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TITRE
Le modèle (3)

ASCENDANCE
Manuel de la grammaire française (0)
Le modèle et le territoire (1)

PAGES SŒURS
Le modèle (3)

SOMMAIRE
Primauté des données sur les modèles
La base récursive
Règles de définition : composition et inclusion
Noyau, complément, endocentrisme, exocentrisme
Exemples d'exocentrisme
Complexité verticale et complexité horizontale
Au-delà de la base récursive
La rection
Discontinuité
Corrélation
Polyphonie
La polymorphie
Les syntagmes morphologiques
Traits et faisceuax de traits
Les transformations
Les matrices formes / fonctions
Quelques remarques sur la théorie du groupe nominal
Les défis du modèle adopté

Primauté des données sur les modèles

Dans ce travail, nous nous fixons comme tâche d'inventorier les règles de la grammaire française et de les présenter dans un cadre à haute accessibilité. C'est une grammaire traditionnelle, qui ne se préoccupe pas des modèles cognitifs, des universaux biologiques, des formules unificatrices, de la distillation de règles abstraites. Notre modèle est moderne, mais modeste.

Nous embrassons le principe éloquemment énoncé dans Gaatone(1998). Le texte cité concerne la grammaire du passif, mais son idée centrale vaut pour toute la grammaire.

« On s'est donc attaché ici à une description aussi fidèle que possible de la réalité linguistique plutôt qu'à la démonstration ou à la vérification d'une thèse. Il s'agissait avant tout d'observer le comportement d'un grand nombre de verbes et de phrases par rapport au passif afin d'en dégager, sans jamais forcer les faits, d'éventuelles tendances générales. On ne trouvera pas, par ailleurs, dans cet ouvrage, de tentative quelconque de recherche d'universaux, ni donc de comparaison du passif en français avec ce qu'on peut appeler passif dans d'autres langues. La démarche est sémasiologique : le passif est une structure formelle, susceptible de remplir certaines fonctions linguistiques. Cette structure formelle est propre au français, même si on peut lui trouver des équivalents approximatifs dans d'autres langues. »

Tout en nous distanciant de la modélisation sauvage des dernières décennies, nous nous rendons compte de l'impossibilité de faire de la grammaire sans une trousse minimum de principes et de formalismes. Dans ce qui suit ici, nous présentons notre base théorique : un modèle anonyme, simple, pluraliste, sans originalité, sans dogmes et sans visées universalistes. Le modèle est inscrit en filigrane dans la grammaire, mais il n'est pas invoqué (et incanté) sans cesse.

La base récursive

§ Règles de définition : composition et inclusion

Les deux types de règles de définition

La composante syntagmatique de la grammaire est une collection de règles de définition. Les règles de définition se divisent en deux types : les règles de composition et les règles d'inclusion.

$ La grammaire comprend une collection de règles de composition, dont la forme générale est

sortie :: entrée_1  *...*  entrée_N

soit, en clair, « l'objet de sortie est une fonction de N objets d'entrée ordonnés ». Le nombre N est le plus souvent égal à deux, parfois à trois ou quatre.

Exemple grossièrement simplifié : l'expression rien d'intéressant est engendré par un syntagme qui a certains pronoms comme premier constituant, de comme deuxième constituant et un adjectif comme troisième constituant.

$ La grammaire comprend une collection de règles d'inclusion, dont la forme générale est

sortie :: entrée_1  +...+  entrée_N

soit, en clair, « les N objets d'entrée ont le comportement sortie en commun ».

Exemple grossièrement simplifié : une épithète est un adjectif ou une relative adjectivale ou un pronom adjectival ou un syntagme prépositionnel ou un nom employé adjectivalement.

Remarques

$ Une sortie peut être substituée à une entrée si la sortie et l'entrée ont la même valeur. Donc selon ce modèle la grammaire entière se réduit à une seule formule gigantesque d'entrée-sortie. La sortie de cette formule est la proposition.

$ Si l'objet est un nombre scalaire, la composante syntagmatique de la grammaire se réduit à un tableau. Si l'objet est un faisceau de traits, les fonctions de composition sont d'une complexité considérable.

$ Ce serait une grave erreur que de s'imaginer que les règles de composition sont les vraies règles et que les règles d'inclusion ne sont que des notations auxiliaires. Les règles de composition sont certes plus visibles, mieux connues, mais les règles d'inclusion sont plus difficiles à dégager. Quelques-unes des définitions les plus épineuses (celles du syntagme adverbial, du syntagme prépositionnel, du complément prédicatif ou du délimiteur) sont des règles d'inclusion. Voir plus loin la rubrique consacrée aux deux sources de complexité.

Notations

$ Le syntagme est encadré de crochets (« [  ] »).

$ L'astérisque (« * ») signifie composition ordonnée. Donc « [A * B] » désigne un syntagme composé d'un élément A et d'un élément B dans l'ordre A - B.

$ Le signe plus (« + ») signifie inclusion. Donc « [A + B] » désigne un syntagme comprenant un seul élément qui est soit A soit B.

$ Trois points («...») signifie composition discontinue. Donc « [A...B] » désigne un syntagme composé d'un élément A et d'un élément B dans l'ordre A - B, séparés par d'autres éléments qui ne font pas partie du syntagme en question.

$ Zéro (« 0 ») signifie élément nul. Donc [« A + 0 »] désigne un syntagme comprenant un seul élément qui est soit A soit rien.

$ La composition (« * ») a la préséance sur l'inclusion (« + »).

£ La séquence [A + B * C + D] désigne l'inclusion de trois éléments, à savoir de A, B*C, D.

£ En revanche, la séquence [A * B + C * D] désigne l'inclusion de deux éléments, à savoir de A*B et C*D.

£ Pour conférer la préséance à l'inclusion, il faut se servir de parenthèses. La séquence [(A + B) * (C + D)] désigne la composition de deux éléments, à savoir de A + B et de C + D.

$ Le symbole « :: » signifie « est défini comme ». Exemple :

« proposition :: proposition * coordinateur * proposition »

Si on lit cette proposition de droite à gauche, le symbole « :: » signifie « est un cas de » ou « donne un ».

$ Le symbole de la transformation est la flèche ( ).

Exemple : un garçon autre que Pierre un autre garçon que Pierre

§ Noyau, complément, endocentrisme, exocentrisme

Un syntagme est dit endocentrique si sa sortie est identique à l'une de ses entrées. Par exemple, la sortie du syntagme [nom * adjectif] a la valeur nom, donc ce syntagme est endocentrique. L'entrée dont la valeur est transmise à la sortie est le noyau. Les autres constituants sont les compléments. Si aucun des constituants ne voit sa valeur transmise à la sortie, le syntagme est dit exocentrique. Un syntagme exocentrique n'a ni noyau ni complément.

Dans chacun des exemples d'exocentrisme qui suivent, l'un des constituants ressemble à un noyau et l'autre à un complément. Nous disons qu'un syntagme exocentrique a un quasi-noyau et un quasi-complément.

§ Exemples d'exocentrisme

Syntagme proposition

Le syntagme proposition est composé d'un sujet et d'un prédicat. Il n'hérite ni du comportement du sujet ni du comportement du prédicat. Le syntagme proposition est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. Le verbe est le quasi-noyau, le sujet est le quasi-complément.

Syntagme prépositionnel

La sortie du syntagme [préposition * argument] a un comportement adverbial. Il n'hérite donc ni du comportement de la préposition ni du comportement du nom. Le syntagme prépositionnel est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. La préposition est le quasi-noyau, l'autre constituant (un nom, un adverbe, un adjectif ou un numéral) est le quasi-complément.

Syntagme adverbe dérivé

L'adverbe dérivé d'un adjectif a la forme [adjectif * ment]. La sortie n'hérite ni du comportement de l'adjectif ni du comportement de ment. Le syntagme adverbe dérivé est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. La désinence ment est le quasi-noyau, l'adjectif est le quasi-complément.

Syntagme subordonnée nominale

Le syntagme [que * proposition] a un comportement nominal. Ni son premier constituant (nominalisateur que) ni son deuxième constituant (proposition) ne sont des noms. Le syntagme [que * proposition] est donc exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. Le nominalisateur est le quasi-noyau, la proposition est le quasi-complément.

Syntagme adjectif autonome

Dans c'est du joli et cet escalier est d'un raide, les adjectifs joli et raide se comportent en noms. Pour formaliser ce comportement, nous postulons le syntagme [nominalisateur-virtuel * adjectif]. Ce syntagme est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. Il a l'adjectif pour quasi-complément et le nominalisateur virtuel pour quasi-noyau.

§ Complexité verticale et complexité horizontale

Complexité verticale

Le groupe nominal, le groupe adjectival et le groupe verbal partagent un modèle de complexité.

$ Ils ont un seul noyau « ancêtre » qui est une classe grammaticale irréductible (le nom, l'adjectif, le verbe).

$ Le noyau ancêtre est emballé récursivement dans un nombre théoriquement infini de compléments, représentant à leur tour un grand nombre de types. Par exemple, on verra que le nom a une trentaine de types de compléments. La complexité de ces trois grands syntagmes s'explique par la récursivité et par la diversité des compléments : un seul noyau ancêtre, mais beaucoup de compléments et beaucoup de types de compléments.

$ Ces trois grands syntagmes remplissent, à leur tour, beaucoup de fonctions. Par exemple, le groupe nominal entre dans une dizaine de syntagmes.

$ En même temps, ces trois grands syntagmes sont aussi remarquables par l'homogénéité de leurs emplois. Les syntagmes dans lesquels ils entrent comme compléments ne pratiquent pas la discrimination relativement à leurs composition : tout syntagme nominal, quelle que soit sa dérivation syntagmatique, peut fonctionner comme sujet, comme objet direct, comme complément prédicatif, etc. Évidemment, des filtres sémantiques peuvent intervenir.

Complexité horizontale

Nous définissons la complexité horizontale en nous appuyant sur un exemple (le groupe adverbial), plutôt qu'en termes abstraits.

$ Le groupe adverbial n'a pas de noyau « ancêtre ». Les types d'adverbe constituent un pot-pourri et ils ne partagent qu'une vague et indéfinissable « vertu adverbiale ».

$ Le syntagme adverbial est d'une faible récursivité : l'adverbe a peu de compléments et peu de types de compléments.

$ Le syntagme adverbial comme complément remplit la fonction adverbiale dans beaucoup d'environnements.

$ La matrice types-fonctions impose une sélectivité complexe. À proprement parler, il n'y a pas de syntagme adverbial. Il n'y a qu'une nébuleuse amorphe d'« adverboïdes ».

Autres exemples de la complexité horizontale : les délimiteurs (beaucoup de, une dizaine de, un kilo de, etc.), la catégorie des mots qui entrent dans la construction de sous-ensemble (plusieurs des, trois des, lesquels des, etc.), les catégories de mots et syntagmes qui peuvent remplir la fonction de complément prédicatif, les catégories grammaticales qui peuvent servir d'argument de préposition.

Au-delà de la base récursive

§ La rection

Le phénomène que nous appelons « rection » (correspondant à peu près à ce qu'on appelle « government » en anglais) se situe dans le zone d'ombre entre les éléments théoriques et la grammaire proprement dite. Sa localisation optimale est un casse-tête. Nous rangeons l'étude de la rection au tout début de la grammaire proprement dite, Voire la page connexe La rection.

§ Discontinuité

Il peut y avoir discontinuité physique entre deux constituants logiques d'un syntagme. La discontinuité entre beaucoup et de vin dans Pierre a beaucoup bu de vin est facile à repérer et à réparer. Cette discontinuité est aisément restituable par une transformation réaliste. Dans l'arborescence syntaxique la discontinité d'un syntagme se manifeste par des branches enchevêtrées.

§ Corrélation

Voir la page connexe La corrélation.

§ Polyphonie

Voir la page connexe La polyphonie.

§ La polymorphie

Les syntagmes polymorphes ont des listes d'objets, plutôt que des objets scalaires, pour entrées et pour sorties. Par exemple, la comparaison est polymorphe, puisqu'elle est applicable aux noms, aux adjectifs, aux adverbes et même aux prépositions et aux verbes. Les règles polymorphes sont aussi appelées transcatégorielles.

Exemples

les syntagmes morphologiques
la comparaison
la négation
la coordination
la mise en relief
l'accord
le syntagme prépositionnel
l'excès et la suffisance (trop...pour, assez...pour)
la perspective (aussi, seulement, même)
la liaison
l'haplologie

§ La morphologie

La morphologie s'inscrit dans le cadre du modèle syntagmatique. La personne, le nombre, le temps, le mode, la voix et le genre font partie du faisceau de traits du verbe. Le nom et l'adjectif ont des faisceaux de traits moins complexes. La relation entre un objet grammatical de base et la morphologie qui modifie son faisceau de traits est une relation syntagmatique. On pourrait même dire que la morphologie est un syntagme polymorphe, puisqu'elle se combine avec plusieurs objets grammaticaux.

Les éléments morphologiques ne sont pas nécessairement de simples affixes. Ils peuvent être insérés, discontinus, prosodiques. Ils peuvent entraîner des transformations phonologiques.

Le syntagme morphologique peut être endocentrique ou exocentrique.

Les syntagmes nombre, personne, temps, mode et genre sont endocentriques : leur seul effet est de modifier le faisceau de traits de leur noyau sans modifier sa nature fondamentale (sans modifier son trait clé).

Les syntagmes participe et infinitif sont exocentriques. Le quasi-complément du participe est le verbe et son quasi-noyau est un adjectif virtuel ou un adverbe virtuel. Le quasi-complément de l'infinitif est le verbe et son quasi-noyau est un nom virtuel ou un adverbe virtuel.

En conformité avec ce modèle, nous n'assignons pas de niveau linguistique indépendant à la morphologie. Nous répartissons les modules morphologiques entre les familles de syntagmes auxquels ils appartiennent : la morphologie du verbe dans le groupe verbal, la morphologie du nom dans le groupe nominal, etc.

§ Traits et faisceuax de traits

Notre modèle des traits et des faisceaux de traits est applicable à tous les groupes majeurs, mais nous nous appuyerons sur l'exemple fourni par le groupe verbal, dont les traits sont les plus nombreux et les plus complexes.

Traits verbaux et catégories verbales

En principe, chaque syntagme qui a un groupe de verbes pour noyau ou pour complément se traduit par un « trait » verbal. Les verbes qui partagent un trait verbal constituent une catégorie verbale.

Faisceaux de traits verbaux

Inversement, chaque verbe peut avoir plusieurs traits verbaux. Nous disons donc que tout verbe se caractérise par un faisceau de traits verbaux.

En théorie, il peut y avoir des milliers ou des dizaines de milliers de faisceaux de traits verbaux. Leur catalogue exhaustif serait illisible et sans intérêt dans une grammaire descriptive. En pratique, c'est aux traits, et non pas aux faisceaux de traits, que nous nous intéressons.

Facettes grammatico-sémantiques du verbe

Les définitions que nous venons de donner de la catégorie verbale et du faisceau de traits verbaux sont des approximations qu'il y a lieu d'affiner. En réalité, il y a des centaines de verbes complexes qui se décomposent en facettes grammatico-sémantiques. Il faut donc substituer « facette grammatico-sémantique du verbe « à « verbe » dans la définition de la catégorie verbale et du faisceau de traits verbaux,

Sous-faisceaux de traits verbaux (axes de classification)

Les traits verbaux pris abstraitement se divisent en groupes abstraits. Ces groupes abstraits constituent en quelque sorte les axes majeurs de la classification des verbes. Le faisceau de traits verbaux d'un verbe concret se divise en groupes concrets (en sous-faisceaux). Par exemple, le schéma de rection est un groupe abstrait de traits verbaux dans l'étude générale des traits verbaux et un groupe concret de traits verbaux (un sous-faisceau) dans l'étude de chaque verbe spécifique.

Pour une vue d'ensemble des sous-faisceaux de traits verbaux, voir la page connexe Les grands axes de la classification des verbes.

§ Les transformations

Les transformations - définition

Transformation veut dire manipulation de l'arborescence syntagmatique. Les manipulations d'arborescence consistent à insérer, effacer ou déplacer des nœuds ou des feuilles. L'arborescence syntagmatique est engendrée par l'analyse conformément aux règles de définition syntagmatique. On fait appel aux transformations pour expliquer des phénomènes qui échappent à toute tentative d'analyse purement syntagmatique.

Contraintes séquentielles

Les transformations ne sont pas nécessairement indépendantes les unes des autres : une partie de l'arborescence produite par une transformation risque de devenir l'entrée d'une autre. Dans un système qui comprend un nombre important de transformations, il est impératif de tenir compte de l'ordre des transformations.

Transformations restituables et non restituables

Certaines formes sous-jacentes (par exemple celle de la subordonnée relative ou de la montée sujet-objet) sont restituables sans risque d'erreur. D'autres formes sous-jacentes ne sont que des hypothèses, de vagues approximations intuitives.

Le Goffic(1993) : « Les ellipses posent souvent des problèmes de restitution, éventuellement difficiles ou insolubles : on doit admettre que le fonctionnement de l'ellipse n'implique pas qu'on puisse toujours restituer le texte manquant avec précision et certitude. »

Quelques phénomènes qui se traitent par transformations

l'interrogation
l'inversion du sujet
la comparaison propositionnelle
la construction des verbes de perception
la construction existentielle
la construction factitive
la mise en relief
la montée de la négation
la montée de la passivation
la montée objet-objet
la montée objet-sujet
la montée sujet-objet
la montée sujet-sujet
la passivation
la place des pronoms personnels conjoints
la pronominlisation par en
la réduction
la relativation
le conflit de de
le détachement
le discours indirect
les discontinuités

Dispositif descriptif et processus psychologique en temps réel

Il est important d'avoir pleine conscience que la transformation n'est qu'un dispositif descriptif, sans commune mesure ni lien analogique avec le processus psychologique en temps réel de la parole. Le support des transformations est le papier, non pas la matière grise.

Nous pratiquons un générativisme « doux ». Nous recourons de temps en temps à des formes sous-jacentes et à des transformations à titre de métaphores ou d'astuces explicatives, sans leur attribuer une existence plus solide que celle de l'éther. La forme de surface de la phrase est la seule qui soit certaine et qui ne nous file entre les doigts. S'il existe un processus mental qui relie la forme prélinguistique et la forme linguistique d'une idée, il est certainement bidirectionnel.

§ Les matrices formes / fonctions

La grammaire comprend des matrices formes / fonctions. Les formes, les fonctions et les matrices formes / fonctions sont des produits de l'arbitraire. Elles sont contingentes. Elles n'ont rien d'immanent. Elles ne sont engendrées ni par des lois prélinguistiques de la pensée, ni par un prétendu système universel du langage. Exemples :

Le subjonctif

Le subjonctif n'a aucune « valeur fondamentale », aucune « invariante sémantique ». Le subjonctif n'est pas définissable par une « formule close ». Le subjonctif manque d'essence. Le subjonctif sert à exprimer de nombreuses fonctions (injonction, nécessité, doute, sentiment, concession, etc.) et l'injonction peut être exprimée par de nombreuses formes (impératif, subjonctif, futur, etc.). Nous considérons le subjonctif comme un ensemble contingent de fonctions syntaxiques. L'étude du subjonctif égale l'étude de la matrice formes / fonctions du subjonctif. Le subjonctif est la somme de ses emplois. La définition du subjonctif est le catalogue de ses fonctions. Dans la plupart de ses emplois, le subjonctif n'est qu'un accident historique, une servitude grammaticale, sans explication d'ordre logique ou psychologique.

L'article

La fonction primaire de l'article est d'exprimer la définitude ou l'indéfinitude. Inversement, la forme primaire de l'expression de la définitude ou de l'indéfinitude est l'article. Cependant, l'article a aussi d'autres fonctions que l'expression de la définitude ou de l'indéfinitude (fonctions secondaires) et, inversement, l'expression de la définitude ou de l'indéfinitude est aussi possible par d'autres formes que l'article (formes secondaires). La fonction définitude / indéfinitude et la forme article sont situées au « centre-ville » d'une énorme matrice formes / fonctions clairsemée.

Détachement et thématisation

Ce troisième exemple du rapport formes / fonctions est un peu plus compliqué que les deux autres. Nous l'étudions en détail à la page connexe Détachement et thématisation. Pour les besoins immédiats de ce pot-pourri d'éléments théoriques, il suffira de dire que le détachement est un moyen formel et la thématisation une fin fonctionnelle dans la lettre de Marie, Pierre l'a lue, mais que la thématisation n'est pas la seule fin du détachement, ni le détachement la seule forme de la thématisation.

§ Quelques remarques sur la théorie du groupe nominal

Voir la page connexe Le groupe nominal - introduction - rubrique Remarques sur la théorie du groupe nominal.

Les défis du modèle adopté

§ Le défi de la circularité des définitions

L'étude d'un objet grammatical consiste à inventorier tous les syntagmes dans lesquels il figure comme complément et tous les syntagmes dans lesquels il figure comme noyau. La définition d'un objet grammatical est l'inventaire de ses emplois. Les classes grammaticales ne peuvent être définies qu'à travers les syntagmes dans lesquels elles figurent et les syntagmes ne peuvent être définis qu'à travers les catégories auxquelles ils font référence. Donc tout est codépendant, tout est circulaire, tout se tient.

§ Le défi de l'inséparabilité des moyens et des fins

La primauté des moyens sur les fins

Les moyens grammaticaux sont tangibles, les fins psychologiques sont insaisissables. Il serait absurde et impossible de construire un inventaire de rapports fin-moyen (de rapports psychologie-linguistique). La grammaire ne saurait être qu'un inventaire de rapports moyen-fin (de rapports linguistique-psychologie).

Multiformité

La recherche des règles moyen-fin est la démarche dominante de la grammaire. Cependant, les règles fin-moyen ne peuvent pas être complètement ignorées. Il y a des domaines fonctionnels qui sont à la portée de l'entendement linguistique et qui se manifestent sous de multiples formes. Exemples :

$ l'injonction
$ la causalité
$ la condition
$ la concession
$ la comparaison
$ la mise en relief
$ l'exclamation
$ la prédication
$ la passivation

L'inventaire moyen-fin est le courant dominant de la grammaire. L'inventaire fin-moyen est un contre-courant, un courant secondaire. La réconciliation des deux courants est un problème de conception et d'agencement.

Multifonctionnalité

La multifonctionnalité est l'inverse de la multiformité. Les mots multifonctionnels ne peuvent pas être traités exhaustivement en un seul endroit. Il y a deux types de multifonctionnalité.

$ Multifonctionnalité en série

La multifonctionnalité en série est une espèce d'homonymie. Le mot comme a une dizaine de fonctions distinctes et indépendantes. Ces fonctions sont éparpillées à travers la grammaire. La solution consiste à réserver une section aux ressources multifonctionnelles. Les pages de cette section ne contiennent que des renvois.

$ Multifonctionnalité parallèle

Le mot autant a trois fonctions majeures : il est pronom démonstratif, comparateur (autant que) et délimiteur (autant de). Ces trois comportements peuvent se manifester simultanément. Leur séparation est artificielle.

§ Le défi de l'accessibilité par renvois

Une analogie, formelle ou fonctionnelle, entre deux phénomènes n'est accessible que si elle est codée dans l'index ou par un lien. L'analogie entre l'interrogation et la subordination relative est une analogie de formes. De même, tous les types de montée sont reliés par une analogie de formes. En revanche, la mise en relief par introducteurs (c'est...que...) et la mise en relief par inversion de sujet sont reliées par une analogie de fonctions.

§ Le défi des espaces multidimensionnels

Dans plusieurs domaines importants on se trouve face au problème de la présentation intuitive et économe des espaces multidimensionnels.

Exemples

La syntaxe du pronom en met en jeu quatre paramètres majeurs : le type du noyau, le cas du noyau, le type du complément, le statut biologique de l'antécédent.

La classification des subordonnées fait référence à cinq paramètres majeurs. Chacun des trois types (complétive, adverbiale, relative) fait référence à quatre paramètres. Par exemple, la subordonnée complétive fait référence au contraste énoncé/interrogatif, au cas représenté, au contraste fléchi / infinitif et aux catégories sémantiques.

Le choix entre que et quoi dans l'interrogation dépend de la méthode d'interrogation (à inversion du sujet, périphrastique, in situ), du mode du verbe (fléchi, infinitif), du statut biologique, du cas (sujet, objet direct, complément prédicatif, cas prépositionnel) et du registre.

Évidemment, il n'est pas question de construire des hypercubes au sens strict : les espaces des règles syntaxiques multivariées sont énormes, mais clairsemés. On doit réduire les espaces ingérables à des arborescences non balancées et faciles à linéariser. La tâche est à la fois d'ordre théorique et d'ordre pratique : il faut trouver la meilleure stratégie de réduction, et la meilleure méthode de visualisation. La grammaire doit être complète, mais lisible.

§ Le défi de la compacité et de la parcimonie

Les niveaux de modélisation (par exemple, le tableau des syntagmes, les faisceaux de traits, les procédures) ne sont pas indépendants les uns des autres. On peut simplifier les uns au prix de complexifier les autres. Par exemple, plus on cherche à augmenter le degré d'abstraction des syntagmes majeurs, plus les faisceaux de traits et les transformations se gonflent. Le défi est de trouver le meilleur compromis. Seuls les alchimistes de la modélisation s'imaginent qu'on peut simplifier simultanément tous les aspects de la grammaire d'un coup de baguette magique.

§ Le défi de l'aménagement de la grammaire de référence

Dans l'idéal, le plan (la table des matières) de la grammaire de référence devrait coller à la structure du « logiciel » de sa version numérique, qui ne serait qu'un gigantesque syntagme récursif.

Dans ce travail, les trois parties principales de la grammaire sont

les syntagmes de base

les syntagmes polymorphes

la proposition

Nous avons déjà dit que la morphologie n'est pas une partie principale et indépendante de la grammaire, mais un syntagme polymorphe réparti dans les groupes majeurs.

§ Le défi du silence wittgensteinien sur l'ineffable

La grammaire de référence se doit de déclarer et de suivre quelques principes structurels sans tomber dans le piège de la surmodélisation dogmatique. L'adéquation entre la pratique de la grammaire de référence et la théorie cognitive du langage est un problème dont la solution n'a pas encore été trouvée. Il faut donc se taire sur les fondements cognitifs du langage, tout en admettant que c'est un défi, une dette. Nous nous bornons ici à esquisser quelques-uns de ces défis.

La structure de l'objet grammatical

Les règles grammaticales de composition récursive concernent des objets grammaticaux. L'idée de la composition récursive précède la définition de son objet. La composition récursive est une certitude ; la structure de l'objet grammatical est tout sauf certaine.

Dans la plupart des modèles syntaxiques, l'objet grammatical est une catégorie grammaticale classique (nom, verbe, adjectif, etc.), autrement dit un nombre scalaire. Cette hypothèse est séduisante mais peu réaliste. Il est plus vraisemblable que l'objet grammatical soit un faisceau de traits.

Relation circulaire entre les règles et les objets

L'étude d'un objet grammatical consiste à inventorier tous les syntagmes dans lesquels il figure comme complément et tous les syntagmes dans lesquels il figure comme noyau. La définition d'un objet grammatical est l'inventaire de ses emplois. Les classes grammaticales ne peuvent être définies qu'à travers les syntagmes dans lesquels elles figurent et les syntagmes ne peuvent être définis qu'à travers les catégories auxquelles ils font référence. Donc tout est codépendant, tout est circulaire, tout se tient.

Arborescences enchevêtrées

Voir les remarques plus haut sur la discontinuité, la corrélation et la polyphonie.

Les affinements procéduraux des règles de composition

Les règles de composition constituent une bonne première approximation de la grammaire et un excellent outil didactique. Cependant, une grammaire numérique qui se limiterait au modèle syntagmatique serait sans valeur. Même un domaine aussi simple que le groupe nominal français dépasse de loin le cadre des règles de définition. Les affinements procéduraux sont incontournables. Il y a plusieurs types d'affinement procédural :

$ gestion des faisceaux d'attributs (propagation des attributs à travers l'arborescence)

$ coordination des modules indépendants et isolés de la grammaire

$ transformations

Les analogies

Les analogies sont des superrègles non formalisables. Il y a un nombre important d'analogies intéressantes à inventorier. Par exemple, il y a des analogies entre la subordonnée concessive et l'interrogation, entre la subordonnée relative et l'interrogation ou entre en et dont.

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