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TITRE
La rection (5)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Les syntagmes de base (4)

PAGES SŒURS
La rection (5)

SOMMAIRE
Définition
Contingence
Force
Polarisation
Populations relatives
Catégorie grammaticale du constituant recteur
L'élément régi
Rection de sous-syntagme
Classement des cas et prépositions selon la fréquence
Passivation et rection
Les schémas de rection du verbe
Multiples schémas de rection
Subordination et prédication
Rection complexe
Rections quasi-synonymes
Rection de deux compléments aprépositionnels
Deux compléments d'un verbe signalés par la même préposition
La préposition différant selon la sous-catégorie grammaticale
La préposition différant selon la forme du verbe
La coordination des trois sous-catégories nominales
La rection occultée
Compléments obligatoires et compléments facultatifs
Le schéma de rection des noms déverbaux
Le schéma de rection des noms déadjectivaux
Béquilles de rection

Définition

La rection est un rapport unidirectionnel entre deux constituants d'un syntagme, appelés le constituant recteur et le constituant régi.

Un syntagme comporte un rapport de rection s'il satisfait à certaines conditions :

§ Contingence

La rection est un fait grammatical contingent, codifié dans le lexique, concernant deux catégories lexicales ou un élément lexical et une catégorie lexicale.

La rection est arbitraire. Elle s'apprend et ne se devine pas. Se souvenir régit de, se rappeler régit l'objet direct. Le complément prédicatif peut être signalé par le cas prédicatif et par les prépositions pour et comme selon le verbe (juger, tenir pour, considérer comme).

§ Force

La rection est un rapport fort, étroit, essentiel entre les deux constituants.

§ Polarisation

Le plus souvent le noyau est le constituant recteur et le complément est le constituant régi.

§ Populations relatives

Le plus souvent la population de la catégorie rectrice est plus faible que la population de la catégorie régie.

§ Catégorie grammaticale du constituant recteur

Le constituant recteur est un verbe, un adjectif, un nom ou un adverbe.

§ L'élément régi

L'élément régi est presque toujours un cas ou une préposition, mais la rection n'est pas limitée à ces deux types. Le verbe se comporter régit l'adverbe de manière. La possibilité d'une subordonnée complémentale est également un fait lexical arbitraire : souligner admet que, mais n'admet pas l'infinitif, tandis que insister admet l'infinitif avec pour, mais n'admet pas la subordonnée fléchie.

§ Rection de sous-syntagme

Le rapport de rection peut être limité à un sous-syntagme. Par exemple, dans certains syntagmes, le constituant régi a un trait obligatoire, tel que la définitude / indéfinitude, le nombre ou le statut biologique.

§ Classement des cas et prépositions selon la fréquence

Premier rang : le cas objet direct

Deuxième rang : à et de

Troisième rang : en, dans, pour, par et l'objet indirect

Quatrième rang : d'autres prépositions élémentaires (sur, entre, contre, devant, envers, comme, selon)

Cinquième rang : certaines locutions prépositives (à l'égard de)

Passivation et rection

Voir la page connexe Passivation et rection.

Les schémas de rection du verbe

§ Multiples schémas de rection

Il y a des centaines de verbes qui ont plusieurs schémas de rection. Deux schémas de rection d'un verbe son rarement synonymes. Pour les exemples, se reporter à la page connexe Catégories verbales et verbes multistructurels.

§ Subordination et prédication

Certains verbes cognitifs transitifs ont deux constructions quasi-synonymes : ils régissent soit une subordonnée complémentale objet direct soit un objet direct et un complément prédicatif. Au fond, ce n'est qu'un cas particulier du phénomène des multiples schémas de rection, que nous venons d'examiner.

je trouve que la solitude est pénible =
je trouve la solitude pénible

§ Rection complexe

Beaucoup de verbes ont deux ou trois compléments régis.

Deux compléments

apprendre à quelqu'un à faire quelque chose
apprendre quelque chose à quelqu'un
changer le fusil d'épaule
charger quelqu'un de quelque chose
donner quelque chose à quelqu'un
instruire quelqu'un de quelque chose
interdire à quelqu'un de faire quelque chose
ôter quelque chose à quelqu'un
opérer le patient d'une tumeur
persuader les employés de retourner au travail
pourvoir quelqu'un de quelque chose
priver quelqu'un de quelque chose

approvisionner
abriter
accabler
adjurer
approuver
assurer
augurer
avertir
blâmer
ceindre
charger
combler
conjurer
consoler
convaincre
couvrir
créditer
décourager
déduire
défier
doter
équiper
empêcher
emplir
farcir
féliciter
fournir
garder
gratifier
implorer
induire
inférer
informer
menacer
munir
nantir
nourrir
orner
parer
parsemer
persuader
préserver
prévenir
prier
protéger
rapprocher
récompenser
rembourser
remplir
requérir
revêtir
saisir
sommer
soulager
soupçonner
supplier
taxer
venger

Trois compléments

le lui acheter pour
le lui échanger contre
le traduire du français dans plusieurs langues

§ Rections quasi-synonymes

charger le blé sur le camion
charger le camion de blé

persuader quelqu'un de quelque chose
persuader quelque chose à quelqu'un

les reproches abondent dans sa bouche
sa bouche abonde en reproches

le potager grouille de fourmis
les fourmis grouillent dans le potager

Pierre profite de la nourriture
la nourriture profite à Pierre

§ Rection de deux compléments aprépositionnels

payer un livre cent euros
la ville lui a acheté son terrain 50 000 euros

§ Deux compléments d'un verbe signalés par la même préposition

apprendre à quelqu'un à faire quelque chose
l'Italie n'a pas inventé la mosaïque ; elle en hérita des grecs (Roger-Marx)

§ La préposition différant selon la sous-catégorie grammaticale

Beaucoup de verbes régissent deux ou trois sous-catégories nominales dans la même position d'un seul schéma de rection. Les sous-catégories nominales les plus importantes sont

le nom proprement dit (le substantif),
la subordonnée complémentale infinitive et la
subordonnée complémentale fléchie.

En règle générale, les sous-catégories grammaticales d'une position donnée d'un schéma de rection donné sont signalées par la même préposition :

je m'attendais à une lettre de sa part
je m'attendais à recevoir une lettre de lui
je m'attendais à ce qu'il m'écrivît une lettre

Mais ce n'est pas toujours le cas :

s'efforcer d'être poli
s'efforcer à une politesse dont personne n'est dupe

§ La préposition différant selon la forme du verbe

forcer à et être forcé de

§ La coordination des trois sous-catégories nominales

Les trois sous-catégories nominales (nom, infinitif, subordonnée nominale) peuvent être coordonnées, pourvu que la même préposition soit applicable à chaque terme.

Voir l'examen de la coordination mixte à la page connexe La coordination.

§ La rection occultée

Souvent la subordonnée fléchie, énonciative ou interrogative, a l'air d'un objet direct, alors que la préposition exigée par les deux autres sous-catégories grammaticales (le nom et l'infinitif) est toujours en évidence.

je n'ai jamais douté de sa parole
je doute d'avoir jamais dit cela
je ne doute pas qu'il fera de son mieux
je doute s'il le fera

Dans le cas de la subordonnée fléchie, il y a un mécanisme de suppression de préposition en jeu. Voir la page connexe La subordonnée complément prépositionnel fléchie.

Les prépositions de et à occultées se révèlent à travers le pronom prépositionnel correspondant : je ne doute pas qu'il fera de son mieux - je n'en doute pas moi non plus.

§ Compléments obligatoires et compléments facultatifs

Les compléments régis sont obligatoires ou facultatifs. On peut aimer, manger, fumer et lire intransitivement, mais certains verbes, tels que dire, résulter, persuader, comporter, se trouver, habiter, ne s'emploient pas sans compléments spécifiés.

Le caractère obligatoire du complément a des conséquences inattendues.

La thématisation du complément

Le complément obligatoire n'est pas thématisable par extraposition.

$ Aller doit avoir une destination spécifiée.

j'étudie à Londres à Londres, j'étudie, mais

je vais à Londres *à Londres, je vais

$ Le verbe de mouvement se rendre doit avoir une destination spécifiée ; le verbe se rendre signifiant céder n'a pas de complément régi. La proposition les militaires rebelles se sont rendus en Argentine est ambigüe. En revanche, dans la proposition en Argentine, les militaires rebelles se sont rendus, le verbe se rendre ne peut signifier que céder, car si le complément en Argentine signifiait une destination, il ne pourrait pas être thématisé.

Rection obligatoire et détachement

Si la présence d'un adverbe de lieu est exigée par un verbe, l'extraction de ce complément doit laisser la trace y. Si le complément est thématisable et non régi, la trace y est redondante. Voir l'examen du détachement à la page connexe Détachement et thématisation.

Paris, Pierre y va souvent, mais
?À Paris, Pierre y connaît beaucoup de monde

La mise en relief par et cela

Un complément prépositionnel ou adverbial ne peut pas être rhématisé par et cela s'il est obligatoire.

*il se comporte, et cela de manière impeccable

*je vais, et cela à Londres

j'étudie l'archéologie, et cela à Londres

En faire autant

La locution pro-verbale en faire autant ne peut pas se rapporter à un verbe dont le complément est obligatoire.

*je vais à Londres et ma sœur en fait autant à Berlin

*lui se comporte de manière impeccable et elle en fait autant de manière stupide

lui fait une pause-café au jardin et elle en fait autant à la cafétéria

§ Ajoutons que les adjectifs, eux aussi, peuvent régir obligatoirement ou facultativement : exempt, désireux, enclin ont le complément obligatoire ; fier, indigne, content, fidèle, célèbre l'ont facultatif. pour.

Le schéma de rection des noms déverbaux

En règle générale, les noms déverbaux héritent du schéma de rection du verbe correspondant. Évidemment, la succession entraîne quelques modifications qui diffèrent selon que le mot déverbal a un caractère actif ou passif. Pour un nom déverbal actif, le sujet devient génitif subjectif et l'objet direct devient syntagme prépositionnel ; pour un nom déverbal passif, le sujet devient agent passif et l'objet direct devient génitif objectif. Cette règle simplifiée connaît beaucoup d'exceptions. Les autres compléments régis, s'ils sont transmis au mot déverbal, ont des chances d'êtres préservés. Par exemple,

A choisit B comme C se transforme en
le choix de B par A comme C

Choix est un nom déverbal passif. Les actants A et B subissent la modification esquissée plus haut. L'actant C garde sa préposition (comme) sans aucun problème.

Quelques noms déverbaux qui n'héritent pas du schéma de rection du verbe correspondant

s'étonner de son étonnement devant
se méfier de sa méfiance à l'endroit de
enfreindre une règle infraction à une règle
prétendre à l'élégance / prétention de rivaliser
ressembler à / ressemblance avec

Voir aussi les pages connexes Passivation et rection, La passivation au sens large et la page connexe L'agent passif - rubrique L'agent passif - les mots déverbaux à caractère passif.

Le schéma de rection des noms déadjectivaux

En règle générale, les noms déadjectivaux héritent du schéma de rection de l'adjectif correspondant :

fidèle au roi fidélité au roi
apte au service aptitude au service

Cette règle connaît des exceptions :

Pierre est jaloux de Paul
la jalousie de Pierre à l'égard de Paul
(pour éviter le cumul de deux de)

Capable de fait capacité à.

Béquilles de rection

annonce faite à Marie (Claudel)
coup porté à
critiques faites à
interdiction de...faite à
l'année qui suivit le tremblement de terre
la quantité d'arbres qu'on voyait le long des rues
le changement intervenu dans
le gros poêle dressé au milieu du café
le pont jeté sur la rivière
les contradicitions existant entre les deux parties
offense faite à
une villa datant de vers
violence faite à

Un coup, une violence, une interdiction, ou encore une annonce, ont une cible sémantique naturelle, donc les noms qui leur correspondent mériteraient une rection. Or il est décidé autrement par la grammaire. La rection est un fait lexical et ces noms ne régissent pas de complément correspondant à leur cible sémantique. Les participes passés légers, tels que fait et porté, sont des adaptateurs ou des béquilles. En principe, toute expression prépositionnelle devrait pouvoir servir d'épithète, mais certains noms préfèrent être qualifiés par des participes ou par des relatives.

Voir aussi la page connexe Les pronoms conjoints représentant le syntagme [à * nom] régi - rubrique Noms régissant à.

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