. Cete règle générale exige une élaboration.

Receveur d'accord postposé

Les receveurs d'accord qui suivent gens sont masculins.

ces gens sont malheureux
ces gens sont fous
des gens malheureux
il y a des gens maladroits

Épithète immédiatement antéposée ayant une forme distincte pour le féminin

Prend le féminin une épithète qui satisfait à la double condition de précéder gens immédiatement et d'avoir une forme féminine distincte. Autrement l'épithète prend le masculin. Si la forme distincte du féminin est visible mais pas audible, l'usage hésite. On pourrait trouver absurde de préciser que l'épithète ne prend le féminin que si une forme féminine distincte existe. Or cette précision s'avérera essentielle dans l'explication du phénomène de propagation.

bonnes gens
certaines gens
d'honnêtes et bonnes gens
de pareilles gens
méchantes gens
petites gens
quelles gens
toutes gens
vieilles gens

Propagation du féminin vers la gauche

Si les deux conditions que nous venons d'énoncer sont remplies, le féminin est transmis à tous les receveurs d'accord à la gauche de gens, sinon la propagation du féminin vers la gauche est bloquée.

$ Propagation bloquée

ces petits jeunes gens
quels bons et honnêtes gens
quels honnêtes gens
quels que soient ces gens
tous ces gens
tous les pauvres gens
un de ces jeunes gens

$ Propagation non bloquée

toutes ces bonnes gens
toutes les vieilles gens

La règle du blocage de la propagation du féminin nous semble assez capillotractée. Elle est probablement mieux respectée par le scripteur cultivé que par le commun des locuteurs.

Receveurs d'accord des deux côtés

Gens peut être encadré de receveurs d'accord. Les règles déjà énoncées agissent indépendamment à gauche et à droite. Gens transmet les deux genres simultanément des deux côtés.

ces pieuses gens plutôt méfiants
des vieilles gens doux
les vieilles gens sont soupçonneux

Gens de lettres, etc.

Les locutions du type gens de lettres sont toujours masculines. Même une épithète immédiatement antéposée et ayant une forme féminine distincte et audible reste au masculin : de nombreux gens de lettres.

gens d'affaires
gens d'Église
gens d'esprit et de mérite
gens d'honneur
gens de bien
gens de cinéma
gens de cœur
gens de cour
gens de finance
gens de justice
gens de lettres
gens de loi
gens de mer
gens du monde

Phénomène intéressant

les plus heureuses gens du monde =
les plus heureux êtres humains du monde

les plus heureux gens du monde =
les gens du monde les plus heureux

Tous/toutes dans un syntagme appositif

Dans un syntagme appositif du type sujet / prédicat, tous/toutes est corrélé avec le sujet, et non pas avec gens. Donc la question du genre de gens ne se pose pas.

ce sont tous gens bien connus
des oncles, des tantes, des sœurs sont là pour l'accueillir, tous gens du Sud et de meilleure famille
les clientes, toutes gens de la bonne bourgeoisie
tous gens d'esprit et de mérite

La pluralité de gens est singulière

Gens est un « plurale tantum », un pluriel sans singulier, mais il diffère des noms tels que arrhes, vacances ou fiançailles en ce qu'il fait penser à un groupe d'individus distincts, dénombrables. On dirait que ce n'est que « par hasard » que gens n'a pas de singulier et qu'il pourrait très bien en avoir un. On peut dire beacoup de gens, mais pas *beaucoup d'arrhes. On pourrait même remplacer beaucoup de gens par des quasi-synonymes tels que beaucoup de personnes ou beaucoup d'individus. Cette quasi-synonymie ne laisse aucun doute quant à l'existence secrète du singulier introuvable de gens. On serait donc tenté de conclure de tout cela que la seule particularité de gens est une simple particularité morphologique. rien qu'une défectivité. Mais il y a plus : les membres du groupe gens, bien que distincts et dénombrables, ne peuvent pas avoir un nombre précis.

L'emploi des numéraux cardinaux avec gens est limité : ils ne peuvent pas exprimer un nombre précis et ils ne peuvent pas représenter un élément essentiel de la proposition. Les numéraux cardinaux peuvent être employés hyperboliquement ou comme garniture stylistique.

j'ai vu mille gens sur la place (hyperbole, exemple tiré de Hanse)
il y a cent gens qui l'ont vu (hyperbole, exemple tiré de Hanse)
il y vint trois pauvres gens (un petit nombre, le nombre exact n'a pas d'importance)
nous étions dix honnêtes gens (le nombre avait déjà été introduit au début du récit et il est repris ici pour une valeur stylistique)
*il y avait exactement dix-sept gens dans la salle

§ Dissociation sémantique entre masculin et féminin

Le lien morphologique d'un nom masculin et d'un nom féminin peut être démenti par leur dissociation sémantique. Ce sont plutôt des curiosités lexicales.

chanteur / chanteuse
coco / cocotte
courtisan / courtisane
damoiseau / demoiselle
gars / garce
hôte / hôtesse (une hôtesse n'est pas une invitée)
homme publique / femme publique
maître / maîtresse
preux / prude

§ Des paires dont le pôle masculin est dérivé du pôle féminin

bacchant
concubin
laborantin
lavandier
puceau
rombier
tourtereau
veuf

§ Formes supplétives du genre

En dernier ressort, il est toujours possible de féminiser un nom animé masculin au moyen de l'ajout des mots femme, femelle, féminin et, inversement, de masculiniser un nom animé féminin au moyen de l'ajout des mots homme, mâle, masculine. On a girafe mâle, vampire femelle etc.

§ Les agents déverbaux en eur

Il y a un très grand nombre d'agents déverbaux se terminant en eur. Nous nous intéressons à leur diversité d'origine et à la façon dont ils se féminisent.

Verbes latins - teur/trice

adminstrateur
collaborateur
créateur
créditeur
curateur
distributeur
éditeur
executeur
inspecteur
inventeur
orateur
précepteur
promoteur
recteur

Verbes latins - teur/teure

auteur
directeur
docteur
pasteur
questeur

Verbes latins - seur/seure

assesseur
censeur
défenseur
précurseur
professeur

Verbe espagnol - deur/drice

ambassadeur

Verbes français autochtones - eur/euse

brodeur
chercheur
connaisseur
finisseur
golfeur
raconteur
recruteur
solliciteur
visiteur

Les noms dérivables à la fois d'un verbe latin et d'un verbe français prennent la désinence féminine trice : éditrice, inspectrice.

Verbes français autochtones - eur/eure

gouverneur
procureur

Verbes français autochtones - teur/trice (formation erronée)

émetteur
enquêteur

Verbe français autochtones - sens différant selon le genre - eur/euse

entraîneur / entraîneuse

Sans féminin - toutes étymologies confondues

chiropracteur
imposteur
serviteur
traiteur
vainqueur

Noms non verbaux - eur/eure

ingénieur
prieur
supérieur

Cas divers isolés

$ Sculpteur a deux féminins : sculptrice et sculpteuse.

$ Le féminin de auteur en suisse romand est autrice.

$ L'agent déverbal de devoir est débiteur / débitrice ; l'agent déverbal de debiter est débiteur / débiteuse

$ L'agent déverbal de former est formateur / formatrice ; l'agent déverbal de formater est formateur / formateuse.

Homonymes distingués par le genre

§ Noms d'étymologies différentes

aria - embarras, ennui / mélodie chantée

aune - arbre / mesure de longueur

barbe - cheval d'Afrique du Nord / poil du menton

barde - poète celtique / ancienne armure

bugle - instrument de musique / plante

carpe - os du bras / poisson

cartouche - dessin / balle

foudre - phénomène météorologique / tonneau

litre - unité de mesure / bandeau portant des armoiries

livre = livre / unité de poids

moule - modèle creux / mollusque

mousse - apprenti marin / plante, écume

ombre - poisson / ombre

page - garçon au service d'un prince / partie d'un texte

platine - métal précieux / pièce plate d'un instrument

poêle - drap couvrant une cercueil, fourneau / ustensile de cuisine

somme - sommeil / total

souris - sourire / rongeur

tour - mouvement circulaire / construction élevée

vase - récipient / bourbe

§ Noms remontant à un ancêtre commun

aigle - mâle de l'oiseau, lutrin / femelle de l'oiseau, aigle en héraldique

aide - celui qui aide / assistance

amour - masculin au singulier, féminin au pluriel

cache - écran, feuille opaque / lieu secret

chienlit - personne répugnante / désordre

chose - normalement féminin, est masculin dans quelque chose et comme substitut d'un nom qu'on veut éviter

couple - deux personnes unies par le mariage / réunion accidentelle de deux chose de même espèce

crêpe - étoffe / pâtisserie

critique - celui qui critique / action de critiquer, jugement

délice - masculin au singulier, féminin au pluriel

enseigne - officier de marine / indication d'un commerce

espace - intervalle, étendue / terme de typographie ou de musique

finale - dernier mouvement d'une composition musicale / fin d'un mot, dernière épreuve d'un tournoi

garde - celui qui a la garde de quelqu'un / action de garder, groupe de personnes qui gardent

greffe - lieu où on dépose les minutes des actes de procédure / pousse d'un arbre, action de greffer

quide - personne qui guide, livre servant d'instruction - lanière de cuir servant à diriger des chevaux attelés

hymne - hymne national / cantique chanté à l'église

interligne - blanc entre deux lignes écrites / lame sevant à séparer deux lignes imprimées

laque - vernis de Chine / produit pour les cheveux

manche - partie d'un instrument / partie d'un vêtement

manœuvre - ouvrier / suite de mouvements ordonnées

mémoire - rapport, exposé, souvenirs / faculté de se souvenir

merci - pitié / remerciement

mode - manière d'être, forme d'un verbe / usage passager

musette - bal, dance / havresac

Noël - normalement masculin, Noël est féminin lorsqu'employé avec l'article défini singulier et sans épithète ni complément (Joyeux Noël, Noël blanc, mais la Noël) ; noël signifiant chant de Noël ou cadeau de Noël est masculin

œuvre - l'ensemble des ouvrages d'un écrivain ou artiste / ouvrage

office - masculin dans tous ses emplois, sauf quand il désigne un local

orge - féminin sauf dans orge mondé et orge perlé

orgue - masculin au singulier, féminin au pluriel

paillasse - bateleur / sac garni de paille

pâque - masculin singulier comme fête chrétienne / féminin pluriel comme fête chrétienne / féminin singulier comme fête juive ou orthodoxe

parallèle - cercle de latitude constante, comparaison / ligne parallèle

pendule - balancier / horloge

période - point culminant / intervalle

physique - aspect extérieur d'une personne / science

quadrille - groupe de cavaliers / terme de danse

romance - poème narratif espagnol / chanson sentimentale

scolie - remarque sur un théorème / note de commentateur ancien

solde - ce qui reste à payer / paie de soldats

statuaire - celui qui fait des staatues / l'art de faire des statues

trompette - celui qui sonne de la trompette / instrument de musique

vapeur - bateau à vapeur / très fines gouttelettes

voile - morceau d'étoffe qui cache / morceau de toile attaché aux vergues d'un navire

La morphologie du nom - le nombre

§ Le pluriel - introduction

Les noms se divisent en trois catégories majeures selon la forme de leur pluriel :

$ les noms à pluriel régulier
$ les noms à pluriel irrégulier
$ les noms à pluriel invariable

Le nom a un pluriel régulier par défaut. Les noms à pluriel irrégulier seront énumérés expressément, De même, certains types de noms dont le pluriel est invariable (identique au singulier) seront examinés en détail.

Cette classification est ancrée non pas dans la forme écrite, mais dans la forme prononcée. Seule cette dernière fait foi en linguistique. Nous considérons les règles d'orthographe comme extragrammaticales et arbitrairement fabriquées ou modifiées, mais nous allons en parler brièvement par respect de la tradition.

Comme les règles de la liaison s'appliquent non seulement au nom, mais aussi à plusieurs autres domaines grammaticaux, nous leur consacrons une page séparée : voir la page connexe Les variations phonétiques polymorphes. On verra que la liaison joue un rôle essentiel dans la classification des formes du pluriel.

Les noms empruntés aux langues étrangères ont les mêmes types de pluriel que les noms en général : les types régulier, irrégulier et invariable. Voir plus loin la rubrique Le pluriel des noms empruntés.

Il y a des noms qui ne peuvent pas être mis au pluriel, et ceci pour des raisons sémantiques. C'est le cas de certains noms abstraits et de certains noms non dénombrables. Même dans ces cas, le pluriel permet le plus souvent d'exprimer la pluralité des types, plutôt que la pluralité des individus. Le manque de pluriel est un phénomène sémantique, et non pas morphologique, donc nous nous dispensons d'en dire plus long ici.

Pour l'examen des noms qui n'ont pas de singulier. voir la rubrique Les noms qui n'ont pas de singulier. Le manque de singulier est un phénomène morphologique.

§ Le pluriel régulier

Le cas général

Nous allons énoncer la règle du pluriel régulier sans référence aucune à la graphie, mais en tenant compte de la liaison. Le pluriel régulier du nom se forme par l'ajout de la marque abstraite du pluriel, qui est muette ou matérialisée comme [z], le choix dépendant des règles de la liaison.

Les pluriels réguliers à graphie irrégulière

L'orthographe du pluriel des noms se terminant en au, eau, eu et ou hésite entre s et x. Ce n'est pas une question grammaticale. On consultera son dictionnaire. Faire attention surtout à bestiau, bijou, bleu. bureau, caillou, chou, feu, flûtiau, genou, hibou, jeu, joujou, journau, landau, matériau, pneu, pou, sarrau, tonneau, trou.

La graphie des noms qui au singulier se terminent par «z», «x», ou «s» ne changent pas au pluriel. Leur prononciation suit la règle générale.

§ Les pluriels irréguliers

L'irrégularité du pluriel de bœuf, œuf et os est bien connue.

Le pluriel de œil au sens de base est yeux. Le pluriel de œil est régulier dans certains contextes spécialisés : comme terme d'imprimerie, en parlant du fromage ou du bouillon, dans œil-de-bœuf, œil-de-chat, œil-de-perdrix, œil-de-pie, œil-de-tigre.

Le pluriel aïeux, signifiant ancêtres, n'est pas vraiment irrégulier. C'est plutôt un des très nombreux noms qui n'ont pas de singulier. D'autre part, aïeul / aïeule, signifiant grand-père / grand-mère, est régulier. Bisaïeul et trisaïeul hésitent entre le pluriel en euls et le pluriel en eux.

Ciel a deux pluriels : un pluriel régulier (ciels) dans les contextes neutres et scientifiques et un pluriel irrégulier (cieux) dans les contextes religieux et littéraires.

Les éléments constituants des singuliers bonhomme et gentilhomme sont complètement soudés : il n'y a ni césure entre les deux éléments ni modification de la consonne finale du premier élément (nasalisation pour bon, amuïssement pour gentil). Cette soudure disparait3 dans les deux pluriels et la marque audible du pluriel apparaît au milieu des deux mots.

L'irrégularité du pluriel des titres de politesse (monsieur, madame, monseigneur, mademoiselle) est bien connue. Notons que les formes régulières sont parfois employées ironiquement dans la langue familière ou populaire.

Les noms en al

La majorité des noms en al forment le pluriel en aux :

bocal
central
cheval
général
maréchal
terminal

etc.

Une minorité de noms en al forment le pluriel en als :

bal
cal
carnaval
chacal
pal
récital
régal
festival

Dans tous les cas, la consonne finale est un [z] abstrait, muet ou matérialisé conformément aux règles de la liaison.

Val fait vals, sauf dans la locution par monts et par vaux.

Les noms se terminant en ail

$ La plupart des noms en ail forment le plureil en aux : aspirail, bail, corail, é,ail, soupiraix, travail, vantail, vitrail.

$ Certains noms en ail sont réguliers : attirail, bercail, camail, sérail, chandail, détail, épouventail, éventail, gouvernail,mail, portail, rail.

$ Ail fait ails ou aux.

$ Le pluriel de travail comme outil de forge est travails.

$ Émail est régulier comme terme technologique. (À ne pas confondre avec e-mail.)

$ Bétail n'a pas de pluriel. Le rapport entre bétail et bestiaux est purement étymologique. Ce sont deux entrées lexicales indépendantes.

Les emprunts irréguliers

Voir plus bas la rubrique Le pluriel des noms empruntés.

§ Les pluriels invariables

Noms composés

Les noms composés ont les mêmes types de pluriel que les noms en général ; les types régulier, irrégulier et invariable. Nous les examinons en détail plus bas sous la rubrique Le pluriel des noms composés.

Les noms propres

En principe, le pluriel des noms propres est invariable. Il n'est cependant pas impossible de les mettre au pluriel lorsqu'ils sont employés métonymiquement : les Rembrandts du Louvre, les petits Stalines des pays communistes, tous les Simenons, tous les Maigrets, les Peugeots de cette année. C'est surtout une question de graphie.

Autonymes, exclamations, mots-phrases : en principe, invariables, mais parfois mis au pluriel

merci
bonjour
bon à tirer

Réduplication expressives : invariables

bla-bla
coin-coin
frou-frou
méli-mélo
passe-passe
pêle-mêle
prêchi-prêcha
tam-tam
train-train

§ Les noms qui n'ont pas de singulier

Les noms qui n'existent qu'au pluriel sont appelés « plurale tantum » dans les grammaires latines traditionnelles. Nous empruntons ce terme. Nous disons que la plupart des plurale tantum sont « absolus » dans le sens que leur singulier est inexistant. Par exemple, funérailles est un plurale tantum absolu, puisque le singulier *la funéraille est impensable. En revanche, nous disons que lunettes est un plurale tantum limité au sens, puisque le singulier lunette existe, mais a un sens complètement différent. Quelques plurale tantum limités au sens : appâts, assises, cabinets, ciseaux, contours, couches, échecs, effets, êtres, humanités, lettres, lumières, lunettes, noces, ouïes, règles, toilettes, vacances etc. Les singuliers correspondant aux plurale tantum limités au sens sont souvent, mais pas nécessairement, des singulare tantum limités au sens.

abats
accordailles
achards
affres
agissements
agrès
aguets
alentours
ambages
annales
appâts
appas
arcanes
archives
armoiries
arrérage
arrhes
assises
atours
auspices
babines
bas
béatilles
bésicles
beaux arts
bestiaux
blandices
bonnes grâces
bouteilles
bouts rimés
braies
brisées
cabinets
caleçon
calendes
castagnettes
catacombes
chiottes
cisailles
ciseaux
comices
commodités
complies
condoléances
confins
contours
cortès
couches
coulisses
culottes
décombres
dépens
dires
doléances
domages et intérêts
ébats
échecs
écrouelles
effets
émoluments
épousailles
épreines
êtres
effondrilles
entrailles
entrefaites
environs
errements
escaliers
félicitations
feuillées
fiançailles
fonts
fouches caudines
frais
fringues
frusques
fumées
funérailles
gages
gants
gémonies
génitoires
gens
goguenots
grègues
guillemets
halles
hardes
haubans
honoraires
humanités
ides
immondices
impédiments
impenses
intempéries
jeux olympiques
jumelles
laissées
lasagnes
latrines
laudes
lettres
lieux d'aisances
limbes
lochies
lumières
lunettes
lupercales
mânes
mamours
matines
menottes
menstrues
mœurs
mouchettes
munitions
nippes
noces
nouilles
obsèques
oreillons
ossements
ouailles
ouïes
oubliettes
pantalons
pénates
pierreries
pleurs
poches
poucettes
pouilles
pourparlers
prémices
préparatifs
privautés
privés
prolégomènes
quatre-temps
régales
règles
relevailles
représailles
rillettes
royalties
saturnales
sévices
semailles
tagliatelles
ténèbres
tenailles
tenants et aboutissants
thermes
tifs
toilettes
tricoises
tripous
us
vacances
varia
vêpres
victuailles
voies de fait
waters
zakouski

On obtient une bonne approximation du singulier en se servant de délimiteurs (paires), de prédicats (période) ou de catégories (office). Voir les exemples.

paire de lunettes
office de vêpres
période de vacances
une des représailles

§ Le pluriel des noms composés

Si l'élément constituant au plus haut niveau est un nom qui représente sémantiquement le nom composé, ce constituant porte la marque du pluriel régulier. Tous autres éléments sont laissés invariables.

$ [N1 * préposition * N2] : N1 se met au pluriel

arcs-en-ciel
chars à bancs
chefs-d'œuvre
chemins de fer
clins d'œil
eaux-de-vie
fers à cheval
pommes de terre
pots-de-vin

Clins-d'yeux est rare et grossièrement illogique.

$ [N1 * préposition-virtuelle * N2] : N1 se met au pluriel

appui-main
bains-marie
chênes-liège
petits-beurre
timbres-poste

$ [N1 * N2] : structures appositives diverses - N1 et N2 se mettent au pluriel

chauve-souris
chef-lieu
chou-fleur
loup-garou
oiseaux-mouches
reine-claude
reine-marguerite

$ Aucun des noms ne représente sémantiquement le mot composé : invariable

après-dîner
après-midi
après-souper
boute-en-train
coin-coin
coq-à-l'âne
en-têtes
entresol
frou-frou
hors-d'œuvre
laissez-passer
m'as-tu-vu
marie-couche-toi-là
on-dit
ouï-dire
passe-partout
passe-passe
pied-à-terre
pince-sans-rire
porte-à-faux
pot-au-feu
pourboires
qu'en-dira-t-on
réveille-matin
sans-cœur
sans-gêne
sans-patrie
sot-l'y-laisse
tam-tam
tête-à-tête
terre-plein
va-et-vient
va-nu-pieds
vol-au-vent

$ œil se comporte en nom régulier ou reste invariable

œils-de-bœuf
œils-de-chat

$ [nom * adjectif] ou [adjectif * nom] : les deux éléments se mettent au pluriel

arc-boutant
basse-cour
blanc-seign
char-huant
chauve-souris
coffre-fort
dernier-né
franc-maçon
franc-tireur
grand-père
lieu-dit
petit-enfant
plate-bande
pot-purri
quote-part
rouge-gorge
sage-femme

Le nom masculin rouge-gorge est une forme elliptique de oiseau à gorge rouge, donc il devrait être invariable, mais les dictionnaires le considèrent comme variable. Chacun de deux rouge-gorges n'a qu'une seule gorge rouge.

$ [verbe * complément] : invariable

Nous pensons que ces noms devraient tous être invariables. Les dictionnaires marquent tapecul, tire-bouchon, croque-mort et quelques autres comme variables. L'omission du trait-d'union est également arbitraire.

abat-jour
appuie-tête
brise-tout
cache-sexe
casse-cou
casse-noisettes
coupe-gorge
couvre-pieds
crève-la-faim
croque-mort
cure-dents
cure-ongles
essuie-mains
faire-part
faitout
gâte-sauces
gagne-petit
garde-chasse
garde-côte
garde-feu
garde-manger
garde-meubles
gobe-mouches
gratte-ciel
passe-droits
pense-bête
pince-sans-rire
pique-nique
porte-avions
porte-drapeau
porte-malheur
porte-manteaux
porte-monnaie
portefeuille
portemine
prie-dieu
sauf-conduit (sauf est verbal, donc invariable)
soutien-gorge
tapecul
tire-bouchon
traîne-la-patte
trompe-l'œil
volte-face

$ [élément-invariable * nom] : le nom se met au pluriel

arrière-boutiques
haut-parleurs
avant-scènes
demi-bouteilles

$ Si N1 est omis dans un syntagme du type [N1 * préposition * N2], le constituant N2 du complément prépositionnel ne peut pas être mis au pluriel

terre-neuve
pur-sang
demi-sang
sang-mêlés
saint-honoré
saint-bernard
demi-solde
des Action française (=des activistes de Action française)
des Citroën (des voitures fabriquées par Citroën)
les deuxième classe (=les élèves de deuxième classe)

Bizarrerie : chevau-léger est un singulier dérivé artificiellement de ?chevaux-légers et, à son tour, servant de base pour le pluriel chevau-légers.

$ Noms composés complètement soudés : prennent la marque normale du pluriel

havresac
mainlevée
gendarme

§ Le pluriel des noms empruntés

La répartition des emprunts dans trois groupes (pluriels réguliers, irréguliers et invariables) est instable, subjective, illogique. La différence entre le pluriel régulier et le pluriel invariable n'est le plus souvent qu'une question de graphie.

Les noms empruntés - pluriels réguliers

Les emprunts pleinement intégrés dans le vocabulaire français reçoivent la marque du pluriel régulier, c'est-à-dire le son abstrait [z], muet ou prononcé conformément aux règles de la liaison. Exemples :

autodafé
best-seller
boy-scout
confetti
cowboys
dandy
facsimilé
forum
harakiri
hotdog
leitmotiv
macaroni
mémorandum
music-hall
osso bucco
quidam
quiproquo
spaghettis
striptease
symposium

Les noms empruntés - pluriels invariables

La plupart des emprunts qui ne sont pas pleinement intégrés dans le vocabulaire français sont invariables au pluriel. Exemples :

a priori
addenda
admittatur
allégro
alleluia
ave
confiteor
corrigenda
crescendo
curriculum vitæ
deleatur
duplicata
exeat
forte
gloria
in-octavo
mea culpa
pfennig
piano
requiem
satisfecit
statu quo
Te Deum
vadémécum
zloty

Les noms empruntés - pluriels irréguliers

Certains noms empruntés peuvent facultativement garder leur pluriel d'origine. Cela se fait surtout par snobisme. Exemples :

bravo / bravi
carbonaro / carbonari
condottiere / condottieri
critérium / critéria
dilettante / dilettanti
étymon / étyma
goy / goyim
kibbutz / kibbutzim
land / länder
libretto / libretti
lied / lieder
maximum / maxima
minimum / minima
primadonna / prime-donne
quantum / quanta
sanatorium / sanatoria
scénario / scénarii
toccata / toccate
topos / topoi

Graffiti et lazzi sont pluriels en italien, mais singuliers en français.

§ Le pluriel des noms propres

Le pluriel des noms propres est une question d'orthographe. On écrit les Bourbons mais les Dupont.

Le pluriel d'un nom de personne peut désigner une famille, les œuvres de la personne (les Titiens), les personnes ressemblant une personne (les Hitlers) ou les aspects d'une double personnalité (il y a deux Maries en elle).

La morphologie du nom - la personne du possesseur

Il y a des langues qui déclinent le nom selon la personne du possesseur. Dans ces langues, l'équivalent du pronom possessif des langues européennes est une désinence. Le français connaît un seul nom qui se décline selon la personne, le nombre et le genre du possesseur : chez-moi, chez-toi, chez-lui, chez-elle, etc.

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