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Le modèle (3)

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Le modèle (3)

SOMMAIRE

Primauté des données sur les modèles

Dans ce travail, nous nous fixons comme tâche d'inventorier les règles de la grammaire française et de les présenter dans un cadre à haute accessibilité. C'est une grammaire traditionnelle, qui ne se préoccupe pas des modèles cognitifs, des universaux biologiques, des formules unificatrices, de la distillation de règles abstraites. Notre modèle est moderne, mais modeste.

Nous embrassons le principe éloquemment énoncé dans Gaatone(1998). Le texte cité concerne la grammaire du passif, mais son idée centrale vaut pour toute la grammaire.

« On s'est donc attaché ici à une description aussi fidèle que possible de la réalité linguistique plutôt qu'à la démonstration ou à la vérification d'une thèse. Il s'agissait avant tout d'observer le comportement d'un grand nombre de verbes et de phrases par rapport au passif afin d'en dégager, sans jamais forcer les faits, d'éventuelles tendances générales. On ne trouvera pas, par ailleurs, dans cet ouvrage, de tentative quelconque de recherche d'universaux, ni donc de comparaison du passif en français avec ce qu'on peut appeler passif dans d'autres langues. La démarche est sémasiologique : le passif est une structure formelle, susceptible de remplir certaines fonctions linguistiques. Cette structure formelle est propre au français, même si on peut lui trouver des équivalents approximatifs dans d'autres langues. »

Tout en nous distanciant de la modélisation sauvage des dernières décennies, nous nous rendons compte de l'impossibilité de faire de la grammaire sans une trousse minimum de principes et de formalismes. Dans ce qui suit ici, nous présentons notre base théorique : un modèle anonyme, simple, pluraliste, sans originalité, sans dogmes et sans visées universalistes. Le modèle est inscrit en filigrane dans la grammaire, mais il n'est pas invoqué (et incanté) sans cesse.

La base récursive

Règles de définition : composition et inclusion

Les deux types de règles de définition

La composante syntagmatique de la grammaire est une collection de règles de définition. Les règles de définition se divisent en deux types : les règles de composition et les règles d'inclusion.

La grammaire comprend une collection de règles de composition, dont la forme générale est

sortie :: entrée_1 *...* entrée_N

soit, en clair, « l'objet de sortie est une fonction de N objets d'entrée ordonnés ». Le nombre N est le plus souvent égal à deux, parfois à trois, très rarement à quatre.

Exemple grossièrement simplifié : l'expression rien d'intéressant est engendré par un syntagme qui a certains pronoms comme premier constituant, de comme deuxième constituant et un adjectif comme troisième constituant.

La grammaire comprend une collection de règles d'inclusion, dont la forme générale est

sortie :: entrée_1 +...+ entrée_N

soit, en clair, « les N objets d'entrée ont le comportement sortie en commun ».

Exemple grossièrement simplifié : une épithète est un adjectif ou une relative adjectivale ou un pronom adjectival ou un syntagme prépositionnel ou un nom employé adjectivalement.

Chaque terme de la règle d'inclusion, à son tour, est engendré par une règle de composition.

Remarques

Une sortie peut être substituée à une entrée si la sortie et l'entrée ont la même valeur. Donc selon ce modèle la grammaire entière se réduit à une seule formule gigantesque d'entrée-sortie. La sortie de cette formule est la proposition.

Si l'objet est un nombre scalaire, la composante syntagmatique de la grammaire se réduit à un tableau. Si l'objet est un faisceau de traits, les fonctions de composition sont d'une complexité considérable.

Ce serait une grave erreur que de s'imaginer que les règles de composition sont les vraies règles et que les règles d'inclusion ne sont que des notations auxiliaires. Les règles de composition sont certes plus visibles, mieux connues, mais les règles d'inclusion sont plus difficiles à dégager. Quelques-unes des définitions les plus épineuses (celles du syntagme adverbial, du syntagme prépositionnel, du complément prédicatif ou du délimiteur) sont des règles d'inclusion.

Notations

Le syntagme est encadré de crochets (« [ ] »).

L'astérisque (« * ») signifie composition ordonnée. Donc « [A * B] » désigne un syntagme composé d'un élément A et d'un élément B dans l'ordre A - B.

Le signe plus (« + ») signifie inclusion. Donc « [A + B] » désigne un syntagme comprenant un seul élément qui est soit A soit B.

Trois points («...») signifie composition discontinue. Donc « [A...B] » désigne un syntagme composé d'un élément A et d'un élément B dans l'ordre A - B, séparés par d'autres éléments qui ne font pas partie du syntagme en question.

Zéro (« 0 ») signifie élément nul. Donc [« A + 0 »] désigne un syntagme comprenant un seul élément qui est soit A soit rien.

La composition (« * ») a la préséance sur l'inclusion (« + »).

La séquence [A + B * C + D] désigne l'inclusion de trois éléments, à savoir de A, B*C, D.

En revanche, la séquence [A * B + C * D] désigne l'inclusion de deux éléments, à savoir de A*B et C*D.

Pour conférer la préséance à l'inclusion, il faut se servir de parenthèses. La séquence [(A + B) * (C + D)] désigne la composition de deux éléments, à savoir de A + B et de C + D.

Le symbole « :: » signifie « est défini comme ». Exemple :

« proposition :: proposition * coordinateur * proposition »

Si on lit cette proposition de droite à gauche, le symbole « :: » signifie « est un cas de » ou « donne un ».

Le symbole de la transformation est la flèche ( ).

Exemple : un garçon autre que Pierre un autre garçon que Pierre

Noyau, complément, endocentrisme, exocentrisme

Un syntagme est dit endocentrique si sa sortie est identique à l'une de ses entrées. Par exemple, la sortie du syntagme [nom * adjectif] a la valeur nom, donc ce syntagme est endocentrique. L'entrée dont la valeur est transmise à la sortie est le noyau. Les autres constituants sont les compléments. Si aucun des constituants ne voit sa valeur transmise à la sortie, le syntagme est dit exocentrique. Un syntagme exocentrique n'a ni noyau ni complément.

Dans chacun des exemples d'exocentrisme qui suivent, l'un des constituants ressemble à un noyau et l'autre à un complément. Nous disons qu'un syntagme exocentrique a un quasi-noyau et un quasi-complément.

Exemples d'exocentrisme

Syntagme proposition

Le syntagme proposition est composé d'un sujet et d'un prédicat. Il n'hérite ni du comportement du sujet ni du comportement du prédicat. Le syntagme proposition est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. Le verbe est le quasi-noyau, le sujet est le quasi-complément.

Syntagme prépositionnel

La sortie du syntagme [préposition * argument] a un comportement adverbial. Il n'hérite donc ni du comportement de la préposition ni du comportement du nom. Le syntagme prépositionnel est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. La préposition est le quasi-noyau, l'autre constituant (un nom, un adverbe, un adjectif ou un numéral) est le quasi-complément.

Syntagme adverbe dérivé

L'adverbe dérivé d'un adjectif a la forme [adjectif * ment]. La sortie n'hérite ni du comportement de l'adjectif ni du comportement de ment. Le syntagme adverbe dérivé est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. La désinence ment est le quasi-noyau, l'adjectif est le quasi-complément.

Syntagme subordonnée nominale

Le syntagme [que * proposition] a un comportement nominal. Ni son premier constituant (nominalisateur que) ni son deuxième constituant (proposition) ne sont des noms. Le syntagme [que * proposition] est donc exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. Le nominalisateur est le quasi-noyau, la proposition est le quasi-complément.

Syntagme adjectif autonome

Dans c'est du joli et cet escalier est d'un raide, les adjectifs joli et raide se comportent en noms. Pour formaliser ce comportement, nous postulons le syntagme [nominalisateur-virtuel * adjectif]. Ce syntagme est exocentrique. Il n'a ni noyau ni complément. Il a l'adjectif pour quasi-complément et le nominalisateur virtuel pour quasi-noyau.

Au-delà de la base récursive

La rection


La discontinuité

Il peut y avoir discontinuité physique entre deux constituants logiques d'un syntagme. La discontinuité entre beaucoup et de vin dans Pierre a beaucoup bu de vin est facile à repérer et à réparer. Cette discontinuité est aisément restituable par une transformation réaliste.

La corrélation


La polymorphie

Les syntagmes polymorphes ont des listes d'objets, plutôt que des objets scalaires, pour entrées et pour sorties. Par exemple, la comparaison est polymorphe, puisqu'elle est applicable aux noms, aux adjectifs, aux adverbes et même aux prépositions et aux verbes. Les règles polymorphes sont aussi appelées transcatégorielles.

Exemples

les syntagmes morphologiques
la comparaison
la négation
la coordination
la mise en relief
l'accord
le syntagme prépositionnel
l'excès et la suffisance (trop...pour, assez...pour)
la perspective (aussi, seulement, même, surtout)
la liaison
l'haplologie

Les syntagmes morphologiques

La morphologie s'inscrit dans le cadre du modèle syntagmatique : [mot-concret := désinence-abstraite * base-abstraite]. En conformité avec ce modèle, nous n'assignons pas de niveau linguistique indépendant à la morphologie. Nous répartissons les modules morphologiques parmi les familles de syntagmes auxquels ils appartiennent : la morphologie du verbe dans le groupe verbal, la morphologie du nom dans le groupe nominal, etc.

Traits


Les transformations

Les transformations - définition

Transformation veut dire manipulation de l'arborescence syntagmatique. Les manipulations d'arborescence consistent à insérer, effacer ou déplacer des nœuds ou des feuilles. On fait appel aux transformations pour expliquer des phénomènes qui échappent à toute tentative d'analyse purement syntagmatique.

Contraintes séquentielles

Les transformations ne sont pas nécessairement indépendantes les unes des autres : une partie de l'arborescence produite par une transformation est susceptible de devenir l'entrée d'une autre. Dans un système qui comprend un nombre important de transformations, il est impératif de tenir compte de l'ordre des transformations.

Transformations restituables et non restituables

Certaines formes sous-jacentes (par exemple celle de la subordonnée relative ou de la montée sujet-objet) sont restituables sans risque d'erreur. D'autres formes sous-jacentes ne sont que des hypothèses, de vagues approximations intuitives.

Le Goffic(1993) : « Les ellipses posent souvent des problèmes de restitution, éventuellement difficiles ou insolubles : on doit admettre que le fonctionnement de l'ellipse n'implique pas qu'on puisse toujours restituer le texte manquant avec précision et certitude. »

Quelques phénomènes qui se traitent par transformations

l'interrogation
l'inversion du sujet
la comparaison propositionnelle
la construction des verbes de perception
la construction existentielle
la construction factitive
la mise en relief
la montée de la négation
la montée de la passivation
la montée objet-sujet
la montée sujet-objet
la montée sujet-sujet
la passivation
la place des pronoms personnels conjoints
la pronominlisation par en
la réduction
la relativation
le conflit de de
le détachement
le discours indirect
les discontinuités

Dispositif descriptif et processus psychologique en temps réel

Il est important de prendre pleine conscience que la transformation n'est qu'un dispositif descriptif, sans commune mesure ni lien analogique avec le processus psychologique en temps réel de la parole. Le support des transformations est le papier, non pas la matière grise.

Nous pratiquons un générativisme « doux », à visage humain. Nous recourons de temps en temps à des formes sous-jacentes et à des transformations à titre de métaphores ou d'astuces explicatives, sans leur attribuer une existence plus solide que celle de l'éther. La forme de surface de la phrase est la seule qui soit certaine et qui ne nous file pas entre les doigts.

Les matrices formes / fonctions

La grammaire comprend des matrices formes / fonctions. Les formes, les fonctions et les matrices formes / fonctions sont des produits de l'arbitraire. Elles sont contingentes. Elles n'ont rien d'immanent. Elles ne sont engendrées ni par des lois prélinguistiques de la pensée, ni par un prétendu système universel du langage. Exemples :

Le subjonctif

Le subjonctif n'a aucune « valeur fondamentale », aucune « invariante sémantique ». Le subjonctif n'est pas définissable par une « formule close ». Le subjonctif manque d'essence. Le subjonctif sert à exprimer de nombreuses fonctions (injonction, nécessité, doute, sentiment, concession, etc.) et l'injonction peut être exprimée par de nombreuses formes (impératif, subjonctif, futur, etc.). Nous considérons le subjonctif comme un ensemble contingent de fonctions syntaxiques. L'étude du subjonctif égale l'étude de la matrice formes / fonctions du subjonctif. Le subjonctif est la somme de ses emplois. La définition du subjonctif est le catalogue de ses fonctions. Dans la plupart de ses emplois, le subjonctif n'est qu'un accident historique, une servitude grammaticale, sans explication d'ordre logique ou psychologique.

L'article

La fonction primaire de l'article est d'exprimer la définitude ou l'indéfinitude. Inversement, la forme primaire de l'expression de la définitude ou de l'indéfinitude est l'article. Cependant, l'article a aussi d'autres fonctions que l'expression de la définitude ou de l'indéfinitude et, inversement, l'expression de la définitude ou de l'indéfinitude est aussi possible par d'autres formes que l'article. La fonction définitude / indéfinitude et la forme article sont situées au « centre-ville » d'une énorme matrice formes / fonctions clairsemée.

Les défis du modèle adopté

Le défi de la circularité des définitions

L'étude d'un objet grammatical consiste à inventorier tous les syntagmes dans lesquels il figure comme complément et tous les syntagmes dans lesquels il figure comme noyau. La définition d'un objet grammatical est l'inventaire de ses emplois. Les classes grammaticales ne peuvent être définies qu'au moyen des syntagmes dans lesquels elles figurent et les syntagmes ne peuvent être définis qu'au moyen des catégories auxquelles ils font référence. Donc tout est codépendant, tout est circulaire, tout se tient.

Le défi de l'inséparabilité des moyens et des fins

La primauté des moyens sur les fins

Les moyens grammaticaux sont tangibles, les fins psychologiques sont insaisissables. Il serait absurde et impossible de construire un inventaire de rapports fin-moyen (de rapports psychologie-linguistique). La grammaire ne saurait être qu'un inventaire de rapports moyen-fin (de rapports linguistique-psychologie).

Multiformité

La recherche des règles moyen-fin est la démarche dominante de la grammaire. Cependant, les règles fin-moyen ne peuvent pas être complètement ignorées. Il y a des domaines fonctionnels qui sont à la portée de l'entendement linguistique et qui se manifestent sous de multiples formes. Exemples :

l'injonction
la causalité
la condition
la concession
la comparaison
la mise en relief
l'exclamation
la prédication
la passivation

L'inventaire moyen-fin est le courant dominant de la grammaire. L'inventaire fin-moyen est un contre-courant, un courant secondaire. La réconciliation des deux courants est un problème de conception et d'agencement.

Multifonctionnalité

La multifonctionnalité est l'inverse de la multiformité. Les mots multifonctionnels ne peuvent pas être traités exhaustivement en un seul endroit. La solution consiste à réserver une section aux ressources multifonctionnelles. Les pages consacrées aux mots multifonctionnels ne contiennent que des renvois.

Le défi des analogies

Une analogie, formelle ou fonctionnelle, entre deux phénomènes n'est accessible que si elle est codée dans l'index ou par un lien. L'analogie entre l'interrogation et la subordination relative est une analogie de formes. De même, tous les types de montée sont reliés par une analogie de formes. En revanche, la mise en relief par introducteurs (c'est...que...) et la mise en relief par inversion de sujet sont reliées par une analogie de fonctions.

Le défi des espaces multidimensionnels

Dans plusieurs domaines importants on se trouve face au problème de la présentation intuitive et économe des espaces multidimensionnels.

Exemples

La syntaxe du pronom en met en jeu quatre paramètres majeurs : le type du noyau, le cas du noyau, le type du complément, le statut biologique de l'antécédent.

La classification des subordonnées fait référence à cinq paramètres majeurs. Chacun des trois types (régie, libre, relative) fait référence à quatre paramètres. Par exemple, la subordonnée régie fait référence au contraste énoncé/interrogatif, au cas représenté, au contraste fléchi / infinitif et aux catégories sémantiques.

Le choix entre que et quoi dans l'interrogation dépend de la méthode d'interrogation (à inversion du sujet, périphrastique, in situ), du mode du verbe (fléchi, infinitif), du statut biologique, du cas (sujet, objet direct, complément prédicatif, cas prépositionnel) et du registre.

Évidemment, il n'est pas question de construire des hypercubes au sens strict : les espaces des règles syntaxiques multivariées sont énormes, mais clairsemés. On doit réduire les espaces ingérables à des arborescences non balancées et faciles à linéariser. La tâche est à la fois d'ordre théorique et d'ordre pratique : il faut trouver la meilleure stratégie de réduction, et la meilleure méthode de visualisation. La grammaire doit être complète, mais lisible.

Les trois parties principales

Dans ce travail, les trois parties principales de la grammaire sont

les syntagmes de base

les syntagmes polymorphes

la proposition

Rappelons que la morphologie n'est pas une partie principale et indépendante de la grammaire, mais un syntagme polymorphe réparti à travers les groupes majeurs.

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